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11 SEPTEMBRE 2025 (#84)
TROP DE COM... TUE LA COM
Et si la « crise de gouvernabilité » française révélait d’abord l’abandon de l’art politique au profit du marketing institutionnel ?
Alors que l’Élysée multiplie les déclarations et les déplacements (347 en 2024, record sous la Ve République), que les ministres enchaînent les plateaux télévisés et que les communiqués gouvernementaux atteignent une fréquence de 12 par jour, les réformes structurelles restent au point mort.
Cette hyperactivité communicationnelle masque une paralysie décisionnelle qui transforme l’exercice du pouvoir en spectacle permanent. Depuis 2022, aucune réforme majeure n’a été menée à son terme sans recours au 49.3, aucun projet de société n’émerge, aucune vision ne fédère.
Le gouvernement français consacre plus d’énergie à expliquer ce qu’il va faire qu’à le faire réellement.
La méthode de gouvernement de française relève d’un choix politique assumé : celui de substituer la gestion de l’opinion à l’exercice du pouvoir…
SYNTHÈSE DES FAITS
La méthode de gouvernement de française relève d’un choix politique assumé : celui de substituer la gestion de l’opinion à l’exercice du pouvoir. La République est devenue démocratie spectacle pour trois raisons structurelles que nos voisins européens ont su éviter.
L’obsession du court terme d’abord. Gouverner suppose d’accepter l’impopularité temporaire des réformes nécessaires. Or le pouvoir français, très sensible au cycle médiatique permanent, préfère les effets d’annonce aux décisions structurelles. Cette logique condamne l’action publique à l’improvisation perpétuelle selon l’actualité. Angela Merkel incarnait l’approche inverse : peu de sondages, beaucoup de concertation discrète, puis des décisions fermes et assumées sur le long terme.
L’inflation communicationnelle traduit aussi une perte de confiance dans la légitimité de l’autorité publique. Ne parvenant plus à imposer ses choix, l’État tente de les vendre. Mais cette surenchère pédagogique révèle sa propre faiblesse : un pouvoir sûr de lui n’a pas besoin de se justifier sans cesse. Cette dérive transforme les dirigeants en VRP de leurs propres décisions. Quand les cabinets ministériels français comptent huit conseillers en communication contre un seul dans leurs homologues scandinaves, c’est tout un rapport au pouvoir qui s’inverse.
L’effacement de la responsabilité politique enfin. L’instabilité ministérielle chronique, la multiplication des structures, parfois temporaires, l’évitement systématique des arbitrages difficiles dissolvent l’exercice de l’autorité dans un management collectif déresponsabilisant. Personne ne décide vraiment, donc personne ne répond de rien. Cette dilution institutionnelle vide la démocratie de sa substance : le choix et l’engagement. La France a changé quatorze fois de ministre de l’Éducation en vingt ans quand l’Allemagne n’en a connu que quatre, empêchant toute politique éducative cohérente.
Ces spécificités induisent une France qui parle beaucoup et agit peu, qui promet tout et ne tient rien, qui communique sur ses intentions et se garde bien de mesurer ses résultats.
Nos institutions produisent du spectacle quand d’autres ailleurs produisent des résultats ?
La France s’est-elle résignée à l’impuissance, ou peut-elle retrouver l’art de gouverner ?
FLIP. La « crise de gouvernabilité » masque une évolution démocratique…
DÉBAT MAINSTREAM: La France s’est-elle résignée à l’impuissance, ou peut-elle retrouver l’art de gouverner ?
FLIP. La « crise de gouvernabilité » masque une évolution démocratique positive : la fin de l’autorité verticale au profit de la délibération collective. Dans une société complexe et éduquée, gouverner impose désormais de convaincre, pas d’imposer. La multiplication des acteurs, la fragmentation parlementaire, l’exigence citoyenne de transparence créent de nouvelles contraintes, mais aussi des opportunités de démocratie plus riche. Plutôt que de regretter l’autoritarisme gaullien, mieux vaut accompagner cette transition vers un pouvoir plus horizontal, plus négocié, plus respectueux des contre-pouvoirs.
FLAP. La Ve République a vécu. Ses institutions, conçues pour un monde bipolaire et une société homogène, ne correspondent plus aux réalités du XXIe siècle. Il faut repenser radicalement l’exercice du pouvoir : VIe République parlementaire, révision constitutionnelle, démocratie participative, refonte du calendrier électoral… Seule une révolution institutionnelle peut briser la spirale de l’impuissance. Le problème n’est pas communicationnel mais structurel : comment gouverner une société mouvante et “archipelisée” avec des outils politiques obsolètes ? Nos voisins européens fonctionnent avec des régimes parlementaires plus souples qui permettent davantage de réactivité et de consensus.
FLOP. La France adore se plaindre de ses dirigeants tout en élisant les mêmes profils : énarques déconnectés des réalités , politiciens professionnels de carrière, communicants et journalistes intéressés plus par la forme plus que le contenu … Pendant qu’on ergote sur les institutions, d’autres nations avancent avec des leaders pragmatiques qui décident sans tergiverser, ni procrastiner. Notre problème est culturel. Nous sommes séduits par les beaux parleurs. Tant qu’on confondra éloquence et compétence, débat et action, nous resterons le pays qui parle le mieux de ce qu’il fait le moins bien. L’Allemagne et les pays nordiques privilégient la compétence technique sur le charisme médiatique, avec les résultats qu’on connaît.
Angela Merkel a gouverné l’Allemagne 16 ans avec seulement 12 conseillers en communication…
Angela Merkel a gouverné l’Allemagne 16 ans avec seulement 12 conseillers en communication (Chancellerie allemande, Archives institutionnelles, 2021)
Le Royaume-Uni vote en moyenne 28 lois par an contre 19 en France (Parlement britannique, Legislative Statistics, 2024)
La Suède n’a connu que 3 Premiers ministres en 20 ans contre 7 pour la France (Gouvernement suédois, Archives institutionnelles, 2024)
Le Danemark consacre 0,12 % de son budget aux frais de communication gouvernementale contre 0,31 % en France (OCDE, Government Communication Spending, 2024)
La stabilité ministérielle norvégienne affiche une moyenne de 3,2 ans par portefeuille contre 1,4 an en France (Statistics Norway, Government Stability Index, 2024)
L’Allemagne a adopté 847 réformes structurelles depuis 2000 contre 312 pour la France (Commission européenne, Structural Reform Database, 2024)
Le temps de débat parlementaire par loi votée atteint 14,3 heures au Royaume-Uni contre 7,1 heures en France (Inter-Parliamentary Union, Debate Quality Index, 2024)
Les Pays-Bas comptent 2,3 conseillers en communication pour 100 000 habitants contre 6,7 en France (Eurostat, Public Administration Employment, 2024)
La Finlande vote ses budgets en 3 mois en moyenne contre 8 mois en France (Parlement finlandais, Budget Process Report, 2024)
L’Italie, malgré sa réputation d’instabilité, a mené plus de réformes structurelles que la France depuis 2010 (OCDE, Structural Reforms Database, 2024)
"L'art de gouverner consiste à faire croire que l'on ne fait rien en changeant tout. L'art de communiquer consiste à faire croire que l'on change tout en ne faisant rien" Talleyrand
Depuis 2017, la France s’est habituée à ce ballet incessant. Plus de trois cents déplacements présidentiels par an, des dizaines d’annonces mensuelles, une présence médiatique quotidienne qui mélange les registres avec un art consommé de la confusion. Un matin, Jupiter tonne depuis son bureau de l’Élysée sur les enjeux géopolitiques. Le soir, le même homme plaisante avec des YouTubeurs, adoptant les codes du divertissement numérique avec une aisance déconcertante.
Cette hyperactivité médiatique masque une réalité moins flatteuse : quand tout devient urgent, rien ne l’est plus. Quand chaque déplacement fait l’objet d’un plan de communication, la frontière entre action publique et marketing politique s’estompe dangereusement. Gouverner, rappelait Pierre Mendès France, c’est choisir. Aujourd’hui, communiquer c’est faire croire d’avoir choisi.
La pandémie a révélé les limites de cette logique. Malgré les allocutions solennelles, les conseils de défense quotidiens et les « cellules de crise » théâtralisées, la France a tenu des positions contraires, navigué à vue, changé de cap… L’agitation a parfois tenu lieu de stratégie.
Avec la guerre en Ukraine, la communication a pris un autre virage: celui du président engagé, façon Zelensky. Photos travaillées en sweat à capuche, barbe de trois jours, regards fatigués dans les couloirs de l’Élysée : l’Élysée a délibérément diffusé ces images pour montrer un homme au front, en veille permanente. Dans le même esprit, les longs appels téléphoniques avec Poutine ont été mis en récit comme des épreuves diplomatiques héroïques, avec des communiqués insistant sur la durée record des conversations.
Pendant ce temps, Angela Merkel gouvernait l’Allemagne avec une sobriété communicationnelle qui frisait l’austérité. Pas de petites phrases, peu de déplacements spectaculaires, des interventions publiques comptées au compte-gouttes. Seize années de stabilité politique, une transition énergétique massive, une gestion pragmatique de la crise migratoire. Dans les pays nordiques, les dirigeants ressemblent à des gestionnaires pas des tribuns. Cette désacralisation de la fonction est plus efficace: moins d’énergie dépensée en représentation, plus de temps consacré aux arbitrages complexes qu’exige l’action publique.
La France devrait s’inspirer de ces modèles. Limiter les interventions présidentielles pour leur redonner du poids. Laisser les ministres porter la parole gouvernementale sur leurs domaines de compétence. Privilégier l’explication sur la séduction, la pédagogie sur le spectacle. Instaurer une culture de l’évaluation, reconnaître l’échec comme un préalable au progrès plutôt qu’un tabou politique.
Et les médias doivent développer une grille d’analyse qui privilégie l’impact réel des politiques sur leur mise en scène et incite les citoyens à cultiver une patience démocratique car les vraies transformations prennent du temps.
Face aux défis du XXIe siècle – réchauffement climatique, révolutions technologiques, montée des inégalités -, nos démocraties ont besoin de dirigeants capables de penser sur le temps long, de résister aux pressions de l’immédiateté médiatique, d’assumer des choix difficiles sans chercher constamment l’approbation populaire. Parfois, le courage politique consiste simplement à savoir se taire.
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