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15 SEPTEMBRE 2025 (#86)

RÉINVENTER NOTRE AUDIOVISUEL PUBLIC

L’audiovisuel public français (3,8 milliards d’euros d’argent public en 2023) est en débat. A l’étranger, les modèles varient : redevance obligatoire au Japon (NHK), financement mixte en Corée du Sud (KBS), budget limité pour PBS aux États-Unis…
L’audiovisuel public français (3,8 milliards d’euros d’argent public en 2023) est en débat. A l’étranger, les modèles varient : redevance obligatoire au Japon (NHK), financement mixte en Corée du Sud (KBS), budget limité pour PBS aux États-Unis. Partout, la question de l’indépendance, de la pertinence et de l’évolution numérique se pose. Doit-on continuer à financer la télévision et la radio publiques à l’heure des plateformes de streaming, de l’abondance numérique, des déficits publics et de la polarisation politique ? Est-ce un service d’intérêt général ou un luxe idéologique ? Comment le réinventer et/ou le privatiser ?
FAITS & CHIFFRES
Le financement global de France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde et l’INA a atteint 3,8 milliards d’euros en 2023…
FAITS & CHIFFRES

Le financement global de France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde et l’INA a atteint 3,8 milliards d’euros en 2023 (Projet de loi de finances 2023 – Annexe “Médias”, 2023).

Un sondage Ifop d’octobre 2022 indique que 87 % des Français considèrent le service public audiovisuel comme important pour la démocratie (Ifop – “L’attachement des Français à l’audiovisuel public”, octobre 2022).

La suppression de la redevance audiovisuelle en 2022 a entraîné la perte de 3,7 milliards d’euros de recettes, compensée par le budget de l’État sans ressource dédiée (Cour des comptes – Rapport public annuel, 2023).

Chez les 15-24 ans, 60 % déclarent ne jamais regarder France Télévisions, préférant les plateformes numériques (Médiamétrie – “L’année TV 2023”, janvier 2024).

Le coût moyen du financement de l’audiovisuel public représentait 53 euros par Français en 2021 via la redevance (Ministère de la Culture – “Chiffres-clés de la culture et de la communication”, 2021).

La chaîne publique américaine PBS a bénéficié de 445 millions de dollars de fonds publics en 2023 (Corporation for Public Broadcasting – Budget 2023).

La NHK japonaise est financée par une redevance obligatoire de 115 euros par an et indépendante de l’impôt (NHK – Annual Report, 2023).

La BBC a perçu 3,8 milliards de livres de redevance en 2022-2023, soit 159 £ par foyer (BBC – Annual Report, 2023).

En Chine, la China Central Television est financée par l’État et rattachée à l’administration centrale, constituant un outil de soft power (Reporters sans frontières – “China’s Pursuit of a New World Media Order”, 2022).

En Corée du Sud, la KBS est financée à la fois par la publicité et par une redevance intégrée à la facture d’électricité, un système contesté (KBS – Annual Report, 2022).
FLOP Ni privatisation totale, ni statu quo : il faut recomposer profondément l’audiovisuel public. Fragmentée, redondante, coûteuse…
FLOP

Ni privatisation totale, ni statu quo : il faut recomposer profondément l’audiovisuel public. Fragmentée, redondante, coûteuse, peu lisible, l’offre actuelle ne correspond plus aux usages.

L’affaire Legrand / Cohen l’a montré : au lieu d’être perçu comme un rempart, le service public est fragilisé par les soupçons récurrents de collusion politique. Or ces crises ne seront pas réglées par la privatisation, mais par une refondation radicale.

Il faut un opérateur unique, agile, numérique, transparent, recentré sur une mission claire : informer, éduquer, créer. Avec une gouvernance ouverte — y compris aux citoyens — pour éviter justement que chaque rumeur ne se transforme en procès d’intention.

Réinventer, c’est créer une plateforme citoyenne de contenus publics, avec des formats innovants, une indépendance garantie par un financement transparent et une implication directe du public. Cela suppose de fusionner les entités, de supprimer les doublons, et de donner à l’Arcom des moyens réels de contrôle.

Autrement dit : transformer le scandale en électrochoc, non en prétexte à liquidation.
FLIP L’audiovisuel public doit être intégralement privatisé. Non par dogmatisme, mais par réalisme. Il appartient à un monde révolu…
FLIP

L’audiovisuel public doit être intégralement privatisé. Non par dogmatisme, mais par réalisme. Il appartient à un monde révolu. Autrefois pilier de la démocratie et de la culture commune, il est devenu coûteux, inadapté et désaligné avec les usages réels.

Qui regarde encore France 2 en 2025 ? Les jeunes générations ont déserté ces écrans. Les publics restants sont vieillissants. En maintenant ces structures, l’État subventionne un média pour ceux qui ne paient plus : ce n’est ni équitable, ni durable.

Le marché des contenus n’a jamais été aussi riche. Netflix, YouTube, Spotify, Twitch, TikTok offrent une diversité d’accès, de formats et de récits qui rendent obsolète la logique centralisée de l’audiovisuel public. Vouloir réguler la qualité de l’information ou “garantir” une production française ne nécessite pas forcément un opérateur d’État.

Surtout, les scandales récents illustrent combien la prétendue neutralité de ces médias est fragile. L’affaire Thomas Legrand / Patrick Cohen, filmés en privé avec des cadres socialistes et soupçonnés de collusion politique, alimente le sentiment que ces antennes ne sont pas indépendantes mais alignées sur une idéologie. Même si les journalistes contestent et invoquent la manipulation de vidéos volées, l’image qui reste est celle d’une connivence. En démocratie, l’apparence compte autant que la réalité : peut-on encore croire à l’impartialité d’un média financé par l’État ?

Dans un contexte de déficit chronique et de défiance généralisée, maintenir près de 4 milliards pour un média soupçonné de biais est intenable. Le pluralisme s’incarne mieux par la concurrence des plateformes privées que par un monopole public soupçonné d’être juge et partie.
FLAP Privatiser l’audiovisuel public serait une erreur stratégique majeure. En renonçant à ce pilier, on abandonnerait une garantie essentielle…
FLAP

Privatiser l’audiovisuel public serait une erreur stratégique majeure. En renonçant à ce pilier, on abandonnerait une garantie essentielle : celle d’un accès libre, universel et équitable à une information de qualité, à une culture non soumise à l’audience, et à une parole démocratique pluraliste.

Oui, il coûte cher. Mais c’est le prix de l’ambition collective. Dans un univers saturé de fake news et de guerres de propagande, avoir un espace non marchand est vital.

Certes, l’affaire Legrand / Cohen a jeté de l’huile sur le feu. Mais elle illustre d’abord la fragilité du climat médiatique : une conversation privée, filmée illégalement, peut être instrumentalisée politiquement pour discréditer tout un service. Faut-il vraiment juger l’ensemble de l’audiovisuel public sur des images sorties de leur contexte et diffusées par des acteurs militants ? Le vrai danger, c’est la surveillance généralisée où chaque mot devient une arme, pas l’existence d’un service public.

Au contraire, c’est précisément parce que ces soupçons existent qu’il faut renforcer le rôle et la transparence du service public. Seul un média indépendant, financé collectivement, peut affronter la défiance, avec des règles claires, des instances comme l’Arcom, et une gouvernance réformée.

Supprimer l’audiovisuel public reviendrait à livrer l’espace médiatique à Netflix, Google et TikTok. Autrement dit : à des logiques commerciales et étrangères.

« Rien ne sert de filmer, il faut diffuser à point, au bon endroit, au bon format » La Fontaine

BILLET L’affaire Thomas Legrand / Patrick Cohen n’est pas seulement un épisode médiatique de plus. Elle condense en une séquence filmée à la sauvette les contradictions profondes…
L’affaire Thomas Legrand / Patrick Cohen n’est pas seulement un épisode médiatique de plus. Elle condense en une séquence filmée à la sauvette les contradictions profondes de l’audiovisuel public : soupçons d’alignement politique, fragilité de l’impartialité perçue, instrumentalisation par les adversaires, défiance d’une partie croissante de l’opinion. Mais c’est aussi un révélateur d’une crise plus large : celle de la confiance dans la parole publique.

Tant que cette confiance n’est pas restaurée, l’audiovisuel public reste vulnérable. Pas seulement en France : partout, les démocraties affrontent le même dilemme. Comment maintenir un service audiovisuel universel, financé collectivement, alors que les plateformes captent les jeunes publics et que les finances publiques s’effritent ?

Regardons ailleurs.

– La BBC reste le modèle historique. Son budget annuel (3,8 milliards de livres en 2022-23) provient quasi intégralement d’une redevance obligatoire de 159 £. Elle produit des contenus d’une qualité indéniable, mais son indépendance est sans cesse contestée. Les polémiques sur sa couverture du Brexit ou de la guerre en Ukraine montrent que même la plus prestigieuse des institutions est accusée de biais, à droite comme à gauche. Pourtant, sa gouvernance (BBC Trust, Ofcom) et son obligation de pluralisme lui permettent de résister.

– La NHK japonaise repose sur une redevance obligatoire (environ 115 € par an), prélevée indépendamment de l’impôt. Ce financement dédié lui garantit une stabilité, mais ses liens étroits avec l’État suscitent des soupçons de proximité, en particulier sur les sujets diplomatiques ou sécuritaires.

– La PBS américaine fonctionne à l’opposé : un financement public limité (445 millions de dollars en 2023), complété par du mécénat, des fondations, des dons de particuliers. Résultat : une ligne éditoriale très centrée sur l’éducation et la culture, mais une fragilité chronique de son financement.

– En Allemagne, l’ARD et la ZDF bénéficient d’une redevance universelle de 18,36 € par mois et emploient près de 22 000 salariés. Elles produisent une offre riche, mais la lourdeur bureaucratique et les salaires élevés de leurs dirigeants font régulièrement scandale. L’opinion publique allemande reste attachée à ces médias, mais exige plus de transparence.

– En Italie, la RAI illustre les dérives possibles : soumise aux pressions directes des gouvernements successifs, elle est souvent perçue comme un instrument du pouvoir en place. Son budget (environ 1,8 milliard €) est important, mais sa réputation souffre d’un manque d’indépendance chronique.

Ces exemples montrent que le dilemme français est universel. Plus le financement est public, plus l’indépendance réelle doit être protégée par des garde-fous puissants. Plus le financement est privé ou hybride, plus la fragilité financière menace l’ambition culturelle.

La France a voulu trancher en supprimant la redevance en 2022, mais sans créer de ressource pérenne dédiée. Elle se retrouve avec le pire des deux mondes : une dépendance directe au budget de l’État, donc aux arbitrages politiques et budgétaires, et un soupçon accru de connivence.

Alors que faire ? Ni liquidation pure et simple, ni sanctuarisation aveugle. La seule voie crédible est la réinvention radicale

1. Un opérateur unique, numérique et agile.

Fusionner France Télévisions, Radio France, l’INA, France Médias Monde et Arte France dans un portail unique. Une seule identité visuelle, un seul site, une seule application mobile : l’équivalent d’un “Netflix public”. L’exemple de la BBC iPlayer ou de la plateforme allemande ARD Mediathek montre que ce basculement vers le numérique peut réussir.

2. Un financement dédié, transparent et stable.

Ni redevance à l’ancienne, perçue comme archaïque et injuste, ni subvention générale invisible. Mais une cotisation universelle, faible (2 ou 3 € par mois), fléchée vers le service public audiovisuel et inscrite clairement sur la feuille d’impôt. C’est le modèle allemand adapté à la France : visible, stable, indépendant des alternances politiques.

3. Une gouvernance ouverte aux citoyens.

L’indépendance ne se décrète pas. Elle se garantit par la transparence et la participation. Créer un Conseil de rédaction citoyen, composé de journalistes, de personnalités indépendantes et de citoyens tirés au sort, avec un droit de regard sur les grandes orientations éditoriales. L’Arcom doit voir ses pouvoirs renforcés, mais l’autorégulation citoyenne est la clé de la confiance.

4. Un écosystème distribué.

Le service public doit cesser d’être une citadelle fermée. Ouvrir 20 % du budget à des appels d’offres permanents pour des contenus produits par des universités, associations, youtubeurs, artistes indépendants. La PBS vit de cette logique d’ouverture ; la France peut l’institutionnaliser.

5. Des formats pensés pour le XXIe siècle.

Moins de chaînes linéaires, plus de flux éditoriaux à la demande. Moins d’animateurs stars, plus de médiateurs et de curateurs. Moins de talk-shows, plus de formats courts pédagogiques, interactifs, dialogués. L’exemple de BBC Bitesize (programmes éducatifs courts) ou des documentaires immersifs de NHK montre la voie.

6. Une intégration éthique de l’IA.

Ne pas laisser les GAFAM décider des résumés, traductions et hiérarchisations. Développer des outils publics d’IA pour contextualiser, fact-checker et rendre accessibles les contenus. L’audiovisuel public peut devenir un laboratoire de souveraineté numérique.

7. Un récit commun.

Enfin, au-delà de la technique, il faut redonner un sens à cet investissement collectif. Non pas “sauver France 2 ou France Inter”, mais créer une plateforme citoyenne des savoirs. Un espace où la société française peut se voir, se comprendre, débattre, sans être guidée par les logiques de l’audience ou des algorithmes privés.

L’affaire Legrand / Cohen a révélé combien la confiance est fragile. Chaque soupçon de connivence devient une crise nationale. La seule réponse crédible n’est pas la suppression, mais la réinvention radicale. C’est ce que les Britanniques, les Allemands, les Américains, les Japonais ont tous tenté à leur manière. La France doit s’en inspirer, mais aller plus loin : inventer un audiovisuel public du XXIe siècle, moins coûteux, plus transparent, plus citoyen, et plus utile que jamais.

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