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22 SEPTEMBRE 2025 (#91)

SOCIAL-PROGRESSISME : DÉNI DE RÉALITÉ ET BONNE CONSCIENCE ?

Le social-progressisme (la gauche en novlangue macroniste) affirme lutter pour la justice, l’égalité, le progrès. Cette posture n’est-elle pas, en réalité… ..
Le social-progressisme (la gauche en novlangue macroniste) affirme lutter pour la justice, l’égalité, le progrès. Cette posture n’est-elle pas, en réalité, une identité morale confortable, plus qu’un engagement effectif ? Être de gauche aujourd’hui, est-ce encore défendre les plus démunis, les plus faibles avec des idées populaires et progressistes ? Ou simplement affirmer qu’on est du bon côté de l’Histoire, sans toujours agir en conséquence ?
FAITS & CHIFFRES
31 % des 18–24 ans ont voté Jean-Luc Mélenchon au 1er tour de la présidentielle 2022, contre seulement 9 % des 70 ans et plus… ..
FAITS & CHIFFRES

31 % des 18–24 ans ont voté Jean-Luc Mélenchon au 1er tour de la présidentielle 2022, contre seulement 9 % des 70 ans et plus (Ipsos–Sopra Steria, 10 avril 2022).

Chez les retraités, Emmanuel Macron obtient 38 %, Marine Le Pen 25 %, et Mélenchon 11 % (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Chez les ouvriers, Marine Le Pen arrive en tête avec 36 %, suivie de Jean-Luc Mélenchon à 23 % (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Chez les cadres, Emmanuel Macron atteint 35 %, Jean-Luc Mélenchon 25 % (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Les diplômés Bac+3 et plus votent Mélenchon à 26 %, contre seulement 14 % parmi les “inférieur au bac” (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Du côté des revenus, Mélenchon recueille 28 % des suffrages chez ceux qui gagnent moins de 1 250 € par mois, mais seulement 18 % au-delà de 3 000 € (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Chez les demandeurs d’emploi, Mélenchon obtient 34 %, devant Marine Le Pen à 28 % (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Dans les communes de plus de 200 000 habitants, Mélenchon est à 23 % contre 20 % pour Le Pen ; dans les communes de moins de 2 000 habitants, Le Pen monte à 27 % et Mélenchon tombe à 20 % (Ipsos–Sopra Steria, 2022).

Aux législatives 2024, les 18–24 ans ont voté 48 % pour le Nouveau Front Populaire, contre 17 % pour le Rassemblement national (Ipsos–Talan / Public Sénat, 1er juillet 2024).

Chez les 25–34 ans, le Nouveau Front Populaire recueille 38 %, le RN 22 %, et la majorité présidentielle 14 % (Ipsos–Talan / Public Sénat, 2024).

FLOP. La gauche parle de morale parce qu’elle a définitivement perdu le peuple. La gauche française, c’est l’histoire tragique d’un basculement sociologique…
FLOP. La gauche parle de morale parce qu’elle a définitivement perdu le peuple.

La gauche française, c’est l’histoire tragique d’un basculement sociologique majeur : autrefois solidement ancrée dans les luttes sociales et les quartiers populaires, elle s’est progressivement muée en marqueur culturel de classes supérieures éduquées. Ce n’est plus une force de transformation sociale : c’est devenu un signe de distinction bourgeoise. On est « de gauche » comme on lit Libération, fréquente le théâtre subventionné, défend les minorités symboliques et mange bio. Mais plus jamais on ne défend concrètement les caissières, les agents d’entretien, les livreurs ou les aide-soignantes.

Ce glissement vers le moralisme cache une réalité sociologique cruelle : cette nouvelle gauche ne sait plus quoi dire au peuple français, et surtout, elle ne veut plus l’écouter. Elle parle systématiquement « au nom de » mais jamais « avec ». Elle a méthodiquement remplacé les ouvriers par les migrants dans son imaginaire, les salariés par les minorités dans ses priorités, les syndicats par les ONG dans ses structures. Elle a consciemment échangé la redistribution économique contre la diversité culturelle, la solidarité de classe contre la solidarité identitaire. Résultat prévisible : elle se congratule dans des dîners parisiens branchés mais perd systématiquement les élections populaires.

Prenez les symboles les plus frappants de cette dérive. Benoit Hamon qui fait campagne sur le revenu universel tout en habitant un quartier où le smic mensuel équivaut à peine au prix du mètre carré. Clémentine Autain qui dénonce les inégalités depuis l’Assemblée nationale tout en envoyant ses enfants dans les meilleures écoles privées. Yannick Jadot qui prône la sobriété énergétique tout en enchaînant les vols internationaux pour ses conférences écologistes. Cette gauche a gardé pieusement le vocabulaire de la justice sociale mais a totalement perdu le contact avec la réalité sociale.

Elle a aussi développé une addiction malsaine à l’indignation performative sur les réseaux sociaux. Être de gauche aujourd’hui, c’est souvent se contenter de « faire sa BA » numérique : partager le bon article, signer la bonne pétition, afficher le bon hashtag. Cette gauche croit sincèrement que dénoncer l’injustice sur Instagram équivaut à la combattre dans la vraie vie. Elle a gardé religieusement tous les mots sacrés de l’égalité, mais elle a complètement perdu le monde réel. Et ce n’est certainement pas une ligne de plus du RER B qui la ramènera vers les classes populaires qu’elle a abandonnées.

FLIP. La gauche contemporaine s’est transformée en posture de supériorité morale. Être de gauche aujourd’hui, c’est souvent revendiquer une position éthique plutôt…
FLIP. La gauche contemporaine s’est transformée en posture de supériorité morale.

Être de gauche aujourd’hui, c’est souvent revendiquer une position éthique plutôt que proposer un projet politique cohérent. Ce n’est plus un combat, c’est devenu une identité valorisante de classes supérieures qui se donnent bonne conscience à peu de frais. On est « de gauche » comme on est écolo, féministe, antiraciste, « du bon côté de l’Histoire ». Cette gauche se vit comme pure moralité, s’imaginant qu’avoir raison dispense de chercher des solutions.

Regardez cette gauche métropolitaine dans son habitat naturel : les grandes villes, les universités, les rédactions, les festivals subventionnés. Elle parle d’égalité tout en défendant un mode de vie ultra-individualiste et privilégié. Elle combat théoriquement la pauvreté depuis des lofts rénovés du Marais ou de Belleville. Elle veut « accueillir l’autre » mais habite soigneusement des quartiers sans tensions, où la mixité sociale se limite au choix entre épicerie bio et traiteur libanais. Anne Hidalgo milite pour les transports en commun tout en se déplaçant en voiture avec chauffeur. Sandrine Rousseau dénonce le patriarcat mais confie peut-être ses enfants à des nounous ?

Au lieu de chercher à comprendre et à convaincre, cette gauche bourgeoise méprise ceux qui pensent autrement. Elle confond bienveillance et paternalisme condescendant. Quand un ouvrier vote RN, elle ne se demande pas pourquoi : elle le traite d’idiot manipulé. Quand une banlieue bascule à droite, elle évoque la « fausse conscience » plutôt que ses propres aveuglements. Elle dénonce, donne des leçons morales, multiplie les hashtags indignés. Elle croit sincèrement que dire « je suis XYZ » sur Twitter équivaut à transformer le monde réel.

Pendant ce temps, les vrais problèmes restent intacts. Les inégalités explosent, les services publics se dégradent, les classes populaires galèrent. Mais peu importe : l’essentiel est d’afficher les bonnes valeurs, fréquenter les bonnes manifs, voter pour les bons candidats.

La gauche a transformé la politique en thérapie collective de classe privilégiée. Et les classes populaires, elles, partent massivement ailleurs ou s’abstiennent en masse, abandonnant définitivement une gauche qui les a abandonnées la première.

FLAP. Être de gauche, c’est assumer un idéal de justice, même s’il est imparfaitement tenu. Bien sûr que la gauche véhicule un imaginaire du « bon côté »…
FLAP. Être de gauche, c’est assumer un idéal de justice, même s’il est imparfaitement tenu.

Bien sûr que la gauche véhicule un imaginaire du « bon côté ». Mais faut-il vraiment s’en excuser ou s’en moquer ? Cette dimension morale n’est pas une faiblesse honteuse mais sa force historique fondamentale. Depuis deux siècles, la gauche a porté et incarné les grands combats éthiques de notre époque : abolition de l’esclavage, droits sociaux, émancipation des femmes, décolonisation, justice climatique, droits des minorités. Ce sentiment d’avoir raison moralement n’est pas une simple posture narcissique : c’est une mémoire collective de luttes concrètes qui ont effectivement changé le monde.

Oui, il existe parfois un décalage frustrant entre les principes affichés et les pratiques individuelles. Mais la droite n’a tout simplement pas ce « problème » : elle assume parfaitement d’agir par intérêt sans prétendre systématiquement faire le bien commun. La gauche, elle, se bat consciemment pour un monde plus juste, même si elle échoue régulièrement dans cette ambition. Cette exigence morale permanente, c’est précisément ce qui la distingue du cynisme ambiant et de la résignation générale. Sans cette volonté têtue d’être « du bon côté », que reste-t-il politiquement ? L’acceptation de l’injustice ? La normalisation de l’inégalité ?

Regardons les faits plutôt que les procès d’intention. Qui se mobilise massivement pour les réfugiés, les sans-papiers, les précaires ? Qui manifeste contre les violences policières, le réchauffement climatique, les discriminations ? Qui crée et anime les associations caritatives, les collectifs citoyens, les mouvements sociaux ? Majoritairement des gens de gauche, qui transforment effectivement leurs convictions en actions concrètes, souvent discrètes et ingrates.

Quant à la prétendue « inaction », elle touche en réalité tous les camps politiques. Mais la gauche au moins essaie, propose, questionne, dérange l’ordre établi. Elle peut être maladroite, excessive, parfois contre-productive, mais elle pousse la société vers plus de justice et d’égalité. Et dans un monde dominé par l’individualisme et la loi du plus fort, c’est déjà énorme. Plutôt une gauche imparfaite qui agit que le cynisme organisé ou la résignation complaisante.

"Être de gauche c'est être seul à avoir raison quand le peuple ne comprend rien" Robespierre

BILLET. Pendant longtemps, être de gauche, c’était choisir un camp clair et assumé. Celui des plus faibles contre les puissants établis…

BILLET. Pendant longtemps, être de gauche, c’était choisir un camp clair et assumé. Celui des plus faibles contre les puissants établis. Celui du progrès social contre tous les conservatismes. Celui des exploités contre les exploiteurs. C’était une direction politique évidente, un mouvement vers plus de justice et d’égalité réelles.

Mais aujourd’hui, la frontière s’est insidieusement déplacée : la gauche n’est plus une direction vers laquelle avancer, c’est devenu une position statique depuis laquelle on observe et on juge. Un lieu symbolique confortable depuis lequel on parle, on critique, on se rassure moralement. On est de gauche, donc on est automatiquement du bon côté. Point final. Le débat est clos avant même d’avoir réellement commencé, l’autocritique devient inutile.

Cette position morale confortable a un prix politique énorme : le décalage croissant entre les discours vertueux et les pratiques réelles, entre l’auto-perception éthique flatteuse et la réalité sociale vécue par la majorité. Cette gauche parle passionnément de solidarité mais peine dramatiquement à convaincre les classes populaires qu’elle prétend défendre. Elle dénonce rituellement toutes les discriminations mais se tait prudemment sur les déséquilibres sociaux concrets liés à l’école, au logement, à la mobilité géographique. Elle s’indigne bruyamment sur les plateaux télévisés, mais elle délègue systématiquement l’action à d’autres. Elle vote impeccablement bien, elle parle remarquablement bien, mais elle agit finalement très peu.

Être de gauche, si cela doit encore avoir un sens politique et pas seulement sociologique, doit redevenir une tension permanente, pas une évidence rassurante. Une confrontation exigeante avec soi-même et avec le réel, pas simplement une bannière identitaire à brandir. À quoi bon défendre abstraitement la justice si l’on refuse obstinément d’écouter et de comprendre ceux qui votent massivement pour les « mauvais » partis ? À quoi bon parler doctement d’égalité si l’on vit concrètement dans un entre-soi culturel et social parfaitement rassurant ?

La gauche française doit choisir : continuer à se penser vertueusement juste ou accepter de se rendre politiquement utile. Non pas renier lâchement ses idéaux historiques, mais accepter de les confronter à la complexité du réel. Sortir définitivement de la posture morale pour retourner concrètement vers le peuple qu’elle a perdu. 

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