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1er DÉCEMBRE 2025 (#131)
VALEUR ÉCONOMIQUE D'UNE ÉNERGIE INTERMITTENTE
(Ou les interrogations d’un néophyte)
En Europe, le prix de gros de l’électricité fonctionne selon un principe simple mais étonnant : c’est la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande qui fixe le prix pour tout le monde.
Concrètement, si une centrale au gaz démarre en dernier pour compléter l’approvisionnement, son coût élevé devient le prix que tous les producteurs reçoivent, même ceux qui produisent à moindre coût.
Ce système, conçu pour encourager l’efficacité, a montré ses limites durant la crise 2021-2023, alternant entre pics extrêmes et prix négatifs. D’où une réforme européenne visant à amortir cette dépendance au gaz via des contrats de long terme, des protections pour les consommateurs et de nouveaux mécanismes pour encourager la flexibilité.
Mais qu’est-ce que « vaut » vraiment un mégawattheure produit de façon variable et impossible à stocker facilement ? Le solaire arrive surtout à midi en été, l’éolien dépend du vent de façon imprévisible.
Sans solutions de flexibilité comme le stockage sur batteries, l’effacement de consommation ou des réseaux renforcés, leur valeur s’effondre quand ils produisent tous en même temps, créant des heures où le prix devient négatif. Ce phénomène a explosé en 2024-2025.
À l’inverse, lors des périodes sans vent ni soleil, le prix s’envole brutalement. Le vrai enjeu n’est donc pas simplement le coût de construction d’une centrale, mais sa valeur pour le système : à quel moment produit-elle, est-elle prévisible, garantit-elle une puissance stable selon sa situation géographique ?
Comment les règles du marché révèlent ou fabriquent cette valeur ?
Quelle est la valeur économique d’une énergie intermittente non stockable non prévisible ? Qui est prêt à payer et combien avec ce degré d’incertitude ? Le boulanger qui doit allumer son four tous les matins à 5h ? L’industriel qui ne peut plus arrêter sa cimenterie avant plusieurs heures une fois qu’il l’a lancée ?
Le solaire (cyclique) et l’éolien (aléatoire) ont-ils, par essence, une valeur différente que le reste du système pilotable ? Comment « tordre » le marché pour leur donner une valeur « utile » ?
La valeur d’un mégawattheure dépend moins de son coût de production que de sa contribution réelle au système électrique, à l’instant et au lieu précis où il est délivré. La tarification marginale européenne révèle un paradoxe frappant : une majorité de l’électricité produite à bas coût, notamment nucléaire et renouvelable, coexiste avec des prix de marché dictés par une minorité de centrales pilotables au gaz. La réforme de 2024 tente de corriger ce hiatus en stabilisant les revenus des producteurs et les factures des consommateurs via des contrats de long terme, mais le principe marginal demeure.
Soutenir massivement des énergies variables et non stockables produit deux effets contradictoires : d’un côté, elles abaissent le coût moyen et décarbonent le système ; de l’autre, elles se cannibalisent elles-mêmes en faisant chuter les prix quand elles produisent toutes simultanément, créant des heures à prix négatifs records en 2024-2025. À l’inverse, les périodes “dunkelflaute”, ces moments sans vent ni soleil, font exploser les prix par manque de production pilotable, valorisant extrêmement la capacité garantie et la flexibilité.
Solaire versus éolien : le solaire est cyclique et très prévisible à l’échelle de la journée, ce qui facilite la planification avec du stockage court terme sur batteries, l’effacement de consommation industrielle ou la modulation des barrages hydrauliques.
L’éolien est aléatoire, davantage corrélé aux régimes météorologiques lointains, avec des séquences longues de surplus ou de déficit. Le mythe selon lequel le vent souffle toujours quelque part en Europe est démenti par les faits : les événements “dunkelflaute” de novembre et décembre 2024 en Allemagne ont montré des effondrements de production éolienne sous 1,3 % de la capacité installée pendant plus de 30 heures, nécessitant des importations massives et provoquant des pics de prix à 900 euros par mégawattheure.
La France illustre ce double visage : en 2024-2025, l’abondance d’électricité bas-carbone a fait chuter les prix moyens, mais les heures négatives ont explosé, révélant un besoin massif de solutions de flexibilité, de réseaux renforcés et de règles pour répartir équitablement les coûts d’adaptation. Les gestionnaires de réseaux chiffrent près de 200 milliards d’euros d’investissements nécessaires d’ici 2040, tandis que les autorités financières rappellent que le coût global du système électrique dépasse de loin la somme des coûts individuels de construction.
La valeur systémique d’un mégawattheure renouvelable variable dépend fondamentalement de l’ensemble des infrastructures qui l’accompagnent : réseaux dimensionnés, stockage adapté, capacité d’effacer certaines consommations, et contrats longs pour sécuriser les investissements. C’est moins une opposition entre filières qu’une ingénierie complexe de la rareté et de l’abondance, où l’on doit rémunérer correctement la capacité garantie, la flexibilité temporelle et la prévisibilité de livraison.
Faut-il continuer à “tordre” le marché pour rémunérer ce qui n’a pas de valeur économique ou changer de priorités?
FLIP On conserve le principe de tarification marginale mais on le complète intelligemment : davantage de contrats de long terme directs entre producteurs et acheteurs pour sécuriser les revenus, une rémunération explicite de la capacité de production garantie et de la flexibilité, et des réseaux électriques dimensionnés pour absorber les flux. Le solaire et l’éolien demeureront centraux pour décarboner et abaisser la facture moyenne, leurs inconvénients se gérant par une régulation fine plutôt que par une rupture brutale du système.
La priorité est de combiner intelligemment marché de court terme et contrats de long terme, de lisser les risques financiers, de fiabiliser la livraison heure par heure et de mettre un prix correct à la disponibilité. Pas d’idéologie : organisons la complémentarité des sources, investissons massivement dans les infrastructures invisibles comme les réseaux et le stockage, et cessons de confondre coût de construction d’une centrale et valeur pour le système. Le marché marginal n’est pas le problème, c’est son manque d’accompagnement en flexibilité et en signaux de long terme qui pose question.
FLAP Le marché marginal fausse le signal économique : il surexpose les consommateurs à la volatilité du prix du gaz et sous-valorise systématiquement la disponibilité et la capacité garantie. En subventionnant des mégawattheures produits hors système par des contrats d’achat garanti sans responsabilité d’équilibrage, on fait payer collectivement les coûts des réseaux et du stockage tout en privatisant les profits.
Terminons avec ces illusions : sans mécanisme robuste de rémunération de la capacité, sans responsabilité d’équilibrage portée par les producteurs d’énergies variables, on détruit méthodiquement la valeur et on normalise l’instabilité. Repartons du service vendu au consommateur final, c’est-à-dire une puissance garantie aux heures utiles, pas un kilowattheure abstrait produit n’importe quand. Et n’ouvrons pas plus de capacités renouvelables variables que le système ne peut physiquement absorber. Les 200 milliards d’euros de réseaux annoncés ne sont pas une fatalité technique mais le symptôme d’une stratégie où l’on préfère étendre indéfiniment les infrastructures plutôt que dimensionner rationnellement la production.
FLOP On n’achète pas des mégawattheures abstraits, on achète des soirées d’hiver au chaud. L’électricité produite à midi en août ne chauffe personne en janvier. Gardez vos courbes sophistiquées et vos contrats complexes : nous voulons une puissance sûre disponible dans le pays, des prix stables toute l’année, et des réseaux qui tiennent. La prétendue magie du vent qui souffle toujours quelque part, on a donné.
La vraie valeur, c’est quand ça fonctionne au moment où on en a besoin, point final. Le reste, c’est de l’ingénierie de salon pour justifier l’injustifiable : payer des producteurs pour qu’ils arrêtent de produire ou importer à prix d’or quand le vent tombe partout simultanément. Simplifions : d’abord des centrales pilotables qu’on peut allumer et éteindre à volonté, ensuite des énergies variables dans la stricte limite de ce qu’on peut réellement gérer sans mettre le système en danger.
Les marchés européens ont enregistré 7 841 heures de prix négatifs durant les huit premiers mois de 2024, contre 6 428 sur l’année 2023 complète, avec des records en Finlande, Allemagne, France et Espagne. (Le Grand Continent, janvier 2025)
La France a connu 359 heures à prix négatif en 2024, soit plus du double par rapport à 2023, concentrées notamment en mai avec 133 heures, record absolu. (Alliance des énergies, juillet 2025)
Depuis le début 2025, la France cumule déjà 493 heures de prix négatifs ou nuls, représentant une explosion de 40 % par rapport à la même période en 2024. (Selectra, août 2025)
Le prix moyen sur le marché de gros est tombé à 34,2 euros par mégawattheure en 2024, le plus bas depuis 2020, reflétant une offre bas-carbone abondante mais aussi une dévalorisation croissante. (RTE, Bilan électrique 2024)
Au premier semestre 2024, les heures à prix négatifs ont représenté 235 heures, soit 5,4 % du temps, contre seulement 1,2 % jusqu’en 2022. (CRE, rapport sur les prix négatifs, novembre 2024)
Les prix négatifs ont coûté 80 millions d’euros à l’État au premier semestre 2024, car les producteurs sous contrat d’achat garanti continuent à produire même quand les prix s’effondrent. (L’Usine Nouvelle, janvier 2025)
RTE, le gestionnaire du réseau haute tension, prévoit environ 100 milliards d’euros d’investissements d’ici 2040 pour renforcer les lignes électriques et intégrer les nouvelles capacités renouvelables et nucléaires. (RTE, schéma décennal de développement)
Le Sénat chiffre à 96 milliards d’euros les investissements d’Enedis pour moderniser le réseau de distribution locale à l’horizon 2040, portant l’enveloppe totale à près de 200 milliards. (Rapport Sénat, 2024)
La Commission de régulation de l’énergie a lancé en 2024 une réforme des tarifs heures pleines et heures creuses pour déplacer les périodes avantageuses vers les moments de forte production solaire, effective au 1er novembre 2025. (CRE, consultation publique TURPE 7, octobre 2024)
La Cour des comptes rappelle que le coût du système électrique dans son ensemble dépasse largement la simple addition des coûts de chaque centrale, en raison des besoins massifs de flexibilité et de réseaux. (Cour des comptes, rapport sur les coûts du système électrique, décembre 2021)
L’Union européenne a adopté en mai 2024 une réforme majeure du marché de l’électricité encourageant les contrats de long terme entre producteurs et acheteurs pour réduire la dépendance aux prix volatils du gaz. (Conseil de l’UE, mai 2024)
L’Europe a enregistré 4 838 heures de prix négatifs en 2024, soit près du double des 2 442 heures de 2023, avec la Finlande en tête suivie de la Suède, des Pays-Bas et de l’Allemagne. (Montel Analytics via Selectra, août 2025)
Les prix de gros européens moyens ont chuté à 81 euros par mégawattheure en 2024, contre 227 euros en 2022, mais la volatilité persiste car le gaz continue de fixer le prix aux heures de pointe. (ACER, rapport 2024)
En Allemagne, les périodes dites dunkelflaute, c’est-à-dire sans vent ni soleil, de novembre et décembre 2024 ont provoqué des prix dépassant 900 euros par mégawattheure, nécessitant des importations d’électricité massives. (Timera Energy, janvier 2025)
L’Allemagne a vu sa production éolienne s’effondrer sous 1 gigawatt pendant plus de 30 heures en novembre 2024 malgré 78,5 gigawatts de capacité installée, soit moins de 1,3 % de son potentiel. (The European Scientist, interview JP Riou, décembre 2024)
Wood Mackenzie identifie en moyenne 1,6 événements dunkelflaute par an en Europe, avec une fréquence variant de 3 par an en Belgique à zéro au Portugal, et 41 % durant plus de 3 jours. (Wood Mackenzie, juillet 2025)
Les périodes sans vent prolongées, appelées sécheresses éoliennes, pourraient augmenter de 40 % dans les prochaines années selon une étude, posant un défi majeur pour la stabilité électrique. (NotebookCheck via AIE, août 2025)
La Commission européenne a démontré en 2022 que les centrales à gaz fixaient le prix environ 55 % du temps tout en ne produisant que 19 % de l’électricité, illustrant le paradoxe du système marginal. (JRC, 2022)
L’Agence internationale de l’énergie avertit que sans accélération de l’intégration par la flexibilité et les réseaux, jusqu’à 15 % de la production renouvelable prévue en 2030 pourrait être perdue ou écrêtée. (AIE, rapport Electricity 2025)
Les coûts d’intégration des énergies renouvelables variables, distincts de leur coût de construction, incluent les réseaux, l’équilibrage et les centrales de secours, formalisés depuis des années par les instances techniques internationales. (IEA Wind Task 25, documentation de référence)
“Le marché européen de l’électricité ? c’est comme un pêcheur qui vendrait toute sa prise au prix du dernier poisson sorti du filet : parfois espadon, parfois anchois. Voilà comment transformer un marché en loterie.. et tuer un beau métier” Leonard de Vinci
Ce système, qui reposait sur le “merit order”, avait une logique limpide. On appelait les centrales par ordre de coût croissant, et la dernière appelée fixait le prix de marché. Les producteurs efficaces étaient récompensés, les inefficaces poussés dehors, et le prix reflétait la réalité technique du moment. Tant que tous vendaient la même chose, cette mécanique libérale fonctionnait très bien.
Puis les renouvelables intermittents sont arrivés. Et une idée qui semblait brillante sur le papier a révélé une erreur conceptuelle que presque personne n’avait anticipée : on a mis en concurrence sur le même marché deux produits qui n’ont rien à voir. Le pilotable vend un service : de l’électricité garantie à la demande. L’intermittent vend une possibilité : de l’électricité produite quand les conditions le permettent. Ce n’est pas la même chose, même si les électrons sont identiques une fois injectés dans le réseau. L’erreur du système a été de confondre une quantité d’énergie produite avec une disponibilité garantie, un possibilité de produit avec un service fiable, une capacité de production avec une prestation rendue.
C’est cette confusion qui aujourd’hui crée la plupart des dysfonctionnements. Un mégawattheure produit en plein été à midi, quand la demande est faible, n’a pas la même valeur qu’un mégawattheure produit un soir d’hiver à 19 heures. Mais le marché, aveugle à la temporalité, les rémunère comme s’ils étaient substituables. Cette fiction économique a tenu tant que les volumes intermittents étaient faibles. Dès qu’ils deviennent massifs, elle explose.
Les années 2021-2023 ont agi comme un révélateur. Le marché a connu des pics extrêmes lorsque les centrales au gaz, très coûteuses, ont été sollicitées en dernier recours, puis des prix négatifs lorsque le solaire ou l’éolien ont inondé le réseau à des moments où personne n’avait besoin d’électricité. Le marché, conçu pour révéler un coût marginal cohérent, s’est mis à afficher tour à tour des prix aberrants, tantôt stratosphériques, tantôt négatifs. La réforme engagée par l’Union européenne tente de corriger ces à-coups en misant sur les contrats de long terme, les filets de sécurité pour les consommateurs et la flexibilité du réseau. Mais elle ne résout pas la question fondamentale : que vaut réellement un MWh produit de façon imprévisible et impossible à stocker en grande quantité ?
Sans stockage massif, sans effacement organisé, sans réseaux lourds capables d’absorber les débordements, l’électricité intermittente voit sa valeur s’effondrer dès qu’elle devient abondante. Et lorsqu’elle disparaît, son absence crée des tensions violentes. De fait, le marché ne mesure plus la valeur d’un service électrique fiable, mais la collision entre deux mondes incompatibles.
Les faits parlent d’eux-mêmes. En Europe, les prix négatifs de l’électricité se sont multipliés de façon spectaculaire : 7 841 heures entre janvier et août 2024, contre 6 428 sur l’ensemble de 2023. La France a suivi le même chemin avec 359 heures négatives en 2024, plus du double de l’année précédente. Et dès le début 2025, le pays en comptait déjà 493. Ces heures ne sont pas des “phases de réglage”. Ce sont les symptômes d’un marché qui rémunère une production dont personne n’a besoin au moment où elle arrive.
Les prix négatifs ont coûté 80 millions d’euros aux finances publiques françaises sur le seul premier semestre 2024, car les producteurs sous contrat subventionné sont payés même lorsque le marché s’effondre. À l’autre extrême, l’hiver 2024-2025 a montré ce qui se passe lorsque l’intermittent s’évanouit : lors d’une dunkelflaute prolongée, les 78,5 GW d’éolien allemands ont produit moins d’un gigawatt pendant plus de trente heures. Les prix ont bondi jusqu’à 900 euros le MWh. Les importations d’urgence sont devenues indispensables.
Le système oscille donc entre deux extrêmes pathologiques : trop d’électricité au mauvais moment, pas assez au moment critique. Entre ces deux pôles, il n’offre plus ce pour quoi il existe : fournir une puissance stable et prévisible. Pour masquer ces écarts, on multiplie les couches de solutions : renforcement des réseaux, stockage, rémunération de la flexibilité, contrats complexes. En France seulement, RTE estime à près de 200 milliards d’euros les investissements nécessaires dans les infrastructures d’ici 2040. Ce coût est présenté comme une fatalité technique. C’est en réalité le prix de notre refus d’assumer une évidence : l’électricité n’est pas un produit homogène, mais un service temporel.
On ne peut pas bâtir un système électrique moderne uniquement sur des énergies intermittentes dépourvues de pilotabilité. Cette affirmation devrait clore un débat qui, pourtant, refuse de mourir. L’Europe préfère réaménager les règles du marché plutôt que de reconnaître une erreur initiale : nous avons confondu la production annuelle d’énergie et la disponibilité horaire d’un service. Nous avons laissé croire qu’un mégawatt installé avait la même valeur indépendamment de sa nature, alors que seul compte le moment où il est capable de produire.
Le problème n’est pas de savoir comment tordre le marché marginal pour qu’il continue de fonctionner malgré l’intermittence. Le problème est d’accepter que le système rémunère aujourd’hui une fiction : l’idée qu’un MWh aléatoire pourrait être considéré comme un équivalent d’un MWh pilotable. Nous subventionnons la production opportuniste, puis nous socialisons les coûts colossaux nécessaires pour la transformer artificiellement en électricité utilisable.
Deux voies cohérentes existent pour corriger ce biais. La première consiste à séparer les marchés. D’un côté, un marché de la capacité garantie, réservé aux technologies pilotables – nucléaire, hydraulique, gaz décarboné –, rémunéré en euros par mégawatt de puissance disponible, avec des pénalités lourdes en cas d’indisponibilité. De l’autre, un marché de l’énergie variable, où l’éolien et le solaire sont rémunérés pour ce qu’ils livrent réellement : des MWh non garantis, à bas prix, et à condition d’assumer les coûts d’intégration qu’ils provoquent. Cette architecture reflète enfin la réalité physique : la valeur se trouve dans la disponibilité, pas dans les mégawatts théoriques.
La deuxième option consiste à garder un marché unique, mais à imposer à tous les producteurs de vendre le même produit : de l’électricité disponible à la demande. Cela oblige les producteurs intermittents à investir dans du stockage, à contracter avec du pilotable en soutien ou à développer des capacités d’effacement qu’ils garantissent eux-mêmes. La règle devient simple : si vous produisez de l’électricité, vous devez être capable d’en garantir la continuité, 24 heures sur 24. Ce principe transforme radicalement l’économie des renouvelables : lorsque le système est saturé en solaire ou en éolien, ceux-ci cessent mécaniquement d’être rentables. Le signal devient enfin sain.
On objecte souvent que si l’on impose ces contraintes, plus personne n’investira dans l’éolien ou le solaire. Mais cette objection s’effondre dès qu’on l’examine. Dans certains pays, le solaire couplé au stockage est déjà économiquement viable sans subvention, notamment en Californie, au Texas ou en Australie. Les batteries ont vu leurs coûts chuter de 90 % en quinze ans, et les innovations autour du stockage se multiplient. Mais il faut aussi rappeler que l’intermittent actuel n’est rentable que parce qu’il bénéficie de subventions massives : tarifs garantis, contrats d’achat, compensation lors des prix négatifs, prise en charge publique des coûts réseau. Dire que rendre l’intermittent responsable de sa livraison le rendrait non profitable revient à reconnaître qu’il ne l’est déjà pas sans soutien extérieur.
Et si vraiment l’intermittent ne peut pas être rentable en assumant la responsabilité d’un service continu, alors c’est le signe qu’il n’a pas de valeur systémique réelle. L’électricité n’est pas un domaine où l’on peut se permettre d’ignorer les contraintes physiques. C’est un service vital, pas un exercice de style technologique.
Il faut aussi reconnaître que d’autres technologies, notamment le nucléaire, bénéficient de mécanismes de soutien. Mais la différence est simple : elles garantissent la disponibilité. Elles offrent un service complet, pas un flux aléatoire.
Enfin, un marché qui rémunère correctement la disponibilité plutôt que la production incitera naturellement l’innovation à se diriger vers les technologies qui apportent cette disponibilité : stockage de longue durée, hydraulique de pompage, réseaux intelligents, nucléaire modulaire. Aujourd’hui, nous finançons surtout la baisse du coût des panneaux solaires ou des éoliennes, pas les solutions qui corrigeraient leur intermittence.
La libéralisation du marché européen de l’électricité n’était pas une erreur. L’erreur a été d’imaginer que des sources pilotables et des sources intermittentes pouvaient être mises en concurrence comme si elles vendaient le même produit. C’était ignorer la nature réelle du service électrique : la disponibilité au moment critique.
Deux chemins existent désormais : créer des marchés séparés pour la capacité garantie et l’énergie variable, ou conserver un marché unique mais exiger que tous vendent la même chose, une électricité disponible à la demande. Dans les deux cas, l’intermittent doit assumer son intermittence, soit en la compensant lui-même, soit en payant ceux qui peuvent le faire.
Si cette exigence le rend non profitable, la question initiale trouve sa réponse : la valeur économique d’une énergie intermittente non stockable et non prévisible est trop faible pour justifier son rôle actuel sans un socle pilotable robuste.
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