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31 JANVIER 2026

DONALD TRUMP, LA REVANCHE AMÉRICAINE

Revenir à la Maison Blanche après avoir quitté Washington sous les accusations les plus graves jamais portées contre un ancien président américain, ce n’est pas seulement remporter une élection. C’est accomplir un retour que tous les observateurs politiques jugeaient impossible le 6 janvier 2021. C’est transformer quatre inculpations pénales en arguments de campagne…
Revenir à la Maison Blanche après avoir quitté Washington sous les accusations les plus graves jamais portées contre un ancien président américain, ce n’est pas seulement remporter une élection. C’est accomplir un retour que tous les observateurs politiques jugeaient impossible le 6 janvier 2021. C’est transformer quatre inculpations pénales en arguments de campagne. C’est convertir une condamnation pour falsification de documents comptables en martyrologie politique.

Lorsque Donald Trump prête serment le 20 janvier 2025, il devient le 47e président des États-Unis — et le premier depuis Grover Cleveland en 1893 à conquérir deux mandats non consécutifs. Son parcours et son action révèlent une vérité inconfortable sur la démocratie américaine : dans un système où le spectacle prime sur le programme, où l’émotion écrase l’analyse, le talent de showman peut l’emporter sur tout le reste.
SON ENFANCE NEW-YORKAISE… Donald John Trump naît le 14 juin 1946 à l’hôpital de Jamaica dans le Queens, quatrième des cinq enfants de Fred Trump et Mary Anne MacLeod Trump. Son père, fils d’immigrants allemands, a bâti un empire immobilier modeste mais solide dans les quartiers populaires de New York — Queens, Brooklyn, Staten Island — en construisant des logements pour la classe moyenne. Sa mère, immigrée écossaise arrivée seule aux États-Unis à dix-sept ans en 1930 avec cinquante dollars en poche, a d’abord travaillé comme domestique avant de rencontrer Fred Trump et de l’épouser en 1936…
SON ENFANCE NEW-YORKAISE… Donald John Trump naît le 14 juin 1946 à l’hôpital de Jamaica dans le Queens, quatrième des cinq enfants de Fred Trump et Mary Anne MacLeod Trump. Son père, fils d’immigrants allemands, a bâti un empire immobilier modeste mais solide dans les quartiers populaires de New York — Queens, Brooklyn, Staten Island — en construisant des logements pour la classe moyenne. Sa mère, immigrée écossaise arrivée seule aux États-Unis à dix-sept ans en 1930 avec cinquante dollars en poche, a d’abord travaillé comme domestique avant de rencontrer Fred Trump et de l’épouser en 1936. La famille vit dans le confort bourgeois de Jamaica Estates, un quartier résidentiel aisé du Queens. Fred Trump n’est pas un aristocrate de Manhattan, mais un entrepreneur besogneux qui a fait fortune en construisant des milliers d’appartements avec le soutien des programmes fédéraux de logement d’après-guerre.

L’atmosphère familiale est compétitive, presque darwinienne. Fred répète inlassablement à ses fils qu’ils doivent être des « killers », des « rois » dans leur domaine. La faiblesse n’est pas tolérée. L’échec encore moins. Le jeune Donald manifeste très tôt un tempérament difficile. Son père le décrira plus tard comme « un garçon assez rude quand il était petit ». À treize ans, ses problèmes de comportement conduisent ses parents à l’inscrire à la New York Military Academy, un pensionnat militaire situé au nord de la ville. L’adolescent y découvre la discipline, les uniformes, la hiérarchie — mais aussi le sport, où il excelle, particulièrement au baseball.

Cette expérience forge chez lui un goût pour l’autorité et l’ordre qui ne le quittera jamais, même s’il n’accomplira pas lui-même de service militaire : entre 1964 et 1972, il bénéficiera de cinq reports de conscription, dont le dernier pour « éperons osseux » au pied, un diagnostic aujourd’hui contesté. Après un passage à Fordham University, Trump intègre la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, dont il sort diplômé en économie en 1968. Ce diplôme prestigieux lui servira toute sa vie de caution intellectuelle, qu’il brandira régulièrement comme preuve de son génie supposé.

Dès 1968, il rejoint l’entreprise familiale, Trump Management, où il collecte les loyers et supervise les réparations dans les immeubles de son père pendant cinq ans. Mais le jeune Trump rêve de Manhattan, pas des HLM du Queens. En 1971, il s’installe dans un studio de la Upper East Side et commence à prospecter dans le centre de New York. Son père le nomme président de l’entreprise familiale, rebaptisée Trump Organization, tout en restant lui-même chairman et pourvoyeur de fonds.

Car c’est là le secret de l’ascension de Donald : l’argent paternel, les connexions politiques de Fred Trump dans le Parti démocrate de Brooklyn, et les garanties financières qu’il apporte aux banquiers réticents.

Le premier coup d’éclat arrive en 1976. Trump négocie la transformation du Commodore Hotel, un bâtiment délabré près de Grand Central Station, en Grand Hyatt Hotel. L’opération est un chef-d’Å“uvre de lobbying : il obtient de la ville de New York un abattement fiscal de quarante ans — initialement évalué à quatre millions de dollars par an, mais qui atteindra quatre cents millions de dollars sur la durée grâce à l’inflation immobilière. Sans cette générosité publique, l’opération n’aurait jamais été rentable. Trump présente néanmoins ce succès comme la preuve de son génie personnel, occultant méthodiquement le rôle des subventions publiques et du capital familial.
L’EMPIRE DES APPARENCES… Les années 1980 marquent l’apogée de la légende Trump. En 1983, il inaugure Trump Tower sur la Cinquième Avenue, un gratte-ciel de cinquante-huit étages doté d’un atrium spectaculaire recouvert de marbre rose et traversé par une cascade de dix-huit mètres. L’immeuble abrite des boutiques de luxe, des bureaux et des appartements dont Trump conserve le penthouse de trois étages pour lui-même…
L’EMPIRE DES APPARENCES… Les années 1980 marquent l’apogée de la légende Trump. En 1983, il inaugure Trump Tower sur la Cinquième Avenue, un gratte-ciel de cinquante-huit étages doté d’un atrium spectaculaire recouvert de marbre rose et traversé par une cascade de dix-huit mètres. L’immeuble abrite des boutiques de luxe, des bureaux et des appartements dont Trump conserve le penthouse de trois étages pour lui-même. Trump Tower devient son quartier général, sa vitrine, le symbole de sa réussite. Il y installe les studios de ce qui deviendra son émission de télé-réalité, créant une confusion délibérée entre le décor et la réalité. En 1985, Trump acquiert Mar-a-Lago, le domaine légendaire de Palm Beach construit dans les années 1920 par l’héritière des céréales Post. Cette propriété de cent vingt-huit pièces, qu’il transformera plus tard en club privé, devient sa résidence secondaire puis, après 2019, sa résidence principale et le centre de gravité de son mouvement politique.

Mais c’est à Atlantic City que Trump joue son va-tout — et révèle les limites de son modèle économique. Entre 1984 et 1990, il ouvre trois casinos gigantesques : Trump Plaza en 1984, Trump’s Castle en 1985, et le Trump Taj Mahal en 1990. Ce dernier, présenté comme « la huitième merveille du monde », coûte près d’un milliard de dollars, financé principalement par des obligations à haut risque (junk bonds) à 14 % d’intérêt. Le pari est insensé : pour atteindre l’équilibre, le casino devrait générer plus d’un million de dollars de recettes par jour — un niveau jamais atteint par aucun établissement au monde à l’époque. La catastrophe ne tarde pas. En 1990, alors qu’une récession frappe l’économie américaine, Trump se retrouve avec 3,4 milliards de dollars de dettes, dont 832 millions garantis personnellement. Ses trois casinos d’Atlantic City font faillite successivement : le Taj Mahal en 1991, puis Trump Plaza et Trump Castle en 1992. Le Plaza Hotel de Manhattan, acheté 407 millions de dollars en 1988, suit le même chemin. En tout, les entreprises de Trump connaîtront six faillites entre 1991 et 2009.

Comment survit-il ? Par une combinaison d’audace, de bluff et de complaisance bancaire. Les créanciers, confrontés à la perspective de pertes colossales, préfèrent restructurer les dettes plutôt que de liquider les actifs. Trump conserve son nom sur les bâtiments — sa seule vraie valeur — en échange de participations minoritaires et de la renonciation à tout rôle opérationnel. En 1995, il introduit sa société de casinos en bourse, transférant ainsi le risque aux actionnaires. Au total, les investisseurs en actions et obligations de Trump Entertainment Resorts perdront plus de 1,5 milliard de dollars. Trump, lui, continue de percevoir des millions en salaires et honoraires. « J’ai utilisé les lois de ce pays pour réduire ma dette », expliquera-t-il plus tard sans embarras. « On prend l’entreprise, on la met en faillite, on négocie avec les banques. Ce n’est pas personnel, c’est juste du business. » Cette phrase résume une philosophie : privatiser les gains, socialiser les pertes, et ne jamais s’excuser.

C’est alors qu’intervient le miracle télévisuel. En 2002, le producteur britannique Mark Burnett, créateur du succès mondial Survivor, approche Trump pour un nouveau concept d’émission : un concours où des candidats s’affronteraient pour décrocher un emploi dans l’empire Trump. Bien que sceptique — Trump considère alors la télé-réalité comme un genre « pour les rebuts de la société » — il accepte à condition d’incarner lui-même le patron tout-puissant. The Apprentice débute en janvier 2004 et devient instantanément un phénomène. La première saison attire 20,7 millions de téléspectateurs en moyenne. La finale réunit 41,5 millions d’Américains, le meilleur score de l’année après le Super Bowl. Trump improvise le slogan qui deviendra sa marque de fabrique : « You’re fired! » (Vous êtes viré !). L’émission lui rapportera plus de 400 millions de dollars sur quatorze saisons, selon le New York Times — un pactole qui le sauve financièrement et reconstruit son image ternie.

Car The Apprentice accomplit un prodige : elle transforme un homme d’affaires aux multiples faillites en incarnation de la réussite capitaliste. Chaque semaine, des millions d’Américains voient Trump trancher, décider, régner depuis sa salle de conseil d’administration — un décor entièrement fabriqué dans Trump Tower. L’émission crée une version « hautement flatteuse, hautement fictionnalisée » de sa personne, selon le New York Times. Cette fiction deviendra la réalité pour une grande partie de l’électorat américain.
AMERICA FIRST… La marque de fabrique de Donald Trump tient en deux mots : « America First ». Ce slogan, emprunté au mouvement isolationniste qui s’opposa à l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, résume une vision du monde fondée sur la confrontation permanente : les États-Unis contre le reste du monde, les Américains « de souche » contre les immigrés, le peuple contre les élites, le bon sens contre l’expertise. Trump annonce sa candidature à la présidence le 16 juin 2015 dans le hall de Trump Tower…
AMERICA FIRST… La marque de fabrique de Donald Trump tient en deux mots : « America First ». Ce slogan, emprunté au mouvement isolationniste qui s’opposa à l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, résume une vision du monde fondée sur la confrontation permanente : les États-Unis contre le reste du monde, les Américains « de souche » contre les immigrés, le peuple contre les élites, le bon sens contre l’expertise.

Trump annonce sa candidature à la présidence le 16 juin 2015 dans le hall de Trump Tower. Son discours inaugural donne le ton : « Quand le Mexique envoie ses gens, il n’envoie pas les meilleurs. Il envoie des gens qui ont beaucoup de problèmes… Ils apportent de la drogue, ils apportent du crime, ce sont des violeurs. » Cette rhétorique anti-immigrés, jugée disqualifiante par l’establishment républicain, s’avère au contraire électoralement puissante. Elle cristallise les ressentiments d’une Amérique blanche et rurale qui se sent dépossédée par la mondialisation et le changement démographique. Contre toute attente, Trump écrase ses seize rivaux lors des primaires républicaines, puis défait Hillary Clinton le 8 novembre 2016 grâce au système du collège électoral — tout en perdant le vote populaire de près de trois millions de voix.

Il prête serment le 20 janvier 2017, devenant le premier président américain sans aucune expérience politique ou militaire préalable. Son premier mandat se caractérise par une combinaison de ruptures spectaculaires et de continuités souterraines. Sur le plan économique, Trump signe en décembre 2017 une réforme fiscale massive qui réduit le taux d’imposition des sociétés de 35 % à 21 % — un cadeau de 1 500 milliards de dollars aux entreprises, financé par le creusement du déficit fédéral. Les marchés financiers s’envolent, le chômage continue de baisser selon la tendance héritée de l’administration Obama, et Trump s’en attribue tout le mérite.

Sur le plan judiciaire, il transforme durablement la Cour suprême en y nommant trois juges conservateurs : Neil Gorsuch en 2017, Brett Kavanaugh en 2018, et Amy Coney Barrett en 2020. Cette dernière nomination, intervenue à quelques semaines de l’élection présidentielle après le décès de Ruth Bader Ginsburg, rompt avec le précédent établi par les républicains eux-mêmes en 2016, lorsqu’ils avaient refusé d’examiner le candidat d’Obama au motif que l’élection approchait. Cette majorité conservatrice de 6 contre 3 annulera en 2022 l’arrêt Roe v. Wade garantissant le droit à l’avortement depuis 1973.

En politique étrangère, Trump rompt avec le multilatéralisme de ses prédécesseurs. Il retire les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, de l’accord nucléaire iranien, du Partenariat transpacifique. Il renégocie l’ALENA avec le Canada et le Mexique, obtenant un nouvel accord (USMCA) aux modifications marginales. Il impose des droits de douane massifs sur les importations chinoises, déclenchant une guerre commerciale qui perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales sans réduire significativement le déficit commercial américain.

Plus spectaculairement, il rencontre à trois reprises le dictateur nord-coréen Kim Jong Un — une première pour un président américain en exercice — sans obtenir le moindre progrès concret sur la dénucléarisation.

Il négocie les Accords d’Abraham, normalisant les relations entre Israël et plusieurs États arabes (Émirats, Bahreïn, Soudan, Maroc), une avancée diplomatique réelle même si elle contourne plutôt qu’elle ne résout la question palestinienne.

Mais le premier mandat Trump restera surtout marqué par ses crises. L’enquête du procureur spécial Robert Mueller, menée de 2017 à 2019, établit que la Russie est intervenue dans l’élection de 2016 pour favoriser Trump, et que le président a tenté à de multiples reprises d’entraver l’enquête — sans toutefois conclure à une coordination directe entre la campagne Trump et Moscou. En décembre 2019, la Chambre des représentants vote la première mise en accusation (impeachment) de Trump pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès, après qu’il ait tenté de conditionner l’aide militaire à l’Ukraine à l’ouverture d’une enquête sur son rival Joe Biden. Le Sénat républicain l’acquitte en février 2020.

Puis vient la pandémie de Covid-19. La gestion de Trump — minimisation initiale de la menace, promotion de remèdes non prouvés, conflits permanents avec les experts sanitaires, refus de porter un masque — devient un facteur majeur de la polarisation américaine. Les États-Unis enregistrent proportionnellement l’un des taux de mortalité les plus élevés des pays développés.

Parallèlement, l’administration finance avec succès le développement accéléré de vaccins via l’opération Warp Speed, une réussite que Trump revendiquera — tout en alimentant ensuite le scepticisme vaccinal de sa base.
LE 6 JANVIER ET APRÈS… Le 3 novembre 2020, Donald Trump perd l’élection présidentielle face à Joe Biden par 306 voix contre 232 au collège électoral, et par plus de sept millions de voix au scrutin populaire. Cette défaite, claire selon tous les standards électoraux américains, il refuse de la reconnaître. Pendant deux mois, il multiplie les recours judiciaires — plus de soixante, tous rejetés, y compris par des juges qu’il a lui-même nommés — et martèle que l’élection lui a été « volée » par une fraude massive…
LE 6 JANVIER ET APRÈS… Le 3 novembre 2020, Donald Trump perd l’élection présidentielle face à Joe Biden par 306 voix contre 232 au collège électoral, et par plus de sept millions de voix au scrutin populaire. Cette défaite, claire selon tous les standards électoraux américains, il refuse de la reconnaître.

Pendant deux mois, il multiplie les recours judiciaires — plus de soixante, tous rejetés, y compris par des juges qu’il a lui-même nommés — et martèle que l’élection lui a été « volée » par une fraude massive. Le 6 janvier 2021, jour où le Congrès doit certifier la victoire de Biden, Trump rassemble ses partisans à Washington pour un meeting devant la Maison Blanche. « Si vous ne vous battez pas comme des diables, vous n’aurez plus de pays », leur lance-t-il. Des milliers de manifestants marchent ensuite vers le Capitole et y font irruption par la force, interrompant la session de certification. Cinq personnes meurent dans les violences. Des élus se terrent dans les bunkers du bâtiment.

Pour la première fois depuis 1814, le siège du Congrès américain est envahi. Une semaine plus tard, la Chambre des représentants vote une seconde mise en accusation de Trump pour « incitation à l’insurrection » — dix républicains se joignant aux démocrates. Le Sénat, qui ne se prononce qu’après la fin du mandat, l’acquitte de nouveau, sept républicains votant toutefois pour la condamnation, le score le plus élevé jamais atteint contre un président de son propre parti.

Trump quitte Washington le 20 janvier 2021 sans assister à l’investiture de son successeur, brisant une tradition de transition pacifique vieille de plus de deux siècles. Il devient le premier président depuis Andrew Johnson en 1869 à boycotter l’inauguration de son successeur. « L’idée qu’il revienne à la présidence n’était même pas une possibilité lointaine », se souviendra l’animatrice Megyn Kelly. « Une impossibilité totale pour tout le monde, sauf pour Trump. » C’est pourtant exactement ce qui se produit.

Depuis Mar-a-Lago, Trump consolide son emprise sur le Parti républicain, éliminant méthodiquement les élus qui ont voté pour son impeachment ou qui contestent le récit du « vol électoral ». En novembre 2022, il annonce sa candidature pour 2024 — alors même que les candidats qu’il a soutenus aux élections de mi-mandat viennent de subir des revers significatifs.

Puis les inculpations s’accumulent. En mars 2023, Trump devient le premier ancien président américain inculpé pénalement — à New York, pour falsification de documents comptables liés au paiement de 130 000 dollars à une actrice pornographique avant l’élection de 2016. En juin, le procureur spécial Jack Smith l’inculpe en Floride pour rétention illégale de documents classifiés. En août, nouvelle inculpation fédérale à Washington pour sa tentative de renverser les résultats de 2020. Le même mois, inculpation en Géorgie pour complot visant à invalider les résultats de cet État. Quatre inculpations, quatre-vingt-onze chefs d’accusation au total. N’importe quel autre homme politique aurait été anéanti. Trump transforme chaque comparution en spectacle médiatique, chaque mise en examen en preuve de la « chasse aux sorcières » dont il serait victime. Sa photo d’identification judiciaire (mugshot), prise en Géorgie en août 2023, devient un article de merchandising. À chaque nouvelle inculpation, les dons à sa campagne explosent. En mai 2024, un jury new-yorkais le déclare coupable des trente-quatre chefs d’accusation de falsification de documents comptables. Trump devient le premier ancien président américain condamné pénalement.

Sa réaction : « Le vrai verdict sera rendu le 5 novembre par le peuple. » Il a raison. Le 5 novembre 2024, Donald Trump remporte l’élection présidentielle face à la vice-présidente Kamala Harris avec 312 grands électeurs contre 226. Il gagne tous les États pivots : Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin, Arizona, Nevada, Géorgie, Caroline du Nord. Pour la première fois, il remporte également le vote populaire. Les sondages de sortie montrent qu’il a progressé parmi les électeurs hispaniques et les jeunes hommes noirs — des groupes traditionnellement acquis aux démocrates. « Nous avons surmonté des obstacles que personne ne pensait que nous pourrions surmonter », déclare-t-il dans son discours de victoire. « Ce sera vraiment l’âge d’or de l’Amérique. »

« Soit vous gagnez, soit vous perdez. Il n'y a pas d'entre-deux... »
« Soit vous gagnez, soit vous perdez. Il n'y a pas d'entre-deux. »

LE BILAN… Le 20 janvier 2025, Donald Trump prête serment comme 47e président des États-Unis dans la rotonde du Capitole — à l’intérieur, en raison du froid glacial, comme Ronald Reagan en 1985. Dans son discours inaugural, il proclame que « l’âge d’or de l’Amérique commence maintenant » et déclare le 20 janvier « jour de la Libération » pour les citoyens américains. Il annonce ses priorités immédiates : sécurité des frontières, tarifs douaniers, augmentation de la production énergétique, et création du « Département de l’Efficacité gouvernementale » (DOGE) confié à Elon Musk…
LE BILAN… Le 20 janvier 2025, Donald Trump prête serment comme 47e président des États-Unis dans la rotonde du Capitole — à l’intérieur, en raison du froid glacial, comme Ronald Reagan en 1985. Dans son discours inaugural, il proclame que « l’âge d’or de l’Amérique commence maintenant » et déclare le 20 janvier « jour de la Libération » pour les citoyens américains. Il annonce ses priorités immédiates : sécurité des frontières, tarifs douaniers, augmentation de la production énergétique, et création du « Département de l’Efficacité gouvernementale » (DOGE) confié à Elon Musk.

Quelques heures après son investiture, il gracie environ 1 500 personnes inculpées ou condamnées pour leur participation à l’assaut du 6 janvier 2021, y compris les dirigeants des Proud Boys et des Oath Keepers condamnés pour conspiration séditieuse. Cette décision, qui efface les conséquences judiciaires de l’attaque contre le Capitole, est condamnée par les forces de l’ordre et les procureurs qui ont travaillé sur ces dossiers comme un signal dangereux : tant que votre candidat gagne, la violence politique contre les institutions peut rester impunie.

Que retenir de ce parcours ? D’abord, la démonstration éclatante que le système politique américain peut être « hacké » par un communicant de génie. Trump n’a pas gagné malgré ses outrances, ses mensonges documentés par milliers, ses faillites en série, ses inculpations pénales. Il a gagné grâce à eux, en transformant chaque attaque en preuve de son authenticité, chaque scandale en confirmation du complot des élites contre le peuple.

Ensuite, la confirmation que la politique du spectacle a définitivement supplanté la politique des programmes. The Apprentice n’a pas seulement sauvé Trump financièrement dans les années 2000 ; elle a formaté l’électorat américain à le voir comme l’incarnation de la réussite et de l’autorité. La frontière entre réalité et fiction s’est effacée. Le personnage télévisuel est devenu la réalité politique.

Enfin, l’illustration des limites de la démocratie face au populisme autoritaire. Trump a contesté les résultats électoraux, tenté de renverser une élection, incité une foule à envahir le Congrès — et quatre ans plus tard, les électeurs l’ont renvoyé au pouvoir. Ce qui était censé le disqualifier l’a renforcé. Le système des contre-pouvoirs, qui avait tenu pendant son premier mandat, sera-t-il aussi robuste durant le second ? À soixante-dix-huit ans, Donald Trump est le président américain le plus âgé jamais élu. Il a survécu à deux tentatives d’assassinat pendant sa campagne de 2024, dont une en Pennsylvanie où une balle lui a effleuré l’oreille. « J’ai été sauvé par Dieu pour rendre sa grandeur à l’Amérique », affirme-t-il désormais. Son héritage le plus durable n’est peut-être pas politique mais culturel : il a démontré qu’aux États-Unis du XXIe siècle, la notoriété vaut programme, l’audace vaut compétence, et la volonté de puissance peut triompher de toutes les normes.

Que l’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, cette leçon restera. Dans un entretien récent, il résumait sa philosophie : « La seule chose qui compte, ce sont les audiences. Si vous avez les audiences, vous pouvez être la personne la plus méchante et la plus horrible du monde. » Il aura fallu The Apprentice pour forger cette conviction. Il aura fallu la présidence pour la valider.

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