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7 FÉVRIER 2026

XI JINPING, L'EMPEREUR ROUGE

Diriger la Chine, deuxième puissance économique mondiale et nation de 1,4 milliard d’habitants, ce n’est pas seulement gérer une économie colossale. C’est façonner le destin d’un cinquième de l’humanité, peser sur l’équilibre géopolitique planétaire, et incarner un modèle de gouvernance qui se pose en alternative au libéralisme occidental. Lorsque Xi Jinping accède au pouvoir suprême en novembre 2012, il comprend immédiatement que la question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de la survie du Parti communiste chinois…
Diriger la Chine, deuxième puissance économique mondiale et nation de 1,4 milliard d’habitants, ce n’est pas seulement gérer une économie colossale. C’est façonner le destin d’un cinquième de l’humanité, peser sur l’équilibre géopolitique planétaire, et incarner un modèle de gouvernance qui se pose en alternative au libéralisme occidental. Lorsque Xi Jinping accède au pouvoir suprême en novembre 2012, il comprend immédiatement que la question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de la survie du Parti communiste chinois. Comment diriger un si grand pays dans un monde où l’information circule, où les inégalités explosent, où la corruption gangrène l’appareil d’État ? Son parcours et son action apportent une réponse singulière, à la fois stratégique, réaliste et idéologique Brutale aussi.
SON ENFANCE CHINOISE… Xi Jinping naît le 15 juin 1953 à Pékin, dans une Chine encore marquée par les soubresauts de la révolution communiste victorieuse quatre ans plus tôt. Fils de Xi Zhongxun, vétéran de l’Armée rouge et compagnon de route de Mao Zedong, le jeune Jinping grandit dans l’enceinte protégée de Zhongnanhai, le compound résidentiel réservé à l’élite dirigeante du Parti. Son père, figure respectée du régime, occupe successivement les fonctions de vice-Premier ministre et de secrétaire général du Conseil des affaires de l’État…
SON ENFANCE CHINOISE… Xi Jinping naît le 15 juin 1953 à Pékin, dans une Chine encore marquée par les soubresauts de la révolution communiste victorieuse quatre ans plus tôt. Fils de Xi Zhongxun, vétéran de l’Armée rouge et compagnon de route de Mao Zedong, le jeune Jinping grandit dans l’enceinte protégée de Zhongnanhai, le compound résidentiel réservé à l’élite dirigeante du Parti. Son père, figure respectée du régime, occupe successivement les fonctions de vice-Premier ministre et de secrétaire général du Conseil des affaires de l’État. L’enfance de Xi s’écoule dans le luxe relatif des familles de la nomenklatura rouge, avec cuisiniers, nounous et chauffeur personnel.

Cette existence privilégiée s’effondre brutalement en 1962 lorsque Xi Zhongxun est purgé pour avoir soutenu un roman jugé contre-révolutionnaire. Le père est accusé de complot, démis de ses fonctions, soumis à l’humiliation publique. Quatre ans plus tard, la Révolution culturelle déferle sur la Chine. Les Gardes rouges, ces jeunes fanatiques mobilisés par Mao pour détruire les « quatre vieilleries », s’acharnent sur la famille Xi. Ils pillent la maison familiale, traînent la mère Qi Xin dans des séances d’autocritique où elle est contrainte de dénoncer son propre mari. L’une des demi-sœurs de Xi, Xi Heping, ne supporte pas la pression et se suicide. En 1968, le père est jeté en prison où il restera près de sept ans en isolement quasi total, enfermé dans une cellule de huit mètres carrés.

Le jeune Xi Jinping, alors âgé de quinze ans, est lui-même dénoncé comme fils de contre-révolutionnaire et envoyé dans une école de redressement pour « travail dur ». Puis, en 1969, comme des millions d’autres « jeunes instruits », il est expédié à la campagne dans le cadre du mouvement de « descente vers les campagnes » initié par Mao. Sa destination : Liangjiahe, un village reculé du Shaanxi niché entre des collines de lœss jaune, à plusieurs centaines de kilomètres de Pékin. Les 360 habitants vivent dans des yaodongs, ces habitations troglodytes creusées dans les falaises. Pas d’électricité, pas d’eau courante, une existence de subsistance au rythme des saisons agricoles.

Les premiers mois sont terribles. Le jeune citadin de la capitale, habitué au confort de Zhongnanhai, doit s’adapter au travail des champs, aux puces, à la nourriture frugale, au froid mordant des hivers du plateau. Il tente de s’enfuir, regagne Pékin, mais y est arrêté et renvoyé au village. Il n’a pas d’autre choix que d’accepter sa condition. Peu à peu, il s’adapte. Il apprend à labourer, à construire des terrasses agricoles, à porter des charges de près de cent kilos de blé sur des chemins de montagne. Il lit le soir à la lueur d’une lampe à kérosène, dévorant des livres « épais comme des briques ». Il demande plusieurs fois son admission au Parti communiste, essuyant refus après refus en raison des antécédents de son père. Ce n’est qu’en 1974, à sa dixième tentative, qu’il est finalement accepté.

Ces sept années à Liangjiahe forgent le caractère de Xi. Il y développe une endurance physique et psychologique exceptionnelle, une capacité à encaisser les coups du sort sans se plaindre, une connaissance intime de la Chine rurale profonde. Il finit par gagner le respect des villageois et devient secrétaire local du Parti, supervisant la construction d’un puits de biogaz et d’un barrage. « Cela a tracé la voie du reste de ma vie », dira-t-il dans une interview de 2004. « C’est là que j’ai acquis mes convictions. »

Le récit officiel de ces années, aujourd’hui central dans la propagande du régime, présente un jeune homme transformé par l’épreuve, purifié par le contact avec les masses paysannes, forgé dans l’adversité. En 1975, la réhabilitation partielle de son père lui permet de quitter le village. À vingt-deux ans, il intègre l’université Tsinghua à Pékin comme « étudiant-ouvrier-paysan-soldat », une catégorie créée pendant la Révolution culturelle pour permettre aux jeunes d’origine prolétarienne d’accéder à l’enseignement supérieur. Il étudie le génie chimique, obtient son diplôme en 1979, puis devient secrétaire particulier de Geng Biao, ministre de la Défense et ami de son père. C’est le début d’une ascension méthodique dans l’appareil du Parti.
L’ASCENSION DANS L’APPAREIL… Chez les cadres du Parti communiste chinois, Xi Jinping ne cherche pas l’avancement rapide par le coup d’éclat. Contrairement à beaucoup de « princes rouges » – ces fils de la nomenklatura révolutionnaire – il n’arrive pas avec un plan préconçu qu’il chercherait à imposer. Il observe, écoute, analyse, comprend les équilibres internes, identifie les lignes de force et de fracture au sein de l’organisation…
L’ASCENSION DANS L’APPAREIL… Chez les cadres du Parti communiste chinois, Xi Jinping ne cherche pas l’avancement rapide par le coup d’éclat. Contrairement à beaucoup de « princes rouges » – ces fils de la nomenklatura révolutionnaire – il n’arrive pas avec un plan préconçu qu’il chercherait à imposer. Il observe, écoute, analyse, comprend les équilibres internes, identifie les lignes de force et de fracture au sein de l’organisation. En 1982, il quitte Pékin pour le comté rural de Zhengding, dans le Hebei, où il sert comme secrétaire adjoint puis secrétaire du Parti. C’est un choix délibéré de retourner à la base, d’accumuler une expérience de terrain. En 1985, il est transféré dans la province côtière du Fujian, face à Taïwan.

Il y passera dix-sept ans, gravissant patiemment les échelons : vice-maire de Xiamen, secrétaire du Parti de plusieurs préfectures, puis gouverneur de la province en 1999. Le Fujian est alors une zone économique spéciale, laboratoire de l’ouverture aux investissements étrangers et notamment taïwanais. Xi y développe une expertise dans les relations avec le monde des affaires, courtise les investisseurs, gagne une réputation d’homme pragmatique favorable à l’entrepreneuriat privé. Mais il reste prudent, évite soigneusement de paraître trop réformiste, ne prend jamais de risques politiques inconsidérés. Sa carrière au Fujian n’est pas exempte de zones d’ombre. Pendant les années où Xi est gouverneur, le groupe Yuanhua, l’une des plus grandes entreprises criminelles de Chine, poursuit une contrebande massive de pétrole, voitures et cigarettes pour plusieurs milliards de dollars. Xi n’est jamais directement impliqué, mais certains observateurs notent qu’il a fermé les yeux. L’affaire illustre un trait constant de son parcours : une capacité à naviguer dans les eaux troubles de la corruption endémique sans jamais s’y noyer ni la combattre frontalement – du moins pas avant d’avoir le pouvoir de le faire.

En 2002, Xi quitte le Fujian pour la province voisine du Zhejiang, dont il devient secrétaire du Parti. C’est sa première responsabilité provinciale de premier rang, son accession à la scène nationale. Le Zhejiang est une ruche entrepreneuriale, berceau de géants comme Alibaba et Geely. Xi y préside une croissance économique fulgurante, des taux annuels de 14 % en moyenne. Il développe avec son chef de cabinet Li Qiang – qui deviendra Premier ministre en 2023 – la « stratégie du double huit », identifiant huit avantages comparatifs de la province et huit actions correspondantes. Il gagne une réputation de pourfendeur de la corruption locale, ce qui attire l’attention de Pékin.

Le tournant décisif survient en mars 2007. Un scandale de détournement de fonds de pension éclabousse la direction de Shanghai, entraînant la chute de Chen Liangyu, le puissant secrétaire du Parti de la métropole. Xi est appelé à la rescousse. Il passe sept mois à Shanghai, le temps de calmer le jeu, de restaurer la confiance, de promettre qu’il n’y aura pas de « purges » supplémentaires malgré l’implication de nombreux cadres locaux. Sa gestion de crise impressionne les anciens du Parti. En octobre 2007, il est coopté au Comité permanent du Politburo, le saint des saints du pouvoir chinois, et désigné comme successeur probable de Hu Jintao.

En mars 2008, il devient vice-président de la République populaire de Chine. On lui confie la supervision des Jeux olympiques de Pékin, vitrine mondiale du régime. En octobre 2010, il est nommé vice-président de la Commission militaire centrale, marchepied traditionnel vers le pouvoir suprême. Tout au long de cette période, Xi cultive une image de modéré, d’homme de consensus, acceptable par toutes les factions du Parti. Son pedigree de « prince rouge » rassure les familles révolutionnaires. Son expérience dans les provinces côtières entrepreneuriales plaît aux réformateurs économiques. Son absence de lien avec le massacre de Tiananmen de 1989 – il était alors au Fujian – lui évite les controverses. Il est, selon l’expression d’un analyste, « suffisamment acceptable pour tout le monde sans être le premier choix de personne ».

Le 15 novembre 2012, Xi Jinping est officiellement élu secrétaire général du Parti communiste chinois et président de la Commission militaire centrale lors du 18e Congrès du Parti. En mars 2013, il devient également président de la République populaire de Chine. À cinquante-neuf ans, il hérite d’un pays en pleine croissance économique mais rongé par la corruption, les inégalités, la pollution, le vieillissement démographique. Le Parti lui-même semble menacé de déliquescence idéologique. La chute de l’Union soviétique hante les dirigeants chinois. « Un grand Parti s’est évaporé du jour au lendemain », dira Xi dans un discours de 2012. « Proportionnellement, le Parti communiste soviétique avait plus de membres que nous, mais personne n’a eu le courage de se lever et de résister. »
LE GRAND NETTOYAGE… La marque de fabrique de Xi Jinping tient dans sa campagne anti-corruption, la plus vaste et la plus systématique de l’histoire du Parti communiste chinois. Dès son premier discours comme secrétaire général, il identifie la corruption comme la menace existentielle pour la survie du régime. Son slogan frappe les esprits : il s’agit de « chasser les tigres et les mouches », c’est-à-dire de poursuivre aussi bien les hauts dignitaires corrompus que les petits fonctionnaires véreux…
LE GRAND NETTOYAGE… La marque de fabrique de Xi Jinping tient dans sa campagne anti-corruption, la plus vaste et la plus systématique de l’histoire du Parti communiste chinois. Dès son premier discours comme secrétaire général, il identifie la corruption comme la menace existentielle pour la survie du régime. Son slogan frappe les esprits : il s’agit de « chasser les tigres et les mouches », c’est-à-dire de poursuivre aussi bien les hauts dignitaires corrompus que les petits fonctionnaires véreux.

L’ampleur de la purge dépasse tout ce que la Chine post-maoïste a connu. Entre 2013 et 2024, plus de six millions de membres du Parti sont sanctionnés pour corruption. Parmi les « tigres » abattus figurent des personnages considérés comme intouchables : Zhou Yongkang, ancien membre du Comité permanent du Politburo et tsar de la sécurité intérieure ; Bo Xilai, le charismatique secrétaire du Parti de Chongqing qui se rêvait en rival de Xi ; les généraux Xu Caihou et Guo Boxiong, vice-présidents de la Commission militaire centrale ; Sun Zhengcai, pressenti comme successeur potentiel. Des ministres de la Défense, des chefs de la diplomatie, des dirigeants de grandes entreprises d’État tombent les uns après les autres. Xi confie la campagne à Wang Qishan, puis à d’autres loyalistes, qui dirigent la Commission centrale de contrôle de la discipline du Parti. Les enquêtes, menées dans le secret, aboutissent généralement à des aveux télévisés humiliants suivis de lourdes condamnations.

La terreur disciplinaire se répand dans l’appareil d’État. Les cadres n’osent plus accepter d’invitations au restaurant, de cadeaux, de voyages. La consommation de produits de luxe s’effondre. Les restaurants de banquet ferment par milliers. Cette campagne remplit plusieurs fonctions. Elle répond d’abord à une demande populaire réelle : la corruption endémique des cadres exaspérait la population et sapait la légitimité du régime. Elle permet ensuite d’éliminer les rivaux politiques et de briser les réseaux de pouvoir constitués sous les prédécesseurs de Xi. Elle instaure enfin un climat de peur qui garantit la loyauté absolue envers le nouveau dirigeant. Les critiques font valoir que la campagne vise davantage les ennemis de Xi que les corrompus en général. Les défenseurs rétorquent que personne d’autre n’aurait eu le courage de s’attaquer à des figures aussi puissantes que Zhou Yongkang.

En janvier 2025, Xi réaffirme que la corruption reste « la plus grande menace » pour le Parti, signalant que la campagne n’est pas près de s’achever. La purge s’est même intensifiée récemment dans les rangs de l’Armée populaire de libération, où plusieurs amiraux et généraux ont été limogés pour « violations graves de la discipline ». La permanence de ces purges, plus de douze ans après leur lancement, soulève une question troublante : la campagne a-t-elle réellement éradiqué la corruption ou simplement déplacé les réseaux de pouvoir vers les fidèles de Xi ?
DIRIGER AUTREMENT… Xi Jinping ne dirige pas seulement par la purge et la discipline. Il gouverne par l’idéologie, la centralisation et le culte de la personnalité. Dès son arrivée au pouvoir, il rompt avec le style de « direction collective » instauré par Deng Xiaoping après les excès de l’ère maoïste…
DIRIGER AUTREMENT… Xi Jinping ne dirige pas seulement par la purge et la discipline. Il gouverne par l’idéologie, la centralisation et le culte de la personnalité. Dès son arrivée au pouvoir, il rompt avec le style de « direction collective » instauré par Deng Xiaoping après les excès de l’ère maoïste. Là où ses prédécesseurs Jiang Zemin et Hu Jintao gouvernaient en équipe, Xi concentre tous les leviers de commande entre ses mains. Il préside lui-même les « petits groupes dirigeants » qui supervisent les domaines stratégiques : réforme économique, sécurité nationale, affaires étrangères, cybersécurité, Taïwan. Il fait inscrire sa « pensée » dans la constitution du Parti en 2017, puis dans la Constitution de l’État en 2018 – un honneur que seul Mao avait obtenu de son vivant.

La « Pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère » devient doctrine obligatoire, étudiée dans les écoles, les entreprises, les administrations. Des applications mobiles permettent aux cadres de tester leurs connaissances et d’accumuler des points de loyauté. En mars 2018, l’Assemblée nationale populaire abolit la limite de deux mandats présidentiels, ouvrant la voie à une présidence à vie.

En octobre 2022, lors du 20e Congrès du Parti, Xi obtient un troisième mandat sans précédent comme secrétaire général. La scène télévisée de l’ancien président Hu Jintao, visiblement diminué, escorté hors de la salle du Congrès sous les yeux impassibles de Xi, symbolise la rupture avec l’ère précédente. Le nouveau Comité permanent du Politburo est désormais entièrement composé de loyalistes, pour la plupart issus des réseaux que Xi a tissés au Fujian, au Zhejiang et à Shanghai. Le culte de la personnalité s’épanouit. Des livres, des dessins animés, des chansons populaires célèbrent le « Père Xi » ou « Oncle Xi ». Le village de Liangjiahe devient lieu de pèlerinage, orné de fresques et de panneaux exaltant les années formatrices du dirigeant. Les médias officiels diffusent des images soigneusement calibrées : Xi visitant des familles pauvres, Xi encourageant des ouvriers, Xi caressant des pandas. Son épouse Peng Liyuan, célèbre chanteuse de variétés devenue première dame glamour, l’accompagne dans ses voyages officiels, projetant l’image d’un couple moderne et aimant.

Le style personnel de Xi mêle sobriété et autorité. Il s’exprime sans les tics de langage bureaucratiques qui étouffent la communication officielle chinoise. Il cite volontiers les classiques confucéens, les poètes Tang, les proverbes populaires. Il affiche sa passion pour le football, mentionne sa lecture des grands auteurs occidentaux lors de ses visites d’État. Mais sous cette apparence d’homme cultivé et accessible, il gouverne d’une main de fer, ne tolérant aucune dissidence, aucune critique, aucune alternative.

« Le pouvoir durable naît quand l'autorité absolue rencontre la légitimité populaire. La stabilité en est le résultat... »
« Le pouvoir durable naît quand l'autorité absolue rencontre la légitimité populaire. La stabilité en est le résultat. »

LE BILAN… Xi Jinping gouverne la Chine depuis plus de douze ans, plus longtemps que tout dirigeant chinois depuis Mao Zedong. Le bilan de son règne mêle réalisations spectaculaires et controverses profondes. Sur le plan économique et social, la Chine de Xi a accompli des progrès remarquables…
LE BILAN… Xi Jinping gouverne la Chine depuis plus de douze ans, plus longtemps que tout dirigeant chinois depuis Mao Zedong. Le bilan de son règne mêle réalisations spectaculaires et controverses profondes. Sur le plan économique et social, la Chine de Xi a accompli des progrès remarquables. En février 2021, il annonce l’éradication de l’extrême pauvreté dans le pays, affirmant que 850 millions de Chinois ont été sortis de la misère depuis les réformes de 1978 – dont près de 100 millions pendant ses huit premières années au pouvoir. Cette campagne de « réduction ciblée de la pauvreté », priorité personnelle de Xi, a mobilisé 1 600 milliards de yuans d’investissements publics et déployé plus de trois millions de cadres dans les zones rurales défavorisées.

Le PIB chinois a doublé pendant son mandat, dépassant les 17 000 milliards de dollars. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de la plupart des pays du monde. L’initiative « Ceinture et Route » (Belt and Road Initiative), lancée en 2013, constitue le projet d’infrastructure le plus ambitieux de l’histoire. Plus de 150 pays ont signé des accords de coopération. Des ports, des routes, des chemins de fer, des centrales électriques ont été construits de l’Asie à l’Afrique, de l’Europe à l’Amérique latine. La Chine est devenue l’un des plus grands créanciers des pays en développement, prêtant plus de mille milliards de dollars. Ses entreprises dominent des secteurs stratégiques comme les panneaux solaires, les batteries électriques, les télécommunications 5G. La modernisation militaire s’est accélérée, faisant de l’Armée populaire de libération la deuxième force armée mondiale.

Mais cet héritage est profondément assombri par la répression intérieure.

Depuis 2017, le régime a interné plus d’un million de Ouïghours et d’autres musulmans turcophones dans des « camps de rééducation » au Xinjiang. Le rapport de l’ONU d’août 2022 a conclu que ces abus pourraient constituer des « crimes contre l’humanité ». Des preuves de torture, de stérilisations forcées, de travail forcé, de séparation des familles ont été documentées par des organisations internationales. Le gouvernement américain a qualifié ces actes de « génocide ». Xi a personnellement supervisé cette politique, comme l’ont révélé des fuites de documents internes. À Hong Kong, la loi sur la sécurité nationale de 2020 a mis fin aux libertés qui distinguaient le territoire du reste de la Chine. L’opposition démocratique a été décimée, la presse indépendante muselée, des dizaines de militants emprisonnés. Au Tibet, en Mongolie intérieure, les politiques d’assimilation culturelle se sont intensifiées. La société civile chinoise a été méthodiquement démantelée : avocats des droits de l’homme emprisonnés, ONG étrangères expulsées, surveillance numérique généralisée, censure d’Internet sans précédent.

La gestion de la pandémie de Covid-19 illustre les contradictions du système. Après avoir initialement dissimulé l’épidémie, le régime a imposé la politique « zéro Covid » la plus stricte au monde, confinant des métropoles entières pendant des mois. Cette stratégie a évité des millions de morts mais provoqué une catastrophe économique et des souffrances humaines immenses, culminant dans les rares manifestations de novembre 2022. L’abandon brutal de cette politique a ensuite entraîné une vague de contaminations massive.

Sur la scène internationale, Xi a rompu avec la diplomatie discrète de ses prédécesseurs pour affirmer la puissance chinoise. Les tensions avec les États-Unis ont atteint des niveaux inédits depuis la normalisation de 1979. Le partenariat « sans limites » avec la Russie de Vladimir Poutine, proclamé en février 2022, quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine, a isolé la Chine des démocraties occidentales. La pression militaire sur Taïwan s’est intensifiée, avec des incursions aériennes quasi quotidiennes et des manœuvres navales menaçantes. Son portrait révèle un homme convaincu que la Chine est destinée à reprendre sa place historique au centre du monde, que le Parti communiste est le seul garant de cette renaissance, et que lui-même est l’instrument de ce destin. « L’Est se lève, l’Occident décline », a-t-il déclaré en 2020, résumant sa vision du monde.

Cette conviction messianique explique aussi bien ses réalisations que ses excès. Xi Jinping incarne une forme de pouvoir qui se pensait révolue : celle de l’homme fort absolu, du dirigeant qui concentre entre ses mains l’autorité du Parti, de l’État et de l’armée, sans contre-pouvoir institutionnel, sans opposition tolérée, sans alternance prévisible. Dans un monde où les démocraties semblent paralysées par leurs divisions, où le populisme mine les institutions, où les défis globaux – climat, pandémies, inégalités – exigent des réponses coordonnées, le modèle chinois se pose en alternative. Ses défenseurs y voient l’efficacité, la stabilité, la vision à long terme. Ses critiques y discernent l’autoritarisme, la répression, l’impasse historique. L’héritage de Xi Jinping reste en suspens.

À soixante-douze ans, sans successeur désigné, il a remodelé le système politique chinois à son image. Mais les défis s’accumulent : ralentissement économique, vieillissement démographique, tensions géopolitiques, mécontentement social latent.

La question qui hantera son règne – et celui de ses successeurs – est celle que posait déjà Deng Xiaoping : comment maintenir le monopole du Parti dans une société qui aspire à la modernité ? Xi a apporté sa réponse : par la force, l’idéologie et le nationalisme. L’histoire jugera si cette réponse était suffisante. En 2013, Xi Jinping lance l’initiative « Ceinture et Route », le plus vaste projet d’infrastructure de l’histoire humaine. Son ambition : relier la Chine au reste du monde par un réseau de routes, de ports et de voies ferrées. Pour le dirigeant chinois, il ne s’agit pas seulement de commerce, mais de reconfigurer l’ordre mondial autour de Pékin. Cette confrontation avec l’hégémonie américaine révèle bien plus qu’un désaccord géopolitique. Elle expose deux visions irréconciliables du XXIe siècle.

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