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14 FÉVRIER 2026
URSULA VON DER LEYEN, L'HÉRITIÈRE EUROPÉENNE
Diriger la Commission européenne, l’exécutif d’un ensemble de 450 millions d’habitants et de 27 États membres, ce n’est pas seulement gérer des réglementations et des budgets. C’est incarner un projet politique unique dans l’histoire : une union de nations jadis ennemies, aujourd’hui liées par des traités, des marchés et des idéaux communs. C’est aussi naviguer entre les pressions des capitales nationales, les attentes des citoyens, les exigences des marchés et les turbulences géopolitiques…
Diriger la Commission européenne, l’exécutif d’un ensemble de 450 millions d’habitants et de 27 États membres, ce n’est pas seulement gérer des réglementations et des budgets. C’est incarner un projet politique unique dans l’histoire : une union de nations jadis ennemies, aujourd’hui liées par des traités, des marchés et des idéaux communs. C’est aussi naviguer entre les pressions des capitales nationales, les attentes des citoyens, les exigences des marchés et les turbulences géopolitiques.
Lorsque Ursula von der Leyen prend les rênes de la Commission en décembre 2019, elle hérite d’une institution souvent perçue comme technocratique et lointaine. Médecin de formation, mère de sept enfants, ministre allemande pendant quatorze ans, elle n’a jamais occupé de fonction européenne avant ce jour. Pourtant, c’est elle qui transformera la Commission en acteur géopolitique de premier plan, face à une pandémie mondiale et à une guerre aux portes de l’Europe. Son parcours et son action révèlent une trajectoire singulière, marquée par l’héritage familial, l’ambition stratégique et une capacité remarquable à survivre aux crises.
Lorsque Ursula von der Leyen prend les rênes de la Commission en décembre 2019, elle hérite d’une institution souvent perçue comme technocratique et lointaine. Médecin de formation, mère de sept enfants, ministre allemande pendant quatorze ans, elle n’a jamais occupé de fonction européenne avant ce jour. Pourtant, c’est elle qui transformera la Commission en acteur géopolitique de premier plan, face à une pandémie mondiale et à une guerre aux portes de l’Europe. Son parcours et son action révèlent une trajectoire singulière, marquée par l’héritage familial, l’ambition stratégique et une capacité remarquable à survivre aux crises.
UNE ENFANCE BRUXELLOISE… Ursula Gertrud Albrecht naît le 8 octobre 1958 à Ixelles, commune bourgeoise du sud de Bruxelles, dans une famille allemande profondément enracinée dans le projet européen naissant. Son père, Ernst Albrecht, économiste brillant, fait partie des tout premiers fonctionnaires européens. Recruté en 1958, année même de la naissance d’Ursula, il gravit rapidement les échelons de la Commission des Communautés européennes…
UNE ENFANCE BRUXELLOISE… Ursula Gertrud Albrecht naît le 8 octobre 1958 à Ixelles, commune bourgeoise du sud de Bruxelles, dans une famille allemande profondément enracinée dans le projet européen naissant. Son père, Ernst Albrecht, économiste brillant, fait partie des tout premiers fonctionnaires européens. Recruté en 1958, année même de la naissance d’Ursula, il gravit rapidement les échelons de la Commission des Communautés européennes. De 1967 à 1970, il occupe le poste prestigieux de directeur général de la Concurrence, devenant l’un des architectes de la politique antitrust européenne. La famille Albrecht incarne l’élite de la haute fonction publique européenne. La mère, Heidi Adele Strohmeyer, titulaire d’un doctorat en littérature allemande, consacre sa vie à l’éducation de ses sept enfants. Le foyer est polyglotte, cultivé, cosmopolite. Ursula fréquente l’École européenne de Bruxelles de 1964 à 1971, où elle apprend le français avec une aisance qui la distinguera toute sa vie.
Dans cette institution conçue pour les enfants des fonctionnaires européens, elle côtoie une élite internationale, absorbe plusieurs langues, s’habitue aux codes de la diplomatie et des négociations feutrées. Mais l’enfance bruxelloise prend fin en 1971. Ernst Albrecht, ambitieux, se lance dans la politique allemande. Élu député au Landtag de Basse-Saxe pour la CDU, il déménage sa famille à Ilten, près de Hanovre.
La transition est brutale. Ursula, treize ans, passe d’une bulle cosmopolite à la province allemande. En 1976, coup de théâtre : Ernst Albrecht devient ministre-président de Basse-Saxe dans des circonstances rocambolesques. Son prédécesseur démissionne, et Albrecht est élu grâce à trois voix supplémentaires provenant mystérieusement de la coalition adverse. Il occupera ce poste pendant quatorze ans. La famille se retrouve propulsée sous les projecteurs médiatiques. Ursula, adolescente, apprend à gérer l’exposition publique, les apparitions officielles, la pression constante. Elle participe aux campagnes électorales de son père, développe une aisance relationnelle qui lui servira toute sa vie. Les Albrecht inculquent à leurs enfants la valeur du travail et de l’éducation, sans distinction entre fils et filles. Une exigence que la future présidente de la Commission retiendra.
En 1977, Ursula entame des études d’économie à l’université de Göttingen. Mais l’année suivante, un événement traumatisant bouleverse sa trajectoire. L’Allemagne de l’Ouest vit dans la terreur de la Fraction armée rouge (RAF). La famille Albrecht apprend qu’elle figure sur la liste des cibles potentielles d’enlèvement. Ursula, fille d’un homme politique de premier plan, est particulièrement exposée.
Ses parents prennent une décision radicale : l’envoyer se cacher à Londres. Pendant plus d’un an, la jeune femme vit sous protection de Scotland Yard, sous le pseudonyme de Rose Ladson. « Röschen », diminutif de Rose, était déjà son surnom d’enfance. Ladson est le nom de famille de son arrière-grand-mère américaine, issue d’une lignée de planteurs de Caroline du Sud ayant fait fortune au XVIIe siècle. Elle s’inscrit à la London School of Economics, poursuit ses études, apprend à vivre dans l’ombre. Cette expérience formatrice lui enseigne la discrétion, la prudence, le contrôle de soi face au danger. De retour en Allemagne, elle abandonne l’économie pour la médecine. En 1980, elle intègre la Medizinische Hochschule Hannover, prestigieuse école de médecine. Ce changement de cap révèle peut-être un désir de s’éloigner du monde paternel, de construire une identité propre. Elle se spécialise en gynécologie, obtient son diplôme en 1987 et son doctorat en médecine en 1991. Entre-temps, en 1986, elle épouse Heiko von der Leyen, lui aussi médecin, issu d’une vieille famille aristocratique dont la fortune provient du commerce de la soie.
Les années qui suivent sont consacrées à la maternité et à la pratique médicale. Entre 1987 et 1999, le couple aura sept enfants : David, Sophie Charlotte, Maria Donata, les jumelles Victoria Ursula et Johanna Gertrud, Egmont Ulrich et Gracia Diotima. Une famille nombreuse, presque anachronique pour une femme de sa génération et de son milieu.
De 1992 à 1996, la famille s’installe à Stanford, en Californie, où Heiko enseigne à l’université. Ursula suit des cours en auditrice libre, travaille pour l’administration hospitalière, élève ses enfants. Elle obtient en 2001 un Master of Public Health à Hanovre et enseigne à l’école de médecine jusqu’en 2002. À 43 ans, Ursula von der Leyen n’a jamais occupé de fonction politique. Elle a consacré deux décennies à la médecine et à la maternité. Rien ne laisse présager la fulgurante ascension qui va suivre.
Dans cette institution conçue pour les enfants des fonctionnaires européens, elle côtoie une élite internationale, absorbe plusieurs langues, s’habitue aux codes de la diplomatie et des négociations feutrées. Mais l’enfance bruxelloise prend fin en 1971. Ernst Albrecht, ambitieux, se lance dans la politique allemande. Élu député au Landtag de Basse-Saxe pour la CDU, il déménage sa famille à Ilten, près de Hanovre.
La transition est brutale. Ursula, treize ans, passe d’une bulle cosmopolite à la province allemande. En 1976, coup de théâtre : Ernst Albrecht devient ministre-président de Basse-Saxe dans des circonstances rocambolesques. Son prédécesseur démissionne, et Albrecht est élu grâce à trois voix supplémentaires provenant mystérieusement de la coalition adverse. Il occupera ce poste pendant quatorze ans. La famille se retrouve propulsée sous les projecteurs médiatiques. Ursula, adolescente, apprend à gérer l’exposition publique, les apparitions officielles, la pression constante. Elle participe aux campagnes électorales de son père, développe une aisance relationnelle qui lui servira toute sa vie. Les Albrecht inculquent à leurs enfants la valeur du travail et de l’éducation, sans distinction entre fils et filles. Une exigence que la future présidente de la Commission retiendra.
En 1977, Ursula entame des études d’économie à l’université de Göttingen. Mais l’année suivante, un événement traumatisant bouleverse sa trajectoire. L’Allemagne de l’Ouest vit dans la terreur de la Fraction armée rouge (RAF). La famille Albrecht apprend qu’elle figure sur la liste des cibles potentielles d’enlèvement. Ursula, fille d’un homme politique de premier plan, est particulièrement exposée.
Ses parents prennent une décision radicale : l’envoyer se cacher à Londres. Pendant plus d’un an, la jeune femme vit sous protection de Scotland Yard, sous le pseudonyme de Rose Ladson. « Röschen », diminutif de Rose, était déjà son surnom d’enfance. Ladson est le nom de famille de son arrière-grand-mère américaine, issue d’une lignée de planteurs de Caroline du Sud ayant fait fortune au XVIIe siècle. Elle s’inscrit à la London School of Economics, poursuit ses études, apprend à vivre dans l’ombre. Cette expérience formatrice lui enseigne la discrétion, la prudence, le contrôle de soi face au danger. De retour en Allemagne, elle abandonne l’économie pour la médecine. En 1980, elle intègre la Medizinische Hochschule Hannover, prestigieuse école de médecine. Ce changement de cap révèle peut-être un désir de s’éloigner du monde paternel, de construire une identité propre. Elle se spécialise en gynécologie, obtient son diplôme en 1987 et son doctorat en médecine en 1991. Entre-temps, en 1986, elle épouse Heiko von der Leyen, lui aussi médecin, issu d’une vieille famille aristocratique dont la fortune provient du commerce de la soie.
Les années qui suivent sont consacrées à la maternité et à la pratique médicale. Entre 1987 et 1999, le couple aura sept enfants : David, Sophie Charlotte, Maria Donata, les jumelles Victoria Ursula et Johanna Gertrud, Egmont Ulrich et Gracia Diotima. Une famille nombreuse, presque anachronique pour une femme de sa génération et de son milieu.
De 1992 à 1996, la famille s’installe à Stanford, en Californie, où Heiko enseigne à l’université. Ursula suit des cours en auditrice libre, travaille pour l’administration hospitalière, élève ses enfants. Elle obtient en 2001 un Master of Public Health à Hanovre et enseigne à l’école de médecine jusqu’en 2002. À 43 ans, Ursula von der Leyen n’a jamais occupé de fonction politique. Elle a consacré deux décennies à la médecine et à la maternité. Rien ne laisse présager la fulgurante ascension qui va suivre.
L’ASCENSION POLITIQUE… En 1990, Ursula von der Leyen adhère à la CDU, le parti de son père. Mais ce n’est qu’en 1996, de retour de Californie, qu’elle s’engage véritablement dans la politique locale de Basse-Saxe. Elle rejoint le comité de politique sociale du parti, milite dans l’association des médecins de la CDU…
L’ASCENSION POLITIQUE… En 1990, Ursula von der Leyen adhère à la CDU, le parti de son père. Mais ce n’est qu’en 1996, de retour de Californie, qu’elle s’engage véritablement dans la politique locale de Basse-Saxe. Elle rejoint le comité de politique sociale du parti, milite dans l’association des médecins de la CDU. En 2003, à 44 ans, elle se présente aux élections régionales et remporte le siège de Lehrte, circonscription qu’avait représentée le chancelier Gerhard Schröder de 1986 à 1998.
Cette victoire n’a rien d’anodin. Certains observateurs soupçonnent l’influence de son père, qui aurait exercé des pressions sur l’appareil local pour imposer sa fille. Qu’importe : Ursula von der Leyen devient ministre des Affaires sociales, de la Femme, de la Famille et de la Santé du Land de Basse-Saxe. Elle découvre les arbitrages budgétaires, les réformes impopulaires, les compromis nécessaires. Elle supprime les allocations pour les aveugles dans un contexte d’austérité, justifiant la mesure par la nécessité de préserver le filet social global. Elle initie un programme novateur de logements multigénérationnels.
C’est Angela Merkel qui va transformer son destin. La chancelière en devenir repère cette femme médecin, mère de sept enfants, incarnation parfaite d’une CDU modernisée, réconciliée avec la question féminine. En 2003, Merkel l’intègre à la commission Herzog chargée de formuler des contre-propositions à l’Agenda 2010 de Schröder. En 2005, elle la nomme dans son cabinet fantôme pour couvrir les questions familiales et sociales. La victoire de la CDU aux élections fédérales de 2005 propulse von der Leyen au gouvernement. Elle devient ministre fédérale de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse. Son action y est remarquée. Face à la dénatalité allemande, elle met en place un congé parental rémunéré révolutionnaire et lance un programme massif de création de crèches. Ces mesures, jugées progressistes voire « de gauche » par l’aile conservatrice de la CDU, lui valent des critiques internes mais aussi une visibilité nationale.
En 2009, elle est élue au Bundestag et devient ministre du Travail et des Affaires sociales.
La crise financière l’oblige à des arbitrages douloureux. Elle milite pour des quotas de femmes dans les conseils d’administration, pour un salaire minimum national, pour l’ouverture de l’immigration aux travailleurs qualifiés. Elle défend publiquement le mariage homosexuel, position audacieuse pour une chrétienne-démocrate. Elle négocie un accord avec les Philippines pour recruter des infirmières et pallier la pénurie de personnel soignant. En 2010, elle est élue vice-présidente de la CDU. Son nom circule comme successeur potentiel de Merkel.
En 2010, la chancelière la préfère même pour la présidence de la République, mais l’aile conservatrice bloque sa nomination. Von der Leyen apparaît comme trop moderne, trop féministe, trop européenne pour les caciques bavarois et les traditionalistes du parti. En décembre 2013, surprise générale : Merkel la nomme ministre de la Défense, première femme à occuper ce poste en Allemagne. Le choix est stratégique. Le ministère de la Défense est un nid de problèmes : équipements vétustes, scandales à répétition, budget insuffisant. En y plaçant une figure politique majeure, Merkel cherche à redorer le blason d’une institution discréditée.
Von der Leyen découvre un désastre. En 2014, la majorité des avions de chasse allemands sont cloués au sol. Seulement 42 des 109 Eurofighter et 38 des 89 Tornado sont opérationnels. Les neuf grands projets d’armement de la Bundeswehr accusent des retards de 30 à 360 mois. Les sous-marins ne plongent plus. Les hélicoptères ne décollent plus. Lors d’un exercice de l’OTAN, des soldats allemands utilisent des manches à balai faute de fusils. Elle tente de réformer, centralise les décisions dans son cabinet, fait appel massivement à des consultants externes. Cette méthode lui vaut le surnom de « Queen Ursula » parmi ses détracteurs.
En 2017, un scandale éclate : un officier d’extrême droite est arrêté pour avoir planifié un attentat terroriste. Von der Leyen dénonce une « faiblesse de commandement » dans l’armée, s’attirant la fureur des généraux. Elle doit s’excuser, mais annonce des réformes pour purger la Bundeswehr de ses éléments néonazis. Un autre scandale la rattrape : l’affaire des consultants. Entre 2015 et 2019, le ministère de la Défense a versé près de 200 millions d’euros à des cabinets de conseil, souvent sans appels d’offres, parfois au profit de connaissances personnelles de la ministre.
Une commission parlementaire enquête. Les données du téléphone de von der Leyen sont effacées. L’opposition parle de « destruction de preuves ». Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, la qualifie de « pire ministre » du gouvernement. En 2018, après une défaite électorale de la CDU, Merkel annonce qu’elle ne briguera pas de nouveau mandat à la tête du parti. Von der Leyen, jadis favorite, ne se présente même pas. Sa carrière politique allemande semble terminée.
Cette victoire n’a rien d’anodin. Certains observateurs soupçonnent l’influence de son père, qui aurait exercé des pressions sur l’appareil local pour imposer sa fille. Qu’importe : Ursula von der Leyen devient ministre des Affaires sociales, de la Femme, de la Famille et de la Santé du Land de Basse-Saxe. Elle découvre les arbitrages budgétaires, les réformes impopulaires, les compromis nécessaires. Elle supprime les allocations pour les aveugles dans un contexte d’austérité, justifiant la mesure par la nécessité de préserver le filet social global. Elle initie un programme novateur de logements multigénérationnels.
C’est Angela Merkel qui va transformer son destin. La chancelière en devenir repère cette femme médecin, mère de sept enfants, incarnation parfaite d’une CDU modernisée, réconciliée avec la question féminine. En 2003, Merkel l’intègre à la commission Herzog chargée de formuler des contre-propositions à l’Agenda 2010 de Schröder. En 2005, elle la nomme dans son cabinet fantôme pour couvrir les questions familiales et sociales. La victoire de la CDU aux élections fédérales de 2005 propulse von der Leyen au gouvernement. Elle devient ministre fédérale de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse. Son action y est remarquée. Face à la dénatalité allemande, elle met en place un congé parental rémunéré révolutionnaire et lance un programme massif de création de crèches. Ces mesures, jugées progressistes voire « de gauche » par l’aile conservatrice de la CDU, lui valent des critiques internes mais aussi une visibilité nationale.
En 2009, elle est élue au Bundestag et devient ministre du Travail et des Affaires sociales.
La crise financière l’oblige à des arbitrages douloureux. Elle milite pour des quotas de femmes dans les conseils d’administration, pour un salaire minimum national, pour l’ouverture de l’immigration aux travailleurs qualifiés. Elle défend publiquement le mariage homosexuel, position audacieuse pour une chrétienne-démocrate. Elle négocie un accord avec les Philippines pour recruter des infirmières et pallier la pénurie de personnel soignant. En 2010, elle est élue vice-présidente de la CDU. Son nom circule comme successeur potentiel de Merkel.
En 2010, la chancelière la préfère même pour la présidence de la République, mais l’aile conservatrice bloque sa nomination. Von der Leyen apparaît comme trop moderne, trop féministe, trop européenne pour les caciques bavarois et les traditionalistes du parti. En décembre 2013, surprise générale : Merkel la nomme ministre de la Défense, première femme à occuper ce poste en Allemagne. Le choix est stratégique. Le ministère de la Défense est un nid de problèmes : équipements vétustes, scandales à répétition, budget insuffisant. En y plaçant une figure politique majeure, Merkel cherche à redorer le blason d’une institution discréditée.
Von der Leyen découvre un désastre. En 2014, la majorité des avions de chasse allemands sont cloués au sol. Seulement 42 des 109 Eurofighter et 38 des 89 Tornado sont opérationnels. Les neuf grands projets d’armement de la Bundeswehr accusent des retards de 30 à 360 mois. Les sous-marins ne plongent plus. Les hélicoptères ne décollent plus. Lors d’un exercice de l’OTAN, des soldats allemands utilisent des manches à balai faute de fusils. Elle tente de réformer, centralise les décisions dans son cabinet, fait appel massivement à des consultants externes. Cette méthode lui vaut le surnom de « Queen Ursula » parmi ses détracteurs.
En 2017, un scandale éclate : un officier d’extrême droite est arrêté pour avoir planifié un attentat terroriste. Von der Leyen dénonce une « faiblesse de commandement » dans l’armée, s’attirant la fureur des généraux. Elle doit s’excuser, mais annonce des réformes pour purger la Bundeswehr de ses éléments néonazis. Un autre scandale la rattrape : l’affaire des consultants. Entre 2015 et 2019, le ministère de la Défense a versé près de 200 millions d’euros à des cabinets de conseil, souvent sans appels d’offres, parfois au profit de connaissances personnelles de la ministre.
Une commission parlementaire enquête. Les données du téléphone de von der Leyen sont effacées. L’opposition parle de « destruction de preuves ». Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, la qualifie de « pire ministre » du gouvernement. En 2018, après une défaite électorale de la CDU, Merkel annonce qu’elle ne briguera pas de nouveau mandat à la tête du parti. Von der Leyen, jadis favorite, ne se présente même pas. Sa carrière politique allemande semble terminée.
LA PRÉSIDENCE EUROPÉENNE… C’est précisément au moment où sa trajectoire allemande s’enlise que le destin européen s’ouvre à Ursula von der Leyen. En juin 2019, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se réunissent pour désigner le successeur de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Les négociations s’enlisent…
LA PRÉSIDENCE EUROPÉENNE… C’est précisément au moment où sa trajectoire allemande s’enlise que le destin européen s’ouvre à Ursula von der Leyen. En juin 2019, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se réunissent pour désigner le successeur de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Les négociations s’enlisent. Le système des Spitzenkandidaten, censé lier l’élection du président de la Commission au résultat des élections européennes, est dynamité par Emmanuel Macron, qui refuse les candidats officiels des partis. Dans l’impasse, un nom surgit : celui de von der Leyen. Elle n’a jamais figuré dans les discussions. Elle n’a aucune expérience européenne au-delà de son enfance bruxelloise. Mais elle coche toutes les cases : femme, allemande, chrétienne-démocrate, francophone, atlantiste, proche de Macron comme de Merkel. Le 2 juillet 2019, le Conseil européen la propose.
Le 16 juillet, le Parlement européen l’élit de justesse, avec seulement 383 voix sur 747, neuf voix au-dessus de la majorité absolue. Dès son discours d’investiture, von der Leyen annonce la couleur. Elle invoque Simone Veil, première présidente élue du Parlement européen. Elle proclame que l’Europe doit devenir « le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050 ». Le 11 décembre 2019, onze jours après sa prise de fonction, elle dévoile le Green Deal européen, son « moment Apollo », selon ses propres mots. Ce plan ambitieux prévoit une transformation radicale de l’économie européenne : fin des véhicules thermiques, taxe carbone aux frontières, rénovation massive des bâtiments, investissements colossaux dans les énergies renouvelables. Mais trois mois plus tard, la pandémie de Covid-19 frappe l’Europe. Von der Leyen se retrouve en première ligne d’une crise sans précédent.
Ses débuts sont chaotiques. La Commission tarde à réagir, laisse les États membres fermer leurs frontières en désordre, peine à coordonner l’achat de matériel médical. Lorsqu’elle refuse de suspendre l’accord de Schengen et critique la décision américaine de fermer ses frontières aux Européens, elle semble déconnectée de la gravité de la situation. Puis elle se ressaisit. En avril 2020, elle lance le mécanisme de solidarité européen. En juillet, elle négocie le plan de relance NextGenerationEU de 800 milliards d’euros, financement inédit par emprunt commun européen.
Surtout, elle prend personnellement en main les négociations pour l’achat groupé de vaccins. C’est ici que naît la controverse qui la poursuivra : elle échange directement avec Albert Bourla, PDG de Pfizer, par SMS et appels téléphoniques, pour sécuriser 1,8 milliard de doses du vaccin BioNTech-Pfizer. Cette « diplomatie personnelle » lui vaut d’abord des louanges. L’Europe, initialement en retard sur le Royaume-Uni et les États-Unis, rattrape son retard vaccinal. En novembre 2021, von der Leyen reçoit même un prix de Pfizer pour son engagement transatlantique.
Mais les questions s’accumulent. Le prix payé par dose a augmenté de 15,50 à 19,50 euros entre les premiers et les seconds contrats. Le New York Times révèle l’existence des SMS échangés avec Bourla. Lorsque des journalistes demandent à les consulter, la Commission refuse, arguant qu’ils sont « éphémères » et n’ont pas été conservés. L’affaire, baptisée « Pfizergate », empoisonne sa première mandature. En mai 2025, le Tribunal de l’Union européenne lui donne tort : la Commission a violé ses obligations de transparence en refusant de rechercher ces messages. Le jugement révèle que von der Leyen a appliqué au niveau européen les mêmes méthodes qu’au ministère de la Défense : négociations opaques, SMS effacés, centralisation du pouvoir dans un cercle restreint de collaborateurs allemands.
Le 16 juillet, le Parlement européen l’élit de justesse, avec seulement 383 voix sur 747, neuf voix au-dessus de la majorité absolue. Dès son discours d’investiture, von der Leyen annonce la couleur. Elle invoque Simone Veil, première présidente élue du Parlement européen. Elle proclame que l’Europe doit devenir « le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050 ». Le 11 décembre 2019, onze jours après sa prise de fonction, elle dévoile le Green Deal européen, son « moment Apollo », selon ses propres mots. Ce plan ambitieux prévoit une transformation radicale de l’économie européenne : fin des véhicules thermiques, taxe carbone aux frontières, rénovation massive des bâtiments, investissements colossaux dans les énergies renouvelables. Mais trois mois plus tard, la pandémie de Covid-19 frappe l’Europe. Von der Leyen se retrouve en première ligne d’une crise sans précédent.
Ses débuts sont chaotiques. La Commission tarde à réagir, laisse les États membres fermer leurs frontières en désordre, peine à coordonner l’achat de matériel médical. Lorsqu’elle refuse de suspendre l’accord de Schengen et critique la décision américaine de fermer ses frontières aux Européens, elle semble déconnectée de la gravité de la situation. Puis elle se ressaisit. En avril 2020, elle lance le mécanisme de solidarité européen. En juillet, elle négocie le plan de relance NextGenerationEU de 800 milliards d’euros, financement inédit par emprunt commun européen.
Surtout, elle prend personnellement en main les négociations pour l’achat groupé de vaccins. C’est ici que naît la controverse qui la poursuivra : elle échange directement avec Albert Bourla, PDG de Pfizer, par SMS et appels téléphoniques, pour sécuriser 1,8 milliard de doses du vaccin BioNTech-Pfizer. Cette « diplomatie personnelle » lui vaut d’abord des louanges. L’Europe, initialement en retard sur le Royaume-Uni et les États-Unis, rattrape son retard vaccinal. En novembre 2021, von der Leyen reçoit même un prix de Pfizer pour son engagement transatlantique.
Mais les questions s’accumulent. Le prix payé par dose a augmenté de 15,50 à 19,50 euros entre les premiers et les seconds contrats. Le New York Times révèle l’existence des SMS échangés avec Bourla. Lorsque des journalistes demandent à les consulter, la Commission refuse, arguant qu’ils sont « éphémères » et n’ont pas été conservés. L’affaire, baptisée « Pfizergate », empoisonne sa première mandature. En mai 2025, le Tribunal de l’Union européenne lui donne tort : la Commission a violé ses obligations de transparence en refusant de rechercher ces messages. Le jugement révèle que von der Leyen a appliqué au niveau européen les mêmes méthodes qu’au ministère de la Défense : négociations opaques, SMS effacés, centralisation du pouvoir dans un cercle restreint de collaborateurs allemands.
CRISES ET RÉPONSES… L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, offre à von der Leyen l’occasion de se réinventer. Dès les premières heures, elle prend la parole pour condamner l’agression de Vladimir Poutine. En quelques jours, elle coordonne l’adoption de sanctions économiques d’une ampleur sans précédent…
CRISES ET RÉPONSES… L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, offre à von der Leyen l’occasion de se réinventer. Dès les premières heures, elle prend la parole pour condamner l’agression de Vladimir Poutine. En quelques jours, elle coordonne l’adoption de sanctions économiques d’une ampleur sans précédent : exclusion des banques russes du système SWIFT, gel des avoirs de la banque centrale russe, embargo sur le charbon puis le pétrole, fermeture de l’espace aérien européen aux avions russes, interdiction de Russia Today et Sputnik. Le 8 avril 2022, elle se rend à Kyiv, quelques jours après la découverte du massacre de Boutcha. Elle visite les charniers, tweete : « Les responsables de ces atrocités seront traduits en justice. » Elle promet d’accélérer la candidature d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. « Votre combat est notre combat », déclare-t-elle à Volodymyr Zelensky. En juin, l’Ukraine obtient le statut de candidat.
Cette posture de fermeté face à Moscou lui vaut une reconnaissance internationale. Forbes la classe « femme la plus puissante du monde » en 2022, 2023 et 2024. Elle incarne une Europe qui, pour une fois, parle d’une seule voix sur un sujet géopolitique majeur. Elle multiplie les voyages à Kyiv, rencontre régulièrement Zelensky, coordonne l’aide militaire et financière. En 2024, elle annonce 18 milliards d’euros de soutien budgétaire pour l’année, puis lance un programme de 6 milliards d’euros pour une « alliance des drones » avec l’Ukraine.
Mais son style de gouvernance continue de susciter des critiques. Elle centralise les décisions dans son cabinet, marginalise les commissaires, contrôle la communication avec une main de fer. Son directeur de cabinet, Björn Seibert, est accusé de valider personnellement chaque déclaration publique des 26 commissaires. Lors de la présentation du budget européen 2025, les chiffres ne correspondent pas, les pourcentages dépassent 100 %, les commissaires concernés ne savent pas ce que contient leur propre portefeuille. La presse parle de dysfonctionnement institutionnel. Elle navigue aussi entre pressions contradictoires sur le Green Deal. Les agriculteurs européens se révoltent au début 2024 contre les réglementations environnementales. Les tracteurs bloquent Bruxelles. Von der Leyen, à la veille de briguer un second mandat, fait machine arrière. Elle retire une proposition contestée sur les pesticides, assouplit les exigences environnementales de la Politique agricole commune, rencontre ostensiblement les représentants du monde paysan. Ses critiques l’accusent de sacrifier ses convictions climatiques sur l’autel de sa réélection.
Le 18 juillet 2024, elle est réélue présidente de la Commission avec 401 voix sur 720, un score plus confortable qu’en 2019. Elle promet de poursuivre le Green Deal tout en le réconciliant avec la compétitivité économique. Elle annonce un « Clean Industrial Deal » dans ses cent premiers jours de mandat. Elle évoque la défense européenne, l’autonomie stratégique, la nécessité pour l’Europe de « se battre pour survivre ». Son discours sur l’état de l’Union de septembre 2025 marque un tournant rhétorique. Quelques heures après que des chasseurs néerlandais et polonais ont abattu des drones russes entrés dans l’espace aérien polonais, elle proclame : « L’Europe est dans un combat. » Elle annonce un programme « Qualitative Military Edge » pour soutenir l’industrie de défense ukrainienne, une alliance des drones dotée de six milliards d’euros. Elle ne mentionne pas une seule fois les États-Unis comme allié. Le message est clair : l’Europe doit apprendre à se défendre seule.
Cette posture de fermeté face à Moscou lui vaut une reconnaissance internationale. Forbes la classe « femme la plus puissante du monde » en 2022, 2023 et 2024. Elle incarne une Europe qui, pour une fois, parle d’une seule voix sur un sujet géopolitique majeur. Elle multiplie les voyages à Kyiv, rencontre régulièrement Zelensky, coordonne l’aide militaire et financière. En 2024, elle annonce 18 milliards d’euros de soutien budgétaire pour l’année, puis lance un programme de 6 milliards d’euros pour une « alliance des drones » avec l’Ukraine.
Mais son style de gouvernance continue de susciter des critiques. Elle centralise les décisions dans son cabinet, marginalise les commissaires, contrôle la communication avec une main de fer. Son directeur de cabinet, Björn Seibert, est accusé de valider personnellement chaque déclaration publique des 26 commissaires. Lors de la présentation du budget européen 2025, les chiffres ne correspondent pas, les pourcentages dépassent 100 %, les commissaires concernés ne savent pas ce que contient leur propre portefeuille. La presse parle de dysfonctionnement institutionnel. Elle navigue aussi entre pressions contradictoires sur le Green Deal. Les agriculteurs européens se révoltent au début 2024 contre les réglementations environnementales. Les tracteurs bloquent Bruxelles. Von der Leyen, à la veille de briguer un second mandat, fait machine arrière. Elle retire une proposition contestée sur les pesticides, assouplit les exigences environnementales de la Politique agricole commune, rencontre ostensiblement les représentants du monde paysan. Ses critiques l’accusent de sacrifier ses convictions climatiques sur l’autel de sa réélection.
Le 18 juillet 2024, elle est réélue présidente de la Commission avec 401 voix sur 720, un score plus confortable qu’en 2019. Elle promet de poursuivre le Green Deal tout en le réconciliant avec la compétitivité économique. Elle annonce un « Clean Industrial Deal » dans ses cent premiers jours de mandat. Elle évoque la défense européenne, l’autonomie stratégique, la nécessité pour l’Europe de « se battre pour survivre ». Son discours sur l’état de l’Union de septembre 2025 marque un tournant rhétorique. Quelques heures après que des chasseurs néerlandais et polonais ont abattu des drones russes entrés dans l’espace aérien polonais, elle proclame : « L’Europe est dans un combat. » Elle annonce un programme « Qualitative Military Edge » pour soutenir l’industrie de défense ukrainienne, une alliance des drones dotée de six milliards d’euros. Elle ne mentionne pas une seule fois les États-Unis comme allié. Le message est clair : l’Europe doit apprendre à se défendre seule.
« L'Europe a les yeux ouverts. Elle voit un monde qui change. Et elle est prête à changer avec lui... » « L'Europe a les yeux ouverts. Elle voit un monde qui change. Et elle est prête à changer avec lui »
« L'Europe a les yeux ouverts. Elle voit un monde qui change. Et elle est prête à changer avec lui... »
« L'Europe a les yeux ouverts. Elle voit un monde qui change. Et elle est prête à changer avec lui »
LE BILAN… À 67 ans, Ursula von der Leyen entame son second mandat avec un bilan contrasté mais indéniablement historique. Elle a transformé la Commission européenne, institution jadis technocratique et effacée, en acteur géopolitique de premier plan. Jamais un président de la Commission n’avait autant incarné l’Union européenne sur la scène mondiale depuis Jacques Delors…
LE BILAN… À 67 ans, Ursula von der Leyen entame son second mandat avec un bilan contrasté mais indéniablement historique. Elle a transformé la Commission européenne, institution jadis technocratique et effacée, en acteur géopolitique de premier plan. Jamais un président de la Commission n’avait autant incarné l’Union européenne sur la scène mondiale depuis Jacques Delors.
Le Green Deal constitue son legs majeur. Ce plan, le plus ambitieux jamais conçu pour décarboner une économie continentale, a produit une cascade législative sans précédent : taxe carbone aux frontières, interdiction progressive des moteurs thermiques, réforme du marché de l’électricité, règles sur l’hydrogène, normes d’émissions industrielles. Soixante-quinze textes législatifs ont été proposés dans le cadre du paquet « Fit for 55 ». Trente-deux ont été adoptés, seize sont en négociation finale. L’Europe est en passe d’atteindre ses objectifs climatiques pour 2030, même si l’implémentation reste inégale selon les pays.
La réponse à la pandémie, après des débuts chaotiques, a démontré la capacité de l’Union à agir collectivement face à l’urgence. Le plan NextGenerationEU de 800 milliards d’euros a financé la relance économique par un emprunt commun, brisant un tabou vieux de plusieurs décennies. Le certificat Covid numérique, adopté par 78 pays, est devenu le modèle mondial de pass sanitaire. Plus de 80 % de la population adulte européenne a été vaccinée. Face à la Russie, von der Leyen a forgé une unité européenne remarquable. Dix-huit paquets de sanctions ont été adoptés. L’Europe s’est sevrée du gaz russe en un temps record, réduisant ses importations de près des deux tiers. Les avoirs russes gelés ont été mobilisés au profit de l’Ukraine. Un centre international de poursuite du crime d’agression a été établi à La Haye. L’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie ont obtenu le statut de candidats à l’adhésion.
Mais les zones d’ombre persistent. Le « Pfizergate » a révélé un style de gouvernance opaque, centralisateur, parfois méprisant envers les règles de transparence. Les SMS effacés, les consultants non déclarés, les décisions prises en cercle restreint : von der Leyen reproduit à Bruxelles les travers qui avaient terni son passage au ministère de la Défense. Le jugement du Tribunal de l’Union européenne de mai 2025, condamnant la Commission pour violation de ses obligations de transparence, restera comme une tache sur son mandat. Son bilan au ministère de la Défense allemand demeure contesté. La Bundeswehr n’a pas été redressée pendant ses six années à sa tête. Les pénuries d’équipements, les retards de projets, les scandales d’extrême droite dans les rangs ont perduré. Sa successeure a hérité d’une armée toujours en crise. L’affaire des consultants n’a jamais été totalement élucidée, les données ayant été effacées. Les critiques pointent également un décalage entre la rhétorique et les résultats. Le Green Deal est ambitieux, mais son application reste insuffisante selon l’Observatoire européen de la neutralité climatique. Les objectifs de compétitivité industrielle peinent à se concrétiser face à la concurrence américaine et chinoise. La politique migratoire européenne reste fragmentée malgré l’adoption d’un nouveau Pacte sur l’asile en 2024. L’autonomie stratégique reste un concept plus qu’une réalité.
Ses défenseurs rétorquent qu’elle a gouverné dans des circonstances exceptionnelles. Pandémie mondiale, guerre aux portes de l’Europe, crise énergétique, inflation, tensions transatlantiques : aucun président de la Commission n’avait affronté autant de crises simultanées. Qu’elle ait maintenu l’unité européenne dans ce contexte relève de l’exploit politique. Qu’elle ait fait avancer le Green Deal malgré les résistances industrielles et agricoles témoigne d’une détermination réelle. Son parcours révèle aussi les ambiguïtés de la construction européenne elle-même. Fille d’un des premiers fonctionnaires européens, élevée à Bruxelles dans une bulle cosmopolite, elle incarne une élite transnationale parfois déconnectée des réalités nationales.
Son arrivée à la présidence de la Commission, fruit d’un compromis de couloirs entre Macron et Merkel plutôt que d’un choix démocratique clair, illustre les limites du système institutionnel européen. Elle a aussi incarné, consciemment ou non, les contradictions de la bourgeoisie européenne. Famille aristocratique aux lointaines racines esclavagistes américaines, patrimoine familial lié au commerce du coton au XIXe siècle, enfance privilégiée dans les quartiers huppés de Bruxelles : von der Leyen appartient à un monde dont elle prétend transformer les règles. Que cette transformation soit sincère ou opportuniste, profonde ou superficielle, l’histoire en jugera. Ce qui est certain, c’est qu’elle a modifié la perception de ce que peut être un président de la Commission européenne. Avant elle, la fonction était technique, effacée, subordonnée aux États membres. Avec elle, la Commission est devenue un acteur politique à part entière, capable de parler au monde, de prendre des décisions rapides, d’incarner l’Europe dans les crises.
Cette présidentialisation de l’exécutif européen pose des questions démocratiques, mais elle répond aussi à une attente : celle d’une Europe qui existe, qui parle, qui agit. En février 2022, quelques jours après l’invasion russe de l’Ukraine, von der Leyen déclarait au Parlement européen : « L’Ukraine indépendante affronte son heure la plus sombre. Mais en même temps, le peuple ukrainien brandit le flambeau de la liberté pour nous tous. » Cette phrase résume peut-être sa vision de l’Europe : un projet perpétuellement menacé, qui ne survit que par la volonté de ceux qui y croient et qui acceptent de se battre pour lui.
Le Green Deal constitue son legs majeur. Ce plan, le plus ambitieux jamais conçu pour décarboner une économie continentale, a produit une cascade législative sans précédent : taxe carbone aux frontières, interdiction progressive des moteurs thermiques, réforme du marché de l’électricité, règles sur l’hydrogène, normes d’émissions industrielles. Soixante-quinze textes législatifs ont été proposés dans le cadre du paquet « Fit for 55 ». Trente-deux ont été adoptés, seize sont en négociation finale. L’Europe est en passe d’atteindre ses objectifs climatiques pour 2030, même si l’implémentation reste inégale selon les pays.
La réponse à la pandémie, après des débuts chaotiques, a démontré la capacité de l’Union à agir collectivement face à l’urgence. Le plan NextGenerationEU de 800 milliards d’euros a financé la relance économique par un emprunt commun, brisant un tabou vieux de plusieurs décennies. Le certificat Covid numérique, adopté par 78 pays, est devenu le modèle mondial de pass sanitaire. Plus de 80 % de la population adulte européenne a été vaccinée. Face à la Russie, von der Leyen a forgé une unité européenne remarquable. Dix-huit paquets de sanctions ont été adoptés. L’Europe s’est sevrée du gaz russe en un temps record, réduisant ses importations de près des deux tiers. Les avoirs russes gelés ont été mobilisés au profit de l’Ukraine. Un centre international de poursuite du crime d’agression a été établi à La Haye. L’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie ont obtenu le statut de candidats à l’adhésion.
Mais les zones d’ombre persistent. Le « Pfizergate » a révélé un style de gouvernance opaque, centralisateur, parfois méprisant envers les règles de transparence. Les SMS effacés, les consultants non déclarés, les décisions prises en cercle restreint : von der Leyen reproduit à Bruxelles les travers qui avaient terni son passage au ministère de la Défense. Le jugement du Tribunal de l’Union européenne de mai 2025, condamnant la Commission pour violation de ses obligations de transparence, restera comme une tache sur son mandat. Son bilan au ministère de la Défense allemand demeure contesté. La Bundeswehr n’a pas été redressée pendant ses six années à sa tête. Les pénuries d’équipements, les retards de projets, les scandales d’extrême droite dans les rangs ont perduré. Sa successeure a hérité d’une armée toujours en crise. L’affaire des consultants n’a jamais été totalement élucidée, les données ayant été effacées. Les critiques pointent également un décalage entre la rhétorique et les résultats. Le Green Deal est ambitieux, mais son application reste insuffisante selon l’Observatoire européen de la neutralité climatique. Les objectifs de compétitivité industrielle peinent à se concrétiser face à la concurrence américaine et chinoise. La politique migratoire européenne reste fragmentée malgré l’adoption d’un nouveau Pacte sur l’asile en 2024. L’autonomie stratégique reste un concept plus qu’une réalité.
Ses défenseurs rétorquent qu’elle a gouverné dans des circonstances exceptionnelles. Pandémie mondiale, guerre aux portes de l’Europe, crise énergétique, inflation, tensions transatlantiques : aucun président de la Commission n’avait affronté autant de crises simultanées. Qu’elle ait maintenu l’unité européenne dans ce contexte relève de l’exploit politique. Qu’elle ait fait avancer le Green Deal malgré les résistances industrielles et agricoles témoigne d’une détermination réelle. Son parcours révèle aussi les ambiguïtés de la construction européenne elle-même. Fille d’un des premiers fonctionnaires européens, élevée à Bruxelles dans une bulle cosmopolite, elle incarne une élite transnationale parfois déconnectée des réalités nationales.
Son arrivée à la présidence de la Commission, fruit d’un compromis de couloirs entre Macron et Merkel plutôt que d’un choix démocratique clair, illustre les limites du système institutionnel européen. Elle a aussi incarné, consciemment ou non, les contradictions de la bourgeoisie européenne. Famille aristocratique aux lointaines racines esclavagistes américaines, patrimoine familial lié au commerce du coton au XIXe siècle, enfance privilégiée dans les quartiers huppés de Bruxelles : von der Leyen appartient à un monde dont elle prétend transformer les règles. Que cette transformation soit sincère ou opportuniste, profonde ou superficielle, l’histoire en jugera. Ce qui est certain, c’est qu’elle a modifié la perception de ce que peut être un président de la Commission européenne. Avant elle, la fonction était technique, effacée, subordonnée aux États membres. Avec elle, la Commission est devenue un acteur politique à part entière, capable de parler au monde, de prendre des décisions rapides, d’incarner l’Europe dans les crises.
Cette présidentialisation de l’exécutif européen pose des questions démocratiques, mais elle répond aussi à une attente : celle d’une Europe qui existe, qui parle, qui agit. En février 2022, quelques jours après l’invasion russe de l’Ukraine, von der Leyen déclarait au Parlement européen : « L’Ukraine indépendante affronte son heure la plus sombre. Mais en même temps, le peuple ukrainien brandit le flambeau de la liberté pour nous tous. » Cette phrase résume peut-être sa vision de l’Europe : un projet perpétuellement menacé, qui ne survit que par la volonté de ceux qui y croient et qui acceptent de se battre pour lui.
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