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21 FÉVRIER 2026
MOHAMMED BEN SALMANE, LE PARI DU SIÈCLE
Diriger l’Arabie saoudite au XXIe siècle, ce n’est pas seulement contrôler les plus grandes réserves pétrolières de la planète. C’est gouverner un royaume de 36 millions d’habitants dont 70 % ont moins de trente ans, coincé entre une tradition wahhabite séculaire et les exigences d’un monde qui se détourne progressivement des hydrocarbures. C’est naviguer entre les pressions américaines, l’hostilité iranienne, les ambitions régionales, et une famille royale tentaculaire où chaque prince est un rival potentiel…
Diriger l’Arabie saoudite au XXIe siècle, ce n’est pas seulement contrôler les plus grandes réserves pétrolières de la planète. C’est gouverner un royaume de 36 millions d’habitants dont 70 % ont moins de trente ans, coincé entre une tradition wahhabite séculaire et les exigences d’un monde qui se détourne progressivement des hydrocarbures.
C’est naviguer entre les pressions américaines, l’hostilité iranienne, les ambitions régionales, et une famille royale tentaculaire où chaque prince est un rival potentiel. Lorsque Mohammed ben Salmane, dit MBS, devient prince héritier en juin 2017, il comprend immédiatement que la question n’est plus celle de la rente pétrolière, mais celle de la survie du royaume.
Comment transformer une économie mono-dépendante avant que le pétrole ne devienne obsolète ? Comment moderniser une société ultra-conservatrice sans déclencher une révolution ? Comment concentrer un pouvoir absolu tout en projetant l’image d’un réformateur ? Son parcours et son action apportent une réponse singulière, à la fois visionnaire, brutale et profondément paradoxale.
C’est naviguer entre les pressions américaines, l’hostilité iranienne, les ambitions régionales, et une famille royale tentaculaire où chaque prince est un rival potentiel. Lorsque Mohammed ben Salmane, dit MBS, devient prince héritier en juin 2017, il comprend immédiatement que la question n’est plus celle de la rente pétrolière, mais celle de la survie du royaume.
Comment transformer une économie mono-dépendante avant que le pétrole ne devienne obsolète ? Comment moderniser une société ultra-conservatrice sans déclencher une révolution ? Comment concentrer un pouvoir absolu tout en projetant l’image d’un réformateur ? Son parcours et son action apportent une réponse singulière, à la fois visionnaire, brutale et profondément paradoxale.
LE FILS PRÉFÉRÉ… Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud naît le 31 août 1985 à Riyad, dans un royaume encore figé dans les certitudes de la manne pétrolière. Il est le premier enfant de Fahda bint Falah Al Hithlain, troisième épouse du prince Salmane, alors gouverneur de la province de Riyad depuis déjà trois ans. Cette mère, issue de l’ancienne tribu bédouine Ajman, n’est pas une Al Saoud…
LE FILS PRÉFÉRÉ… Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud naît le 31 août 1985 à Riyad, dans un royaume encore figé dans les certitudes de la manne pétrolière. Il est le premier enfant de Fahda bint Falah Al Hithlain, troisième épouse du prince Salmane, alors gouverneur de la province de Riyad depuis déjà trois ans. Cette mère, issue de l’ancienne tribu bédouine Ajman, n’est pas une Al Saoud. Cette extériorité à la dynastie, loin d’être un handicap, forge chez elle une détermination féroce à voir son fils s’élever au-dessus de ses demi-frères.
L’éducation du jeune Mohammed se déroule entièrement en Arabie saoudite. Contrairement à nombre de ses cousins princes qui partent étudier dans les universités occidentales, à Oxford, Georgetown ou Harvard, il reste au pays. Il effectue sa scolarité primaire à Riyad, se distinguant parmi les dix meilleurs élèves du royaume. Puis il intègre l’université Roi Saoud où il obtient une licence en droit, terminant second de sa promotion. Cette formation exclusivement locale façonne sa vision du monde : MBS connaît intimement la société saoudienne, ses codes, ses frustrations, ses aspirations inavouées.
Son père Salmane lui donne une éducation à la fois stricte et ouverte sur le monde. Dans son palais de Riyad, il organise des dîners hebdomadaires avec des écrivains, des universitaires et des diplomates. Dans ses propriétés de Paris et de Marbella, il invite des intellectuels et des hommes d’affaires pour inciter ses fils au débat. Le jeune Mohammed s’imprègne de ces conversations, développe son appétit pour les questions stratégiques, affûte sa compréhension des rapports de force. Après l’université, Mohammed passe plusieurs années dans le secteur privé, travaillant comme consultant pour la Commission des experts du Cabinet saoudien.
Mais c’est en décembre 2009, à vingt-quatre ans, que sa trajectoire politique débute véritablement. Son père, toujours gouverneur de Riyad, le nomme conseiller spécial. Mohammed devient secrétaire général du Conseil de compétitivité de Riyad, conseiller spécial de la Fondation Roi Abdelaziz pour la recherche et les archives, accumulant les postes et les réseaux. L’ascension est liée à l’emprise qu’exerce Fahda sur son mari. Connue pour sa force de caractère, elle pousse inlassablement la cause de son fils aîné préféré. Dans un système où la succession se transmettait traditionnellement de frère en frère parmi les fils du fondateur Ibn Saoud, cette ambition verticale est révolutionnaire. Mohammed se voit en refondateur du royaume, à l’image de son arrière-grand-père Abdelaziz qui s’était emparé de Riyad à vingt-six ans en 1902.
Le 23 janvier 2015, le roi Abdallah meurt. Salmane, alors âgé de soixante-dix-neuf ans et souffrant de problèmes de santé, monte sur le trône. Mohammed, à vingt-neuf ans, est immédiatement nommé ministre de la Défense, le plus jeune au monde à ce poste. Il devient également secrétaire général de la Cour royale et président du Conseil des affaires économiques et du développement. En quelques heures, un prince quasi inconnu du grand public se retrouve aux commandes des leviers essentiels du pouvoir saoudien. Deux mois plus tard, en mars 2015, sa première décision majeure comme ministre de la Défense fait trembler la région. Face à l’avancée des rebelles houthis soutenus par l’Iran au Yémen voisin, il lance l’opération « Tempête décisive » : une coalition de pays arabes sous commandement saoudien bombarde les positions rebelles. C’est le premier conflit armé déclenché directement par MBS. Il y voit l’occasion d’affirmer sa stature d’homme d’État et de contrer l’influence iranienne dans la péninsule arabique.
Mais le conflit s’enlise. Ce qui devait être une victoire rapide se transforme en bourbier. Les Houthis résistent, ripostent par des tirs de missiles sur le territoire saoudien. La crise humanitaire devient catastrophique : selon l’ONU, plus de 380 000 morts, dont une majorité de civils victimes de la famine et du choléra. Les ONG accusent la coalition de frappes aveugles sur des hôpitaux, des écoles, des mariages. L’image internationale de MBS en souffre durablement. Mais à l’intérieur du royaume, cette démonstration de force contre le rival iranien consolide sa popularité auprès d’une population qui perçoit Téhéran comme une menace existentielle.
L’éducation du jeune Mohammed se déroule entièrement en Arabie saoudite. Contrairement à nombre de ses cousins princes qui partent étudier dans les universités occidentales, à Oxford, Georgetown ou Harvard, il reste au pays. Il effectue sa scolarité primaire à Riyad, se distinguant parmi les dix meilleurs élèves du royaume. Puis il intègre l’université Roi Saoud où il obtient une licence en droit, terminant second de sa promotion. Cette formation exclusivement locale façonne sa vision du monde : MBS connaît intimement la société saoudienne, ses codes, ses frustrations, ses aspirations inavouées.
Son père Salmane lui donne une éducation à la fois stricte et ouverte sur le monde. Dans son palais de Riyad, il organise des dîners hebdomadaires avec des écrivains, des universitaires et des diplomates. Dans ses propriétés de Paris et de Marbella, il invite des intellectuels et des hommes d’affaires pour inciter ses fils au débat. Le jeune Mohammed s’imprègne de ces conversations, développe son appétit pour les questions stratégiques, affûte sa compréhension des rapports de force. Après l’université, Mohammed passe plusieurs années dans le secteur privé, travaillant comme consultant pour la Commission des experts du Cabinet saoudien.
Mais c’est en décembre 2009, à vingt-quatre ans, que sa trajectoire politique débute véritablement. Son père, toujours gouverneur de Riyad, le nomme conseiller spécial. Mohammed devient secrétaire général du Conseil de compétitivité de Riyad, conseiller spécial de la Fondation Roi Abdelaziz pour la recherche et les archives, accumulant les postes et les réseaux. L’ascension est liée à l’emprise qu’exerce Fahda sur son mari. Connue pour sa force de caractère, elle pousse inlassablement la cause de son fils aîné préféré. Dans un système où la succession se transmettait traditionnellement de frère en frère parmi les fils du fondateur Ibn Saoud, cette ambition verticale est révolutionnaire. Mohammed se voit en refondateur du royaume, à l’image de son arrière-grand-père Abdelaziz qui s’était emparé de Riyad à vingt-six ans en 1902.
Le 23 janvier 2015, le roi Abdallah meurt. Salmane, alors âgé de soixante-dix-neuf ans et souffrant de problèmes de santé, monte sur le trône. Mohammed, à vingt-neuf ans, est immédiatement nommé ministre de la Défense, le plus jeune au monde à ce poste. Il devient également secrétaire général de la Cour royale et président du Conseil des affaires économiques et du développement. En quelques heures, un prince quasi inconnu du grand public se retrouve aux commandes des leviers essentiels du pouvoir saoudien. Deux mois plus tard, en mars 2015, sa première décision majeure comme ministre de la Défense fait trembler la région. Face à l’avancée des rebelles houthis soutenus par l’Iran au Yémen voisin, il lance l’opération « Tempête décisive » : une coalition de pays arabes sous commandement saoudien bombarde les positions rebelles. C’est le premier conflit armé déclenché directement par MBS. Il y voit l’occasion d’affirmer sa stature d’homme d’État et de contrer l’influence iranienne dans la péninsule arabique.
Mais le conflit s’enlise. Ce qui devait être une victoire rapide se transforme en bourbier. Les Houthis résistent, ripostent par des tirs de missiles sur le territoire saoudien. La crise humanitaire devient catastrophique : selon l’ONU, plus de 380 000 morts, dont une majorité de civils victimes de la famine et du choléra. Les ONG accusent la coalition de frappes aveugles sur des hôpitaux, des écoles, des mariages. L’image internationale de MBS en souffre durablement. Mais à l’intérieur du royaume, cette démonstration de force contre le rival iranien consolide sa popularité auprès d’une population qui perçoit Téhéran comme une menace existentielle.
LA CONQUÊTE DU POUVOIR ABSOLU… Dans le système saoudien traditionnel, le pouvoir se partage entre différentes branches de la famille royale. Les milliers de princes Al Saoud forment une oligarchie complexe où les décisions majeures se prennent par consensus. Mohammed ben Salmane va dynamiter ce système en un temps record…
LA CONQUÊTE DU POUVOIR ABSOLU… Dans le système saoudien traditionnel, le pouvoir se partage entre différentes branches de la famille royale. Les milliers de princes Al Saoud forment une oligarchie complexe où les décisions majeures se prennent par consensus. Mohammed ben Salmane va dynamiter ce système en un temps record.
En avril 2015, trois mois après l’accession de son père au trône, le prince héritier Moukrine est écarté. Officiellement, il a « demandé à être relevé de ses fonctions ». C’est la première fois dans l’histoire du royaume qu’un prince héritier est évincé de la succession. Son remplacement par Mohammed ben Nayef, neveu du roi et chef du contre-terrorisme, marque le passage du pouvoir à la génération des petits-fils du fondateur. MBS devient vice-prince héritier, deuxième dans l’ordre de succession.
Pendant deux ans, Mohammed ben Nayef occupe le poste de prince héritier. Mais MBS accumule les compétences : défense, économie, planification. Il lance Vision 2030 en avril 2016, s’impose comme le visage de la modernisation. Puis, le 21 juin 2017, coup de théâtre : le roi Salmane démet son neveu de toutes ses fonctions et nomme son propre fils prince héritier. Mohammed ben Nayef est assigné à résidence. Selon les services de renseignement allemands qui avaient prédit cette manœuvre dix-huit mois plus tôt, MBS a « une soif de pouvoir sans limite ». Le même jour, Donald Trump téléphone pour féliciter le nouveau prince héritier. Les deux hommes promettent une « coopération étroite » sur les questions sécuritaires et économiques.
MBS a compris que pour mener sa révolution, il lui faut le soutien américain. Lors d’un entretien au Washington Post, il déclare : « Sans l’influence culturelle américaine sur l’Arabie saoudite, nous aurions fini comme la Corée du Nord. » Mais l’élimination des rivaux ne fait que commencer. En novembre 2017, MBS lance une vaste « purge anticorruption ». En une nuit, plus de deux cents hommes d’affaires, princes et ministres sont arrêtés et assignés à résidence au Ritz-Carlton de Riyad transformé en prison dorée. Parmi eux, le prince Al-Walid ben Talal, milliardaire actionnaire de Twitter et de Citigroup, l’un des hommes les plus riches du monde. Le prince Mutaib ben Abdallah, chef de la Garde nationale, fils de l’ancien roi. Des ministres en exercice. Des généraux. Officiellement, il s’agit de lutter contre la corruption qui gangrène le royaume. « Personne ne survivra à une affaire de corruption, qui qu’il soit, même s’il est prince ou ministre », déclare MBS.
L’opération aurait permis de récupérer plus de 100 milliards de dollars pour les caisses de l’État. Mais les observateurs y voient surtout une liquidation méthodique des rivaux potentiels. La faction du roi Abdallah est définitivement marginalisée. Les élites économiques comprennent que leur fortune dépend désormais du bon vouloir d’un seul homme. En septembre 2022, le roi Salmane nomme son fils Premier ministre, fonction traditionnellement exercée par le monarque lui-même. MBS cumule désormais les titres de prince héritier, Premier ministre, président du Conseil des affaires économiques et du développement, président du Fonds d’investissement public.
À trente-sept ans, il détient un degré de pouvoir sans précédent dans l’histoire saoudienne moderne.
En avril 2015, trois mois après l’accession de son père au trône, le prince héritier Moukrine est écarté. Officiellement, il a « demandé à être relevé de ses fonctions ». C’est la première fois dans l’histoire du royaume qu’un prince héritier est évincé de la succession. Son remplacement par Mohammed ben Nayef, neveu du roi et chef du contre-terrorisme, marque le passage du pouvoir à la génération des petits-fils du fondateur. MBS devient vice-prince héritier, deuxième dans l’ordre de succession.
Pendant deux ans, Mohammed ben Nayef occupe le poste de prince héritier. Mais MBS accumule les compétences : défense, économie, planification. Il lance Vision 2030 en avril 2016, s’impose comme le visage de la modernisation. Puis, le 21 juin 2017, coup de théâtre : le roi Salmane démet son neveu de toutes ses fonctions et nomme son propre fils prince héritier. Mohammed ben Nayef est assigné à résidence. Selon les services de renseignement allemands qui avaient prédit cette manœuvre dix-huit mois plus tôt, MBS a « une soif de pouvoir sans limite ». Le même jour, Donald Trump téléphone pour féliciter le nouveau prince héritier. Les deux hommes promettent une « coopération étroite » sur les questions sécuritaires et économiques.
MBS a compris que pour mener sa révolution, il lui faut le soutien américain. Lors d’un entretien au Washington Post, il déclare : « Sans l’influence culturelle américaine sur l’Arabie saoudite, nous aurions fini comme la Corée du Nord. » Mais l’élimination des rivaux ne fait que commencer. En novembre 2017, MBS lance une vaste « purge anticorruption ». En une nuit, plus de deux cents hommes d’affaires, princes et ministres sont arrêtés et assignés à résidence au Ritz-Carlton de Riyad transformé en prison dorée. Parmi eux, le prince Al-Walid ben Talal, milliardaire actionnaire de Twitter et de Citigroup, l’un des hommes les plus riches du monde. Le prince Mutaib ben Abdallah, chef de la Garde nationale, fils de l’ancien roi. Des ministres en exercice. Des généraux. Officiellement, il s’agit de lutter contre la corruption qui gangrène le royaume. « Personne ne survivra à une affaire de corruption, qui qu’il soit, même s’il est prince ou ministre », déclare MBS.
L’opération aurait permis de récupérer plus de 100 milliards de dollars pour les caisses de l’État. Mais les observateurs y voient surtout une liquidation méthodique des rivaux potentiels. La faction du roi Abdallah est définitivement marginalisée. Les élites économiques comprennent que leur fortune dépend désormais du bon vouloir d’un seul homme. En septembre 2022, le roi Salmane nomme son fils Premier ministre, fonction traditionnellement exercée par le monarque lui-même. MBS cumule désormais les titres de prince héritier, Premier ministre, président du Conseil des affaires économiques et du développement, président du Fonds d’investissement public.
À trente-sept ans, il détient un degré de pouvoir sans précédent dans l’histoire saoudienne moderne.
VISION 2030… Le 25 avril 2016, Mohammed ben Salmane dévoile le plan qui doit transformer l’Arabie saoudite : Vision 2030. Le diagnostic est brutal. Le royaume dépend à 90 % des hydrocarbures pour ses recettes budgétaires…
VISION 2030… Le 25 avril 2016, Mohammed ben Salmane dévoile le plan qui doit transformer l’Arabie saoudite : Vision 2030. Le diagnostic est brutal. Le royaume dépend à 90 % des hydrocarbures pour ses recettes budgétaires. Or le pétrole ne durera pas éternellement, et la transition énergétique mondiale menace de le rendre obsolète avant même son épuisement. Avec 70 % de la population âgée de moins de trente ans, le chômage des jeunes Saoudiens atteint des niveaux préoccupants. Le modèle rentier où l’État distribue les revenus pétroliers en échange de la soumission politique touche à ses limites.
Vision 2030 ambitionne de réduire la dépendance au pétrole en diversifiant l’économie vers le tourisme, le divertissement, les technologies, les industries militaires. Le plan prévoit d’augmenter la part du secteur privé de 45 % à 60 % du PIB, de faire passer le taux de participation des femmes au marché du travail de 22 % à 30 %, d’attirer les investissements étrangers, de développer le tourisme religieux et balnéaire. Pour financer cette transformation, MBS s’appuie sur le Fonds d’investissement public (PIF), le fonds souverain saoudien dont il prend la présidence.
En 2015, le PIF ne pesait que 150 milliards de dollars. L’objectif est de le porter à 2 000 milliards d’ici 2030 pour en faire le plus grand fonds souverain mondial. Le PIF investit massivement : 3,5 milliards dans Uber, 45 milliards dans le Vision Fund de SoftBank, des participations dans Lucid Motors, Disney, Boeing, Meta. À l’intérieur du royaume, il finance les « giga-projets » pharaoniques qui doivent incarner la nouvelle Arabie. Le plus emblématique est NEOM, une mégapole futuriste de 500 milliards de dollars dans le désert du nord-ouest, sur les rives de la mer Rouge.
Au cœur de NEOM, « The Line » : une ville linéaire de 170 kilomètres de long, 500 mètres de haut et 200 mètres de large, qui devait accueillir 9 millions d’habitants sans voitures, alimentée à 100 % par les énergies renouvelables. Les vidéos promotionnelles ressemblent à un film de science-fiction : robots domestiques, voitures volantes, lune artificielle. MBS proclame vouloir « créer quelque chose de nouveau dans le monde et porter le monde à un niveau totalement différent ».
Mais la réalité rattrape les ambitions. The Line a dû être drastiquement réduit : de 170 kilomètres prévus à 2,4 kilomètres réalisables d’ici 2030, de 9 millions d’habitants à 300 000. Les coûts explosent, les investisseurs étrangers se font attendre, les délais s’allongent. Les critiques dénoncent un projet dystopique, les expulsions forcées de tribus bédouines pour libérer les terrains, les milliers de travailleurs migrants dans des conditions déplorables. Selon une enquête de 2024, plus de 21 000 ouvriers seraient morts sur les chantiers des projets Vision 2030 depuis 2017.
L’introduction en Bourse de Saudi Aramco en décembre 2019 devait être le coup de maître financier de Vision 2030. MBS visait une valorisation de 2 000 milliards de dollars, la plus grande capitalisation mondiale. Face au scepticisme des investisseurs internationaux qui jugeaient ce chiffre irréaliste, l’IPO se limite finalement au marché domestique. La vente de 1,7 % des actions rapporte tout de même 29,4 milliards de dollars, la plus grande introduction en Bourse de l’histoire, pour une valorisation de 1 700 milliards. En 2024, 16 % des actions d’Aramco ont été transférées au PIF, lui conférant des actifs supplémentaires de plus de 160 milliards de dollars.
Le bilan à mi-parcours de Vision 2030 est contrasté. Le tourisme a explosé, passant de 18 à près de 100 millions de visiteurs. Le taux de participation des femmes au marché du travail a bondi de 16 % à 37 %. Des secteurs entiers ont émergé : divertissement, sports, événementiel. Mais l’économie reste dépendante du pétrole à 40 % du PIB et 75 % des recettes fiscales. Les giga-projets accusent des retards et des dépassements de coûts. L’investissement étranger reste en deçà des objectifs. La diversification économique, si elle progresse, n’a pas encore atteint le point de non-retour.
Vision 2030 ambitionne de réduire la dépendance au pétrole en diversifiant l’économie vers le tourisme, le divertissement, les technologies, les industries militaires. Le plan prévoit d’augmenter la part du secteur privé de 45 % à 60 % du PIB, de faire passer le taux de participation des femmes au marché du travail de 22 % à 30 %, d’attirer les investissements étrangers, de développer le tourisme religieux et balnéaire. Pour financer cette transformation, MBS s’appuie sur le Fonds d’investissement public (PIF), le fonds souverain saoudien dont il prend la présidence.
En 2015, le PIF ne pesait que 150 milliards de dollars. L’objectif est de le porter à 2 000 milliards d’ici 2030 pour en faire le plus grand fonds souverain mondial. Le PIF investit massivement : 3,5 milliards dans Uber, 45 milliards dans le Vision Fund de SoftBank, des participations dans Lucid Motors, Disney, Boeing, Meta. À l’intérieur du royaume, il finance les « giga-projets » pharaoniques qui doivent incarner la nouvelle Arabie. Le plus emblématique est NEOM, une mégapole futuriste de 500 milliards de dollars dans le désert du nord-ouest, sur les rives de la mer Rouge.
Au cœur de NEOM, « The Line » : une ville linéaire de 170 kilomètres de long, 500 mètres de haut et 200 mètres de large, qui devait accueillir 9 millions d’habitants sans voitures, alimentée à 100 % par les énergies renouvelables. Les vidéos promotionnelles ressemblent à un film de science-fiction : robots domestiques, voitures volantes, lune artificielle. MBS proclame vouloir « créer quelque chose de nouveau dans le monde et porter le monde à un niveau totalement différent ».
Mais la réalité rattrape les ambitions. The Line a dû être drastiquement réduit : de 170 kilomètres prévus à 2,4 kilomètres réalisables d’ici 2030, de 9 millions d’habitants à 300 000. Les coûts explosent, les investisseurs étrangers se font attendre, les délais s’allongent. Les critiques dénoncent un projet dystopique, les expulsions forcées de tribus bédouines pour libérer les terrains, les milliers de travailleurs migrants dans des conditions déplorables. Selon une enquête de 2024, plus de 21 000 ouvriers seraient morts sur les chantiers des projets Vision 2030 depuis 2017.
L’introduction en Bourse de Saudi Aramco en décembre 2019 devait être le coup de maître financier de Vision 2030. MBS visait une valorisation de 2 000 milliards de dollars, la plus grande capitalisation mondiale. Face au scepticisme des investisseurs internationaux qui jugeaient ce chiffre irréaliste, l’IPO se limite finalement au marché domestique. La vente de 1,7 % des actions rapporte tout de même 29,4 milliards de dollars, la plus grande introduction en Bourse de l’histoire, pour une valorisation de 1 700 milliards. En 2024, 16 % des actions d’Aramco ont été transférées au PIF, lui conférant des actifs supplémentaires de plus de 160 milliards de dollars.
Le bilan à mi-parcours de Vision 2030 est contrasté. Le tourisme a explosé, passant de 18 à près de 100 millions de visiteurs. Le taux de participation des femmes au marché du travail a bondi de 16 % à 37 %. Des secteurs entiers ont émergé : divertissement, sports, événementiel. Mais l’économie reste dépendante du pétrole à 40 % du PIB et 75 % des recettes fiscales. Les giga-projets accusent des retards et des dépassements de coûts. L’investissement étranger reste en deçà des objectifs. La diversification économique, si elle progresse, n’a pas encore atteint le point de non-retour.
MODERNISER SANS DÉMOCRATISER… La stratégie de MBS repose sur un pari : on peut moderniser une société sans la démocratiser, transformer les mœurs sans partager le pouvoir, importer les formes de la modernité occidentale tout en rejetant ses fondements politiques. Une modernisation autoritaire « à la chinoise », selon ses propres termes. Les réformes sociales sont spectaculaires…
MODERNISER SANS DÉMOCRATISER… La stratégie de MBS repose sur un pari : on peut moderniser une société sans la démocratiser, transformer les mœurs sans partager le pouvoir, importer les formes de la modernité occidentale tout en rejetant ses fondements politiques. Une modernisation autoritaire « à la chinoise », selon ses propres termes. Les réformes sociales sont spectaculaires.
En juin 2018, les femmes obtiennent le droit de conduire, mettant fin à une interdiction unique au monde devenue le symbole international de l’arriération saoudienne. En 2018 également, les salles de cinéma rouvrent après trente-cinq ans d’interdiction. Les concerts mixtes sont autorisés. La police religieuse, la redoutée Muttawa, voit ses pouvoirs drastiquement réduits. Les femmes peuvent désormais voyager sans l’autorisation d’un tuteur masculin, assister à des événements sportifs, créer leur entreprise. Le port de l’abaya n’est plus strictement obligatoire pour les étrangères.
MBS revendique de ramener le royaume à un « islam modéré ». « Nous n’allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d’idées extrémistes, nous allons les détruire maintenant », déclare-t-il en 2017. Le pacte fondateur du royaume, cette alliance entre la maison Saoud et le clergé wahhabite depuis le XVIIIe siècle, est remis en question. Des prédicateurs ultraconservateurs sont arrêtés. L’establishment religieux, qui contrôlait l’éducation, la justice, les mœurs, se retrouve marginalisé.
Mais cette libéralisation sociale s’accompagne d’un verrouillage politique sans précédent. Les rares voix dissidentes sont systématiquement écrasées. Des dizaines d’intellectuels, de religieux, de militants des droits humains sont emprisonnés. Paradoxe cruel : les militantes féministes qui avaient réclamé pendant des années le droit de conduire sont arrêtées quelques semaines avant que cette revendication ne soit accordée. Loujain al-Hathloul, figure emblématique du mouvement, est détenue, torturée selon Amnesty International, condamnée à cinq ans de prison pour « atteinte à la sécurité nationale ».
Le message est limpide : les réformes viennent d’en haut, pas de la société civile. Le recours à la peine de mort s’intensifie : plus de 300 exécutions en 2024 selon l’ONG Reprieve, un record. L’Arabie saoudite reste l’un des pays les plus répressifs au monde selon tous les indices de liberté. Aucune ouverture politique n’accompagne la libéralisation des mœurs. Pas d’élections, pas de partis, pas de liberté d’expression. Un autoritarisme « classique » remplace l’autoritarisme « mou » et consensuel qui prévalait auparavant. L’affaire Jamal Khashoggi révèle au monde la face sombre du régime. Le 2 octobre 2018, ce journaliste saoudien exilé aux États-Unis, chroniqueur au Washington Post, entre au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul pour récupérer des documents en vue de son mariage. Il n’en ressortira jamais vivant. Selon les enquêtes turques et américaines, un commando de quinze agents saoudiens l’attend. Il est étranglé, torturé, démembré à la scie. Son corps, dissous dans l’acide selon certaines sources, n’a jamais été retrouvé. Un sosie, vêtu de ses habits, est filmé sortant du consulat pour accréditer la thèse d’un départ volontaire.
La CIA conclut que Mohammed ben Salmane a personnellement « validé » l’opération. Le rapport déclassifié par l’administration Biden souligne que le prince héritier exerçait un « contrôle absolu » sur les services de renseignement, rendant « très improbable » qu’une telle opération ait pu se dérouler sans son feu vert. MBS nie avoir ordonné le meurtre mais reconnaît sa « responsabilité » en tant que dirigeant. « C’était un incident hideux et totalement injustifiable », déclare-t-il. Huit personnes sont condamnées à des peines de prison par la justice saoudienne, dans des procès à huis clos. Plusieurs d’entre elles ont été vues vivant librement dans des villas de luxe. L’assassinat fait de MBS un paria en Occident. Joe Biden, alors candidat, promet de traiter l’Arabie saoudite comme un État « paria ».
Mais la realpolitik l’emporte. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la flambée des prix de l’énergie, rappellent au monde sa dépendance au pétrole saoudien. Biden se rend à Djeddah, échange un « fist bump » avec MBS. La plainte déposée aux États-Unis par la fiancée de Khashoggi est classée sans suite : le prince héritier, devenu Premier ministre, bénéficie de l’immunité diplomatique. Le temps a fait son œuvre. L’argent aussi.
En juin 2018, les femmes obtiennent le droit de conduire, mettant fin à une interdiction unique au monde devenue le symbole international de l’arriération saoudienne. En 2018 également, les salles de cinéma rouvrent après trente-cinq ans d’interdiction. Les concerts mixtes sont autorisés. La police religieuse, la redoutée Muttawa, voit ses pouvoirs drastiquement réduits. Les femmes peuvent désormais voyager sans l’autorisation d’un tuteur masculin, assister à des événements sportifs, créer leur entreprise. Le port de l’abaya n’est plus strictement obligatoire pour les étrangères.
MBS revendique de ramener le royaume à un « islam modéré ». « Nous n’allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d’idées extrémistes, nous allons les détruire maintenant », déclare-t-il en 2017. Le pacte fondateur du royaume, cette alliance entre la maison Saoud et le clergé wahhabite depuis le XVIIIe siècle, est remis en question. Des prédicateurs ultraconservateurs sont arrêtés. L’establishment religieux, qui contrôlait l’éducation, la justice, les mœurs, se retrouve marginalisé.
Mais cette libéralisation sociale s’accompagne d’un verrouillage politique sans précédent. Les rares voix dissidentes sont systématiquement écrasées. Des dizaines d’intellectuels, de religieux, de militants des droits humains sont emprisonnés. Paradoxe cruel : les militantes féministes qui avaient réclamé pendant des années le droit de conduire sont arrêtées quelques semaines avant que cette revendication ne soit accordée. Loujain al-Hathloul, figure emblématique du mouvement, est détenue, torturée selon Amnesty International, condamnée à cinq ans de prison pour « atteinte à la sécurité nationale ».
Le message est limpide : les réformes viennent d’en haut, pas de la société civile. Le recours à la peine de mort s’intensifie : plus de 300 exécutions en 2024 selon l’ONG Reprieve, un record. L’Arabie saoudite reste l’un des pays les plus répressifs au monde selon tous les indices de liberté. Aucune ouverture politique n’accompagne la libéralisation des mœurs. Pas d’élections, pas de partis, pas de liberté d’expression. Un autoritarisme « classique » remplace l’autoritarisme « mou » et consensuel qui prévalait auparavant. L’affaire Jamal Khashoggi révèle au monde la face sombre du régime. Le 2 octobre 2018, ce journaliste saoudien exilé aux États-Unis, chroniqueur au Washington Post, entre au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul pour récupérer des documents en vue de son mariage. Il n’en ressortira jamais vivant. Selon les enquêtes turques et américaines, un commando de quinze agents saoudiens l’attend. Il est étranglé, torturé, démembré à la scie. Son corps, dissous dans l’acide selon certaines sources, n’a jamais été retrouvé. Un sosie, vêtu de ses habits, est filmé sortant du consulat pour accréditer la thèse d’un départ volontaire.
La CIA conclut que Mohammed ben Salmane a personnellement « validé » l’opération. Le rapport déclassifié par l’administration Biden souligne que le prince héritier exerçait un « contrôle absolu » sur les services de renseignement, rendant « très improbable » qu’une telle opération ait pu se dérouler sans son feu vert. MBS nie avoir ordonné le meurtre mais reconnaît sa « responsabilité » en tant que dirigeant. « C’était un incident hideux et totalement injustifiable », déclare-t-il. Huit personnes sont condamnées à des peines de prison par la justice saoudienne, dans des procès à huis clos. Plusieurs d’entre elles ont été vues vivant librement dans des villas de luxe. L’assassinat fait de MBS un paria en Occident. Joe Biden, alors candidat, promet de traiter l’Arabie saoudite comme un État « paria ».
Mais la realpolitik l’emporte. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, la flambée des prix de l’énergie, rappellent au monde sa dépendance au pétrole saoudien. Biden se rend à Djeddah, échange un « fist bump » avec MBS. La plainte déposée aux États-Unis par la fiancée de Khashoggi est classée sans suite : le prince héritier, devenu Premier ministre, bénéficie de l’immunité diplomatique. Le temps a fait son œuvre. L’argent aussi.
« Nous n'allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d'idées extrémistes. Nous allons les détruire maintenant... » « Nous n'allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d'idées extrémistes. Nous allons les détruire maintenant. »
« Nous n'allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d'idées extrémistes. Nous allons les détruire maintenant... »
« Nous n'allons pas passer trente ans de plus à nous accommoder d'idées extrémistes. Nous allons les détruire maintenant. »
LE BILAN… À quarante ans, Mohammed ben Salmane a accompli ce qu’aucun dirigeant saoudien n’avait osé avant lui. Il a brisé le système de succession horizontale qui prévalait depuis la fondation du royaume, concentré un pouvoir absolu entre ses mains, lancé une transformation économique et sociale sans précédent, repositionné l’Arabie saoudite comme puissance régionale incontournable. Le bilan économique est réel mais incomplet…
LE BILAN… À quarante ans, Mohammed ben Salmane a accompli ce qu’aucun dirigeant saoudien n’avait osé avant lui. Il a brisé le système de succession horizontale qui prévalait depuis la fondation du royaume, concentré un pouvoir absolu entre ses mains, lancé une transformation économique et sociale sans précédent, repositionné l’Arabie saoudite comme puissance régionale incontournable. Le bilan économique est réel mais incomplet. Le PIF pèse désormais près de 1 000 milliards de dollars d’actifs, cinquième fonds souverain mondial. Le tourisme a décuplé. La participation des femmes au marché du travail a doublé. Des industries nouvelles émergent.
Mais la dépendance au pétrole reste structurelle, les giga-projets accusent des retards, les investissements étrangers restent insuffisants. La question demeure : l’Arabie saoudite sera-t-elle prête quand le monde n’aura plus besoin de son pétrole ? Le bilan social est paradoxal. Les Saoudiens, surtout les jeunes et les femmes, jouissent de libertés individuelles impensables il y a dix ans. Ils peuvent aller au cinéma, assister à des concerts, les femmes conduisent, travaillent, voyagent.
Mais ces libertés privées s’accompagnent d’une absence totale de libertés politiques. La moindre critique du régime expose à la prison, à la torture, à la mort. Le contrat social implicite est clair : divertissez-vous, consommez, mais ne questionnez jamais le pouvoir. Le bilan géopolitique est contrasté. La guerre au Yémen, lancée comme démonstration de force, s’est transformée en bourbier humanitaire qui ternit l’image internationale du royaume. Mais l’Arabie saoudite a renforcé son statut de puissance régionale indispensable, diversifié ses alliances vers la Chine et la Russie tout en maintenant le partenariat stratégique avec les États-Unis. MBS a compris que dans un monde multipolaire, l’Arabie saoudite pouvait jouer sur tous les tableaux.
Le bilan humain est sombre. L’assassinat de Khashoggi, les milliers de morts au Yémen, les militants emprisonnés, les ouvriers migrants exploités sur les chantiers pharaoniques. MBS a montré qu’il était prêt à payer ce prix pour réaliser sa vision. La communauté internationale, après une brève indignation, a montré qu’elle était prête à l’accepter en échange du pétrole et des contrats. Mohammed ben Salmane incarne la contradiction centrale de notre époque : peut-on moderniser sans démocratiser ? Peut-on transformer une économie, libérer les mœurs, intégrer la mondialisation, tout en maintenant un pouvoir absolu ? Le modèle chinois semble indiquer que oui. Le modèle saoudien, en cours de construction, apportera sa propre réponse.
Une chose est certaine : MBS a le temps. Né en 1985, il pourrait régner jusqu’au milieu du siècle, voire au-delà. Aucun rival crédible n’a survécu à ses purges. Son père, affaibli par l’âge et la maladie, lui a cédé l’essentiel du pouvoir. Quand il montera sur le trône, il sera le premier roi saoudien de la génération des petits-fils du fondateur, celui qui aura façonné le royaume à son image avant même de porter la couronne. Le pari de MBS est celui d’une course contre la montre : transformer l’Arabie saoudite avant que le pétrole ne perde sa valeur stratégique, avant que les contradictions internes n’explosent, avant que la jeunesse connectée ne réclame autre chose que des concerts et des centres commerciaux. C’est le pari le plus audacieux de l’histoire moderne du Moyen-Orient. Son issue déterminera non seulement l’avenir de l’Arabie saoudite, mais celui de toute la région.
Mais la dépendance au pétrole reste structurelle, les giga-projets accusent des retards, les investissements étrangers restent insuffisants. La question demeure : l’Arabie saoudite sera-t-elle prête quand le monde n’aura plus besoin de son pétrole ? Le bilan social est paradoxal. Les Saoudiens, surtout les jeunes et les femmes, jouissent de libertés individuelles impensables il y a dix ans. Ils peuvent aller au cinéma, assister à des concerts, les femmes conduisent, travaillent, voyagent.
Mais ces libertés privées s’accompagnent d’une absence totale de libertés politiques. La moindre critique du régime expose à la prison, à la torture, à la mort. Le contrat social implicite est clair : divertissez-vous, consommez, mais ne questionnez jamais le pouvoir. Le bilan géopolitique est contrasté. La guerre au Yémen, lancée comme démonstration de force, s’est transformée en bourbier humanitaire qui ternit l’image internationale du royaume. Mais l’Arabie saoudite a renforcé son statut de puissance régionale indispensable, diversifié ses alliances vers la Chine et la Russie tout en maintenant le partenariat stratégique avec les États-Unis. MBS a compris que dans un monde multipolaire, l’Arabie saoudite pouvait jouer sur tous les tableaux.
Le bilan humain est sombre. L’assassinat de Khashoggi, les milliers de morts au Yémen, les militants emprisonnés, les ouvriers migrants exploités sur les chantiers pharaoniques. MBS a montré qu’il était prêt à payer ce prix pour réaliser sa vision. La communauté internationale, après une brève indignation, a montré qu’elle était prête à l’accepter en échange du pétrole et des contrats. Mohammed ben Salmane incarne la contradiction centrale de notre époque : peut-on moderniser sans démocratiser ? Peut-on transformer une économie, libérer les mœurs, intégrer la mondialisation, tout en maintenant un pouvoir absolu ? Le modèle chinois semble indiquer que oui. Le modèle saoudien, en cours de construction, apportera sa propre réponse.
Une chose est certaine : MBS a le temps. Né en 1985, il pourrait régner jusqu’au milieu du siècle, voire au-delà. Aucun rival crédible n’a survécu à ses purges. Son père, affaibli par l’âge et la maladie, lui a cédé l’essentiel du pouvoir. Quand il montera sur le trône, il sera le premier roi saoudien de la génération des petits-fils du fondateur, celui qui aura façonné le royaume à son image avant même de porter la couronne. Le pari de MBS est celui d’une course contre la montre : transformer l’Arabie saoudite avant que le pétrole ne perde sa valeur stratégique, avant que les contradictions internes n’explosent, avant que la jeunesse connectée ne réclame autre chose que des concerts et des centres commerciaux. C’est le pari le plus audacieux de l’histoire moderne du Moyen-Orient. Son issue déterminera non seulement l’avenir de l’Arabie saoudite, mais celui de toute la région.
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