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23 FÉVRIER 2026
L'ONU : DERNIER REMPART OU DERNIER ALIBI ?
2 700 milliards de dollars de dépenses militaires mondiales en 2024. Record absolu. Hausse de 9,4 % en un an, la plus forte depuis la fin de la guerre froide. Dans le même temps, le budget de l’ONU pour 2026 a été ramené à 3,4 milliards de dollars — en baisse de 15 % — avec près de 2 700 suppressions de postes….
2 700 milliards de dollars de dépenses militaires mondiales en 2024. Record absolu. Hausse de 9,4 % en un an, la plus forte depuis la fin de la guerre froide. Dans le même temps, le budget de l’ONU pour 2026 a été ramené à 3,4 milliards de dollars — en baisse de 15 % — avec près de 2 700 suppressions de postes. L’humanité dépense 800 fois plus pour détruire que pour dialoguer. Voilà le paradoxe fondateur de notre époque.
Créée en 1945 sur les décombres de deux guerres mondiales, l’Organisation des Nations unies devait garantir la paix, organiser la coopération entre États et défendre des valeurs universelles. Quatre-vingts ans plus tard, le monde compte plus de 130 conflits armés actifs — un record depuis 1946. Les vétos paralysent le Conseil de sécurité. Les États-Unis se retirent de 31 entités onusiennes. Le secrétaire général alerte sur un risque de « faillite ». Et pourtant, 193 États continuent d’y siéger, d’y contribuer, d’y parler.
Le tableau est vertigineux. Une organisation conçue pour un monde de 51 États et 2,5 milliards d’habitants tente de réguler un monde de 193 États et 8 milliards d’âmes, traversé par des menaces que la Charte de 1945 n’avait pas imaginées : intelligence artificielle, pandémies, cyberattaques, dérèglement climatique. L’architecture westphalienne de l’ONU — fondée sur la souveraineté des États-nations — entre en collision frontale avec des défis qui se moquent des frontières.
Derrière la question de l’ONU se cache celle de notre époque tout entière : sommes-nous capables de coopérer pour survivre, ou sommes-nous condamnés à maintenir l’illusion de la coopération pendant que le monde se fracture ? L’ONU est-elle le dernier rempart du multilatéralisme, ou son dernier alibi ?
Créée en 1945 sur les décombres de deux guerres mondiales, l’Organisation des Nations unies devait garantir la paix, organiser la coopération entre États et défendre des valeurs universelles. Quatre-vingts ans plus tard, le monde compte plus de 130 conflits armés actifs — un record depuis 1946. Les vétos paralysent le Conseil de sécurité. Les États-Unis se retirent de 31 entités onusiennes. Le secrétaire général alerte sur un risque de « faillite ». Et pourtant, 193 États continuent d’y siéger, d’y contribuer, d’y parler.
Le tableau est vertigineux. Une organisation conçue pour un monde de 51 États et 2,5 milliards d’habitants tente de réguler un monde de 193 États et 8 milliards d’âmes, traversé par des menaces que la Charte de 1945 n’avait pas imaginées : intelligence artificielle, pandémies, cyberattaques, dérèglement climatique. L’architecture westphalienne de l’ONU — fondée sur la souveraineté des États-nations — entre en collision frontale avec des défis qui se moquent des frontières.
Derrière la question de l’ONU se cache celle de notre époque tout entière : sommes-nous capables de coopérer pour survivre, ou sommes-nous condamnés à maintenir l’illusion de la coopération pendant que le monde se fracture ? L’ONU est-elle le dernier rempart du multilatéralisme, ou son dernier alibi ?
FAITS & CHIFFRES Le budget ordinaire de l’ONU pour 2026 s’établit à 3,4 milliards de dollars, en baisse de plus de 7 % par rapport à l’exercice précédent. Il prévoit une réduction de 15 % des ressources financières et une diminution de près de 19 % des effectifs….
FAITS & CHIFFRES Le budget ordinaire de l’ONU pour 2026 s’établit à 3,4 milliards de dollars, en baisse de plus de 7 % par rapport à l’exercice précédent. Il prévoit une réduction de 15 % des ressources financières et une diminution de près de 19 % des effectifs. L’organisation employait 10 490 fonctionnaires dans le monde en 2024 ; plusieurs milliers de postes seront supprimés d’ici 2027. Le budget des opérations de maintien de la paix pour 2024-2025 s’établit à 5,6 milliards de dollars, en baisse de 10 % par rapport à l’exercice précédent.
Les États-Unis, premiers contributeurs, assurent 22 % du budget ordinaire et 27 % du budget de maintien de la paix. En janvier 2026, Washington a annoncé son retrait de 66 organisations internationales, dont 31 entités onusiennes, parmi lesquelles la Convention-cadre sur les changements climatiques, le GIEC, ONU Femmes et le Fonds des Nations unies pour la population. Les arriérés de contributions américaines dépassent 1,2 milliard de dollars pour les seules opérations de maintien de la paix. La Chine, deuxième contributeur, assure 15,25 % du budget ordinaire. L’Inde, le Japon, l’Allemagne et le Brésil versent collectivement 30 % du budget mais n’ont aucun siège permanent au Conseil de sécurité.
En 2024, huit vétos ont été opposés à sept projets de résolution, un record depuis 1986. En 2025, le Conseil n’a adopté que 44 résolutions, le nombre le plus bas depuis 1991. Selon Oxfam, 90 % des vétos de la dernière décennie concernent trois conflits : Palestine, Syrie et Ukraine. Le monde comptait 61 conflits armés en 2024 selon l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, un record depuis 1946. Plus de 130 conflits actifs sont recensés en 2025 par le CICR. Environ 129 000 personnes ont été tuées dans des combats en 2024.
Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, en hausse de 9,4 %. Les États-Unis y consacrent 997 milliards, soit 37 % du total mondial. L’ensemble du budget annuel de l’ONU — fonctionnement et maintien de la paix — représente moins de 0,3 % des dépenses militaires mondiales. La France contribue à hauteur de 186 millions de dollars au budget ordinaire et de 300 millions aux opérations de maintien de la paix. Elle n’a pas utilisé son droit de véto depuis 1989. La France soutient la création de deux sièges permanents africains et a proposé un mécanisme de suspension du véto en cas d’atrocités de masse, initiative restée sans suite.
L’Afrique, 54 États, premier contributeur en hommes aux opérations de paix, ne dispose d’aucun siège permanent. L’Asie, 60 % de l’humanité, est sous-représentée. Le Pacte pour l’avenir, adopté en septembre 2024 par l’Assemblée générale, prévoit une révision des opérations de maintien de la paix. En mars 2025, le secrétaire général a lancé l’Initiative ONU80, visant à moderniser l’organisation. 107 États soutiennent l’initiative franco-mexicaine de limitation volontaire du véto en cas d’atrocités de masse.
Les États-Unis, premiers contributeurs, assurent 22 % du budget ordinaire et 27 % du budget de maintien de la paix. En janvier 2026, Washington a annoncé son retrait de 66 organisations internationales, dont 31 entités onusiennes, parmi lesquelles la Convention-cadre sur les changements climatiques, le GIEC, ONU Femmes et le Fonds des Nations unies pour la population. Les arriérés de contributions américaines dépassent 1,2 milliard de dollars pour les seules opérations de maintien de la paix. La Chine, deuxième contributeur, assure 15,25 % du budget ordinaire. L’Inde, le Japon, l’Allemagne et le Brésil versent collectivement 30 % du budget mais n’ont aucun siège permanent au Conseil de sécurité.
En 2024, huit vétos ont été opposés à sept projets de résolution, un record depuis 1986. En 2025, le Conseil n’a adopté que 44 résolutions, le nombre le plus bas depuis 1991. Selon Oxfam, 90 % des vétos de la dernière décennie concernent trois conflits : Palestine, Syrie et Ukraine. Le monde comptait 61 conflits armés en 2024 selon l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, un record depuis 1946. Plus de 130 conflits actifs sont recensés en 2025 par le CICR. Environ 129 000 personnes ont été tuées dans des combats en 2024.
Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, en hausse de 9,4 %. Les États-Unis y consacrent 997 milliards, soit 37 % du total mondial. L’ensemble du budget annuel de l’ONU — fonctionnement et maintien de la paix — représente moins de 0,3 % des dépenses militaires mondiales. La France contribue à hauteur de 186 millions de dollars au budget ordinaire et de 300 millions aux opérations de maintien de la paix. Elle n’a pas utilisé son droit de véto depuis 1989. La France soutient la création de deux sièges permanents africains et a proposé un mécanisme de suspension du véto en cas d’atrocités de masse, initiative restée sans suite.
L’Afrique, 54 États, premier contributeur en hommes aux opérations de paix, ne dispose d’aucun siège permanent. L’Asie, 60 % de l’humanité, est sous-représentée. Le Pacte pour l’avenir, adopté en septembre 2024 par l’Assemblée générale, prévoit une révision des opérations de maintien de la paix. En mars 2025, le secrétaire général a lancé l’Initiative ONU80, visant à moderniser l’organisation. 107 États soutiennent l’initiative franco-mexicaine de limitation volontaire du véto en cas d’atrocités de masse.
L’ONU DEMEURE L’UNIQUE ESPACE OÙ Washington, Pékin et Moscou peuvent encore dialoguer sans déclencher une escalade militaire directe. Cette fonction d’amortisseur diplomatique justifie à elle seule son maintien….
L’ONU DEMEURE L’UNIQUE ESPACE OÙ Washington, Pékin et Moscou peuvent encore dialoguer sans déclencher une escalade militaire directe. Cette fonction d’amortisseur diplomatique justifie à elle seule son maintien. Le Conseil de sécurité est paralysé ? Certes. Mais chaque tentative de contournement de l’ONU a aggravé les crises. L’intervention américaine en Irak en 2003, l’intervention en Libye en 2011 ont généré plus d’instabilité que les conflits qu’elles prétendaient résoudre. L’ONU ne peut pas tout empêcher, mais elle encadre, limite, civilise les confrontations.
Ses agences spécialisées accomplissent un travail considérable que personne ne pourrait remplacer. L’OMS coordonne la réponse aux pandémies. Le Programme alimentaire mondial nourrit des dizaines de millions de personnes. L’UNESCO protège le patrimoine. Le HCR prend en charge plus de 100 millions de déplacés. Ces réalisations concrètes dépassent largement les dysfonctionnements du Conseil de sécurité. Abandonner l’ONU reviendrait à privatiser la régulation mondiale, la confiant aux multinationales, aux fondations philanthropiques et aux GAFAM. Ce serait un recul démocratique majeur.
Et puis, réformer est possible. 107 États soutiennent déjà l’initiative franco-mexicaine de limitation du véto. Le Pacte pour l’avenir dessine de nouvelles ambitions. L’élargissement du Conseil à l’Afrique, à l’Inde, au Brésil est désormais soutenu par une majorité d’États membres. La Suisse, entrée au Conseil en 2023, a montré qu’un petit pays pouvait y jouer un rôle constructif. L’ONU est imparfaite. Mais elle est la seule institution universelle que nous ayons. La détruire serait infiniment plus coûteux que la réformer. On ne reconstruit pas un cadre multilatéral en partant de zéro.
Ses agences spécialisées accomplissent un travail considérable que personne ne pourrait remplacer. L’OMS coordonne la réponse aux pandémies. Le Programme alimentaire mondial nourrit des dizaines de millions de personnes. L’UNESCO protège le patrimoine. Le HCR prend en charge plus de 100 millions de déplacés. Ces réalisations concrètes dépassent largement les dysfonctionnements du Conseil de sécurité. Abandonner l’ONU reviendrait à privatiser la régulation mondiale, la confiant aux multinationales, aux fondations philanthropiques et aux GAFAM. Ce serait un recul démocratique majeur.
Et puis, réformer est possible. 107 États soutiennent déjà l’initiative franco-mexicaine de limitation du véto. Le Pacte pour l’avenir dessine de nouvelles ambitions. L’élargissement du Conseil à l’Afrique, à l’Inde, au Brésil est désormais soutenu par une majorité d’États membres. La Suisse, entrée au Conseil en 2023, a montré qu’un petit pays pouvait y jouer un rôle constructif. L’ONU est imparfaite. Mais elle est la seule institution universelle que nous ayons. La détruire serait infiniment plus coûteux que la réformer. On ne reconstruit pas un cadre multilatéral en partant de zéro.
L’ONU EST IRRÉFORMABLE PAR CONCEPTION. Ceux qui la tiennent — les cinq membres permanents du Conseil de sécurité — ne renonceront jamais à leurs privilèges. La Charte exige leur accord unanime pour toute modification….
L’ONU EST IRRÉFORMABLE PAR CONCEPTION. Ceux qui la tiennent — les cinq membres permanents du Conseil de sécurité — ne renonceront jamais à leurs privilèges. La Charte exige leur accord unanime pour toute modification. Or, chaque réforme affaiblirait leur position. Le véto n’est pas un dysfonctionnement du système : il est le système. 90 % des vétos de la dernière décennie ne protègent pas la paix : ils protègent les intérêts géostratégiques de ceux qui les exercent. Gaza, Syrie, Ukraine : l’ONU ne régule pas les conflits, elle les légitime par son inaction complice.
Les missions de maintien de la paix illustrent l’échec. 25 000 Casques bleus en République démocratique du Congo depuis vingt ans pour un coût de 1,5 milliard de dollars annuel, sans empêcher les massacres dans l’est du pays. La MINUSMA s’est retirée du Mali en 2023 après une décennie d’inefficacité, laissant le terrain aux djihadistes et aux mercenaires russes. Le budget de maintien de la paix, 5,6 milliards de dollars, représente 0,2 % des dépenses militaires mondiales. Une aumône institutionnalisée.
L’injustice fondamentale mine toute prétention à l’universalisme. L’Afrique, 54 États et premier contributeur en soldats, n’a aucun siège permanent. L’Inde, 1,4 milliard d’habitants, n’a pas de véto. L’Allemagne et le Japon financent l’organisation mais ne décident de rien. Pendant ce temps, le Royaume-Uni, 67 millions d’habitants, dispose du même pouvoir de blocage que la Chine, 1,4 milliard. Comment prétendre incarner la communauté internationale avec une gouvernance héritée de Yalta ? L’ONU actuelle est un musée institutionnel doté d’un droit d’entrée que tout le monde paie mais que personne ne visite vraiment.
Les missions de maintien de la paix illustrent l’échec. 25 000 Casques bleus en République démocratique du Congo depuis vingt ans pour un coût de 1,5 milliard de dollars annuel, sans empêcher les massacres dans l’est du pays. La MINUSMA s’est retirée du Mali en 2023 après une décennie d’inefficacité, laissant le terrain aux djihadistes et aux mercenaires russes. Le budget de maintien de la paix, 5,6 milliards de dollars, représente 0,2 % des dépenses militaires mondiales. Une aumône institutionnalisée.
L’injustice fondamentale mine toute prétention à l’universalisme. L’Afrique, 54 États et premier contributeur en soldats, n’a aucun siège permanent. L’Inde, 1,4 milliard d’habitants, n’a pas de véto. L’Allemagne et le Japon financent l’organisation mais ne décident de rien. Pendant ce temps, le Royaume-Uni, 67 millions d’habitants, dispose du même pouvoir de blocage que la Chine, 1,4 milliard. Comment prétendre incarner la communauté internationale avec une gouvernance héritée de Yalta ? L’ONU actuelle est un musée institutionnel doté d’un droit d’entrée que tout le monde paie mais que personne ne visite vraiment.
LE DÉBAT EST MAL POSÉ. L’ONU n’a jamais été conçue pour empêcher les guerres. Elle a été conçue pour empêcher une troisième guerre mondiale. Sur ce point, elle a réussi. Mais cette réussite même la rend invisible….
LE DÉBAT EST MAL POSÉ. L’ONU n’a jamais été conçue pour empêcher les guerres. Elle a été conçue pour empêcher une troisième guerre mondiale. Sur ce point, elle a réussi. Mais cette réussite même la rend invisible. On la juge sur ce qu’elle ne fait pas — arrêter les conflits régionaux — en oubliant ce qu’elle a fait : éviter l’apocalypse nucléaire en offrant un cadre de dialogue entre superpuissances pendant quatre-vingts ans.
Mais le monde a changé sans elle. Les vrais problèmes se règlent désormais ailleurs. L’Accord de Paris sur le climat a été négocié en marge de l’ONU, associant États, villes, entreprises et ONG. Les vaccins Covid ont été développés par des laboratoires privés en un temps record. La gouvernance d’Internet échappe aux institutions internationales. Les banques centrales coordonnent leurs politiques monétaires sans passer par le FMI. La Charte de 1945 traite encore les pandémies, le climat et la cybersécurité comme des « affaires intérieures » relevant de la souveraineté nationale. Une approche juridique du XIXe siècle face aux mutations du XXIe.
Le vrai paradoxe est structurel. Supprimer l’ONU serait dangereux : sa disparition créerait un vide juridique exploitable par les prédateurs. Mais la maintenir en l’état revient à financer une fiction. L’humanité consacre 2 700 milliards à détruire et 3,4 milliards à dialoguer. Cet écart dit tout de nos priorités réelles. L’ONU est devenue un symbole commode : assez puissante pour qu’on puisse invoquer l’ordre international, assez faible pour qu’on n’ait jamais à lui obéir. Ni inutile ni toute-puissante. Ni morte ni vivante. Un fantôme utile dans un monde qui préfère l’illusion du dialogue à la confrontation avec ses propres contradictions.
L’avenir du multilatéralisme se dessine peut-être ailleurs : dans des coalitions thématiques, des partenariats géographiques, des réseaux fonctionnels. Une gouvernance « en archipel » qui renonce au rêve d’une autorité unique pour organiser des coopérations sectorielles. Plus modeste dans ses ambitions, mais peut-être plus lucide. L’universalisme de demain sera pluriel ou ne sera pas. L’ONU n’est plus la réponse. Elle reste une des questions.
Mais le monde a changé sans elle. Les vrais problèmes se règlent désormais ailleurs. L’Accord de Paris sur le climat a été négocié en marge de l’ONU, associant États, villes, entreprises et ONG. Les vaccins Covid ont été développés par des laboratoires privés en un temps record. La gouvernance d’Internet échappe aux institutions internationales. Les banques centrales coordonnent leurs politiques monétaires sans passer par le FMI. La Charte de 1945 traite encore les pandémies, le climat et la cybersécurité comme des « affaires intérieures » relevant de la souveraineté nationale. Une approche juridique du XIXe siècle face aux mutations du XXIe.
Le vrai paradoxe est structurel. Supprimer l’ONU serait dangereux : sa disparition créerait un vide juridique exploitable par les prédateurs. Mais la maintenir en l’état revient à financer une fiction. L’humanité consacre 2 700 milliards à détruire et 3,4 milliards à dialoguer. Cet écart dit tout de nos priorités réelles. L’ONU est devenue un symbole commode : assez puissante pour qu’on puisse invoquer l’ordre international, assez faible pour qu’on n’ait jamais à lui obéir. Ni inutile ni toute-puissante. Ni morte ni vivante. Un fantôme utile dans un monde qui préfère l’illusion du dialogue à la confrontation avec ses propres contradictions.
L’avenir du multilatéralisme se dessine peut-être ailleurs : dans des coalitions thématiques, des partenariats géographiques, des réseaux fonctionnels. Une gouvernance « en archipel » qui renonce au rêve d’une autorité unique pour organiser des coopérations sectorielles. Plus modeste dans ses ambitions, mais peut-être plus lucide. L’universalisme de demain sera pluriel ou ne sera pas. L’ONU n’est plus la réponse. Elle reste une des questions.
« L'ONU, c'est le Ritz de la diplomatie : 'Roi des hôteliers' et 'Hôtelier des rois', mais les clients se lassent de payer la facture » ... « L'ONU, c'est le Ritz de la diplomatie : 'Roi des hôteliers' et 'Hôtelier des rois', mais les clients se lassent de payer la facture »
« L'ONU, c'est le Ritz de la diplomatie : 'Roi des hôteliers' et 'Hôtelier des rois', mais les clients se lassent de payer la facture » ...
« L'ONU, c'est le Ritz de la diplomatie : 'Roi des hôteliers' et 'Hôtelier des rois', mais les clients se lassent de payer la facture »
POUR ALLER PLUS LOIN… L’idée d’une organisation mondiale unifiée naît des traumatismes du XXe siècle. Woodrow Wilson rêvait d’une Société des Nations capable d’arbitrer les conflits. Roosevelt et Churchill reprennent cette utopie en 1945, persuadés que les vainqueurs de la guerre sauront préserver la paix….
POUR ALLER PLUS LOIN… L’idée d’une organisation mondiale unifiée naît des traumatismes du XXe siècle. Woodrow Wilson rêvait d’une Société des Nations capable d’arbitrer les conflits. Roosevelt et Churchill reprennent cette utopie en 1945, persuadés que les vainqueurs de la guerre sauront préserver la paix. Les « Quatre Gendarmes » imaginés par Roosevelt se sont entredéchirés dès 1947, transformant l’ONU en caisse de résonance de la guerre froide. La fin de l’URSS a brièvement redonné espoir : les années 1990 voient une multiplication des interventions, du Cambodge à la Bosnie. Mais cette parenthèse s’achève avec l’émergence d’un monde multipolaire où aucune puissance ne peut plus imposer sa vision.
Aujourd’hui, l’ONU est prise dans une triple crise : financière, politique et existentielle. Financière d’abord. Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont annoncé en janvier 2026 leur retrait de 31 entités onusiennes et proposé de supprimer tout financement des opérations de maintien de la paix. Le budget pour 2026, négocié à l’arraché, prévoit des coupes massives et la suppression de milliers de postes. Le secrétaire général alerte sur une « course à la faillite ». L’aide humanitaire mondiale passera de 44 milliards en 2025 à 29 milliards en 2026. Des centaines de centres de soins ont déjà fermé en Afghanistan et au Bangladesh. Le PAM a vu ses financements chuter de 40 %.
Crise politique ensuite. Le Conseil de sécurité est devenu l’arène des rivalités mondiales, non leur régulateur. En 2025, il n’a adopté que 44 résolutions, le nombre le plus bas depuis trente-quatre ans. Seules 61 % d’entre elles ont bénéficié d’un soutien unanime. Chaque véto est une guerre froide miniature. Trump propose désormais un « Conseil de la paix » alternatif, signalant que même la fiction d’un consensus international ne convainc plus la première puissance mondiale.
Crise existentielle enfin. La Charte de 1945 repose sur un monde d’États-nations souverains, organisés territorialement. Cette conception westphalienne entre en collision avec les réalités du XXIe siècle. Comment légiférer sur des algorithmes développés en Californie, stockés en Irlande, utilisés en Chine ? Comment réguler des cryptomonnaies échappant à tout contrôle étatique ? Comment sanctionner des entreprises plus riches que des États ? Pendant que l’ONU s’enlise dans ses procédures, le monde réel s’organise autrement. Les GAFAM régulent l’espace numérique. Les banques centrales coordonnent leurs politiques. Les laboratoires développent des vaccins plus vite que l’OMS ne déclare les urgences.
Faut-il pour autant abolir l’ONU ? La radicalité serait contre-productive. L’organisation conserve une utilité que rien ne remplace : elle fixe des normes morales, offre une tribune aux petits États, maintient un cadre juridique international. Sa disparition créerait un vide exploitable par les prédateurs. Mais il faut cesser d’en attendre ce qu’elle ne peut plus donner.
Quelques pistes s’imposent. Réformer le Conseil de sécurité en y intégrant l’Afrique, l’Inde, le Brésil, l’Allemagne et le Japon comme membres permanents — avec ou sans véto. Encadrer l’usage du véto par une obligation de justification publique et une suspension automatique en cas d’atrocités de masse. Créer des instances dédiées aux enjeux transnationaux : une agence mondiale de régulation de l’intelligence artificielle, une autorité internationale du climat, un tribunal de la cybersécurité. Diversifier les sources de financement pour briser la dépendance aux contributions américaines : taxation des transactions financières internationales, contribution des entreprises multinationales.
Mais surtout, accepter que le multilatéralisme de demain ne sera plus centralisé. L’avenir se dessine dans des coalitions thématiques, des partenariats géographiques, des réseaux fonctionnels. L’Accord de Paris a montré la voie : négocié en marge de l’ONU, il associe États, villes, entreprises et ONG dans une gouvernance hybride. L’Union africaine, l’ASEAN, le G20 prennent le relais sur des sujets que l’ONU ne peut plus traiter seule. Cette gouvernance « en archipel » accepte la fragmentation du monde post-guerre froide. Elle renonce au rêve d’une autorité unique pour organiser des coopérations sectorielles.
Le paradoxe ultime est là. Le monde n’a jamais eu autant besoin de coopération internationale. Et il n’a jamais été aussi incapable de la produire.
L’humanité dépense 2 700 milliards pour détruire et 3,4 milliards pour dialoguer. Cet écart vertigineux n’est pas un chiffre. C’est un aveu. L’ONU est le miroir de notre incapacité collective à faire coïncider nos discours et nos actes, nos intérêts immédiats et notre survie commune.
Le jour où nous investirons dans la paix ne serait-ce qu’1 % de ce que nous dépensons pour la guerre, l’ONU deviendra superflue. En attendant, elle reste la preuve que nous savons que nous devrions coopérer, et l’aveu que nous ne le faisons pas.
Aujourd’hui, l’ONU est prise dans une triple crise : financière, politique et existentielle. Financière d’abord. Les États-Unis, sous l’administration Trump, ont annoncé en janvier 2026 leur retrait de 31 entités onusiennes et proposé de supprimer tout financement des opérations de maintien de la paix. Le budget pour 2026, négocié à l’arraché, prévoit des coupes massives et la suppression de milliers de postes. Le secrétaire général alerte sur une « course à la faillite ». L’aide humanitaire mondiale passera de 44 milliards en 2025 à 29 milliards en 2026. Des centaines de centres de soins ont déjà fermé en Afghanistan et au Bangladesh. Le PAM a vu ses financements chuter de 40 %.
Crise politique ensuite. Le Conseil de sécurité est devenu l’arène des rivalités mondiales, non leur régulateur. En 2025, il n’a adopté que 44 résolutions, le nombre le plus bas depuis trente-quatre ans. Seules 61 % d’entre elles ont bénéficié d’un soutien unanime. Chaque véto est une guerre froide miniature. Trump propose désormais un « Conseil de la paix » alternatif, signalant que même la fiction d’un consensus international ne convainc plus la première puissance mondiale.
Crise existentielle enfin. La Charte de 1945 repose sur un monde d’États-nations souverains, organisés territorialement. Cette conception westphalienne entre en collision avec les réalités du XXIe siècle. Comment légiférer sur des algorithmes développés en Californie, stockés en Irlande, utilisés en Chine ? Comment réguler des cryptomonnaies échappant à tout contrôle étatique ? Comment sanctionner des entreprises plus riches que des États ? Pendant que l’ONU s’enlise dans ses procédures, le monde réel s’organise autrement. Les GAFAM régulent l’espace numérique. Les banques centrales coordonnent leurs politiques. Les laboratoires développent des vaccins plus vite que l’OMS ne déclare les urgences.
Faut-il pour autant abolir l’ONU ? La radicalité serait contre-productive. L’organisation conserve une utilité que rien ne remplace : elle fixe des normes morales, offre une tribune aux petits États, maintient un cadre juridique international. Sa disparition créerait un vide exploitable par les prédateurs. Mais il faut cesser d’en attendre ce qu’elle ne peut plus donner.
Quelques pistes s’imposent. Réformer le Conseil de sécurité en y intégrant l’Afrique, l’Inde, le Brésil, l’Allemagne et le Japon comme membres permanents — avec ou sans véto. Encadrer l’usage du véto par une obligation de justification publique et une suspension automatique en cas d’atrocités de masse. Créer des instances dédiées aux enjeux transnationaux : une agence mondiale de régulation de l’intelligence artificielle, une autorité internationale du climat, un tribunal de la cybersécurité. Diversifier les sources de financement pour briser la dépendance aux contributions américaines : taxation des transactions financières internationales, contribution des entreprises multinationales.
Mais surtout, accepter que le multilatéralisme de demain ne sera plus centralisé. L’avenir se dessine dans des coalitions thématiques, des partenariats géographiques, des réseaux fonctionnels. L’Accord de Paris a montré la voie : négocié en marge de l’ONU, il associe États, villes, entreprises et ONG dans une gouvernance hybride. L’Union africaine, l’ASEAN, le G20 prennent le relais sur des sujets que l’ONU ne peut plus traiter seule. Cette gouvernance « en archipel » accepte la fragmentation du monde post-guerre froide. Elle renonce au rêve d’une autorité unique pour organiser des coopérations sectorielles.
Le paradoxe ultime est là. Le monde n’a jamais eu autant besoin de coopération internationale. Et il n’a jamais été aussi incapable de la produire.
L’humanité dépense 2 700 milliards pour détruire et 3,4 milliards pour dialoguer. Cet écart vertigineux n’est pas un chiffre. C’est un aveu. L’ONU est le miroir de notre incapacité collective à faire coïncider nos discours et nos actes, nos intérêts immédiats et notre survie commune.
Le jour où nous investirons dans la paix ne serait-ce qu’1 % de ce que nous dépensons pour la guerre, l’ONU deviendra superflue. En attendant, elle reste la preuve que nous savons que nous devrions coopérer, et l’aveu que nous ne le faisons pas.
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