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25 FÉVRIER 2026

L'OCCIDENT N'EST PLUS LE CENTRE DU MONDE.

Un basculement historique s’accomplit sous nos yeux. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les pays BRICS+ représentent davantage que le G7 en part du PIB mondial: 36 % contre 30 %. En juillet 2025, vingt nations se réunissent à Rio sous présidence brésilienne. La France n’y est pas invitée….
Un basculement historique s’accomplit sous nos yeux. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les pays BRICS+ représentent davantage que le G7 en part du PIB mondial: 36 % contre 30 %. En juillet 2025, vingt nations se réunissent à Rio sous présidence brésilienne. La France n’y est pas invitée.

Pendant des décennies, l’ordre international reposait sur une architecture érigée à Bretton Woods en 1944 : dollar réservant, FMI arbitre, ONU tribune. Cet édifice ne s’est pas effondré brutalement — il s’érode.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a été paralysé 19 fois en deux ans par des vétos croisés. Le G20 n’a trouvé aucun consensus en 2024 ni sur la dette africaine ni sur la régulation de l’intelligence artificielle. La dédollarisation progresse : la part du billet vert dans les transactions mondiales est passée sous les 60 %, contre 71 % en 2000.

Une redéfinition des rapports de force mondiaux est en marche. Le Sud global ne demande plus à rejoindre l’ordre occidental. Il est en train d’en construire un autre, pragmatique, transactionnel, dégagé de toute conditionnalité normative.

WOW ! examine cette bascule, le recul français dans ce nouveau jeu, et les choix stratégiques qui détermineront si la France survit en acteur ou s’étiole en spectateur. La seule question qui demeure est de savoir qui perdra le plus à ne pas vouloir s’adapter au nouvel ordre.
SYNTHÈSE DES FAITS. Entre 2023 et 2025, les BRICS passent de cinq à vingt membres, intégrant l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Égypte, le Nigéria et l’Argentine. L’élargissement est délibéré : il vise à créer une masse critique capable de peser sur les négociations commerciales et financières mondiales sans passer par Washington ou Bruxelles….
SYNTHÈSE DES FAITS. Entre 2023 et 2025, les BRICS passent de cinq à vingt membres, intégrant l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Égypte, le Nigéria et l’Argentine. L’élargissement est délibéré : il vise à créer une masse critique capable de peser sur les négociations commerciales et financières mondiales sans passer par Washington ou Bruxelles. Le sommet de Rio en juillet 2025 marque la première réunion de ce format élargi. Sa Déclaration finale pose explicitement l’objectif d’une « architecture financière alternative ».

La dédollarisation avance. L’Arabie saoudite et la Chine négocient activement des échanges pétroliers libellés en yuans. L’Inde, malgré les sanctions internationales, achète 70 % de son pétrole à la Russie. Plus de 60 accords commerciaux bilatéraux ont été signés en 2024 entre pays du Sud global hors supervision de l’OMC. Ces accords contournent méthodiquement les mécanismes de règlement des différends établis par l’Occident.

Sur le terrain militaire, le basculement est tout aussi tangible. L’Afrique héberge désormais plus de bases russes et chinoises que de bases occidentales depuis 2024, selon le Stockholm International Peace Research Institute. La Russie et la Chine y projettent une influence qui ne s’encombre pas de conditionnalité démocratique, ce qui constitue précisément leur attrait pour de nombreux gouvernements locaux.

Les institutions multilatérales héritées de 1945 vacillent en parallèle. Le Conseil de sécurité de l’ONU a été paralysé 19 fois en deux ans. Le G20 est dans l’impasse sur les dossiers africains et l’IA. L’OMC n’est plus l’arbitre des conflits commerciaux. Les forums régionaux — ASEAN, Mercosur, Organisation de coopération de Shanghai — gagnent en autonomie décisionnelle et en légitimité pour leurs zones respectives.

Pour la France, la dynamique est réelle. En 2024, Emmanuel Macron a essuyé un refus diplomatique cinglant : sa demande de participation comme observateur au sommet BRICS+ lui a été refusée. Le message était limpide.
FRANCE. La France demeure absente des nouvelles coalitions Sud-Sud, y compris les BRICS+, malgré son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce siège — atout diplomatique considérable — n’empêche pas la marginalisation dans les forums qui comptent désormais….
FRANCE. La France demeure absente des nouvelles coalitions Sud-Sud, y compris les BRICS+, malgré son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce siège — atout diplomatique considérable — n’empêche pas la marginalisation dans les forums qui comptent désormais.

Le Quai d’Orsay a réduit ses effectifs de 25 % en dix ans, selon la Cour des comptes, malgré l’extension considérable des enjeux géopolitiques. Le budget de la diplomatie française ne représente plus que 0,15 % du PIB — l’un des taux les plus faibles des grandes puissances.

Les entreprises françaises perdent rapidement du terrain en Afrique face à la Chine, la Turquie et l’Inde dans tous les secteurs stratégiques. En parallèle, le commerce extérieur français reste très dépendant de la zone euro-atlantique : 61 % des exportations sont dirigées vers l’Union européenne, selon la Direction générale des Douanes.

La stratégie indo-pacifique française — formulée en grande pompe en 2019 — peine à s’imposer. L’alliance AUKUS, qui associe États-Unis, Royaume-Uni et Australie, en a fait un aveu d’impuissance. La rupture du contrat des sous-marins australiens en 2021 reste le symbole de cette mise à l’écart. Washington ne s’est pas excusé. Canberra non plus.

L’opinion française suit les événements : 46 % des Français considèrent la Chine comme une menace directe en 2024, contre 31 % en 2019. Le soutien à l’Ukraine fléchit, passant de 72 % en 2022 à 59 % en 2024. La société française perçoit le déclassement mais elle n’a pas encore décidé quoi en faire.
MONDE. Les BRICS+ représentent désormais 36 % du PIB mondial contre 30 % pour le G7, selon le FMI. C’est une inversion historique : au début des années 2000, le G7 représentait près de la moitié de l’économie mondiale. L’écart ne va pas se résorber….
MONDE. Les BRICS+ représentent désormais 36 % du PIB mondial contre 30 % pour le G7, selon le FMI. C’est une inversion historique : au début des années 2000, le G7 représentait près de la moitié de l’économie mondiale. L’écart ne va pas se résorber.

L’usage du dollar dans les transactions mondiales est passé sous la barre des 60 % en 2025, contre 71 % en 2000, selon la Banque des règlements internationaux. La dédollarisation progresse lentement mais structurellement. Elle n’implique pas la chute du dollar — elle implique la fin de son monopole.

L’Inde achète 70 % de son pétrole à la Russie malgré les sanctions internationales. La Chine et l’Arabie Saoudite négocient activement des échanges libellés en yuans. Le Nigéria, l’Égypte et l’Éthiopie ont rejoint les BRICS sans provoquer de réaction occidentale coordonnée. Les sanctions américaines contre la Russie ont été largement contournées par des intermédiaires d’Asie centrale et d’Amérique du Sud.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a été paralysé 19 fois en deux ans par des vétos croisés entre Chine, États-Unis et Russie. Plus de 60 accords commerciaux bilatéraux ont été signés en 2024 entre pays du Sud global hors supervision de l’OMC. L’Afrique héberge plus de bases militaires russes et chinoises que de bases occidentales depuis 2024.

Les forums régionaux — ASEAN, Mercosur, Organisation de coopération de Shanghai — gagnent en autonomie décisionnelle. Ils traitent des crises de leur zone sans demander l’aval de Washington ou de Bruxelles. C’est la régionalisation du monde : moins d’universel, plus de local, des règles qui varient selon les blocs.
DÉBAT DANS LES MÉDIAS. La lecture institutionnelle classique privilégie l’adaptation des mécanismes existants. Les BRICS+ représenteraient une opportunité de démocratiser la gouvernance mondiale. La France devrait devenir un « hub d’innovation diplomatique », l’Europe un « laboratoire d’un multilatéralisme 2.0 »….
DÉBAT DANS LES MÉDIAS. La lecture institutionnelle classique privilégie l’adaptation des mécanismes existants. Les BRICS+ représenteraient une opportunité de démocratiser la gouvernance mondiale. La France devrait devenir un « hub d’innovation diplomatique », l’Europe un « laboratoire d’un multilatéralisme 2.0 ». L’ONU et le G20 se transformeraient, intégreraient les nouvelles puissances, deviendraient plus représentatifs. Cette position — défendue notamment dans les cercles Quai d’Orsay et Commission européenne — repose sur la conviction que les institutions peuvent évoluer plus vite que les rapports de force. L’histoire récente invite à la prudence sur ce point.

Une lecture plus dure soutient que l’illusion multilatérale s’effondre et qu’il faut jouer le rapport de force sans complexe. La France devrait renforcer son alliance avec les États-Unis, l’OTAN s’étendre, l’Union européenne se militariser. Les BRICS+ exploiteraient cyniquement l’ouverture occidentale : profitant des marchés, des technologies, des universités, tout en sapant méthodiquement les institutions. Réciprocité stricte, blocs commerciaux étanches, sphères d’influence délimitées. Cette position a le mérite de la cohérence — elle a aussi le défaut de renoncer à tout espace d’influence autonome pour la France.

Enfin, la troisième lecture, plus cynique, observe que la Chine construit des ports, la Russie sécurise ses énergies et l’Inde négocie avec tout le monde sans complexe idéologique. La France devrait cesser de se prendre pour le phare moral de l’humanité et apprendre à négocier comme un marchand pragmatique : des contrats, des accords gagnant-gagnant, une diplomatie transactionnelle brutalement assumée. Cette position renonce aux « valeurs » comme levier d’influence sans garantir que les transactions compensent ce qu’on abandonne.

Aucune de ces trois lectures ne résout seule le problème. Adapter les institutions prend plus de temps que le basculement géopolitique. Choisir un camp réduit la marge de manœuvre. Le pur pragmatisme transactionnel suppose d’avoir encore quelque chose que l’autre veut.

« La France croit encore qu'elle éclaire le monde. Le monde, lui, a changé d'ampoule »...
« La France croit encore qu'elle éclaire le monde. Le monde, lui, a changé d'ampoule »

POUR ALLER PLUS LOIN. La géopolitique entre dans l’ère post-occidentale. L’ Occident cesse d’être le référentiel unique autour duquel s’organise le monde. Cette bascule révèle l’épuisement terminal d’un modèle : celui de l’universalisme occidental qui prétendait incarner la marche naturelle de l’humanité vers la démocratie libérale, les droits de l’homme et l’économie de marché autorégulée….
POUR ALLER PLUS LOIN. La géopolitique entre dans l’ère post-occidentale. L’ Occident cesse d’être le référentiel unique autour duquel s’organise le monde. Cette bascule révèle l’épuisement terminal d’un modèle : celui de l’universalisme occidental qui prétendait incarner la marche naturelle de l’humanité vers la démocratie libérale, les droits de l’homme et l’économie de marché autorégulée.

Cette hégémonie normative masquait une domination économique et militaire concrète. Tant que les pays développés contrôlaient les flux financiers, les technologies stratégiques et les institutions internationales, ils pouvaient imposer leurs valeurs comme des évidences universelles. La montée des puissances émergentes pulvérise cette prétention.

La Chine propose un modèle de développement capitaliste-autoritaire qui séduit de nombreux pays du Sud par son efficacité économique tangible. L’Inde démontre qu’on peut être démocratique sans être occidental. La Russie incarne une souveraineté brutale qui fascine les nations humiliées par l’ordre libéral.

Cette diversification des modèles politiques viables pulvérise l’illusion d’une convergence mondiale vers les standards occidentaux. Elle révèle surtout que ces standards étaient perçus comme des instruments de domination déguisés en principes moraux. Les conditionnalités du FMI, les sanctions unilatérales, les interventions humanitaires sélectives, les leçons de démocratie : tout cela est désormais rejeté comme un néocolonialisme à peine dissimulé. Le ressentiment est réel et il est exploité.

La France paie le prix maximal de cette révolution géopolitique. Ancienne puissance coloniale reconvertie en donneuse de leçons universalistes, elle incarne précisément ce que le Sud global rejette avec le plus de véhémence. Ses élites, formatées dans l’universalisme républicain, peinent à comprendre que le monde ne veut plus de leurs valeurs exportées. Elles continuent à parler de « rayonnement culturel » et de « diplomatie d’influence » quand les autres puissances parlent froidement d’investissements massifs et de partenariats transactionnels.

L’exclusion du sommet BRICS 2024 symbolise cette marginalisation accélérée. La France n’est plus considérée comme un acteur géopolitique de premier rang par les puissances émergentes. Son influence africaine s’effrite au profit de la Chine, de la Turquie et de l’Inde. Sa stratégie indo-pacifique reste lettre morte face à l’alliance AUKUS. Cette inadaptation révèle un problème plus profond : l’incapacité structurelle de l’Occident à penser un monde qu’il ne dominerait plus. Habitués à être le centre, nous peinons à devenir un pôle parmi d’autres.

Dans ce nouveau monde, la diplomatie française doit abandonner ses prétentions universalistes pour retrouver un pragmatisme transactionnel assumé. Il faut cesser de vouloir convertir le monde à nos valeurs pour apprendre à négocier avec lui tel qu’il est réellement. Cela suppose une révolution culturelle déchirante : accepter que d’autres civilisations puissent avoir raison contre nous, que d’autres modèles puissent être plus efficaces que le nôtre dans leurs contextes propres. Cette humilité géopolitique estcondition de survie stratégique, pas une capitulation.

La France possède encore des atouts : une armée crédible, un siège permanent au Conseil de sécurité, une industrie d’armement performante, une capacité nucléaire autonome, la deuxième zone économique exclusive mondiale. Mais ces atouts ne suffiront pas si Paris reste prisonnier de ses illusions de grandeur morale et de son incapacité à penser le monde sans se placer au centre.

L’ordre mondial qui émerge ne sera ni meilleur ni pire que le précédent. Il sera radicalement différent. Plus cynique certainement, mais aussi plus représentatif de la diversité réelle des puissances et des civilisations.

L’avenir appartient à ceux qui sauront naviguer dans cette nouvelle géopolitique armés de leurs intérêts nationaux clairement identifiés. La France dispose encore des moyens de ce choix stratégique. Pour combien de temps, exactement ?

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