UN SUJET · DES FAITS · DES IDÉES · LE DÉBAT · UN ÉDITO
7 FÉVRIER 2026
XI JINPING, L'EMPEREUR ROUGE
Diriger la Chine, deuxième puissance Ă©conomique mondiale et nation de 1,4 milliard d’habitants, ce n’est pas seulement gĂ©rer une Ă©conomie colossale. C’est façonner le destin d’un cinquième de l’humanitĂ©, peser sur l’Ă©quilibre gĂ©opolitique planĂ©taire, et incarner un modèle de gouvernance qui se pose en alternative au libĂ©ralisme occidental. Lorsque Xi Jinping accède au pouvoir suprĂŞme en novembre 2012, il comprend immĂ©diatement que la question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de la survie du Parti communiste chinois…
Diriger la Chine, deuxième puissance Ă©conomique mondiale et nation de 1,4 milliard d’habitants, ce n’est pas seulement gĂ©rer une Ă©conomie colossale. C’est façonner le destin d’un cinquième de l’humanitĂ©, peser sur l’Ă©quilibre gĂ©opolitique planĂ©taire, et incarner un modèle de gouvernance qui se pose en alternative au libĂ©ralisme occidental. Lorsque Xi Jinping accède au pouvoir suprĂŞme en novembre 2012, il comprend immĂ©diatement que la question n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de la survie du Parti communiste chinois. Comment diriger un si grand pays dans un monde oĂą l’information circule, oĂą les inĂ©galitĂ©s explosent, oĂą la corruption gangrène l’appareil d’État ? Son parcours et son action apportent une rĂ©ponse singulière, Ă la fois stratĂ©gique, rĂ©aliste et idĂ©ologique Brutale aussi.
SON ENFANCE CHINOISE… Xi Jinping naĂ®t le 15 juin 1953 Ă PĂ©kin, dans une Chine encore marquĂ©e par les soubresauts de la rĂ©volution communiste victorieuse quatre ans plus tĂ´t. Fils de Xi Zhongxun, vĂ©tĂ©ran de l’ArmĂ©e rouge et compagnon de route de Mao Zedong, le jeune Jinping grandit dans l’enceinte protĂ©gĂ©e de Zhongnanhai, le compound rĂ©sidentiel rĂ©servĂ© Ă l’Ă©lite dirigeante du Parti. Son père, figure respectĂ©e du rĂ©gime, occupe successivement les fonctions de vice-Premier ministre et de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil des affaires de l’État…
SON ENFANCE CHINOISE… Xi Jinping naĂ®t le 15 juin 1953 Ă PĂ©kin, dans une Chine encore marquĂ©e par les soubresauts de la rĂ©volution communiste victorieuse quatre ans plus tĂ´t. Fils de Xi Zhongxun, vĂ©tĂ©ran de l’ArmĂ©e rouge et compagnon de route de Mao Zedong, le jeune Jinping grandit dans l’enceinte protĂ©gĂ©e de Zhongnanhai, le compound rĂ©sidentiel rĂ©servĂ© Ă l’Ă©lite dirigeante du Parti. Son père, figure respectĂ©e du rĂ©gime, occupe successivement les fonctions de vice-Premier ministre et de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil des affaires de l’État. L’enfance de Xi s’Ă©coule dans le luxe relatif des familles de la nomenklatura rouge, avec cuisiniers, nounous et chauffeur personnel.
Cette existence privilĂ©giĂ©e s’effondre brutalement en 1962 lorsque Xi Zhongxun est purgĂ© pour avoir soutenu un roman jugĂ© contre-rĂ©volutionnaire. Le père est accusĂ© de complot, dĂ©mis de ses fonctions, soumis Ă l’humiliation publique. Quatre ans plus tard, la RĂ©volution culturelle dĂ©ferle sur la Chine. Les Gardes rouges, ces jeunes fanatiques mobilisĂ©s par Mao pour dĂ©truire les « quatre vieilleries », s’acharnent sur la famille Xi. Ils pillent la maison familiale, traĂ®nent la mère Qi Xin dans des sĂ©ances d’autocritique oĂą elle est contrainte de dĂ©noncer son propre mari. L’une des demi-sĹ“urs de Xi, Xi Heping, ne supporte pas la pression et se suicide. En 1968, le père est jetĂ© en prison oĂą il restera près de sept ans en isolement quasi total, enfermĂ© dans une cellule de huit mètres carrĂ©s.
Le jeune Xi Jinping, alors âgĂ© de quinze ans, est lui-mĂŞme dĂ©noncĂ© comme fils de contre-rĂ©volutionnaire et envoyĂ© dans une Ă©cole de redressement pour « travail dur ». Puis, en 1969, comme des millions d’autres « jeunes instruits », il est expĂ©diĂ© Ă la campagne dans le cadre du mouvement de « descente vers les campagnes » initiĂ© par Mao. Sa destination : Liangjiahe, un village reculĂ© du Shaanxi nichĂ© entre des collines de lĹ“ss jaune, Ă plusieurs centaines de kilomètres de PĂ©kin. Les 360 habitants vivent dans des yaodongs, ces habitations troglodytes creusĂ©es dans les falaises. Pas d’Ă©lectricitĂ©, pas d’eau courante, une existence de subsistance au rythme des saisons agricoles.
Les premiers mois sont terribles. Le jeune citadin de la capitale, habituĂ© au confort de Zhongnanhai, doit s’adapter au travail des champs, aux puces, Ă la nourriture frugale, au froid mordant des hivers du plateau. Il tente de s’enfuir, regagne PĂ©kin, mais y est arrĂŞtĂ© et renvoyĂ© au village. Il n’a pas d’autre choix que d’accepter sa condition. Peu Ă peu, il s’adapte. Il apprend Ă labourer, Ă construire des terrasses agricoles, Ă porter des charges de près de cent kilos de blĂ© sur des chemins de montagne. Il lit le soir Ă la lueur d’une lampe Ă kĂ©rosène, dĂ©vorant des livres « Ă©pais comme des briques ». Il demande plusieurs fois son admission au Parti communiste, essuyant refus après refus en raison des antĂ©cĂ©dents de son père. Ce n’est qu’en 1974, Ă sa dixième tentative, qu’il est finalement acceptĂ©.
Ces sept annĂ©es Ă Liangjiahe forgent le caractère de Xi. Il y dĂ©veloppe une endurance physique et psychologique exceptionnelle, une capacitĂ© Ă encaisser les coups du sort sans se plaindre, une connaissance intime de la Chine rurale profonde. Il finit par gagner le respect des villageois et devient secrĂ©taire local du Parti, supervisant la construction d’un puits de biogaz et d’un barrage. « Cela a tracĂ© la voie du reste de ma vie », dira-t-il dans une interview de 2004. « C’est lĂ que j’ai acquis mes convictions. »
Le rĂ©cit officiel de ces annĂ©es, aujourd’hui central dans la propagande du rĂ©gime, prĂ©sente un jeune homme transformĂ© par l’Ă©preuve, purifiĂ© par le contact avec les masses paysannes, forgĂ© dans l’adversitĂ©. En 1975, la rĂ©habilitation partielle de son père lui permet de quitter le village. Ă€ vingt-deux ans, il intègre l’universitĂ© Tsinghua Ă PĂ©kin comme « Ă©tudiant-ouvrier-paysan-soldat », une catĂ©gorie créée pendant la RĂ©volution culturelle pour permettre aux jeunes d’origine prolĂ©tarienne d’accĂ©der Ă l’enseignement supĂ©rieur. Il Ă©tudie le gĂ©nie chimique, obtient son diplĂ´me en 1979, puis devient secrĂ©taire particulier de Geng Biao, ministre de la DĂ©fense et ami de son père. C’est le dĂ©but d’une ascension mĂ©thodique dans l’appareil du Parti.
Cette existence privilĂ©giĂ©e s’effondre brutalement en 1962 lorsque Xi Zhongxun est purgĂ© pour avoir soutenu un roman jugĂ© contre-rĂ©volutionnaire. Le père est accusĂ© de complot, dĂ©mis de ses fonctions, soumis Ă l’humiliation publique. Quatre ans plus tard, la RĂ©volution culturelle dĂ©ferle sur la Chine. Les Gardes rouges, ces jeunes fanatiques mobilisĂ©s par Mao pour dĂ©truire les « quatre vieilleries », s’acharnent sur la famille Xi. Ils pillent la maison familiale, traĂ®nent la mère Qi Xin dans des sĂ©ances d’autocritique oĂą elle est contrainte de dĂ©noncer son propre mari. L’une des demi-sĹ“urs de Xi, Xi Heping, ne supporte pas la pression et se suicide. En 1968, le père est jetĂ© en prison oĂą il restera près de sept ans en isolement quasi total, enfermĂ© dans une cellule de huit mètres carrĂ©s.
Le jeune Xi Jinping, alors âgĂ© de quinze ans, est lui-mĂŞme dĂ©noncĂ© comme fils de contre-rĂ©volutionnaire et envoyĂ© dans une Ă©cole de redressement pour « travail dur ». Puis, en 1969, comme des millions d’autres « jeunes instruits », il est expĂ©diĂ© Ă la campagne dans le cadre du mouvement de « descente vers les campagnes » initiĂ© par Mao. Sa destination : Liangjiahe, un village reculĂ© du Shaanxi nichĂ© entre des collines de lĹ“ss jaune, Ă plusieurs centaines de kilomètres de PĂ©kin. Les 360 habitants vivent dans des yaodongs, ces habitations troglodytes creusĂ©es dans les falaises. Pas d’Ă©lectricitĂ©, pas d’eau courante, une existence de subsistance au rythme des saisons agricoles.
Les premiers mois sont terribles. Le jeune citadin de la capitale, habituĂ© au confort de Zhongnanhai, doit s’adapter au travail des champs, aux puces, Ă la nourriture frugale, au froid mordant des hivers du plateau. Il tente de s’enfuir, regagne PĂ©kin, mais y est arrĂŞtĂ© et renvoyĂ© au village. Il n’a pas d’autre choix que d’accepter sa condition. Peu Ă peu, il s’adapte. Il apprend Ă labourer, Ă construire des terrasses agricoles, Ă porter des charges de près de cent kilos de blĂ© sur des chemins de montagne. Il lit le soir Ă la lueur d’une lampe Ă kĂ©rosène, dĂ©vorant des livres « Ă©pais comme des briques ». Il demande plusieurs fois son admission au Parti communiste, essuyant refus après refus en raison des antĂ©cĂ©dents de son père. Ce n’est qu’en 1974, Ă sa dixième tentative, qu’il est finalement acceptĂ©.
Ces sept annĂ©es Ă Liangjiahe forgent le caractère de Xi. Il y dĂ©veloppe une endurance physique et psychologique exceptionnelle, une capacitĂ© Ă encaisser les coups du sort sans se plaindre, une connaissance intime de la Chine rurale profonde. Il finit par gagner le respect des villageois et devient secrĂ©taire local du Parti, supervisant la construction d’un puits de biogaz et d’un barrage. « Cela a tracĂ© la voie du reste de ma vie », dira-t-il dans une interview de 2004. « C’est lĂ que j’ai acquis mes convictions. »
Le rĂ©cit officiel de ces annĂ©es, aujourd’hui central dans la propagande du rĂ©gime, prĂ©sente un jeune homme transformĂ© par l’Ă©preuve, purifiĂ© par le contact avec les masses paysannes, forgĂ© dans l’adversitĂ©. En 1975, la rĂ©habilitation partielle de son père lui permet de quitter le village. Ă€ vingt-deux ans, il intègre l’universitĂ© Tsinghua Ă PĂ©kin comme « Ă©tudiant-ouvrier-paysan-soldat », une catĂ©gorie créée pendant la RĂ©volution culturelle pour permettre aux jeunes d’origine prolĂ©tarienne d’accĂ©der Ă l’enseignement supĂ©rieur. Il Ă©tudie le gĂ©nie chimique, obtient son diplĂ´me en 1979, puis devient secrĂ©taire particulier de Geng Biao, ministre de la DĂ©fense et ami de son père. C’est le dĂ©but d’une ascension mĂ©thodique dans l’appareil du Parti.
L’ASCENSION DANS L’APPAREIL… Chez les cadres du Parti communiste chinois, Xi Jinping ne cherche pas l’avancement rapide par le coup d’Ă©clat. Contrairement Ă beaucoup de « princes rouges » – ces fils de la nomenklatura rĂ©volutionnaire – il n’arrive pas avec un plan prĂ©conçu qu’il chercherait Ă imposer. Il observe, Ă©coute, analyse, comprend les Ă©quilibres internes, identifie les lignes de force et de fracture au sein de l’organisation…
L’ASCENSION DANS L’APPAREIL… Chez les cadres du Parti communiste chinois, Xi Jinping ne cherche pas l’avancement rapide par le coup d’Ă©clat. Contrairement Ă beaucoup de « princes rouges » – ces fils de la nomenklatura rĂ©volutionnaire – il n’arrive pas avec un plan prĂ©conçu qu’il chercherait Ă imposer. Il observe, Ă©coute, analyse, comprend les Ă©quilibres internes, identifie les lignes de force et de fracture au sein de l’organisation. En 1982, il quitte PĂ©kin pour le comtĂ© rural de Zhengding, dans le Hebei, oĂą il sert comme secrĂ©taire adjoint puis secrĂ©taire du Parti. C’est un choix dĂ©libĂ©rĂ© de retourner Ă la base, d’accumuler une expĂ©rience de terrain. En 1985, il est transfĂ©rĂ© dans la province cĂ´tière du Fujian, face Ă TaĂŻwan.
Il y passera dix-sept ans, gravissant patiemment les Ă©chelons : vice-maire de Xiamen, secrĂ©taire du Parti de plusieurs prĂ©fectures, puis gouverneur de la province en 1999. Le Fujian est alors une zone Ă©conomique spĂ©ciale, laboratoire de l’ouverture aux investissements Ă©trangers et notamment taĂŻwanais. Xi y dĂ©veloppe une expertise dans les relations avec le monde des affaires, courtise les investisseurs, gagne une rĂ©putation d’homme pragmatique favorable Ă l’entrepreneuriat privĂ©. Mais il reste prudent, Ă©vite soigneusement de paraĂ®tre trop rĂ©formiste, ne prend jamais de risques politiques inconsidĂ©rĂ©s. Sa carrière au Fujian n’est pas exempte de zones d’ombre. Pendant les annĂ©es oĂą Xi est gouverneur, le groupe Yuanhua, l’une des plus grandes entreprises criminelles de Chine, poursuit une contrebande massive de pĂ©trole, voitures et cigarettes pour plusieurs milliards de dollars. Xi n’est jamais directement impliquĂ©, mais certains observateurs notent qu’il a fermĂ© les yeux. L’affaire illustre un trait constant de son parcours : une capacitĂ© Ă naviguer dans les eaux troubles de la corruption endĂ©mique sans jamais s’y noyer ni la combattre frontalement – du moins pas avant d’avoir le pouvoir de le faire.
En 2002, Xi quitte le Fujian pour la province voisine du Zhejiang, dont il devient secrĂ©taire du Parti. C’est sa première responsabilitĂ© provinciale de premier rang, son accession Ă la scène nationale. Le Zhejiang est une ruche entrepreneuriale, berceau de gĂ©ants comme Alibaba et Geely. Xi y prĂ©side une croissance Ă©conomique fulgurante, des taux annuels de 14 % en moyenne. Il dĂ©veloppe avec son chef de cabinet Li Qiang – qui deviendra Premier ministre en 2023 – la « stratĂ©gie du double huit », identifiant huit avantages comparatifs de la province et huit actions correspondantes. Il gagne une rĂ©putation de pourfendeur de la corruption locale, ce qui attire l’attention de PĂ©kin.
Le tournant dĂ©cisif survient en mars 2007. Un scandale de dĂ©tournement de fonds de pension Ă©clabousse la direction de Shanghai, entraĂ®nant la chute de Chen Liangyu, le puissant secrĂ©taire du Parti de la mĂ©tropole. Xi est appelĂ© Ă la rescousse. Il passe sept mois Ă Shanghai, le temps de calmer le jeu, de restaurer la confiance, de promettre qu’il n’y aura pas de « purges » supplĂ©mentaires malgrĂ© l’implication de nombreux cadres locaux. Sa gestion de crise impressionne les anciens du Parti. En octobre 2007, il est cooptĂ© au ComitĂ© permanent du Politburo, le saint des saints du pouvoir chinois, et dĂ©signĂ© comme successeur probable de Hu Jintao.
En mars 2008, il devient vice-prĂ©sident de la RĂ©publique populaire de Chine. On lui confie la supervision des Jeux olympiques de PĂ©kin, vitrine mondiale du rĂ©gime. En octobre 2010, il est nommĂ© vice-prĂ©sident de la Commission militaire centrale, marchepied traditionnel vers le pouvoir suprĂŞme. Tout au long de cette pĂ©riode, Xi cultive une image de modĂ©rĂ©, d’homme de consensus, acceptable par toutes les factions du Parti. Son pedigree de « prince rouge » rassure les familles rĂ©volutionnaires. Son expĂ©rience dans les provinces cĂ´tières entrepreneuriales plaĂ®t aux rĂ©formateurs Ă©conomiques. Son absence de lien avec le massacre de Tiananmen de 1989 – il Ă©tait alors au Fujian – lui Ă©vite les controverses. Il est, selon l’expression d’un analyste, « suffisamment acceptable pour tout le monde sans ĂŞtre le premier choix de personne ».
Le 15 novembre 2012, Xi Jinping est officiellement Ă©lu secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Parti communiste chinois et prĂ©sident de la Commission militaire centrale lors du 18e Congrès du Parti. En mars 2013, il devient Ă©galement prĂ©sident de la RĂ©publique populaire de Chine. Ă€ cinquante-neuf ans, il hĂ©rite d’un pays en pleine croissance Ă©conomique mais rongĂ© par la corruption, les inĂ©galitĂ©s, la pollution, le vieillissement dĂ©mographique. Le Parti lui-mĂŞme semble menacĂ© de dĂ©liquescence idĂ©ologique. La chute de l’Union soviĂ©tique hante les dirigeants chinois. « Un grand Parti s’est Ă©vaporĂ© du jour au lendemain », dira Xi dans un discours de 2012. « Proportionnellement, le Parti communiste soviĂ©tique avait plus de membres que nous, mais personne n’a eu le courage de se lever et de rĂ©sister. »
Il y passera dix-sept ans, gravissant patiemment les Ă©chelons : vice-maire de Xiamen, secrĂ©taire du Parti de plusieurs prĂ©fectures, puis gouverneur de la province en 1999. Le Fujian est alors une zone Ă©conomique spĂ©ciale, laboratoire de l’ouverture aux investissements Ă©trangers et notamment taĂŻwanais. Xi y dĂ©veloppe une expertise dans les relations avec le monde des affaires, courtise les investisseurs, gagne une rĂ©putation d’homme pragmatique favorable Ă l’entrepreneuriat privĂ©. Mais il reste prudent, Ă©vite soigneusement de paraĂ®tre trop rĂ©formiste, ne prend jamais de risques politiques inconsidĂ©rĂ©s. Sa carrière au Fujian n’est pas exempte de zones d’ombre. Pendant les annĂ©es oĂą Xi est gouverneur, le groupe Yuanhua, l’une des plus grandes entreprises criminelles de Chine, poursuit une contrebande massive de pĂ©trole, voitures et cigarettes pour plusieurs milliards de dollars. Xi n’est jamais directement impliquĂ©, mais certains observateurs notent qu’il a fermĂ© les yeux. L’affaire illustre un trait constant de son parcours : une capacitĂ© Ă naviguer dans les eaux troubles de la corruption endĂ©mique sans jamais s’y noyer ni la combattre frontalement – du moins pas avant d’avoir le pouvoir de le faire.
En 2002, Xi quitte le Fujian pour la province voisine du Zhejiang, dont il devient secrĂ©taire du Parti. C’est sa première responsabilitĂ© provinciale de premier rang, son accession Ă la scène nationale. Le Zhejiang est une ruche entrepreneuriale, berceau de gĂ©ants comme Alibaba et Geely. Xi y prĂ©side une croissance Ă©conomique fulgurante, des taux annuels de 14 % en moyenne. Il dĂ©veloppe avec son chef de cabinet Li Qiang – qui deviendra Premier ministre en 2023 – la « stratĂ©gie du double huit », identifiant huit avantages comparatifs de la province et huit actions correspondantes. Il gagne une rĂ©putation de pourfendeur de la corruption locale, ce qui attire l’attention de PĂ©kin.
Le tournant dĂ©cisif survient en mars 2007. Un scandale de dĂ©tournement de fonds de pension Ă©clabousse la direction de Shanghai, entraĂ®nant la chute de Chen Liangyu, le puissant secrĂ©taire du Parti de la mĂ©tropole. Xi est appelĂ© Ă la rescousse. Il passe sept mois Ă Shanghai, le temps de calmer le jeu, de restaurer la confiance, de promettre qu’il n’y aura pas de « purges » supplĂ©mentaires malgrĂ© l’implication de nombreux cadres locaux. Sa gestion de crise impressionne les anciens du Parti. En octobre 2007, il est cooptĂ© au ComitĂ© permanent du Politburo, le saint des saints du pouvoir chinois, et dĂ©signĂ© comme successeur probable de Hu Jintao.
En mars 2008, il devient vice-prĂ©sident de la RĂ©publique populaire de Chine. On lui confie la supervision des Jeux olympiques de PĂ©kin, vitrine mondiale du rĂ©gime. En octobre 2010, il est nommĂ© vice-prĂ©sident de la Commission militaire centrale, marchepied traditionnel vers le pouvoir suprĂŞme. Tout au long de cette pĂ©riode, Xi cultive une image de modĂ©rĂ©, d’homme de consensus, acceptable par toutes les factions du Parti. Son pedigree de « prince rouge » rassure les familles rĂ©volutionnaires. Son expĂ©rience dans les provinces cĂ´tières entrepreneuriales plaĂ®t aux rĂ©formateurs Ă©conomiques. Son absence de lien avec le massacre de Tiananmen de 1989 – il Ă©tait alors au Fujian – lui Ă©vite les controverses. Il est, selon l’expression d’un analyste, « suffisamment acceptable pour tout le monde sans ĂŞtre le premier choix de personne ».
Le 15 novembre 2012, Xi Jinping est officiellement Ă©lu secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Parti communiste chinois et prĂ©sident de la Commission militaire centrale lors du 18e Congrès du Parti. En mars 2013, il devient Ă©galement prĂ©sident de la RĂ©publique populaire de Chine. Ă€ cinquante-neuf ans, il hĂ©rite d’un pays en pleine croissance Ă©conomique mais rongĂ© par la corruption, les inĂ©galitĂ©s, la pollution, le vieillissement dĂ©mographique. Le Parti lui-mĂŞme semble menacĂ© de dĂ©liquescence idĂ©ologique. La chute de l’Union soviĂ©tique hante les dirigeants chinois. « Un grand Parti s’est Ă©vaporĂ© du jour au lendemain », dira Xi dans un discours de 2012. « Proportionnellement, le Parti communiste soviĂ©tique avait plus de membres que nous, mais personne n’a eu le courage de se lever et de rĂ©sister. »
LE GRAND NETTOYAGE… La marque de fabrique de Xi Jinping tient dans sa campagne anti-corruption, la plus vaste et la plus systĂ©matique de l’histoire du Parti communiste chinois. Dès son premier discours comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, il identifie la corruption comme la menace existentielle pour la survie du rĂ©gime. Son slogan frappe les esprits : il s’agit de « chasser les tigres et les mouches », c’est-Ă -dire de poursuivre aussi bien les hauts dignitaires corrompus que les petits fonctionnaires vĂ©reux…
LE GRAND NETTOYAGE… La marque de fabrique de Xi Jinping tient dans sa campagne anti-corruption, la plus vaste et la plus systĂ©matique de l’histoire du Parti communiste chinois. Dès son premier discours comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, il identifie la corruption comme la menace existentielle pour la survie du rĂ©gime. Son slogan frappe les esprits : il s’agit de « chasser les tigres et les mouches », c’est-Ă -dire de poursuivre aussi bien les hauts dignitaires corrompus que les petits fonctionnaires vĂ©reux.
L’ampleur de la purge dĂ©passe tout ce que la Chine post-maoĂŻste a connu. Entre 2013 et 2024, plus de six millions de membres du Parti sont sanctionnĂ©s pour corruption. Parmi les « tigres » abattus figurent des personnages considĂ©rĂ©s comme intouchables : Zhou Yongkang, ancien membre du ComitĂ© permanent du Politburo et tsar de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure ; Bo Xilai, le charismatique secrĂ©taire du Parti de Chongqing qui se rĂŞvait en rival de Xi ; les gĂ©nĂ©raux Xu Caihou et Guo Boxiong, vice-prĂ©sidents de la Commission militaire centrale ; Sun Zhengcai, pressenti comme successeur potentiel. Des ministres de la DĂ©fense, des chefs de la diplomatie, des dirigeants de grandes entreprises d’État tombent les uns après les autres. Xi confie la campagne Ă Wang Qishan, puis Ă d’autres loyalistes, qui dirigent la Commission centrale de contrĂ´le de la discipline du Parti. Les enquĂŞtes, menĂ©es dans le secret, aboutissent gĂ©nĂ©ralement Ă des aveux tĂ©lĂ©visĂ©s humiliants suivis de lourdes condamnations.
La terreur disciplinaire se rĂ©pand dans l’appareil d’État. Les cadres n’osent plus accepter d’invitations au restaurant, de cadeaux, de voyages. La consommation de produits de luxe s’effondre. Les restaurants de banquet ferment par milliers. Cette campagne remplit plusieurs fonctions. Elle rĂ©pond d’abord Ă une demande populaire rĂ©elle : la corruption endĂ©mique des cadres exaspĂ©rait la population et sapait la lĂ©gitimitĂ© du rĂ©gime. Elle permet ensuite d’Ă©liminer les rivaux politiques et de briser les rĂ©seaux de pouvoir constituĂ©s sous les prĂ©dĂ©cesseurs de Xi. Elle instaure enfin un climat de peur qui garantit la loyautĂ© absolue envers le nouveau dirigeant. Les critiques font valoir que la campagne vise davantage les ennemis de Xi que les corrompus en gĂ©nĂ©ral. Les dĂ©fenseurs rĂ©torquent que personne d’autre n’aurait eu le courage de s’attaquer Ă des figures aussi puissantes que Zhou Yongkang.
En janvier 2025, Xi rĂ©affirme que la corruption reste « la plus grande menace » pour le Parti, signalant que la campagne n’est pas près de s’achever. La purge s’est mĂŞme intensifiĂ©e rĂ©cemment dans les rangs de l’ArmĂ©e populaire de libĂ©ration, oĂą plusieurs amiraux et gĂ©nĂ©raux ont Ă©tĂ© limogĂ©s pour « violations graves de la discipline ». La permanence de ces purges, plus de douze ans après leur lancement, soulève une question troublante : la campagne a-t-elle rĂ©ellement Ă©radiquĂ© la corruption ou simplement dĂ©placĂ© les rĂ©seaux de pouvoir vers les fidèles de Xi ?
L’ampleur de la purge dĂ©passe tout ce que la Chine post-maoĂŻste a connu. Entre 2013 et 2024, plus de six millions de membres du Parti sont sanctionnĂ©s pour corruption. Parmi les « tigres » abattus figurent des personnages considĂ©rĂ©s comme intouchables : Zhou Yongkang, ancien membre du ComitĂ© permanent du Politburo et tsar de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure ; Bo Xilai, le charismatique secrĂ©taire du Parti de Chongqing qui se rĂŞvait en rival de Xi ; les gĂ©nĂ©raux Xu Caihou et Guo Boxiong, vice-prĂ©sidents de la Commission militaire centrale ; Sun Zhengcai, pressenti comme successeur potentiel. Des ministres de la DĂ©fense, des chefs de la diplomatie, des dirigeants de grandes entreprises d’État tombent les uns après les autres. Xi confie la campagne Ă Wang Qishan, puis Ă d’autres loyalistes, qui dirigent la Commission centrale de contrĂ´le de la discipline du Parti. Les enquĂŞtes, menĂ©es dans le secret, aboutissent gĂ©nĂ©ralement Ă des aveux tĂ©lĂ©visĂ©s humiliants suivis de lourdes condamnations.
La terreur disciplinaire se rĂ©pand dans l’appareil d’État. Les cadres n’osent plus accepter d’invitations au restaurant, de cadeaux, de voyages. La consommation de produits de luxe s’effondre. Les restaurants de banquet ferment par milliers. Cette campagne remplit plusieurs fonctions. Elle rĂ©pond d’abord Ă une demande populaire rĂ©elle : la corruption endĂ©mique des cadres exaspĂ©rait la population et sapait la lĂ©gitimitĂ© du rĂ©gime. Elle permet ensuite d’Ă©liminer les rivaux politiques et de briser les rĂ©seaux de pouvoir constituĂ©s sous les prĂ©dĂ©cesseurs de Xi. Elle instaure enfin un climat de peur qui garantit la loyautĂ© absolue envers le nouveau dirigeant. Les critiques font valoir que la campagne vise davantage les ennemis de Xi que les corrompus en gĂ©nĂ©ral. Les dĂ©fenseurs rĂ©torquent que personne d’autre n’aurait eu le courage de s’attaquer Ă des figures aussi puissantes que Zhou Yongkang.
En janvier 2025, Xi rĂ©affirme que la corruption reste « la plus grande menace » pour le Parti, signalant que la campagne n’est pas près de s’achever. La purge s’est mĂŞme intensifiĂ©e rĂ©cemment dans les rangs de l’ArmĂ©e populaire de libĂ©ration, oĂą plusieurs amiraux et gĂ©nĂ©raux ont Ă©tĂ© limogĂ©s pour « violations graves de la discipline ». La permanence de ces purges, plus de douze ans après leur lancement, soulève une question troublante : la campagne a-t-elle rĂ©ellement Ă©radiquĂ© la corruption ou simplement dĂ©placĂ© les rĂ©seaux de pouvoir vers les fidèles de Xi ?
DIRIGER AUTREMENT… Xi Jinping ne dirige pas seulement par la purge et la discipline. Il gouverne par l’idĂ©ologie, la centralisation et le culte de la personnalitĂ©. Dès son arrivĂ©e au pouvoir, il rompt avec le style de « direction collective » instaurĂ© par Deng Xiaoping après les excès de l’ère maoĂŻste…
DIRIGER AUTREMENT… Xi Jinping ne dirige pas seulement par la purge et la discipline. Il gouverne par l’idĂ©ologie, la centralisation et le culte de la personnalitĂ©. Dès son arrivĂ©e au pouvoir, il rompt avec le style de « direction collective » instaurĂ© par Deng Xiaoping après les excès de l’ère maoĂŻste. LĂ oĂą ses prĂ©dĂ©cesseurs Jiang Zemin et Hu Jintao gouvernaient en Ă©quipe, Xi concentre tous les leviers de commande entre ses mains. Il prĂ©side lui-mĂŞme les « petits groupes dirigeants » qui supervisent les domaines stratĂ©giques : rĂ©forme Ă©conomique, sĂ©curitĂ© nationale, affaires Ă©trangères, cybersĂ©curitĂ©, TaĂŻwan. Il fait inscrire sa « pensĂ©e » dans la constitution du Parti en 2017, puis dans la Constitution de l’État en 2018 – un honneur que seul Mao avait obtenu de son vivant.
La « PensĂ©e de Xi Jinping sur le socialisme aux caractĂ©ristiques chinoises pour une nouvelle ère » devient doctrine obligatoire, Ă©tudiĂ©e dans les Ă©coles, les entreprises, les administrations. Des applications mobiles permettent aux cadres de tester leurs connaissances et d’accumuler des points de loyautĂ©. En mars 2018, l’AssemblĂ©e nationale populaire abolit la limite de deux mandats prĂ©sidentiels, ouvrant la voie Ă une prĂ©sidence Ă vie.
En octobre 2022, lors du 20e Congrès du Parti, Xi obtient un troisième mandat sans prĂ©cĂ©dent comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. La scène tĂ©lĂ©visĂ©e de l’ancien prĂ©sident Hu Jintao, visiblement diminuĂ©, escortĂ© hors de la salle du Congrès sous les yeux impassibles de Xi, symbolise la rupture avec l’ère prĂ©cĂ©dente. Le nouveau ComitĂ© permanent du Politburo est dĂ©sormais entièrement composĂ© de loyalistes, pour la plupart issus des rĂ©seaux que Xi a tissĂ©s au Fujian, au Zhejiang et Ă Shanghai. Le culte de la personnalitĂ© s’Ă©panouit. Des livres, des dessins animĂ©s, des chansons populaires cĂ©lèbrent le « Père Xi » ou « Oncle Xi ». Le village de Liangjiahe devient lieu de pèlerinage, ornĂ© de fresques et de panneaux exaltant les annĂ©es formatrices du dirigeant. Les mĂ©dias officiels diffusent des images soigneusement calibrĂ©es : Xi visitant des familles pauvres, Xi encourageant des ouvriers, Xi caressant des pandas. Son Ă©pouse Peng Liyuan, cĂ©lèbre chanteuse de variĂ©tĂ©s devenue première dame glamour, l’accompagne dans ses voyages officiels, projetant l’image d’un couple moderne et aimant.
Le style personnel de Xi mĂŞle sobriĂ©tĂ© et autoritĂ©. Il s’exprime sans les tics de langage bureaucratiques qui Ă©touffent la communication officielle chinoise. Il cite volontiers les classiques confucĂ©ens, les poètes Tang, les proverbes populaires. Il affiche sa passion pour le football, mentionne sa lecture des grands auteurs occidentaux lors de ses visites d’État. Mais sous cette apparence d’homme cultivĂ© et accessible, il gouverne d’une main de fer, ne tolĂ©rant aucune dissidence, aucune critique, aucune alternative.
La « PensĂ©e de Xi Jinping sur le socialisme aux caractĂ©ristiques chinoises pour une nouvelle ère » devient doctrine obligatoire, Ă©tudiĂ©e dans les Ă©coles, les entreprises, les administrations. Des applications mobiles permettent aux cadres de tester leurs connaissances et d’accumuler des points de loyautĂ©. En mars 2018, l’AssemblĂ©e nationale populaire abolit la limite de deux mandats prĂ©sidentiels, ouvrant la voie Ă une prĂ©sidence Ă vie.
En octobre 2022, lors du 20e Congrès du Parti, Xi obtient un troisième mandat sans prĂ©cĂ©dent comme secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. La scène tĂ©lĂ©visĂ©e de l’ancien prĂ©sident Hu Jintao, visiblement diminuĂ©, escortĂ© hors de la salle du Congrès sous les yeux impassibles de Xi, symbolise la rupture avec l’ère prĂ©cĂ©dente. Le nouveau ComitĂ© permanent du Politburo est dĂ©sormais entièrement composĂ© de loyalistes, pour la plupart issus des rĂ©seaux que Xi a tissĂ©s au Fujian, au Zhejiang et Ă Shanghai. Le culte de la personnalitĂ© s’Ă©panouit. Des livres, des dessins animĂ©s, des chansons populaires cĂ©lèbrent le « Père Xi » ou « Oncle Xi ». Le village de Liangjiahe devient lieu de pèlerinage, ornĂ© de fresques et de panneaux exaltant les annĂ©es formatrices du dirigeant. Les mĂ©dias officiels diffusent des images soigneusement calibrĂ©es : Xi visitant des familles pauvres, Xi encourageant des ouvriers, Xi caressant des pandas. Son Ă©pouse Peng Liyuan, cĂ©lèbre chanteuse de variĂ©tĂ©s devenue première dame glamour, l’accompagne dans ses voyages officiels, projetant l’image d’un couple moderne et aimant.
Le style personnel de Xi mĂŞle sobriĂ©tĂ© et autoritĂ©. Il s’exprime sans les tics de langage bureaucratiques qui Ă©touffent la communication officielle chinoise. Il cite volontiers les classiques confucĂ©ens, les poètes Tang, les proverbes populaires. Il affiche sa passion pour le football, mentionne sa lecture des grands auteurs occidentaux lors de ses visites d’État. Mais sous cette apparence d’homme cultivĂ© et accessible, il gouverne d’une main de fer, ne tolĂ©rant aucune dissidence, aucune critique, aucune alternative.
« Le pouvoir durable naît quand l'autorité absolue rencontre la légitimité populaire. La stabilité en est le résultat... » « Le pouvoir durable naît quand l'autorité absolue rencontre la légitimité populaire. La stabilité en est le résultat. »
« Le pouvoir durable naît quand l'autorité absolue rencontre la légitimité populaire. La stabilité en est le résultat... »
« Le pouvoir durable naît quand l'autorité absolue rencontre la légitimité populaire. La stabilité en est le résultat. »
LE BILAN… Xi Jinping gouverne la Chine depuis plus de douze ans, plus longtemps que tout dirigeant chinois depuis Mao Zedong. Le bilan de son règne mĂŞle rĂ©alisations spectaculaires et controverses profondes. Sur le plan Ă©conomique et social, la Chine de Xi a accompli des progrès remarquables…
LE BILAN… Xi Jinping gouverne la Chine depuis plus de douze ans, plus longtemps que tout dirigeant chinois depuis Mao Zedong. Le bilan de son règne mĂŞle rĂ©alisations spectaculaires et controverses profondes. Sur le plan Ă©conomique et social, la Chine de Xi a accompli des progrès remarquables. En fĂ©vrier 2021, il annonce l’Ă©radication de l’extrĂŞme pauvretĂ© dans le pays, affirmant que 850 millions de Chinois ont Ă©tĂ© sortis de la misère depuis les rĂ©formes de 1978 – dont près de 100 millions pendant ses huit premières annĂ©es au pouvoir. Cette campagne de « rĂ©duction ciblĂ©e de la pauvretĂ© », prioritĂ© personnelle de Xi, a mobilisĂ© 1 600 milliards de yuans d’investissements publics et dĂ©ployĂ© plus de trois millions de cadres dans les zones rurales dĂ©favorisĂ©es.
Le PIB chinois a doublĂ© pendant son mandat, dĂ©passant les 17 000 milliards de dollars. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de la plupart des pays du monde. L’initiative « Ceinture et Route » (Belt and Road Initiative), lancĂ©e en 2013, constitue le projet d’infrastructure le plus ambitieux de l’histoire. Plus de 150 pays ont signĂ© des accords de coopĂ©ration. Des ports, des routes, des chemins de fer, des centrales Ă©lectriques ont Ă©tĂ© construits de l’Asie Ă l’Afrique, de l’Europe Ă l’AmĂ©rique latine. La Chine est devenue l’un des plus grands crĂ©anciers des pays en dĂ©veloppement, prĂŞtant plus de mille milliards de dollars. Ses entreprises dominent des secteurs stratĂ©giques comme les panneaux solaires, les batteries Ă©lectriques, les tĂ©lĂ©communications 5G. La modernisation militaire s’est accĂ©lĂ©rĂ©e, faisant de l’ArmĂ©e populaire de libĂ©ration la deuxième force armĂ©e mondiale.
Mais cet héritage est profondément assombri par la répression intérieure.
Depuis 2017, le rĂ©gime a internĂ© plus d’un million de OuĂŻghours et d’autres musulmans turcophones dans des « camps de rééducation » au Xinjiang. Le rapport de l’ONU d’aoĂ»t 2022 a conclu que ces abus pourraient constituer des « crimes contre l’humanitĂ© ». Des preuves de torture, de stĂ©rilisations forcĂ©es, de travail forcĂ©, de sĂ©paration des familles ont Ă©tĂ© documentĂ©es par des organisations internationales. Le gouvernement amĂ©ricain a qualifiĂ© ces actes de « gĂ©nocide ». Xi a personnellement supervisĂ© cette politique, comme l’ont rĂ©vĂ©lĂ© des fuites de documents internes. Ă€ Hong Kong, la loi sur la sĂ©curitĂ© nationale de 2020 a mis fin aux libertĂ©s qui distinguaient le territoire du reste de la Chine. L’opposition dĂ©mocratique a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e, la presse indĂ©pendante muselĂ©e, des dizaines de militants emprisonnĂ©s. Au Tibet, en Mongolie intĂ©rieure, les politiques d’assimilation culturelle se sont intensifiĂ©es. La sociĂ©tĂ© civile chinoise a Ă©tĂ© mĂ©thodiquement dĂ©mantelĂ©e : avocats des droits de l’homme emprisonnĂ©s, ONG Ă©trangères expulsĂ©es, surveillance numĂ©rique gĂ©nĂ©ralisĂ©e, censure d’Internet sans prĂ©cĂ©dent.
La gestion de la pandĂ©mie de Covid-19 illustre les contradictions du système. Après avoir initialement dissimulĂ© l’Ă©pidĂ©mie, le rĂ©gime a imposĂ© la politique « zĂ©ro Covid » la plus stricte au monde, confinant des mĂ©tropoles entières pendant des mois. Cette stratĂ©gie a Ă©vitĂ© des millions de morts mais provoquĂ© une catastrophe Ă©conomique et des souffrances humaines immenses, culminant dans les rares manifestations de novembre 2022. L’abandon brutal de cette politique a ensuite entraĂ®nĂ© une vague de contaminations massive.
Sur la scène internationale, Xi a rompu avec la diplomatie discrète de ses prĂ©dĂ©cesseurs pour affirmer la puissance chinoise. Les tensions avec les États-Unis ont atteint des niveaux inĂ©dits depuis la normalisation de 1979. Le partenariat « sans limites » avec la Russie de Vladimir Poutine, proclamĂ© en fĂ©vrier 2022, quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine, a isolĂ© la Chine des dĂ©mocraties occidentales. La pression militaire sur TaĂŻwan s’est intensifiĂ©e, avec des incursions aĂ©riennes quasi quotidiennes et des manĹ“uvres navales menaçantes. Son portrait rĂ©vèle un homme convaincu que la Chine est destinĂ©e Ă reprendre sa place historique au centre du monde, que le Parti communiste est le seul garant de cette renaissance, et que lui-mĂŞme est l’instrument de ce destin. « L’Est se lève, l’Occident dĂ©cline », a-t-il dĂ©clarĂ© en 2020, rĂ©sumant sa vision du monde.
Cette conviction messianique explique aussi bien ses rĂ©alisations que ses excès. Xi Jinping incarne une forme de pouvoir qui se pensait rĂ©volue : celle de l’homme fort absolu, du dirigeant qui concentre entre ses mains l’autoritĂ© du Parti, de l’État et de l’armĂ©e, sans contre-pouvoir institutionnel, sans opposition tolĂ©rĂ©e, sans alternance prĂ©visible. Dans un monde oĂą les dĂ©mocraties semblent paralysĂ©es par leurs divisions, oĂą le populisme mine les institutions, oĂą les dĂ©fis globaux – climat, pandĂ©mies, inĂ©galitĂ©s – exigent des rĂ©ponses coordonnĂ©es, le modèle chinois se pose en alternative. Ses dĂ©fenseurs y voient l’efficacitĂ©, la stabilitĂ©, la vision Ă long terme. Ses critiques y discernent l’autoritarisme, la rĂ©pression, l’impasse historique. L’hĂ©ritage de Xi Jinping reste en suspens.
Ă€ soixante-douze ans, sans successeur dĂ©signĂ©, il a remodelĂ© le système politique chinois Ă son image. Mais les dĂ©fis s’accumulent : ralentissement Ă©conomique, vieillissement dĂ©mographique, tensions gĂ©opolitiques, mĂ©contentement social latent.
La question qui hantera son règne – et celui de ses successeurs – est celle que posait dĂ©jĂ Deng Xiaoping : comment maintenir le monopole du Parti dans une sociĂ©tĂ© qui aspire Ă la modernitĂ© ? Xi a apportĂ© sa rĂ©ponse : par la force, l’idĂ©ologie et le nationalisme. L’histoire jugera si cette rĂ©ponse Ă©tait suffisante. En 2013, Xi Jinping lance l’initiative « Ceinture et Route », le plus vaste projet d’infrastructure de l’histoire humaine. Son ambition : relier la Chine au reste du monde par un rĂ©seau de routes, de ports et de voies ferrĂ©es. Pour le dirigeant chinois, il ne s’agit pas seulement de commerce, mais de reconfigurer l’ordre mondial autour de PĂ©kin. Cette confrontation avec l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine rĂ©vèle bien plus qu’un dĂ©saccord gĂ©opolitique. Elle expose deux visions irrĂ©conciliables du XXIe siècle.
Le PIB chinois a doublĂ© pendant son mandat, dĂ©passant les 17 000 milliards de dollars. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de la plupart des pays du monde. L’initiative « Ceinture et Route » (Belt and Road Initiative), lancĂ©e en 2013, constitue le projet d’infrastructure le plus ambitieux de l’histoire. Plus de 150 pays ont signĂ© des accords de coopĂ©ration. Des ports, des routes, des chemins de fer, des centrales Ă©lectriques ont Ă©tĂ© construits de l’Asie Ă l’Afrique, de l’Europe Ă l’AmĂ©rique latine. La Chine est devenue l’un des plus grands crĂ©anciers des pays en dĂ©veloppement, prĂŞtant plus de mille milliards de dollars. Ses entreprises dominent des secteurs stratĂ©giques comme les panneaux solaires, les batteries Ă©lectriques, les tĂ©lĂ©communications 5G. La modernisation militaire s’est accĂ©lĂ©rĂ©e, faisant de l’ArmĂ©e populaire de libĂ©ration la deuxième force armĂ©e mondiale.
Mais cet héritage est profondément assombri par la répression intérieure.
Depuis 2017, le rĂ©gime a internĂ© plus d’un million de OuĂŻghours et d’autres musulmans turcophones dans des « camps de rééducation » au Xinjiang. Le rapport de l’ONU d’aoĂ»t 2022 a conclu que ces abus pourraient constituer des « crimes contre l’humanitĂ© ». Des preuves de torture, de stĂ©rilisations forcĂ©es, de travail forcĂ©, de sĂ©paration des familles ont Ă©tĂ© documentĂ©es par des organisations internationales. Le gouvernement amĂ©ricain a qualifiĂ© ces actes de « gĂ©nocide ». Xi a personnellement supervisĂ© cette politique, comme l’ont rĂ©vĂ©lĂ© des fuites de documents internes. Ă€ Hong Kong, la loi sur la sĂ©curitĂ© nationale de 2020 a mis fin aux libertĂ©s qui distinguaient le territoire du reste de la Chine. L’opposition dĂ©mocratique a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e, la presse indĂ©pendante muselĂ©e, des dizaines de militants emprisonnĂ©s. Au Tibet, en Mongolie intĂ©rieure, les politiques d’assimilation culturelle se sont intensifiĂ©es. La sociĂ©tĂ© civile chinoise a Ă©tĂ© mĂ©thodiquement dĂ©mantelĂ©e : avocats des droits de l’homme emprisonnĂ©s, ONG Ă©trangères expulsĂ©es, surveillance numĂ©rique gĂ©nĂ©ralisĂ©e, censure d’Internet sans prĂ©cĂ©dent.
La gestion de la pandĂ©mie de Covid-19 illustre les contradictions du système. Après avoir initialement dissimulĂ© l’Ă©pidĂ©mie, le rĂ©gime a imposĂ© la politique « zĂ©ro Covid » la plus stricte au monde, confinant des mĂ©tropoles entières pendant des mois. Cette stratĂ©gie a Ă©vitĂ© des millions de morts mais provoquĂ© une catastrophe Ă©conomique et des souffrances humaines immenses, culminant dans les rares manifestations de novembre 2022. L’abandon brutal de cette politique a ensuite entraĂ®nĂ© une vague de contaminations massive.
Sur la scène internationale, Xi a rompu avec la diplomatie discrète de ses prĂ©dĂ©cesseurs pour affirmer la puissance chinoise. Les tensions avec les États-Unis ont atteint des niveaux inĂ©dits depuis la normalisation de 1979. Le partenariat « sans limites » avec la Russie de Vladimir Poutine, proclamĂ© en fĂ©vrier 2022, quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine, a isolĂ© la Chine des dĂ©mocraties occidentales. La pression militaire sur TaĂŻwan s’est intensifiĂ©e, avec des incursions aĂ©riennes quasi quotidiennes et des manĹ“uvres navales menaçantes. Son portrait rĂ©vèle un homme convaincu que la Chine est destinĂ©e Ă reprendre sa place historique au centre du monde, que le Parti communiste est le seul garant de cette renaissance, et que lui-mĂŞme est l’instrument de ce destin. « L’Est se lève, l’Occident dĂ©cline », a-t-il dĂ©clarĂ© en 2020, rĂ©sumant sa vision du monde.
Cette conviction messianique explique aussi bien ses rĂ©alisations que ses excès. Xi Jinping incarne une forme de pouvoir qui se pensait rĂ©volue : celle de l’homme fort absolu, du dirigeant qui concentre entre ses mains l’autoritĂ© du Parti, de l’État et de l’armĂ©e, sans contre-pouvoir institutionnel, sans opposition tolĂ©rĂ©e, sans alternance prĂ©visible. Dans un monde oĂą les dĂ©mocraties semblent paralysĂ©es par leurs divisions, oĂą le populisme mine les institutions, oĂą les dĂ©fis globaux – climat, pandĂ©mies, inĂ©galitĂ©s – exigent des rĂ©ponses coordonnĂ©es, le modèle chinois se pose en alternative. Ses dĂ©fenseurs y voient l’efficacitĂ©, la stabilitĂ©, la vision Ă long terme. Ses critiques y discernent l’autoritarisme, la rĂ©pression, l’impasse historique. L’hĂ©ritage de Xi Jinping reste en suspens.
Ă€ soixante-douze ans, sans successeur dĂ©signĂ©, il a remodelĂ© le système politique chinois Ă son image. Mais les dĂ©fis s’accumulent : ralentissement Ă©conomique, vieillissement dĂ©mographique, tensions gĂ©opolitiques, mĂ©contentement social latent.
La question qui hantera son règne – et celui de ses successeurs – est celle que posait dĂ©jĂ Deng Xiaoping : comment maintenir le monopole du Parti dans une sociĂ©tĂ© qui aspire Ă la modernitĂ© ? Xi a apportĂ© sa rĂ©ponse : par la force, l’idĂ©ologie et le nationalisme. L’histoire jugera si cette rĂ©ponse Ă©tait suffisante. En 2013, Xi Jinping lance l’initiative « Ceinture et Route », le plus vaste projet d’infrastructure de l’histoire humaine. Son ambition : relier la Chine au reste du monde par un rĂ©seau de routes, de ports et de voies ferrĂ©es. Pour le dirigeant chinois, il ne s’agit pas seulement de commerce, mais de reconfigurer l’ordre mondial autour de PĂ©kin. Cette confrontation avec l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine rĂ©vèle bien plus qu’un dĂ©saccord gĂ©opolitique. Elle expose deux visions irrĂ©conciliables du XXIe siècle.
WOW ! est un projet de recherche indépendant, privé, libre, sur les médias et sur l’ IA en tant que moyen d’information, d’écriture, de débat et de réflexion. Tous les textes sont hybrides (humain et IA).
Aucun ne représente les opinions de WOW!
Pour toute question : contact@wow-media.fr