UN SUJET · DES FAITS · DES IDÉES · LE DÉBAT · UN ÉDITO

10 FÉVRIER 2026 (#177)

FAUT-IL ARRÊTER DE SUBVENTIONNER LES ÉNERGIES RENOUVELABLES POUR RELANCER UN NUCLÉAIRE 100 % FRANÇAIS ?

La France possède l’électricité la moins carbonée d’Europe grâce à son parc nucléaire. En 2024, son intensité carbone a atteint 21 gCO₂/kWh — dix-sept fois moins que l’Allemagne. Pourtant, depuis vingt ans, elle a injecté plus de 40 milliards d’euros cumulés dans des énergies renouvelables intermittentes, massivement importées de Chine…
La France possède l’électricité la moins carbonée d’Europe grâce à son parc nucléaire. En 2024, son intensité carbone a atteint 21 gCO₂/kWh — dix-sept fois moins que l’Allemagne.

Pourtant, depuis vingt ans, elle a injecté plus de 40 milliards d’euros cumulés dans des énergies renouvelables intermittentes, massivement importées de Chine.

Ce paradoxe stratégique mérite examen. Pourquoi continuer à subventionner l’éolien et le solaire quand ils complexifient un système électrique déjà performant ?

Le contraste international est saisissant. L’Allemagne s’enfonce dans une transition ruineuse qui n’a pas réduit ses émissions à la hauteur des investissements consentis. La Suède programme dix nouveaux réacteurs d’ici 2045. Le Japon rouvre ses centrales. La Chine en construit cinquante. Pendant ce temps, la France a fermé Fessenheim et abandonné le surgénérateur Astrid.

Cette schizophrénie énergétique pose une question de souveraineté : entre un nucléaire pilotable et maîtrisé et des renouvelables intermittents et importés, quel modèle choisir ?

Les partisans de l’hybridation intelligente estiment que nucléaire et renouvelables peuvent se compléter grâce aux technologies de stockage et de pilotage. Les libéraux pensent que seul le marché, débarrassé des subventions, révélera les vraies efficacités. Les souverainistes considèrent que les renouvelables incarnent un nouveau colonialisme industriel chinois et qu’il faut miser massivement sur le nucléaire français.

Qui a raison ? La réponse dépend de ce qu’on entend par transition énergétique.
FAITS ET CHIFFRES. L’électricité française émet 21 gCO₂eq/kWh en 2024, contre 363 gCO₂eq/kWh en Allemagne — soit dix-sept fois moins. C’est l’une des intensités carbone les plus faibles au monde selon RTE…
FAITS ET CHIFFRES. L’électricité française émet 21 gCO₂eq/kWh en 2024, contre 363 gCO₂eq/kWh en Allemagne — soit dix-sept fois moins. C’est l’une des intensités carbone les plus faibles au monde selon RTE.

En 2024, 95 % de l’électricité française était d’origine bas-carbone, un record historique. La production fossile a atteint son plus bas niveau depuis les années 1950.

Le mix électrique français en 2024 : nucléaire 67 %, hydraulique 14 %, éolien 9 %, solaire 5 %, thermique fossile 4 %.

Depuis 2000, la France a engagé plus de 40 milliards d’euros cumulés de soutien aux énergies renouvelables électriques via les mécanismes de tarifs garantis. En 2022-2023, la flambée des prix a temporairement inversé ce flux — une parenthèse conjoncturelle.

La fermeture de Fessenheim en 2020 a supprimé 1,8 GW de capacité pilotable décarbonée. EDF estimait l’impact à 6 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires par an, compensées par du gaz et des importations.

Le coût de prolongation du parc nucléaire existant est estimé à 51 €/MWh, contre 70-90 €/MWh pour l’éolien terrestre subventionné selon la Cour des comptes.

Le projet Astrid de réacteur à neutrons rapides a été abandonné en 2019 après 738 millions d’euros de recherche et dix ans de développement.

90 à 95 % des panneaux solaires installés en Europe proviennent de Chine. La quasi-totalité de la chaîne de valeur photovoltaïque est contrôlée par Pékin selon l’AIE.

L’âge moyen du parc nucléaire français atteint 40 ans. Le programme Grand Carénage prévoit 100 milliards d’euros d’investissements entre 2014 et 2035 pour prolonger les réacteurs à 50-60 ans.

En 2024, la France a exporté 89 TWh d’électricité vers ses voisins européens — un record historique — évitant l’émission de 20 millions de tonnes de CO₂ en Europe.

L’Allemagne a investi plus de 600 milliards d’euros dans sa transition énergétique depuis 2000, mais son électricité reste dix-sept fois plus carbonée que la française selon une étude de l’Université de Trondheim.

La Chine contrôle 80 % de la production mondiale de panneaux photovoltaïques et domine l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, du silicium aux modules assemblés.

La Californie a dû réactiver des centrales à gaz en urgence lors de canicules en 2022, 2023 et 2024 pour compenser l’effondrement de la production solaire en soirée — le « duck curve ».

La Suède a voté en novembre 2023 un plan de relance nucléaire : objectif de dix nouveaux réacteurs d’ici 2045, avec des garanties publiques de 35 milliards d’euros.

Le Danemark, champion de l’éolien avec 55 % de son électricité, importe massivement lors des périodes sans vent — jusqu’à 80 % de sa consommation certains jours d’hiver.

Le Japon a redémarré 12 réacteurs depuis 2015 et prévoit d’en relancer davantage pour réduire sa dépendance au GNL importé.

L’Italie, sortie du nucléaire en 1987, a rouvert le débat en 2024 face à des prix de l’électricité parmi les plus élevés d’Europe et une intensité carbone de 270 gCO₂/kWh.

Les États-Unis ont voté l’Inflation Reduction Act en 2022 : 6 milliards de dollars pour maintenir les centrales nucléaires existantes, plus des crédits massifs pour les SMR.

La Corée du Sud a annulé sa sortie du nucléaire en 2022 et construit des réacteurs APR1400 pour l’export et la consommation domestique.

La Chine construit actuellement 22 réacteurs nucléaires et en prévoit 150 d’ici 2035 — plus que le reste du monde réuni. Sa capacité nucléaire a été multipliée par dix en quinze ans.
FLIP : L’HYBRIDATION INTELLIGENTE. La France doit miser sur l’intelligence énergétique, pas sur l’exclusivité technologique. Le nucléaire reste notre socle indispensable — les chiffres de 2024 le prouvent —, mais les renouvelables apportent flexibilité, décentralisation et résilience…
FLIP : L’HYBRIDATION INTELLIGENTE. La France doit miser sur l’intelligence énergétique, pas sur l’exclusivité technologique. Le nucléaire reste notre socle indispensable — les chiffres de 2024 le prouvent —, mais les renouvelables apportent flexibilité, décentralisation et résilience. L’enjeu n’est pas d’opposer les deux, mais de construire un système énergétique adaptatif.

Les technologies de pilotage transforment progressivement la donne. Stockage par batteries, hydrogène bas-carbone, pilotage algorithmique de la demande : ces innovations permettront demain de valoriser l’intermittence plutôt que de la subir. Le prix des batteries a chuté de 90 % en quinze ans. Les smart grids rendent possible ce qui semblait contradictoire hier. Le Danemark, malgré ses limites, démontre qu’un système à forte pénétration renouvelable peut fonctionner — à condition d’être interconnecté.

L’avenir énergétique sera hybride et numérique. Abandonner les renouvelables maintenant, c’est laisser à d’autres le leadership sur les technologies de flexibilité et de stockage. La France peut devenir championne des systèmes énergétiques intégrés : nucléaire pour la base garantie, renouvelables pour la flexibilité locale, stockage pour l’optimisation.

Le tout-nucléaire était la réponse du XXe siècle. L’hybridation intelligente peut être celle du XXIe — à condition d’investir dans la complémentarité plutôt que dans la juxtaposition incohérente.
FLAP : LE MARCHÉ DOIT ARBITRER. L’État français a dilapidé des dizaines de milliards dans une illusion coûteuse. Les renouvelables intermittents ne complètent pas le nucléaire : ils en compliquent l’exploitation…
FLAP : LE MARCHÉ DOIT ARBITRER. L’État français a dilapidé des dizaines de milliards dans une illusion coûteuse. Les renouvelables intermittents ne complètent pas le nucléaire : ils en compliquent l’exploitation. Quand le vent ne souffle pas, il faut maintenir des capacités de secours. Quand il souffle trop, il faut brader l’électricité à prix négatif ou réduire la production nucléaire. Cette logique économique est absurde : on paie deux systèmes pour assurer un seul service.

Le marché doit arbitrer, pas les bureaucrates ni les lobbies. Supprimons tous les tarifs garantis et laissons la concurrence révéler les vraies efficacités. Le nucléaire français, dont le coût de prolongation est estimé à 51 €/MWh par la Cour des comptes, s’imposera naturellement face à des énergies qui ne survivent que par la subvention. Les investisseurs financeront les technologies réellement compétitives, pas celles politiquement promues.

Les faits sont têtus : l’Allemagne ruinée par sa transition, la Californie en délestage malgré son solaire, le Danemark dépendant de l’électricité de ses voisins nucléarisés. La France gaspille son avantage comparatif par dogmatisme.

Il faut mettre fin aux mécanismes de soutien distorsifs, laisser les prix refléter les coûts réels — intermittence et backup inclus —, et permettre à l’excellence nucléaire française de démontrer sa supériorité économique. L’État n’a pas à désigner les technologies gagnantes : il doit créer les conditions d’une compétition loyale.
FLOP : LA SOUVERAINETÉ NUCLÉAIRE. Les éoliennes incarnent un nouveau colonialisme industriel. On défigure nos paysages et nos littoraux pour enrichir les multinationales chinoises et les fabricants nordiques…
FLOP : LA SOUVERAINETÉ NUCLÉAIRE. Les éoliennes incarnent un nouveau colonialisme industriel. On défigure nos paysages et nos littoraux pour enrichir les multinationales chinoises et les fabricants nordiques. Pendant qu’on plante leurs machines dans nos campagnes, on a fermé Fessenheim qui fonctionnait parfaitement. C’est une trahison du patrimoine industriel français et de notre indépendance énergétique.

Le nucléaire, c’est la France qui produit. Nos ingénieurs, nos techniciens, nos usines, notre savoir-faire. Pas des panneaux importés déguisés en écologie. La filière nucléaire emploie 220 000 personnes en France. Nos réacteurs s’exportent — EDF est en lice en Suède, en Pologne, en Tchéquie. Notre industrie maîtrise l’ensemble de la chaîne, de l’enrichissement au retraitement. Avec les renouvelables, on dépend de Pékin pour 95 % des cellules photovoltaïques, et du Qatar pour le gaz de secours quand le vent tombe.

Stop à cette soumission énergétique. Relançons massivement le nucléaire français : les six EPR2 annoncés ne suffisent pas, il en faut vingt d’ici 2050. Reformons les filières d’ingénieurs — nous en manquons déjà. Relocalisons la fabrication des composants stratégiques.

L’énergie, c’est la souveraineté. Soit on la contrôle, soit on la subit. Avec le nucléaire, la France décide de son avenir. Avec les renouvelables importés, elle obéit aux intérêts chinois. Patriotisme industriel ou soumission verte : il faut choisir.

« Subventionner l'intermittence quand on maîtrise le pilotable, ce n'est pas de l'écologie : c'est vendre sa souveraineté pour s’acheter une bonne conscience. »

POUR ALLER PLUS LOIN. La France énergétique vit un paradoxe que les chiffres de 2024 rendent éclatant. D’un côté, elle possède le système électrique le plus performant d’Europe : 95 % de production bas-carbone, 89 TWh exportés vers nos voisins, une intensité carbone dix-sept fois inférieure à celle de l’Allemagne…
POUR ALLER PLUS LOIN. La France énergétique vit un paradoxe que les chiffres de 2024 rendent éclatant. D’un côté, elle possède le système électrique le plus performant d’Europe : 95 % de production bas-carbone, 89 TWh exportés vers nos voisins, une intensité carbone dix-sept fois inférieure à celle de l’Allemagne. De l’autre, elle persiste à subventionner des énergies intermittentes qui n’améliorent pas ce bilan déjà excellent et en compliquent la gestion.

Cette contradiction révèle moins un choix rationnel qu’une capture idéologique. L’hégémonie verte a imposé sa grille de lecture binaire : nucléaire égale passé dangereux, renouvelables égalent avenir vertueux. Cette simplification a occulté les réalités physiques et économiques. Critiquer l’éolien devenait suspect, questionner le solaire équivalait à nier le changement climatique. Résultat : une pensée unique qui a paralysé tout débat rationnel sur nos choix énergétiques pendant deux décennies.

Cette domination intellectuelle a produit des dégâts concrets. D’abord sur notre excellence industrielle : fermeture de Fessenheim, abandon d’Astrid, hémorragie des compétences nucléaires. Ensuite sur notre indépendance stratégique : 95 % des panneaux solaires installés chez nous viennent de Chine, contre une filière nucléaire qui reste massivement française. Enfin sur notre cohérence budgétaire : des milliards investis dans des capacités qui ne réduisent pas nos émissions — déjà parmi les plus basses au monde — et qui exigent des infrastructures de réseau supplémentaires pour gérer leur intermittence.

Le spectre politique a navigué dans l’évitement. À droite, on a proposé mollement quelques EPR tout en maintenant les aides vertes par calcul électoral. À gauche, on a exigé la sortie du nucléaire tout en promettant une électricité abondante et accessible — équation impossible. Au centre, on a célébré un « mix équilibré » qui équilibrait surtout les lobbies contradictoires.

Tous ont évité la question centrale : pourquoi financer deux systèmes redondants quand un seul — le nucléaire — suffit à décarboner notre électricité et celle de nos voisins ?

Les chiffres de 2024 offrent une clarification salutaire. La France a produit plus d’électricité qu’en 2019, exporté des volumes records, atteint une intensité carbone historiquement basse — et tout cela grâce au redressement de son parc nucléaire, pas à ses éoliennes. La production renouvelable a certes progressé, mais c’est le retour à pleine capacité des réacteurs qui a fait la différence. Le système français fonctionne parce qu’il repose sur une base pilotable massive. Les renouvelables s’y ajoutent ; ils ne s’y substituent pas.

La solution exige d’assumer cette réalité. La France dispose d’un avantage comparatif décisif avec le nucléaire : exploitons-le sans complexe ni mauvaise conscience écologiste. Cela implique un programme de construction ambitieux — vingt réacteurs d’ici 2050, pas six —, la prolongation systématique du parc existant jusqu’à 60 ans et au-delà, la relance de la recherche sur les réacteurs à neutrons rapides, et la formation accélérée d’ingénieurs et de techniciens dont nous manquons déjà.

Cette stratégie suppose de briser trois tabous français. Premier tabou : accepter que toutes les énergies décarbonées ne se valent pas. Le pilotable l’emporte sur l’intermittent, le souverain sur l’importé, l’efficace sur le subventionné.

Deuxième tabou : reconnaître que l’écologie politique peut nuire à l’environnement quand elle privilégie l’idéologie sur la physique — fermer Fessenheim n’a pas réduit les émissions mondiales d’un gramme.

Troisième tabou : admettre que la compétition industrielle mondiale se joue aussi sur l’énergie, et que nos concurrents — Chine, États-Unis, Corée — exploitent méthodiquement nos hésitations.

L’urgence commande cette révision. Pendant que la France tergiverse, la Chine construit un réacteur tous les trois mois et vise 150 unités d’ici 2035. Les États-Unis financent massivement les SMR. La Suède programme dix réacteurs. Le monde redécouvre les vertus de l’atome au moment précis où nous avons failli l’abandonner. Chaque année perdue creuse notre retard dans la course aux compétences et aux technologies de nouvelle génération.

Le choix est désormais clair : continuer à diluer nos forces dans une stratégie hybride incohérente, ou assumer une politique de puissance énergétique fondée sur notre excellence nucléaire. La première option maintient l’illusion d’un consensus mou. La seconde ouvre (confirme) la voie à la souveraineté industrielle et à un leadership européen sur la décarbonation.

WOW ! est un projet de recherche indépendant, privé, libre, sur les médias et sur l’ IA en tant que moyen d’information, d’écriture, de débat et de réflexion. Tous les textes sont hybrides (humain et IA).

Aucun ne représente les opinions de WOW!

Pour toute question : contact@wow-media.fr

Retour en haut