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13 FÉVRIER 2026

TER VIDES : JUSQU'OÙ PAYER ?

La France dépense 4,5 milliards d’euros par an pour faire rouler ses TER. Sur certaines lignes rurales, le coût par voyageur dépasse 100 euros, subventions incluses. 40 % des petites gares voient passer moins de 100 passagers par jour….
La France dépense 4,5 milliards d’euros par an pour faire rouler ses TER. Sur certaines lignes rurales, le coût par voyageur dépasse 100 euros, subventions incluses. 40 % des petites gares voient passer moins de 100 passagers par jour. Pendant ce temps, les régions continuent de rouvrir des lignes peu fréquentées.

Un non-sens économique ? Ou un investissement territorial indispensable ?

Le débat est ancien mais la pression budgétaire le relance. Le Royaume-Uni a fermé un tiers de son réseau dans les années 1960. L’Allemagne remplace ses lignes déficitaires par des bus. L’Espagne a supprimé 33 % de ses petites lignes depuis 2000. La France, elle, s’arc-boute sur son modèle ferroviaire.

Pourtant les chiffres sont implacables. 20 % des lignes TER assurent 80 % du trafic. Le reste fonctionne en perfusion permanente. Le coût moyen d’un voyage TER est de 27 euros, dont 75 % subventionnés par la collectivité. Le déficit global annuel avoisine 2,6 milliards d’euros.

Mais fermer une ligne, c’est aussi condamner un territoire. Quand le train part, souvent le médecin, l’école et le commerce suivent. Le Royaume-Uni post-Beeching en témoigne : soixante ans après les fermetures massives, certaines régions ne s’en sont jamais remises.

Trois visions s’affrontent. Les défenseurs du TER estiment que le train est irremplaçable : service public universel, outil écologique, lien territorial. Les partisans de la rationalisation considèrent que l’obstination ferroviaire ruine les finances publiques. Un train qui transporte 20 personnes coûte dix fois plus qu’un bus. Les partisans du système mixte pensent que le débat rail contre bus est mal posé. Le vrai problème est la gouvernance et le financement.

Un train vide est-il toujours un service public ?
FAITS ET CHIFFRES. En 2023, les TER ont transporté 970 000 passagers par jour, contre 4,6 millions pour les RER et métros d’Île-de-France. Le coût moyen d’un voyage TER est de 27 euros, dont environ 75 % subventionnés par la collectivité selon la Cour des comptes….
FAITS ET CHIFFRES. En 2023, les TER ont transporté 970 000 passagers par jour, contre 4,6 millions pour les RER et métros d’Île-de-France.

Le coût moyen d’un voyage TER est de 27 euros, dont environ 75 % subventionnés par la collectivité selon la Cour des comptes.

Le déficit global annuel des TER avoisine 2,6 milliards d’euros.

40 % des petites gares TER enregistrent moins de 100 passagers par jour.

20 % des lignes régionales assurent 80 % des voyageurs.

Le coût moyen d’entretien d’un kilomètre de voie ferrée TER est estimé à 150 000 euros par an.

Le coût total des TER par heure de fonctionnement atteint 450 euros, toutes charges incluses.

Le trafic TER a chuté de 30 % entre 2010 et 2020, avant de remonter partiellement après le Covid.

Le plan État-Régions 2023-2027 prévoit 3,2 milliards d’euros supplémentaires pour soutenir les lignes de desserte fine du territoire.

Plusieurs régions (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine) continuent de rouvrir des lignes peu fréquentées par choix politique.

Le TER émet en moyenne 24 g de CO₂ par voyageur-kilomètre. C’est 8 fois plus que le TGV (3 g), mais 4 fois moins que l’autocar (89 g) et 5 fois moins que la voiture thermique (112 g).

Un TER diesel peu rempli peut émettre davantage par voyageur qu’un bus plein.

Le transport ferroviaire représente moins de 1 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en France, tout en assurant 10 % des déplacements.

61 % des émissions carbone des TER proviennent des locomotives diesel sur les lignes non électrifiées. La SNCF vise l’abandon du diesel d’ici 2035.

Le Royaume-Uni a fermé plus de 9 000 km de lignes ferroviaires et 4 000 gares entre 1963 et 1975 (plan Beeching). Soixante ans après, le trafic routier a explosé et certaines régions rurales restent enclavées. Depuis les années 2000, le pays rouvre progressivement des lignes fermées.

L’Allemagne a remplacé de nombreuses lignes rurales par des bus à fréquence renforcée, plus souples et moins coûteux.

La Suède a recentré son réseau régional sur les zones denses, avec une fréquentation en hausse de 25 % entre 2015 et 2022.

L’Espagne a supprimé 33 % de ses petites lignes depuis 2000, misant sur les bus express et le train à grande vitesse.

La Suisse maintient un maillage très dense avec un modèle de gouvernance unifié et des résultats de ponctualité et de fréquentation élevés — mais avec des subventions publiques massives.

Le transport à la demande (TAD) coûte aux collectivités jusqu’à 6 fois moins cher par passager-kilomètre qu’une ligne de TER.

La SNCF expérimente plusieurs solutions : train léger TELLi (70 places, coûts réduits), navettes rail-route FLEXY, transport à la demande JYVAIS.
LE TER EST IRREMPLAÇABLE. Le TER n’est pas qu’un moyen de transport. C’est l’ossature du territoire français. Fermer une ligne, c’est bien plus que supprimer des trains….
LE TER EST IRREMPLAÇABLE. Le TER n’est pas qu’un moyen de transport. C’est l’ossature du territoire français.

Fermer une ligne, c’est bien plus que supprimer des trains. C’est dire à une commune qu’elle n’est plus reliée au reste du pays. Que ses habitants devront prendre la voiture — s’ils en ont une. Que ses jeunes partiront et ne reviendront pas. Que ses commerces fermeront faute de clientèle.

Le Royaume-Uni en a fait l’expérience. Le plan Beeching des années 1960 a fermé un tiers du réseau au nom de la rentabilité. Soixante ans plus tard, le bilan est accablant. Le trafic routier a explosé. Les régions rurales se sont vidées. Les inégalités territoriales se sont creusées. Depuis vingt ans, le pays rouvre des lignes — à grands frais.

L’argument économique est trompeur. Oui, un TER peu rempli coûte cher par voyageur. Mais ce calcul ignore les externalités. Combien coûte l’enclavement d’un territoire ? Combien coûtent les routes supplémentaires, les accidents, la pollution, la dépendance au pétrole ? Combien coûte la désertification médicale, scolaire, commerciale qui suit la fermeture d’une gare ?

L’argument écologique plaide pour le rail. Même peu rempli, le TER émet 4 à 5 fois moins de CO₂ par voyageur que la voiture ou le bus. Et fermer une ligne, c’est reporter le trafic sur la route — définitivement. On ne rouvre pas une voie ferrée comme on crée une ligne de bus.

Le vrai problème n’est pas le TER. C’est sa gestion archaïque. Des horaires inadaptés aux besoins réels. Des correspondances ratées. Des tarifs incompréhensibles. Une information défaillante. Modernisons l’offre plutôt que de la supprimer.

Des solutions existent. Trains légers moins coûteux à exploiter. Automatisation partielle. Cadencement intelligent. Intermodalité avec le vélo et le covoiturage. Tarification incitative. La SNCF expérimente déjà le train TELLi, conçu pour les petites lignes à moindre coût.

La Suisse maintient un maillage ferroviaire parmi les plus denses d’Europe. Son secret : une gouvernance unifiée, des investissements constants, une qualité de service irréprochable. Résultat : les Suisses prennent le train. La France peut s’en inspirer.

Le TER, c’est la promesse républicaine d’un territoire uni. C’est le contraire de la France à deux vitesses. Certaines choses n’ont pas de prix — ou plutôt, leur prix se paie autrement quand on les supprime.
RATIONALISER POUR MIEUX INVESTIR. Cette obstination ferroviaire ruine les finances publiques sans créer de valeur. Il est temps de regarder les chiffres en face. Un train qui transporte 20 personnes coûte 10 fois plus cher qu’un bus pour le même service….
RATIONALISER POUR MIEUX INVESTIR. Cette obstination ferroviaire ruine les finances publiques sans créer de valeur. Il est temps de regarder les chiffres en face.

Un train qui transporte 20 personnes coûte 10 fois plus cher qu’un bus pour le même service. Maintenir des infrastructures hors de prix — voies, gares, caténaires, signalisation — pour quelques dizaines de voyageurs quotidiens est un gaspillage pur et simple.

L’argent n’est pas infini. Chaque euro englouti dans une ligne fantôme est un euro de moins pour les vraies priorités : moderniser les axes fréquentés, rénover le réseau vieillissant, développer les transports urbains, investir dans l’intermodalité.

Les pays pragmatiques ont tranché. L’Allemagne remplace ses lignes rurales déficitaires par des bus express à haute fréquence. Résultat : économies substantielles, flexibilité accrue, fréquentation souvent maintenue voire améliorée. La Suède a recentré son réseau sur les zones denses : +25 % de fréquentation en sept ans.

L’argument écologique ne tient pas toujours. Un TER diesel à moitié vide émet plus de CO₂ par voyageur qu’un bus moderne bien rempli. Et les 61 % d’émissions carbone des TER viennent précisément des locomotives diesel sur les petites lignes non électrifiées — celles qu’on veut à tout prix maintenir.

Le transport à la demande existe et fonctionne. Coût pour les collectivités : jusqu’à 6 fois moins cher par passager-kilomètre qu’un TER. Plus souple, mieux adapté aux besoins réels, il dessert les zones rurales sans imposer des horaires rigides et des infrastructures coûteuses.

Le dogme du « tout-rail » relève de l’idéologie, pas de la rationalité. Le rail a sa pertinence : axes denses, grandes distances, flux massifs. Pour la desserte fine des territoires peu peuplés, d’autres solutions sont plus efficaces.

Cela ne signifie pas abandonner les territoires ruraux. Au contraire. L’argent économisé sur les lignes fantômes peut financer des solutions de mobilité réellement adaptées : bus express, transport à la demande, covoiturage subventionné, autopartage, pistes cyclables vers les gares.

Le service public, ce n’est pas maintenir coûte que coûte un mode de transport parce qu’il est « noble ». C’est offrir aux habitants une mobilité réelle, efficace, accessible. Parfois le train. Parfois le bus. Parfois autre chose. L’intelligence, c’est de choisir selon les besoins — pas selon les symboles.
REPENSER LA GOUVERNANCE AVANT DE FERMER OU MAINTENIR. Le débat TER contre bus est un faux dilemme. Il occulte le vrai problème : la gouvernance catastrophique des transports régionaux en France. On compare des coûts bruts sans intégrer les externalités….
REPENSER LA GOUVERNANCE AVANT DE FERMER OU MAINTENIR. Le débat TER contre bus est un faux dilemme. Il occulte le vrai problème : la gouvernance catastrophique des transports régionaux en France.

On compare des coûts bruts sans intégrer les externalités. On oppose rail et route comme si c’étaient des religions. On ferme des lignes ou on les maintient selon les rapports de force politiques locaux, pas selon une stratégie territoriale cohérente.

Le problème n’est pas le TER. C’est l’absence de vision d’ensemble.

La France a 13 régions qui gèrent leurs TER chacune à leur manière, sans coordination nationale, avec des tarifications incompatibles, des horaires mal articulés, des correspondances ratées. Résultat : un système illisible pour l’usager, inefficace pour le contribuable.

La Suisse fait l’inverse. Gouvernance unifiée, tarification intégrée sur tout le territoire, correspondances garanties à la minute près. Résultat : les Suisses utilisent massivement le train, y compris dans les zones rurales. Le système coûte cher mais il fonctionne.

Avant de fermer ou maintenir une ligne, posons les bonnes questions. Quelle est la demande réelle ? Quelles sont les alternatives existantes ? Quel est le coût complet de chaque option, externalités incluses ? Quelle est la stratégie territoriale à long terme ?

Le transport à la demande n’est pas un concurrent du TER. C’est un complément. Les navettes de rabattement vers les gares augmentent la fréquentation des trains. L’intermodalité bien pensée bénéficie à tous les modes.

L’enjeu n’est pas de choisir entre le train et le bus. C’est de construire un système de mobilité cohérent où chaque mode joue son rôle : rail pour les axes structurants, bus pour les liaisons intermédiaires, transport à la demande pour la desserte fine, vélo et covoiturage pour le dernier kilomètre.

Cela suppose des investissements. Pas seulement dans les infrastructures — dans l’intelligence du système. Billettique unique, information en temps réel, correspondances optimisées, tarification incitative. La technologie existe. La volonté politique manque.

Cela suppose aussi d’accepter que certaines lignes ferment — mais pas n’importe lesquelles, pas n’importe comment. Avec une étude d’impact sérieuse. Avec des alternatives crédibles déployées avant la fermeture. Avec un suivi des effets sur le territoire.

Et cela suppose d’accepter que certaines lignes déficitaires soient maintenues — parce que leur valeur territoriale dépasse leur coût comptable. Mais alors, assumons-le clairement comme un choix politique, pas comme un non-choix par défaut.

Le vrai scandale n’est pas que certains TER soient vides. C’est qu’on dépense des milliards sans stratégie, sans évaluation, sans vision. Ni rationalisation aveugle, ni maintien obstiné : gouvernance intelligente.

“La géographie sert plus souvent à faire la guerre qu’ à organiser les territoires pour s’y épanouir”...
“La géographie sert plus souvent à faire la guerre qu’ à organiser les territoires pour s’y épanouir”

POUR ALLER PLUS LOIN. Le débat sur les TER cristallise une tension française fondamentale : égalité territoriale contre efficacité économique. Service public universel contre rationalité budgétaire. Symbole républicain contre pragmatisme gestionnaire….
POUR ALLER PLUS LOIN. Le débat sur les TER cristallise une tension française fondamentale : égalité territoriale contre efficacité économique. Service public universel contre rationalité budgétaire. Symbole républicain contre pragmatisme gestionnaire.

Quelques constats s’imposent. Le réseau TER est massivement sous-utilisé sur une partie de ses lignes. 20 % du réseau assure 80 % du trafic. Le reste fonctionne en perfusion permanente, avec des coûts par voyageur parfois supérieurs à 100 euros. Cette réalité est indiscutable.

Mais fermer des lignes a des conséquences durables. L’expérience britannique du plan Beeching montre que les territoires déconnectés du rail ne s’en remettent pas toujours. Le report sur la route est souvent définitif. Les externalités négatives (pollution, accidents, enclavement) ne sont jamais comptabilisées dans les calculs de rentabilité.

Le bilan carbone plaide pour le rail — mais pas inconditionnellement. Le TER émet 4 à 5 fois moins de CO₂ par voyageur que la voiture ou le bus. Mais un TER diesel peu rempli peut être plus polluant qu’un bus moderne bien rempli. L’argument écologique dépend du taux de remplissage et du type de traction.

Les alternatives existent et se développent. Transport à la demande, covoiturage subventionné, bus express, navettes de rabattement, autopartage. Ces solutions sont souvent moins coûteuses et mieux adaptées aux zones peu denses. Mais elles ne remplacent pas le rail pour structurer un territoire à long terme.

Essayons de sortir de l’impasse.Évaluer honnêtement chaque ligne. Pas seulement le coût brut et le nombre de voyageurs, mais les externalités positives (désenclavement, écologie, report modal) et négatives (pollution, accidents évités). Les comparaisons avec les alternatives doivent être complètes.

Assumer les choix politiques. Si une ligne déficitaire est maintenue pour des raisons d’aménagement du territoire, c’est un choix légitime — mais il doit être explicite, débattu, évalué. Pas un non-choix par inertie.

Investir dans la gouvernance autant que dans les infrastructures. Tarification intégrée, correspondances optimisées, information en temps réel, intermodalité facilitée. Un système de transport n’est efficace que s’il est lisible et fiable.

Penser système plutôt que modes. Le rail n’est pas concurrent du bus ou du covoiturage. Chaque mode a sa pertinence selon le contexte. L’intelligence est de les articuler, pas de les opposer.

Moderniser avant de fermer. Trains légers, automatisation, cadencement intelligent, horaires adaptés aux besoins réels. Beaucoup de lignes sont sous-fréquentées parce que le service est mauvais, pas parce que le besoin n’existe pas.

La question n’est pas « faut-il payer pour des TER vides ? » mais « comment organiser la mobilité des territoires pour qu’elle soit à la fois efficace, équitable et soutenable ? » Le TER est un outil parmi d’autres au service de cet objectif — pas une fin en soi.

La France dépense beaucoup pour ses transports régionaux. Elle pourrait dépenser mieux. Cela suppose de sortir des postures idéologiques : le rail sacré d’un côté, la rationalisation aveugle de l’autre… pour entrer enfin dans le pragmatisme territorial et la raison responsable adulte.

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