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29 AVRIL 2026
DIX ANS DE MACRON : LE BILAN SANS ILLUSIONS
En mai 2027, Emmanuel Macron quittera l’Élysée après dix années de présidence — deux mandats complets, un record dans la Ve République depuis de Gaulle. Il en partira avec un bilan que ses soutiens qualifient de courageux et que ses adversaires jugent défaillant. La réalité, comme souvent, est plus inconfortable que les deux….
En mai 2027, Emmanuel Macron quittera l’Élysée après dix années de présidence — deux mandats complets, un record dans la Ve République depuis de Gaulle. Il en partira avec un bilan que ses soutiens qualifient de courageux et que ses adversaires jugent défaillant. La réalité, comme souvent, est plus inconfortable que les deux.
Les enquêtes les plus récentes convergent avec une précision embarrassante. En janvier 2026, Elabe plaçait en tête des préoccupations des Français le pouvoir d’achat (44 %), suivi de l’insécurité (39 %), de la réduction de la dette (38 %), de l’accès aux soins (36 %) et de l’immigration (33 %). Le baromètre Ipsos de mars 2026 confirmait l’ordre : pouvoir d’achat (46 %), système social (39 %), délinquance (29 %), immigration (28 %), dette (28 %). Ce n’est pas un sondage. C’est un procès-verbal.
Sur ces cinq sujets — les cinq sujets qui structurent aujourd’hui l’opinion française — Macron termine avec un bilan au mieux contrasté, au pire franchement défavorable. Ce n’est pas un jugement politique. C’est ce que disent les chiffres, les statistiques officielles, les projections européennes. Le fait que le chômage ait reculé de 9,4 % en 2017 à 7,9 % fin 2025 est réel. Il ne suffit pas à inverser le verdict sur le reste.
Ce que révèle la décennie Macron, c’est moins l’échec d’un homme que la limite d’une méthode : le réformisme technocratique appliqué à des frustrations profondes. Moderniser le marché du travail ne réduisait pas le sentiment d’insécurité. Supprimer la taxe d’habitation ne compensait pas le choc inflationniste. Voter des lois plus strictes sur l’immigration ne modifiait pas les flux réels. Le fossé entre la réforme et le ressenti est le fait central de ces dix ans.
Les enquêtes les plus récentes convergent avec une précision embarrassante. En janvier 2026, Elabe plaçait en tête des préoccupations des Français le pouvoir d’achat (44 %), suivi de l’insécurité (39 %), de la réduction de la dette (38 %), de l’accès aux soins (36 %) et de l’immigration (33 %). Le baromètre Ipsos de mars 2026 confirmait l’ordre : pouvoir d’achat (46 %), système social (39 %), délinquance (29 %), immigration (28 %), dette (28 %). Ce n’est pas un sondage. C’est un procès-verbal.
Sur ces cinq sujets — les cinq sujets qui structurent aujourd’hui l’opinion française — Macron termine avec un bilan au mieux contrasté, au pire franchement défavorable. Ce n’est pas un jugement politique. C’est ce que disent les chiffres, les statistiques officielles, les projections européennes. Le fait que le chômage ait reculé de 9,4 % en 2017 à 7,9 % fin 2025 est réel. Il ne suffit pas à inverser le verdict sur le reste.
Ce que révèle la décennie Macron, c’est moins l’échec d’un homme que la limite d’une méthode : le réformisme technocratique appliqué à des frustrations profondes. Moderniser le marché du travail ne réduisait pas le sentiment d’insécurité. Supprimer la taxe d’habitation ne compensait pas le choc inflationniste. Voter des lois plus strictes sur l’immigration ne modifiait pas les flux réels. Le fossé entre la réforme et le ressenti est le fait central de ces dix ans.
EMPLOI ET POUVOIR D’ACHAT — LE BILAN AMBIGU Sur le marché de l’emploi, le bilan est réel. En 2017, le taux de chômage moyen s’établissait à 9,4 % de la population active….
EMPLOI ET POUVOIR D’ACHAT — LE BILAN AMBIGU
Sur le marché de l’emploi, le bilan est réel. En 2017, le taux de chômage moyen s’établissait à 9,4 % de la population active. Fin 2025, il est à 7,9 % selon l’INSEE — soit 1,5 point de baisse en huit ans. Le taux d’emploi des 15-64 ans a atteint au premier semestre 2025 son plus haut niveau depuis que l’INSEE le mesure (1975). Ce résultat, obtenu notamment par les réformes du code du travail, la flexibilisation des contrats et la montée en puissance de l’apprentissage, représente la réussite la plus tangible de la décennie.
Sur le pouvoir d’achat, le tableau est plus sombre. Macroéconomiquement, le pouvoir d’achat par unité de consommation a progressé de +2,1 % en 2024 selon l’INSEE, après le choc inflationniste de 2022-2023. Les gouvernements successifs ont multiplié les amortisseurs : suppression de la taxe d’habitation, revalorisation de la prime d’activité, bouclier tarifaire sur l’énergie, indemnité inflation, ristournes carburant. L’architecture de soutien était réelle.
Mais la statistique macro diverge du vécu. Le pouvoir d’achat est une moyenne nationale ; les dépenses contraintes — logement, énergie, alimentation, transport — sont une réalité individuelle. C’est précisément là que le choc a été le plus brutal entre 2021 et 2023. En 2026, le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des Français, devant l’insécurité et la dette. Ce n’est pas la politique qui a échoué. C’est la communication d’une politique qui n’a pas su se faire sentir là où elle aurait dû.
La projection pour 2027 est nuancée. Les économies européennes prévoient une croissance molle mais positive, et les revenus réels devraient progresser légèrement grâce à une inflation revenue sous contrôle. Ce rebond statistique ne renversera probablement pas le jugement politique : dix ans après 2017, beaucoup de ménages auront surtout retenu l’épisode inflationniste, le sentiment d’appauvrissement relatif, et l’impression que les réformes de structure ont avant tout profité aux plus mobiles.
Sur le marché de l’emploi, le bilan est réel. En 2017, le taux de chômage moyen s’établissait à 9,4 % de la population active. Fin 2025, il est à 7,9 % selon l’INSEE — soit 1,5 point de baisse en huit ans. Le taux d’emploi des 15-64 ans a atteint au premier semestre 2025 son plus haut niveau depuis que l’INSEE le mesure (1975). Ce résultat, obtenu notamment par les réformes du code du travail, la flexibilisation des contrats et la montée en puissance de l’apprentissage, représente la réussite la plus tangible de la décennie.
Sur le pouvoir d’achat, le tableau est plus sombre. Macroéconomiquement, le pouvoir d’achat par unité de consommation a progressé de +2,1 % en 2024 selon l’INSEE, après le choc inflationniste de 2022-2023. Les gouvernements successifs ont multiplié les amortisseurs : suppression de la taxe d’habitation, revalorisation de la prime d’activité, bouclier tarifaire sur l’énergie, indemnité inflation, ristournes carburant. L’architecture de soutien était réelle.
Mais la statistique macro diverge du vécu. Le pouvoir d’achat est une moyenne nationale ; les dépenses contraintes — logement, énergie, alimentation, transport — sont une réalité individuelle. C’est précisément là que le choc a été le plus brutal entre 2021 et 2023. En 2026, le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des Français, devant l’insécurité et la dette. Ce n’est pas la politique qui a échoué. C’est la communication d’une politique qui n’a pas su se faire sentir là où elle aurait dû.
La projection pour 2027 est nuancée. Les économies européennes prévoient une croissance molle mais positive, et les revenus réels devraient progresser légèrement grâce à une inflation revenue sous contrôle. Ce rebond statistique ne renversera probablement pas le jugement politique : dix ans après 2017, beaucoup de ménages auront surtout retenu l’épisode inflationniste, le sentiment d’appauvrissement relatif, et l’impression que les réformes de structure ont avant tout profité aux plus mobiles.
SÉCURITÉ ET SANTÉ — MOYENS DÉPLOYÉS, RÉSULTATS DÉCEVANTS Sur la sécurité, Macron a clairement durci sa ligne au fil des mandats. La loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur 2023-2027 prévoit 15 milliards d’euros supplémentaires sur cinq ans, avec de nouveaux recrutements, de nouvelles brigades, une modernisation des équipements….
SÉCURITÉ ET SANTÉ — MOYENS DÉPLOYÉS, RÉSULTATS DÉCEVANTS
Sur la sécurité, Macron a clairement durci sa ligne au fil des mandats. La loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur 2023-2027 prévoit 15 milliards d’euros supplémentaires sur cinq ans, avec de nouveaux recrutements, de nouvelles brigades, une modernisation des équipements. L’effort budgétaire est documenté. Le problème est que les résultats perçus ne lui correspondent pas.
Les chiffres 2025 du ministère de l’Intérieur sont contrastés. Les cambriolages reculent (-3 %), les vols de véhicules aussi (-9 %). Mais les violences physiques repartent à la hausse (+5 %), les violences sexuelles progressent encore (+8 %), le trafic de stupéfiants augmente (+8 %) et les refus d’obtempérer routiers montent de +11 %. Plus largement, les violences physiques ont augmenté en moyenne de 8 % par an depuis 2016. Il y a des améliorations sectorielles. Il n’y a pas de sentiment de reprise en main globale.
Sur la santé, le contraste entre les moyens engagés et le vécu est le plus violent. La France consacrait 11,5 % de son PIB à la santé en 2023, l’un des niveaux les plus élevés d’Europe. Au 1er janvier 2025, l’Ordre des médecins recensait 241 255 médecins en activité (+0,6 % sur un an). Sur le papier, un système qui dépense autant et qui recommence à former davantage devrait rassurer.
En pratique, six millions de Français n’avaient pas de médecin traitant en 2024, et 87 % du territoire était considéré comme touché par la problématique des déserts médicaux. La Drees relevait une baisse de l’accessibilité moyenne aux généralistes. Le quinquennat a lancé plusieurs dispositifs — Ségur de la santé, assistants médicaux, téléconsultation, convention médicale 2024-2029 — sans résoudre le cœur du problème : la pénurie territoriale de temps médical. Le souvenir dominant des années Macron sur la santé sera celui d’un système généreux, coûteux, mais devenu plus difficile d’accès.
Sur la sécurité, Macron a clairement durci sa ligne au fil des mandats. La loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur 2023-2027 prévoit 15 milliards d’euros supplémentaires sur cinq ans, avec de nouveaux recrutements, de nouvelles brigades, une modernisation des équipements. L’effort budgétaire est documenté. Le problème est que les résultats perçus ne lui correspondent pas.
Les chiffres 2025 du ministère de l’Intérieur sont contrastés. Les cambriolages reculent (-3 %), les vols de véhicules aussi (-9 %). Mais les violences physiques repartent à la hausse (+5 %), les violences sexuelles progressent encore (+8 %), le trafic de stupéfiants augmente (+8 %) et les refus d’obtempérer routiers montent de +11 %. Plus largement, les violences physiques ont augmenté en moyenne de 8 % par an depuis 2016. Il y a des améliorations sectorielles. Il n’y a pas de sentiment de reprise en main globale.
Sur la santé, le contraste entre les moyens engagés et le vécu est le plus violent. La France consacrait 11,5 % de son PIB à la santé en 2023, l’un des niveaux les plus élevés d’Europe. Au 1er janvier 2025, l’Ordre des médecins recensait 241 255 médecins en activité (+0,6 % sur un an). Sur le papier, un système qui dépense autant et qui recommence à former davantage devrait rassurer.
En pratique, six millions de Français n’avaient pas de médecin traitant en 2024, et 87 % du territoire était considéré comme touché par la problématique des déserts médicaux. La Drees relevait une baisse de l’accessibilité moyenne aux généralistes. Le quinquennat a lancé plusieurs dispositifs — Ségur de la santé, assistants médicaux, téléconsultation, convention médicale 2024-2029 — sans résoudre le cœur du problème : la pénurie territoriale de temps médical. Le souvenir dominant des années Macron sur la santé sera celui d’un système généreux, coûteux, mais devenu plus difficile d’accès.
IMMIGRATION — DURCISSEMENT SANS VICTOIRE POLITIQUE La gestion de l’immigration illustre avec une précision particulière le paradoxe macroniste : une ligne politique qui évolue, des lois qui se durcissent, et des résultats qui vont dans le sens inverse de la communication officielle. La France a délivré 262 000 premiers titres de séjour en 2017….
IMMIGRATION — DURCISSEMENT SANS VICTOIRE POLITIQUE
La gestion de l’immigration illustre avec une précision particulière le paradoxe macroniste : une ligne politique qui évolue, des lois qui se durcissent, et des résultats qui vont dans le sens inverse de la communication officielle. La France a délivré 262 000 premiers titres de séjour en 2017. Elle en a délivré 384 000 en 2025 — un niveau record, avec une hausse particulièrement marquée des motifs humanitaires. Le stock de titres en cours de validité atteignait fin 2025 près de 4,5 millions, soit environ 8,1 % de la population.
Du côté de l’asile, l’Ofpra a enregistré 145 210 demandes de protection internationale en 2025, après 153 715 en 2024. Les chiffres restent à des niveaux historiquement élevés. En parallèle, les enquêtes d’opinion continuent de placer l’immigration parmi les toutes premières préoccupations des Français. La loi Asile-Immigration de décembre 2023 — l’une des plus restrictives de la Ve République — a marqué un durcissement symbolique réel. Elle n’a pas inversé les flux.
La ligne de crête macroniste — afficher de la fermeté tout en maintenant une immigration économique, étudiante et humanitaire importante — n’a convaincu ni les partisans d’un contrôle très ferme, ni ceux qui voulaient assumer une logique plus ouverte. Le résultat est une image de contrôle imparfait : procédures modifiées, discours plus dur, mais niveaux de flux et de stock toujours élevés. Macron terminera probablement son cycle avec le constat d’un État mieux équipé administrativement, mais sans démonstration claire que la maîtrise annoncée a été effectivement exercée.
Ce bilan n’est pas uniquement un échec de politique migratoire. C’est aussi un révélateur de la déconnexion entre la technocratie et le vécu. Les outils statistiques pour mesurer les flux existent. Les dispositifs légaux pour les réguler ont été renforcés. Ce qui a manqué, c’est une vision claire de ce que la France voulait faire de ses flux migratoires — non pas une posture électorale, mais une politique assumée, cohérente et évaluable.
La gestion de l’immigration illustre avec une précision particulière le paradoxe macroniste : une ligne politique qui évolue, des lois qui se durcissent, et des résultats qui vont dans le sens inverse de la communication officielle. La France a délivré 262 000 premiers titres de séjour en 2017. Elle en a délivré 384 000 en 2025 — un niveau record, avec une hausse particulièrement marquée des motifs humanitaires. Le stock de titres en cours de validité atteignait fin 2025 près de 4,5 millions, soit environ 8,1 % de la population.
Du côté de l’asile, l’Ofpra a enregistré 145 210 demandes de protection internationale en 2025, après 153 715 en 2024. Les chiffres restent à des niveaux historiquement élevés. En parallèle, les enquêtes d’opinion continuent de placer l’immigration parmi les toutes premières préoccupations des Français. La loi Asile-Immigration de décembre 2023 — l’une des plus restrictives de la Ve République — a marqué un durcissement symbolique réel. Elle n’a pas inversé les flux.
La ligne de crête macroniste — afficher de la fermeté tout en maintenant une immigration économique, étudiante et humanitaire importante — n’a convaincu ni les partisans d’un contrôle très ferme, ni ceux qui voulaient assumer une logique plus ouverte. Le résultat est une image de contrôle imparfait : procédures modifiées, discours plus dur, mais niveaux de flux et de stock toujours élevés. Macron terminera probablement son cycle avec le constat d’un État mieux équipé administrativement, mais sans démonstration claire que la maîtrise annoncée a été effectivement exercée.
Ce bilan n’est pas uniquement un échec de politique migratoire. C’est aussi un révélateur de la déconnexion entre la technocratie et le vécu. Les outils statistiques pour mesurer les flux existent. Les dispositifs légaux pour les réguler ont été renforcés. Ce qui a manqué, c’est une vision claire de ce que la France voulait faire de ses flux migratoires — non pas une posture électorale, mais une politique assumée, cohérente et évaluable.
FINANCES PUBLIQUES — LE POINT NOIR C’est ici que le bilan est le plus sévère, et les chiffres, les plus indiscutables. En 2017, le déficit public était de 2,6 % du PIB et la dette publique de 96,8 % du PIB….
FINANCES PUBLIQUES — LE POINT NOIR
C’est ici que le bilan est le plus sévère, et les chiffres, les plus indiscutables. En 2017, le déficit public était de 2,6 % du PIB et la dette publique de 96,8 % du PIB. En 2024, le déficit s’établit à 5,8 % du PIB selon l’INSEE — soit plus du double — et la dette à 113 % du PIB. À la fin du deuxième trimestre 2025, la dette atteignait déjà 115,6 % du PIB. La Commission européenne projette 118,1 % en 2026 et 120 % en 2027, avec un déficit encore à 5,3 % du PIB. Sur dix ans, la trajectoire budgétaire ne raconte pas un redressement. Elle raconte une dégradation.
Les dépenses publiques s’établissaient à 57,1 % du PIB en 2024 — l’un des niveaux les plus élevés d’Europe. La charge d’intérêts de la dette a rebondi de +14,6 % en 2024, atteignant 2 % du PIB, soit 58 milliards d’euros. La Cour des comptes a qualifié la dérive de 2023-2024 d’« inédite » et « inacceptable » — une dégradation produite hors récession, alors que la croissance économique restait positive et que la plupart des pays européens redressaient leurs comptes.
L’argument des circonstances est recevable mais insuffisant. Le Covid, le « quoi qu’il en coûte », le choc énergétique de 2022 — ces facteurs ont joué. Mais même avant le retour brutal des taux longs, la France n’avait pas reconstruit de marges de manœuvre. Le retour sous le seuil européen de 3 % de déficit — initialement prévu pour 2027 — a été repoussé à 2029. La Cour des comptes évalue l’effort d’ajustement nécessaire à 110 milliards d’euros. C’est deux fois l’estimation faite à l’été 2023.
C’est sur ce terrain que le jugement historique sera probablement le plus sévère. Macron avait promis en 2017 un redressement progressif des finances publiques. Dix ans plus tard, la France entre dans la dernière phase de sa présidence avec une dette proche de 120 % du PIB, une crédibilité budgétaire fragilisée auprès de ses partenaires européens, et une charge de la dette qui pourrait devenir, selon les projections de la Cour, le premier poste budgétaire de l’État — devant l’Éducation nationale — d’ici 2029.
C’est ici que le bilan est le plus sévère, et les chiffres, les plus indiscutables. En 2017, le déficit public était de 2,6 % du PIB et la dette publique de 96,8 % du PIB. En 2024, le déficit s’établit à 5,8 % du PIB selon l’INSEE — soit plus du double — et la dette à 113 % du PIB. À la fin du deuxième trimestre 2025, la dette atteignait déjà 115,6 % du PIB. La Commission européenne projette 118,1 % en 2026 et 120 % en 2027, avec un déficit encore à 5,3 % du PIB. Sur dix ans, la trajectoire budgétaire ne raconte pas un redressement. Elle raconte une dégradation.
Les dépenses publiques s’établissaient à 57,1 % du PIB en 2024 — l’un des niveaux les plus élevés d’Europe. La charge d’intérêts de la dette a rebondi de +14,6 % en 2024, atteignant 2 % du PIB, soit 58 milliards d’euros. La Cour des comptes a qualifié la dérive de 2023-2024 d’« inédite » et « inacceptable » — une dégradation produite hors récession, alors que la croissance économique restait positive et que la plupart des pays européens redressaient leurs comptes.
L’argument des circonstances est recevable mais insuffisant. Le Covid, le « quoi qu’il en coûte », le choc énergétique de 2022 — ces facteurs ont joué. Mais même avant le retour brutal des taux longs, la France n’avait pas reconstruit de marges de manœuvre. Le retour sous le seuil européen de 3 % de déficit — initialement prévu pour 2027 — a été repoussé à 2029. La Cour des comptes évalue l’effort d’ajustement nécessaire à 110 milliards d’euros. C’est deux fois l’estimation faite à l’été 2023.
C’est sur ce terrain que le jugement historique sera probablement le plus sévère. Macron avait promis en 2017 un redressement progressif des finances publiques. Dix ans plus tard, la France entre dans la dernière phase de sa présidence avec une dette proche de 120 % du PIB, une crédibilité budgétaire fragilisée auprès de ses partenaires européens, et une charge de la dette qui pourrait devenir, selon les projections de la Cour, le premier poste budgétaire de l’État — devant l’Éducation nationale — d’ici 2029.
« Gouverner, c'est choisir. » — Pierre Mendès France, investiture du 3 juin 1954. Dans la bouche d'un homme qui avait décidé de négocier la paix en Indochine et l'autonomie tunisienne en sept mois, la formule n'était pas rhétorique.... « Gouverner, c'est choisir. » — Pierre Mendès France, investiture du 3 juin 1954. Dans la bouche d'un homme qui avait décidé de négocier la paix en Indochine et l'autonomie tunisienne en sept mois, la formule n'était pas rhétorique. Elle était un programme. Macron a beaucoup réformé. Ce qu'il a moins su faire, c'est choisir.
« Gouverner, c'est choisir. » — Pierre Mendès France, investiture du 3 juin 1954. Dans la bouche d'un homme qui avait décidé de négocier la paix en Indochine et l'autonomie tunisienne en sept mois, la formule n'était pas rhétorique....
« Gouverner, c'est choisir. » — Pierre Mendès France, investiture du 3 juin 1954. Dans la bouche d'un homme qui avait décidé de négocier la paix en Indochine et l'autonomie tunisienne en sept mois, la formule n'était pas rhétorique. Elle était un programme. Macron a beaucoup réformé. Ce qu'il a moins su faire, c'est choisir.
POUR ALLER PLUS LOIN La formule la plus juste pour résumer la décennie Macron est peut-être celle-ci : il aura davantage transformé la machine économique que rassuré le pays. Le chômage a reculé….
POUR ALLER PLUS LOIN
La formule la plus juste pour résumer la décennie Macron est peut-être celle-ci : il aura davantage transformé la machine économique que rassuré le pays. Le chômage a reculé. Le taux d’emploi a atteint des records historiques. Certaines réformes structurelles — retraites, apprentissage, code du travail — étaient nécessaires et ont été menées. Ce n’est pas rien. C’est insuffisant pour répondre à la question que les Français posent en 2026 : avons-nous mieux vécu, été mieux protégés, mieux soignés, et le pays est-il plus solide ?
Sur ces quatre dimensions, le bilan reste au mieux contrasté. Le pouvoir d’achat a progressé statistiquement, mais le choc inflationniste a laissé des traces durables dans les ménages les plus modestes. La sécurité a reçu des moyens renforcés, mais les indicateurs de violence ont continué à se dégrader sur des tendances longues. La santé est toujours généreuse sur le papier et désertée sur le terrain. Les finances publiques sont en situation de dégradation structurelle aggravée.
Ce que Macron laisse derrière lui n’est pas une France en ruines. C’est une France dont les fondamentaux économiques ont été partiellement modernisés, mais dont les attentes sociales et sécuritaires n’ont pas été satisfaites, dont les comptes publics ont été sérieusement détériorés, et dont le corps politique est plus fragmenté qu’il ne l’était en 2017. L’ironie est que le candidat qui avait promis de « faire sauter les verrous » a produit, dix ans plus tard, une impasse institutionnelle que ses successeurs devront dénouer.
La question que posent les historiens sur un bilan présidentiel est rarement celle des réformes accomplies. Elle est celle des problèmes résolus. En 2017, la France avait des problèmes de compétitivité, de chômage structurel, de déficit. Elle les a partiellement traités. Elle avait aussi des problèmes de cohésion sociale, de confiance dans les institutions, de maîtrise de ses finances publiques. Sur ces fronts, la décennie Macron laisse une situation plus dégradée qu’elle ne l’a trouvée.
Le paradoxe final est peut-être là : Macron a été l’un des présidents les plus réformateurs de la Ve République — davantage que Hollande, peut-être davantage que Sarkozy sur certains sujets structurels. Et pourtant, c’est lui qui part avec les sondages les plus négatifs sur les sujets qui comptent. Ce n’est pas une anomalie. C’est le signe que la France attendait autre chose que des réformes. Elle attendait des résultats. Et sur les cinq sujets qui structurent son opinion en 2026, elle ne les a pas obtenus.
La formule la plus juste pour résumer la décennie Macron est peut-être celle-ci : il aura davantage transformé la machine économique que rassuré le pays. Le chômage a reculé. Le taux d’emploi a atteint des records historiques. Certaines réformes structurelles — retraites, apprentissage, code du travail — étaient nécessaires et ont été menées. Ce n’est pas rien. C’est insuffisant pour répondre à la question que les Français posent en 2026 : avons-nous mieux vécu, été mieux protégés, mieux soignés, et le pays est-il plus solide ?
Sur ces quatre dimensions, le bilan reste au mieux contrasté. Le pouvoir d’achat a progressé statistiquement, mais le choc inflationniste a laissé des traces durables dans les ménages les plus modestes. La sécurité a reçu des moyens renforcés, mais les indicateurs de violence ont continué à se dégrader sur des tendances longues. La santé est toujours généreuse sur le papier et désertée sur le terrain. Les finances publiques sont en situation de dégradation structurelle aggravée.
Ce que Macron laisse derrière lui n’est pas une France en ruines. C’est une France dont les fondamentaux économiques ont été partiellement modernisés, mais dont les attentes sociales et sécuritaires n’ont pas été satisfaites, dont les comptes publics ont été sérieusement détériorés, et dont le corps politique est plus fragmenté qu’il ne l’était en 2017. L’ironie est que le candidat qui avait promis de « faire sauter les verrous » a produit, dix ans plus tard, une impasse institutionnelle que ses successeurs devront dénouer.
La question que posent les historiens sur un bilan présidentiel est rarement celle des réformes accomplies. Elle est celle des problèmes résolus. En 2017, la France avait des problèmes de compétitivité, de chômage structurel, de déficit. Elle les a partiellement traités. Elle avait aussi des problèmes de cohésion sociale, de confiance dans les institutions, de maîtrise de ses finances publiques. Sur ces fronts, la décennie Macron laisse une situation plus dégradée qu’elle ne l’a trouvée.
Le paradoxe final est peut-être là : Macron a été l’un des présidents les plus réformateurs de la Ve République — davantage que Hollande, peut-être davantage que Sarkozy sur certains sujets structurels. Et pourtant, c’est lui qui part avec les sondages les plus négatifs sur les sujets qui comptent. Ce n’est pas une anomalie. C’est le signe que la France attendait autre chose que des réformes. Elle attendait des résultats. Et sur les cinq sujets qui structurent son opinion en 2026, elle ne les a pas obtenus.
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