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27 MAI 2026

LES FAISEUSES D’ANGES : DE NAPOLÉON À SIMONE VEIL

Pendant cent soixante-cinq ans, la France a traité l’avortement comme un crime. Pas une simple infraction médicale. Pas seulement une faute morale….
Pendant cent soixante-cinq ans, la France a traité l’avortement comme un crime. Pas une simple infraction médicale. Pas seulement une faute morale. Un crime contre l’ordre social, contre la famille, parfois contre la nation elle-même. Des femmes furent emprisonnées, des médecins radiés, des réseaux clandestins traqués par la police. Et sous Vichy, deux « faiseuses d’anges » — au sens large du terme — furent guillotinées.

Cette histoire dit moins l’évolution de la médecine que celle du pouvoir. Car derrière l’avortement, l’État jugeait autre chose : la démographie, la morale, la religion, la place des femmes, la peur du déclin national. Le ventre des femmes n’a jamais été un objet purement intime : il a été, pendant un siècle et demi, un objet politique.

Entre 1810 et 1975, la France passe ainsi d’une logique pénale héritée de Napoléon à la légalisation portée par Simone Veil. Cent soixante-cinq années durant lesquelles le corps féminin fut un enjeu d’État — outil démographique après 1918, levier moral sous Vichy, problème de santé publique sous la Cinquième République.

Le paradoxe est saisissant. Plus la loi se durcit, plus la pratique se cache. Plus elle se cache, plus elle tue. À la veille de la loi Veil, les estimations d’avortements clandestins en France s’étalent — selon les sources — de 250 000 à un million par an. L’INED parlait de 250 décès maternels annuels par avortement. La République interdit, mais elle ne parvient ni à empêcher ni à protéger.

Ce qu’il faut comprendre, ce n’est pas seulement comment la France est passée du Code pénal de 1810 à la loi du 17 janvier 1975. C’est pourquoi il a fallu attendre si longtemps. Et ce que ce retard dit, encore aujourd’hui, du rapport entre l’État, le corps des femmes et la fabrique de la norme.
1810-1920 — NAPOLÉON ET L’ÉTAT NATALISTE En 1810, le Code pénal napoléonien inscrit l’avortement dans le droit criminel français. L’article 317 est limpide : « Quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, violences, ou par tout autre moyen, aura procuré l’avortement d’une femme enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, sera puni de la réclusion….
1810-1920 — NAPOLÉON ET L’ÉTAT NATALISTE

En 1810, le Code pénal napoléonien inscrit l’avortement dans le droit criminel français. L’article 317 est limpide : « Quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, violences, ou par tout autre moyen, aura procuré l’avortement d’une femme enceinte, qu’elle y ait consenti ou non, sera puni de la réclusion. » Les médecins, sages-femmes, pharmaciens et chirurgiens encourent les travaux forcés. La femme avortée elle-même, l’emprisonnement. La maternité n’est pas pensée comme un choix individuel, mais comme un devoir social.

La logique est triple. Religieuse, d’abord : l’Église catholique condamne l’interruption de grossesse depuis des siècles, et son magistère pèse encore lourdement sur le législateur impérial. Morale ensuite : la femme « bien née » se doit à la famille, à l’enfant, au foyer. Démographique enfin : la France napoléonienne, sortie de la Révolution, veut des soldats, des paysans, des contribuables. L’enfant n’appartient pas seulement à ses parents ; il appartient aussi à la société.

Pendant tout le XIXᵉ siècle, l’avortement clandestin existe pourtant partout. Dans les villes ouvrières comme dans les campagnes. Les méthodes sont rudimentaires, souvent mortelles : décoctions de plantes abortives, sondes improvisées, aiguilles à tricoter, baleines de corset. Les poursuites restent irrégulières — les jurys populaires acquittent volontiers les accusées qu’ils trouvent sympathiques —, mais la menace pénale plane en permanence. Au début du XXᵉ siècle, on estime déjà à environ 500 000 le nombre d’avortements clandestins par an, et à plusieurs centaines les décès maternels annuels qui en résultent.

La Première Guerre mondiale change tout. La France sort du conflit amputée d’environ 1,4 million de soldats morts au combat, à laquelle s’ajoutent les blessés invalides et la grippe espagnole. Le pays vieillit brutalement. La peur du déclin démographique devient obsessionnelle. L’État considère désormais chaque naissance comme une richesse nationale. La loi du 31 juillet 1920 interdit non seulement la propagande pour l’avortement mais aussi toute publicité ou information sur la contraception. Même expliquer comment éviter une grossesse devient illégal. La République natalise.
1920-1942 — LA RÉPUBLIQUE TRAUMATISÉE TRAQUE LES FAISEUSES Trois ans plus tard, la loi du 27 mars 1923 « correctionnalise » l’avortement. Officiellement, l’adoucissement semble réel : ce n’est plus un crime, c’est un délit….
1920-1942 — LA RÉPUBLIQUE TRAUMATISÉE TRAQUE LES FAISEUSES

Trois ans plus tard, la loi du 27 mars 1923 « correctionnalise » l’avortement. Officiellement, l’adoucissement semble réel : ce n’est plus un crime, c’est un délit. En réalité, c’est l’inverse. Les jurys populaires acquittaient trop souvent les accusées en cours d’assises, sensibles à la détresse des femmes mises en cause. En transférant les dossiers aux tribunaux correctionnels — composés de magistrats professionnels —, l’État obtient ce qu’il voulait : davantage de condamnations. Désormais, quiconque a provoqué l’avortement d’une femme risque un à cinq ans de prison ; la femme avortée elle-même, six mois à deux ans.

Dans les années 1930, la répression s’intensifie encore. Brigades spécialisées dans les services de police judiciaire, surveillance des sages-femmes, encouragement aux dénonciations, procès tenus parfois de façon démonstrative. Le décret-loi du 29 juillet 1939 — le « Code de la famille » de Daladier — durcit encore les peines : dix ans de prison pour l’avorteur, et la femme « se croyant enceinte à tort » devient elle-même punissable au seul titre de l’intention. L’intention de ne pas être mère devient un délit.

Le vocabulaire lui-même se durcit. On parle désormais des « faiseuses d’anges », expression imagée et infamante : faire un ange, c’est envoyer au ciel le fœtus interrompu. Le terme est ambivalent — à la fois pieux et accusateur. Il colle à un imaginaire collectif qui fait des avorteuses tantôt des tueuses, tantôt des sorcières, jamais des soignantes. À la même époque, en 1935, le docteur Jean Dalsace ouvre à Suresnes le premier dispensaire français de contrôle des naissances, calqué sur les expériences anglo-saxonnes. Il sera fermé.

La défaite de 1940 et l’instauration du régime de Vichy radicalisent une politique déjà nataliste. Dès la loi du 1er septembre 1941, les personnes condamnées pour avortement sont exclues du bénéfice du sursis. La France comptait alors près de 1,9 million de prisonniers de guerre déportés en Allemagne — autant de couples séparés, autant de grossesses « hors mariage » potentielles. Le terrain est prêt pour la marche d’escalade : ce qui n’était jusque-là qu’une politique répressive de plus en plus dure va basculer, en 1942, dans l’exception.
1942-1944 — VICHY ET LA GUILLOTINE Le 15 février 1942, le régime de Vichy promulgue une loi qui change tout. L’avortement n’est plus un délit ; il devient un « crime contre la sûreté de l’État », passible de la peine capitale et jugé par un tribunal d’exception, le Tribunal d’État….
1942-1944 — VICHY ET LA GUILLOTINE

Le 15 février 1942, le régime de Vichy promulgue une loi qui change tout. L’avortement n’est plus un délit ; il devient un « crime contre la sûreté de l’État », passible de la peine capitale et jugé par un tribunal d’exception, le Tribunal d’État. La logique du régime est explicite : « Travail, Famille, Patrie » n’est pas un slogan moral parmi d’autres, c’est un programme. Empêcher une naissance, c’est affaiblir la nation. La faiseuse d’anges cesse d’être une délinquante ordinaire ; elle devient une ennemie intérieure.

Marie-Louise Giraud, née Lempérière le 17 novembre 1903 à Barneville, dans la Manche, est la figure centrale de cette dérive. Blanchisseuse à Cherbourg, mère de deux enfants, mariée à un marin embarqué, elle pratique entre 1940 et 1942 vingt-six ou vingt-sept avortements à son domicile, 20 rue de la Grande-Vallée. Une lettre anonyme la dénonce en octobre 1942. Jugée à huis clos les 7 et 9 juin 1943 par la section parisienne du Tribunal d’État, elle est présentée par les magistrats comme « immorale », « infidèle », « mère indigne » — l’accusation reprenant un à un les thèmes de la propagande vichyste. Le commissaire du gouvernement requiert la peine de mort. La cour suit.

La grâce présidentielle est rejetée par Pétain « au nom de la défense de la famille ». Marie-Louise Giraud est guillotinée le 30 juillet 1943 à 5 h 25 du matin, dans la cour de la prison de la Roquette à Paris, par le bourreau Jules-Henri Desfourneaux. Son cercueil est acquis pour 44 francs. Son corps, non réclamé, est inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine, dans le carré 27 réservé aux suppliciés. Trois mois plus tard, le 22 octobre 1943, c’est au tour de Désiré Pioge, hongreur à Saint-Ouen-en-Belin dans la Sarthe, condamné par le même Tribunal d’État pour trois avortements. Ils sont les deux seules personnes exécutées par Vichy pour ce motif.

La portée de ces deux exécutions dépasse de loin leur nombre. Près de 4 000 condamnations pour avortement sont prononcées entre 1942 et 1944. Les sursis et relaxes deviennent rares. Le Tribunal d’État, juridiction d’exception sans appel possible, juge à charge selon une grille idéologique. Ce qui se joue à la Roquette en juillet 1943, ce n’est pas seulement la mort d’une blanchisseuse. C’est l’aboutissement logique d’une dérive qui avait commencé en 1810 — quand l’État avait décrété qu’il avait droit de regard sur ce qui se passait dans le ventre des femmes — et qui culminait dans une exécution capitale au nom de la « défense de la famille ».
1945-1972 — LA LOI MORTE ET LA RÉVOLTE DES FEMMES À la Libération, l’ordonnance du 9 août 1944 déclare nuls les textes vichystes. La peine capitale disparaît pour ce motif….
1945-1972 — LA LOI MORTE ET LA RÉVOLTE DES FEMMES

À la Libération, l’ordonnance du 9 août 1944 déclare nuls les textes vichystes. La peine capitale disparaît pour ce motif. La loi du 11 février 1951 supprime même l’exclusion automatique du sursis. Mais l’interdiction, elle, demeure. L’article 317 du Code pénal, dans sa version durcie d’avant-guerre, continue de s’appliquer. Une femme qui avorte risque toujours plusieurs mois à plusieurs années de prison. Celle qui l’aide, davantage. Et la société française change pourtant à grande vitesse : urbanisation, travail féminin, élévation du niveau de scolarisation, libération des mœurs, diffusion progressive — encore très limitée — de la contraception.

Le décalage entre la loi et la pratique devient spectaculaire. Selon l’INED en 1966, environ 250 000 avortements clandestins seraient pratiqués chaque année en France et provoqueraient 250 décès maternels annuels. Les militantes féministes et certains médecins avancent des chiffres bien plus élevés — 500 000 selon Paris Match, 850 000 selon le manifeste des 252 médecins de mai 1971, près d’un million selon le Livre blanc de l’avortement, jusqu’à un million et demi selon le MLF. Le débat sur le chiffre exact masque l’essentiel : quelles que soient les sources, la pratique est massive et meurtrière.

Les méthodes restent souvent atroces : aiguilles à tricoter, sondes urinaires, injections d’eau savonneuse ou de Javel par poire, perforations à la baleine de corset, décoctions toxiques. Les complications classiques — hémorragies, septicémies, perforations intestinales — remplissent les services hospitaliers. Et la prise en charge médicale, lorsqu’elle survient, est souvent punitive : curetages à vif sans anesthésie, « pour faire passer l’envie de recommencer », documente un rapport de la Santé publique de l’époque. La douleur fait partie du dispositif disciplinaire.

Un premier mouvement de fond commence dès 1956 avec la création du mouvement « La Maternité heureuse », devenu en 1960 le Mouvement français pour le Planning familial. La loi Neuwirth du 28 décembre 1967 autorise enfin la vente des produits contraceptifs — mais en encadre strictement la publicité, et ses décrets d’application se font attendre. La pilule existe ; elle est légale ; elle reste, dans les faits, peu accessible. L’avortement demeure pénalement réprimé. Le système commence à craquer.

Le basculement arrive au début des années 1970. En avril 1971, le Nouvel Observateur publie le « Manifeste des 343 » : trois cent quarante-trois femmes — dont Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Jeanne Moreau, Delphine Seyrig — déclarent publiquement avoir avorté et exigent le droit à l’IVG. Le titre que la presse retient — « Manifeste des 343 salopes » — est aussi violent que révélateur de l’époque. En octobre-novembre 1972 s’ouvre à Bobigny le procès d’une lycéenne de 16 ans, Marie-Claire Chevalier, jugée pour avoir avorté après un viol. Sa mère et trois autres femmes sont également poursuivies. L’avocate Gisèle Halimi politise le procès, fait défiler les témoins — Simone de Beauvoir, le professeur Paul Milliez, le prix Nobel Jacques Monod. Marie-Claire est relaxée. Sa mère est condamnée à 500 francs d’amende avec sursis. Le débat quitte définitivement les tribunaux pour entrer dans la société.

« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes : c’est toujours un drame, et cela restera toujours un drame....
« Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes : c’est toujours un drame, et cela restera toujours un drame. » — Simone Veil, discours à l’Assemblée nationale, 26 novembre 1974.

POUR ALLER PLUS LOIN En 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing confie le dossier à sa ministre de la Santé, Simone Veil — magistrate, ancienne déportée d’Auschwitz, mère de famille. Le choix est un calcul politique autant qu’un signal moral : faire porter la loi par une femme dont le crédit personnel est inattaquable….
POUR ALLER PLUS LOIN

En 1974, le président Valéry Giscard d’Estaing confie le dossier à sa ministre de la Santé, Simone Veil — magistrate, ancienne déportée d’Auschwitz, mère de famille. Le choix est un calcul politique autant qu’un signal moral : faire porter la loi par une femme dont le crédit personnel est inattaquable. Le débat à l’Assemblée nationale, en novembre et décembre 1974, est d’une violence rare. Certains députés parlent de « génocide silencieux », d’autres comparent l’IVG aux crimes nazis devant une survivante des camps. Simone Veil tient. La loi n° 75-17 dite « relative à l’interruption volontaire de grossesse » est promulguée le 17 janvier 1975, à titre expérimental pour cinq ans. Elle est reconduite définitivement en décembre 1979.

La France bascule alors en quelques années d’un monde où l’avortement pouvait conduire à la guillotine à un monde où il devient un droit encadré par la loi. Le contraste statistique est net mais peut-être paradoxal : l’IVG, légalisée, ne « remplace » pas la contraception, comme certains le craignaient ; elle se stabilise. Après un pic en 1976 (19,6 IVG pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans), le taux oscille depuis autour de 14 pour 1 000. Surtout, les décès maternels par avortement disparaissent quasi totalement. Le but de la loi Veil — « mettre fin à une situation de désordre et d’injustice » — est tenu sur le plan sanitaire.

L’histoire des « faiseuses d’anges » s’achève officiellement en 1975. Mais la mémoire qu’elle laisse est plus longue. Cent soixante-cinq années pendant lesquelles l’État français aura successivement traité l’avortement comme un péché (Restauration), un risque démographique (Troisième République), une trahison nationale (Vichy), une question de santé publique (Cinquième République). Quatre lectures, quatre régimes politiques, quatre figures de l’État sur un même sujet. Chaque époque a projeté sur le ventre des femmes ce qu’elle redoutait pour elle-même : l’irréligion, le déclin, l’invasion, la maladie.

Cette histoire éclaire un autre fait, plus dérangeant : la lenteur avec laquelle les démocraties révisent leurs propres catégories. Entre la première proposition de loi de Madeleine Pelletier en faveur de l’avortement (1911) et la loi Veil (1975), il s’écoule soixante-quatre ans. Entre les exécutions de Marie-Louise Giraud et de Désiré Pioge (1943) et la dépénalisation de l’avortement (1975), trente-deux ans. Une génération entière a vécu pleinement adulte sous l’empire de l’article 317. Marie-Claire Chevalier, l’adolescente de Bobigny, et Simone Veil, la ministre, étaient nées toutes deux sous une loi qui pouvait les envoyer en prison.

Le legs juridique est désormais consolidé. La loi de 1979 a confirmé la loi Veil ; la loi du 4 juillet 2001 a porté le délai légal de dix à douze semaines de grossesse ; la loi du 26 janvier 2016 a supprimé le délai de réflexion d’une semaine ; la loi du 2 mars 2022 a porté le délai à quatorze semaines. Et le 4 mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans sa Constitution. Quand on regarde la séquence depuis Marie-Louise Giraud — guillotinée en 1943 « au nom de la défense de la famille » —, le chemin parcouru est vertigineux.

Reste l’essentiel, et c’est peut-être là que l’histoire des faiseuses d’anges parle encore. Aucune loi, aucune Constitution, aucune décision politique n’est définitivement acquise. Aux États-Unis, l’arrêt Dobbs de juin 2022 a renversé Roe v. Wade après un demi-siècle de jurisprudence stabilisée. En Pologne, en Hongrie, en Italie, l’accès à l’IVG s’est restreint sous des majorités conservatrices. La constitutionnalisation française n’est pas un point d’arrivée ; c’est un verrou — utile, mais réversible, comme l’a été la loi Veil avant 1975 dans l’autre sens.

L’histoire de Marie-Louise Giraud nous rappelle deux choses simples. Que les droits des femmes ne sont jamais entièrement séparés des projets d’État qu’on leur impose : où il y a une politique nataliste, il y a un projet sur les corps. Et que les avancées les plus consolidées sont aussi les plus jeunes : il a fallu attendre 1944 pour que les Françaises votent, 1965 pour qu’elles puissent ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari, 1975 pour qu’elles cessent d’être criminelles en interrompant une grossesse. Cent soixante-cinq ans, c’est long quand on les vit. C’est court quand on les regarde de loin. Et c’est encore plus court depuis qu’ils sont derrière nous.

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