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11 NOVEMBRE 2025 (#117)
HUBRIS : LA DÉMESURE HUMAINE
L’hubris désigne la transgression fatale par laquelle l’homme, grisé par sa propre puissance, franchit la frontière entre le mortel et le divin. Ce n’est pas seulement l’orgueil, mais la certitude d’échapper aux lois communes, la croyance de pouvoir dépasser la condition humaine par la seule force de sa volonté…
L’hubris — ὕβρις en grec ancien — désigne la transgression fatale par laquelle l’homme, grisé par sa propre puissance, franchit la frontière entre le mortel et le divin.
Ce n’est pas seulement l’orgueil, mais la certitude d’échapper aux lois communes, la croyance de pouvoir dépasser la condition humaine par la seule force de sa volonté.
Dans la tragédie grecque, l’hubris précède toujours la némésis, cette vengeance divine qui rappelle l’homme à sa finitude.
Dans la France contemporaine, le pouvoir présidentiel d’Emmanuel Macron illustre de manière saisissante cette dynamique millénaire.
Élu en 2017 comme symbole du renouveau — jeune, brillant, rationaliste — il s’est imposé en figure jupitérienne, incarnant une verticalité du pouvoir rare sous la Cinquième République.
Cette concentration extrême de l’autorité, cette conviction de pouvoir réformer le pays par le haut, ont creusé un fossé entre le palais et la nation.
C’est son propre ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui formula le diagnostic avec la plus grande lucidité.
En septembre 2018, il confia regretter que le président ait peut-être manqué d’humilité, avant de rappeler le mot grec : « L’hubris, c’est la malédiction des dieux, quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous. »
Ce fut moins une critique politique qu’un avertissement tragique : celui du confident fidèle qui voit son protégé s’aveugler.
Collomb, qui avait ouvert à Macron les portes du monde territorial et socialiste, perçut dans cette dérive non une erreur de communication, mais un déséquilibre profond du rapport au réel.
Ainsi, à travers Macron, l’hubris cesse d’être une notion mythologique.
Elle devient une pathologie du pouvoir moderne : montée fulgurante, isolement progressif, confrontation inévitable avec la réalité.
Ce n’est pas seulement l’orgueil, mais la certitude d’échapper aux lois communes, la croyance de pouvoir dépasser la condition humaine par la seule force de sa volonté.
Dans la tragédie grecque, l’hubris précède toujours la némésis, cette vengeance divine qui rappelle l’homme à sa finitude.
Dans la France contemporaine, le pouvoir présidentiel d’Emmanuel Macron illustre de manière saisissante cette dynamique millénaire.
Élu en 2017 comme symbole du renouveau — jeune, brillant, rationaliste — il s’est imposé en figure jupitérienne, incarnant une verticalité du pouvoir rare sous la Cinquième République.
Cette concentration extrême de l’autorité, cette conviction de pouvoir réformer le pays par le haut, ont creusé un fossé entre le palais et la nation.
C’est son propre ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui formula le diagnostic avec la plus grande lucidité.
En septembre 2018, il confia regretter que le président ait peut-être manqué d’humilité, avant de rappeler le mot grec : « L’hubris, c’est la malédiction des dieux, quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous. »
Ce fut moins une critique politique qu’un avertissement tragique : celui du confident fidèle qui voit son protégé s’aveugler.
Collomb, qui avait ouvert à Macron les portes du monde territorial et socialiste, perçut dans cette dérive non une erreur de communication, mais un déséquilibre profond du rapport au réel.
Ainsi, à travers Macron, l’hubris cesse d’être une notion mythologique.
Elle devient une pathologie du pouvoir moderne : montée fulgurante, isolement progressif, confrontation inévitable avec la réalité.
DÉMESURE ET MESURE
Dans la pensée grecque, l’hubris désigne la violation de l’ordre du monde, le kosmos, et l’offense aux dieux par la démesure. Elle ne se confond pas avec l’ambition, mais traduit le refus de reconnaître sa place dans l’ordre des choses…
DÉMESURE ET MESURE
Dans la pensée grecque, l’hubris désigne la violation de l’ordre du monde, le kosmos, et l’offense aux dieux par la démesure. Elle ne se confond pas avec l’ambition, mais traduit le refus de reconnaître sa place dans l’ordre des choses.
Son contraire est la sagesse : connaître ses limites, selon le précepte gravé au temple de Delphes — gnôthi seauton, connais-toi toi-même — et respecter la mesure, le métron. L’hubris n’est pas une faute morale, mais un désordre cosmique qui rompt l’équilibre entre l’homme et le monde.
Chez Emmanuel Macron, cette transgression prend une forme laïque. Elle ne défie pas les dieux, mais les médiations humaines : corps intermédiaires, syndicats, partis, Parlement. Le macronisme, dès l’origine, s’est présenté comme un dépassement des clivages — en même temps de gauche et de droite — incarnant la rationalité pure contre les passions politiques. Mais cette ambition totalisante portait en elle une démesure : croire qu’un homme seul, armé de sa raison, peut réformer un pays complexe sans compromis ni écoute.
Collomb avait perçu ce déséquilibre dès 2018. Il parlait non de stratégie, mais d’anthropologie politique : quand le pouvoir se coupe du réel, il s’aveugle lui-même. Sa démission, quelques semaines plus tard, prit la forme d’une rupture philosophique. Collomb représentait la mesure, la sagesse. Macron, la démesure, l’hubris. Cette tension structure la logique d’un président convaincu de pouvoir, par la pédagogie et la raison, corriger les résistances sociales.
L’hubris contemporaine ne défie plus Zeus : elle défie la société, la complexité, la contradiction — et veut en triompher par la pure intelligence. C’est là sa forme moderne, débarrassée du sacré mais non de sa structure profonde : l’oubli des limites, la confiance absolue en soi, le refus d’admettre qu’il existe des forces qui échappent au calcul rationnel.
Dans la pensée grecque, l’hubris désigne la violation de l’ordre du monde, le kosmos, et l’offense aux dieux par la démesure. Elle ne se confond pas avec l’ambition, mais traduit le refus de reconnaître sa place dans l’ordre des choses.
Son contraire est la sagesse : connaître ses limites, selon le précepte gravé au temple de Delphes — gnôthi seauton, connais-toi toi-même — et respecter la mesure, le métron. L’hubris n’est pas une faute morale, mais un désordre cosmique qui rompt l’équilibre entre l’homme et le monde.
Chez Emmanuel Macron, cette transgression prend une forme laïque. Elle ne défie pas les dieux, mais les médiations humaines : corps intermédiaires, syndicats, partis, Parlement. Le macronisme, dès l’origine, s’est présenté comme un dépassement des clivages — en même temps de gauche et de droite — incarnant la rationalité pure contre les passions politiques. Mais cette ambition totalisante portait en elle une démesure : croire qu’un homme seul, armé de sa raison, peut réformer un pays complexe sans compromis ni écoute.
Collomb avait perçu ce déséquilibre dès 2018. Il parlait non de stratégie, mais d’anthropologie politique : quand le pouvoir se coupe du réel, il s’aveugle lui-même. Sa démission, quelques semaines plus tard, prit la forme d’une rupture philosophique. Collomb représentait la mesure, la sagesse. Macron, la démesure, l’hubris. Cette tension structure la logique d’un président convaincu de pouvoir, par la pédagogie et la raison, corriger les résistances sociales.
L’hubris contemporaine ne défie plus Zeus : elle défie la société, la complexité, la contradiction — et veut en triompher par la pure intelligence. C’est là sa forme moderne, débarrassée du sacré mais non de sa structure profonde : l’oubli des limites, la confiance absolue en soi, le refus d’admettre qu’il existe des forces qui échappent au calcul rationnel.
LE PRIX DE LA DÉMESURE
Dans la tragédie, l’hubris appelle la némésis. Dans la politique, elle produit l’usure, la fracture et la perte de confiance.La première conséquence est institutionnelle…
LE PRIX DE LA DÉMESURE
Dans la tragédie, l’hubris appelle la némésis. Dans la politique, elle produit l’usure, la fracture et la perte de confiance. La première conséquence est institutionnelle : la concentration du pouvoir. Sous Macron, le Parlement s’est effacé, réduit à une chambre d’enregistrement ou contourné par le 49.3. Les syndicats ont été marginalisés, consultés pour la forme mais jamais écoutés. Les élus locaux se sont retrouvés relégués au rang d’exécutants.
L’État s’est verticalisé jusqu’à dépendre de la seule énergie du chef. Tant qu’il gagne, le système fonctionne ; dès qu’il doute, tout vacille. Après la dissolution de 2024, cette mécanique s’est grippée : sans majorité, plus de décisions possibles, seulement la gestion au jour le jour.
La deuxième conséquence est sociale : la rupture du lien civique. Collomb l’avait pressenti avec une rare clairvoyance : côte à côte puis face à face. Les réformes menées sans compromis ont creusé un fossé entre deux France — celle des diplômés urbains, mondialisés, persuadés d’aller dans le bon sens de l’Histoire, et celle des classes moyennes et populaires, ancrées dans les territoires, qui se sentent méprisées et abandonnées. La taxe carbone, la réforme des retraites, les discours sur la start-up nation ont cristallisé ce clivage anthropologique. Le pouvoir a voulu moderniser. Il a, aussi, humilié.
Troisième conséquence : l’instabilité. En dissolvant l’Assemblée, Macron espérait ressaisir le sens de son action, clarifier le paysage politique, retrouver une majorité franche. Il a produit l’impasse. Trois blocs irréconciliables se font désormais face, sans majorité possible : la gauche unie dans le Nouveau Front populaire, le centre affaibli, l’extrême droite renforcée. Le centre, naguère conquérant, est devenu minoritaire. La clarification promise s’est muée en confusion durable : la némésis institutionnelle de l’hubris présidentielle.
Quatrième effet : l’usure morale. Les départs successifs de ministres et de conseillers témoignent d’un isolement croissant. Collomb fut le premier, mais beaucoup ont suivi, usés par le rythme, déçus par le style, en désaccord sur le fond. L’homme de la conquête joyeuse de 2017 est devenu le président assiégé de 2025. Dans les couloirs de l’Élysée, l’assurance s’est muée en lassitude. Macron ne tire plus de bonheur de sa tâche, seulement la fatigue de l’effort répété et inutile.
Enfin, la plus grave : la délégitimation politique. La verticalité a détruit la confiance. L’abstention monte élection après élection, les extrêmes prospèrent sur les ruines du centre, le “tous pourris” s’installe comme une évidence. Ce n’est pas seulement Macron qui s’affaiblit : c’est la fonction présidentielle elle-même. L’hubris d’un homme devient le symptôme d’un régime à bout de souffle, incapable de répondre aux attentes démocratiques.
Dans la tragédie, l’hubris appelle la némésis. Dans la politique, elle produit l’usure, la fracture et la perte de confiance. La première conséquence est institutionnelle : la concentration du pouvoir. Sous Macron, le Parlement s’est effacé, réduit à une chambre d’enregistrement ou contourné par le 49.3. Les syndicats ont été marginalisés, consultés pour la forme mais jamais écoutés. Les élus locaux se sont retrouvés relégués au rang d’exécutants.
L’État s’est verticalisé jusqu’à dépendre de la seule énergie du chef. Tant qu’il gagne, le système fonctionne ; dès qu’il doute, tout vacille. Après la dissolution de 2024, cette mécanique s’est grippée : sans majorité, plus de décisions possibles, seulement la gestion au jour le jour.
La deuxième conséquence est sociale : la rupture du lien civique. Collomb l’avait pressenti avec une rare clairvoyance : côte à côte puis face à face. Les réformes menées sans compromis ont creusé un fossé entre deux France — celle des diplômés urbains, mondialisés, persuadés d’aller dans le bon sens de l’Histoire, et celle des classes moyennes et populaires, ancrées dans les territoires, qui se sentent méprisées et abandonnées. La taxe carbone, la réforme des retraites, les discours sur la start-up nation ont cristallisé ce clivage anthropologique. Le pouvoir a voulu moderniser. Il a, aussi, humilié.
Troisième conséquence : l’instabilité. En dissolvant l’Assemblée, Macron espérait ressaisir le sens de son action, clarifier le paysage politique, retrouver une majorité franche. Il a produit l’impasse. Trois blocs irréconciliables se font désormais face, sans majorité possible : la gauche unie dans le Nouveau Front populaire, le centre affaibli, l’extrême droite renforcée. Le centre, naguère conquérant, est devenu minoritaire. La clarification promise s’est muée en confusion durable : la némésis institutionnelle de l’hubris présidentielle.
Quatrième effet : l’usure morale. Les départs successifs de ministres et de conseillers témoignent d’un isolement croissant. Collomb fut le premier, mais beaucoup ont suivi, usés par le rythme, déçus par le style, en désaccord sur le fond. L’homme de la conquête joyeuse de 2017 est devenu le président assiégé de 2025. Dans les couloirs de l’Élysée, l’assurance s’est muée en lassitude. Macron ne tire plus de bonheur de sa tâche, seulement la fatigue de l’effort répété et inutile.
Enfin, la plus grave : la délégitimation politique. La verticalité a détruit la confiance. L’abstention monte élection après élection, les extrêmes prospèrent sur les ruines du centre, le “tous pourris” s’installe comme une évidence. Ce n’est pas seulement Macron qui s’affaiblit : c’est la fonction présidentielle elle-même. L’hubris d’un homme devient le symptôme d’un régime à bout de souffle, incapable de répondre aux attentes démocratiques.
LES FIGURES TRAGIQUES DE LA DÉMESURE
La mythologie grecque regorge de figures frappées d’hubris. Chacune illustre la même loi : celui qui se croit au-dessus des limites finit rappelé à l’ordre…
LES FIGURES TRAGIQUES DE LA DÉMESURE
La mythologie grecque regorge de figures frappées d’hubris. Chacune illustre la même loi : celui qui se croit au-dessus des limites finit rappelé à l’ordre.
Prométhée, le Titan qui déroba le feu sacré aux dieux pour l’offrir aux hommes, fut enchaîné sur un rocher où un aigle dévorait son foie chaque jour pour l’éternité. Icare, fils de l’inventeur Dédale, s’échappa du labyrinthe grâce à des ailes de cire et de plumes, mais grisé par le vol, il s’approcha trop près du soleil qui fit fondre la cire, le.précipitant dans la mer. Œdipe, roi de Thèbes qui résolut l’énigme du Sphinx par son intelligence, découvrit malgré tous ses efforts pour échapper au destin qu’il avait tué son père et épousé sa mère, et se creva les yeux d’horreur. Achille, le plus grand guerrier grec dont la mère avait plongé le corps dans le Styx pour le rendre invulnérable, périt d’une flèche dans le seul point vulnérable de son anatomie : le talon par lequel elle l’avait tenu.
Ces mythes ne racontent pas la folie : ils décrivent la structure de la démesure humaine. Prométhée incarne la volonté de connaissance poussée jusqu’à la rébellion, Icare la jeunesse impatiente qui ne sait pas freiner son ascension, Œdipe la quête rationnelle menée jusqu’à la catastrophe, Achille la gloire autodestructrice qui refuse d’admettre sa fragilité. Emmanuel Macron concentre, à sa manière, quelque chose de chacun. Comme Prométhée, il s’est voulu porteur de feu — la lumière du savoir et de la modernité contre les obscurantismes français. Comme Icare, il a volé très haut, devenant à trente-neuf ans le plus jeune président de France. Comme Œdipe, il s’est lancé dans une quête de réforme systémique, persuadé de pouvoir dominer la fatalité française. Et comme Achille, il a cru en son invulnérabilité jusqu’à découvrir son talon : la résistance du peuple.
La crise des Gilets jaunes, entre 2018 et 2019, fut le premier retour du réel. Née d’une taxe carbone justifiée par les impératifs écologiques et budgétaires, le peuple vut une injustice supplémentaire pesant sur les plus fragiles. C’est le choc entre raison abstraite des élites et souffrance concrète de terrain. Les ronds-points occupés, les samedis de violence, les revendications confuses mais viscérales révélèrent une France que l’Élysée ne voyait plus : celle des périphéries, des fins de mois difficiles, du sentiment d’abandon.
La réforme des retraites, tentée en 2020 puis imposée en 2023, accentue ce divorce. Majoritairement rejetée par l’opinion et les syndicats, imposée par le 49.3 sans vote parlementaire, elle est perçue comme un acte d’arrogance plus que de courage. L’exécutif interpréte la résistance comme irrationnelle, confirmant l’isolement de celui qui croit détenir seul la vérité. Les manifestations massives, les blocages, les violences policières ne furent pas lus comme des signaux d’alerte mais comme des résistances archaïques à vaincre.
Enfin, la dissolution surprise du 9 juin 2024 incarne l’acmé de l’hubris macronienne. Convaincu de pouvoir clarifier la vie politique après la défaite de son camp aux élections européennes, le président dissout une Assemblée qu’il juge confuse et ingouvernable. Le résultat fut l’inverse de celui escompté : un Parlement éclaté en trois blocs irréconciliables, sans majorité possible, quatre Premiers ministres en un an, et une instabilité sans précédent sous la Cinquième République. Le coup de maître espéré devint une faute stratégique majeure. C’est l’épisode d’Icare rejoué : l’altitude du calcul, puis la chute brutale.
L’irritation de Macron face à Collomb, rapportée à l’époque par les témoins, éclaire ce mécanisme : l’incapacité à entendre le conseil du fidèle. Comme Tirésias, le devin aveugle qui avertit Œdipe de ne pas chercher la vérité, face au roi sourd, Collomb avertissait sans être cru. Son adieu, le 3 octobre 2018, prit un ton prophétique : « Aujourd’hui, on vit côte à côte… Je crains que demain, on vive face à face. » La suite de l’histoire, des Gilets jaunes à la dissolution, n’aura fait qu’en confirmer la justesse terrible.
La mythologie grecque regorge de figures frappées d’hubris. Chacune illustre la même loi : celui qui se croit au-dessus des limites finit rappelé à l’ordre.
Prométhée, le Titan qui déroba le feu sacré aux dieux pour l’offrir aux hommes, fut enchaîné sur un rocher où un aigle dévorait son foie chaque jour pour l’éternité. Icare, fils de l’inventeur Dédale, s’échappa du labyrinthe grâce à des ailes de cire et de plumes, mais grisé par le vol, il s’approcha trop près du soleil qui fit fondre la cire, le.précipitant dans la mer. Œdipe, roi de Thèbes qui résolut l’énigme du Sphinx par son intelligence, découvrit malgré tous ses efforts pour échapper au destin qu’il avait tué son père et épousé sa mère, et se creva les yeux d’horreur. Achille, le plus grand guerrier grec dont la mère avait plongé le corps dans le Styx pour le rendre invulnérable, périt d’une flèche dans le seul point vulnérable de son anatomie : le talon par lequel elle l’avait tenu.
Ces mythes ne racontent pas la folie : ils décrivent la structure de la démesure humaine. Prométhée incarne la volonté de connaissance poussée jusqu’à la rébellion, Icare la jeunesse impatiente qui ne sait pas freiner son ascension, Œdipe la quête rationnelle menée jusqu’à la catastrophe, Achille la gloire autodestructrice qui refuse d’admettre sa fragilité. Emmanuel Macron concentre, à sa manière, quelque chose de chacun. Comme Prométhée, il s’est voulu porteur de feu — la lumière du savoir et de la modernité contre les obscurantismes français. Comme Icare, il a volé très haut, devenant à trente-neuf ans le plus jeune président de France. Comme Œdipe, il s’est lancé dans une quête de réforme systémique, persuadé de pouvoir dominer la fatalité française. Et comme Achille, il a cru en son invulnérabilité jusqu’à découvrir son talon : la résistance du peuple.
La crise des Gilets jaunes, entre 2018 et 2019, fut le premier retour du réel. Née d’une taxe carbone justifiée par les impératifs écologiques et budgétaires, le peuple vut une injustice supplémentaire pesant sur les plus fragiles. C’est le choc entre raison abstraite des élites et souffrance concrète de terrain. Les ronds-points occupés, les samedis de violence, les revendications confuses mais viscérales révélèrent une France que l’Élysée ne voyait plus : celle des périphéries, des fins de mois difficiles, du sentiment d’abandon.
La réforme des retraites, tentée en 2020 puis imposée en 2023, accentue ce divorce. Majoritairement rejetée par l’opinion et les syndicats, imposée par le 49.3 sans vote parlementaire, elle est perçue comme un acte d’arrogance plus que de courage. L’exécutif interpréte la résistance comme irrationnelle, confirmant l’isolement de celui qui croit détenir seul la vérité. Les manifestations massives, les blocages, les violences policières ne furent pas lus comme des signaux d’alerte mais comme des résistances archaïques à vaincre.
Enfin, la dissolution surprise du 9 juin 2024 incarne l’acmé de l’hubris macronienne. Convaincu de pouvoir clarifier la vie politique après la défaite de son camp aux élections européennes, le président dissout une Assemblée qu’il juge confuse et ingouvernable. Le résultat fut l’inverse de celui escompté : un Parlement éclaté en trois blocs irréconciliables, sans majorité possible, quatre Premiers ministres en un an, et une instabilité sans précédent sous la Cinquième République. Le coup de maître espéré devint une faute stratégique majeure. C’est l’épisode d’Icare rejoué : l’altitude du calcul, puis la chute brutale.
L’irritation de Macron face à Collomb, rapportée à l’époque par les témoins, éclaire ce mécanisme : l’incapacité à entendre le conseil du fidèle. Comme Tirésias, le devin aveugle qui avertit Œdipe de ne pas chercher la vérité, face au roi sourd, Collomb avertissait sans être cru. Son adieu, le 3 octobre 2018, prit un ton prophétique : « Aujourd’hui, on vit côte à côte… Je crains que demain, on vive face à face. » La suite de l’histoire, des Gilets jaunes à la dissolution, n’aura fait qu’en confirmer la justesse terrible.
ANATOMIE DE LA DÉMESURE
L’hubris s’installe lentement, nourrie par les succès successifs. Le cas Macron est un vrai laboratoire de cette pathologie politique…
ANATOMIE DE LA DÉMESURE
L’hubris s’installe lentement, nourrie par les succès successifs. Le cas Macron est un vrai laboratoire de cette pathologie politique. Le premier symptôme est la surestimation de soi. Emmanuel Macron a cru pouvoir résoudre les blocages français par la seule pédagogie rationnelle. Sa devise implicite — si le peuple résiste, c’est qu’il n’a pas compris — révèle un biais intellectuel profond : réduire le conflit social à un malentendu cognitif. L’intelligence devient alors un substitut à la légitimité, et l’explication une arme contre la contestation.
Vient ensuite la verticalité. En revendiquant le surnom de Jupiter, Macron a assumé un pouvoir au-dessus de la mêlée. Cette posture, efficace en temps de crise comme lors de la pandémie ou face à la guerre en Ukraine, devient toxique dans la durée. Elle isole le décideur, marginalise les contre-pouvoirs et transforme les collaborateurs en courtisans. Collomb l’avait noté avec inquiétude : « Une forme d’enfermement à l’Élysée. » Le palais devient une bulle où ne parviennent plus que les échos filtrés du réel.
Le troisième symptôme est la surdité aux avertissements. Les Gilets jaunes ? Des archaïsmes populistes. Les retraites ? Des corporatismes syndicaux. Collomb ? Un ingrat déçu de ne pas obtenir plus. L’hubris ne nie pas les faits : elle les requalifie jusqu’à les rendre compatibles avec sa vision. Ce n’est pas le réel qui a raison, c’est le pouvoir qui interprète mal ou qui n’explique pas assez. Cette circularité mentale rend toute correction impossible.
Quatrième symptôme : la griserie du succès. La victoire de 2017, l’admiration internationale, la stature européenne — tout cela a nourri la certitude d’une destinée exceptionnelle. Macron fut salué comme le sauveur du libéralisme à Berlin, le penseur global à Davos, le Bonaparte moderne par certains éditorialistes. Mais la gloire externe accentue l’aveuglement interne : l’homme qui fascine à l’étranger devient lointain pour son propre peuple.
Enfin, le plus profond : le sentiment de mission historique. Macron se perçoit refondateur. Il croit incarner la rationalité même du progrès, contre les forces du passé qui retardent l’inévitable modernisation. Cette dimension quasi hégélienne — l’Histoire validant son projet à long terme — justifie à ses yeux tous les passages en force. Ce n’est plus l’homme qui décide, c’est la nécessité historique qui commande à travers lui. C’est le degré suprême de l’hubris : confondre sa volonté avec la logique du monde, son ambition personnelle avec le sens de l’Histoire.
L’hubris s’installe lentement, nourrie par les succès successifs. Le cas Macron est un vrai laboratoire de cette pathologie politique. Le premier symptôme est la surestimation de soi. Emmanuel Macron a cru pouvoir résoudre les blocages français par la seule pédagogie rationnelle. Sa devise implicite — si le peuple résiste, c’est qu’il n’a pas compris — révèle un biais intellectuel profond : réduire le conflit social à un malentendu cognitif. L’intelligence devient alors un substitut à la légitimité, et l’explication une arme contre la contestation.
Vient ensuite la verticalité. En revendiquant le surnom de Jupiter, Macron a assumé un pouvoir au-dessus de la mêlée. Cette posture, efficace en temps de crise comme lors de la pandémie ou face à la guerre en Ukraine, devient toxique dans la durée. Elle isole le décideur, marginalise les contre-pouvoirs et transforme les collaborateurs en courtisans. Collomb l’avait noté avec inquiétude : « Une forme d’enfermement à l’Élysée. » Le palais devient une bulle où ne parviennent plus que les échos filtrés du réel.
Le troisième symptôme est la surdité aux avertissements. Les Gilets jaunes ? Des archaïsmes populistes. Les retraites ? Des corporatismes syndicaux. Collomb ? Un ingrat déçu de ne pas obtenir plus. L’hubris ne nie pas les faits : elle les requalifie jusqu’à les rendre compatibles avec sa vision. Ce n’est pas le réel qui a raison, c’est le pouvoir qui interprète mal ou qui n’explique pas assez. Cette circularité mentale rend toute correction impossible.
Quatrième symptôme : la griserie du succès. La victoire de 2017, l’admiration internationale, la stature européenne — tout cela a nourri la certitude d’une destinée exceptionnelle. Macron fut salué comme le sauveur du libéralisme à Berlin, le penseur global à Davos, le Bonaparte moderne par certains éditorialistes. Mais la gloire externe accentue l’aveuglement interne : l’homme qui fascine à l’étranger devient lointain pour son propre peuple.
Enfin, le plus profond : le sentiment de mission historique. Macron se perçoit refondateur. Il croit incarner la rationalité même du progrès, contre les forces du passé qui retardent l’inévitable modernisation. Cette dimension quasi hégélienne — l’Histoire validant son projet à long terme — justifie à ses yeux tous les passages en force. Ce n’est plus l’homme qui décide, c’est la nécessité historique qui commande à travers lui. C’est le degré suprême de l’hubris : confondre sa volonté avec la logique du monde, son ambition personnelle avec le sens de l’Histoire.
“L’hubris, ce n’est pas tant se brûler les ailes en volant trop haut, que partir voler sans parachute” Proverbe de la Ve République
LE RETOUR À LA MESURE
L’hubris n’appartient pas qu’à la mythologie : elle traverse les siècles, se déguise dans les habits du progrès ou de la raison, mais conserve sa structure immuable…
LE RETOUR À LA MESURE
L’hubris n’appartient pas qu’à la mythologie : elle traverse les siècles, se déguise dans les habits du progrès ou de la raison, mais conserve sa structure immuable. Emmanuel Macron en offre un exemple moderne. Grisé par sa réussite fulgurante, persuadé d’incarner la rationalité de l’Histoire contre les passions archaïques, il a voulu gouverner un peuple rétif par la seule vertu de la clarté intellectuelle. Gérard Collomb, prophétique, l’avait averti : « L’hubris, c’est la malédiction des dieux, quand vous devenez trop sûr de vous. »
Sept ans plus tard, la prophétie s’est réalisée avec une précision troublante : fracture sociale béante, instabilité politique structurelle, défiance généralisée envers les élites. La dissolution de 2024, geste jupitérien par excellence, a déclenché la némésis : un pays devenu ingouvernable, un président isolé, un système paralysé. Comme dans la tragédie antique, la chute n’est pas instantanée mais inéluctable. Le héros découvre trop tard que la démesure se paie toujours, que les limites existent même quand on refuse de les voir.
Mais, chez les Grecs, la tragédie ouvre la possibilité d’une catharsis, d’une purification par la reconnaissance. Les Grecs opposaient à l’hubris la sophrosynè, la tempérance. Ce n’est pas la résignation ou la faiblesse, mais la lucidité sur ses limites. Reconnaître que nul ne détient seul la vérité, qu’un projet politique n’est légitime que s’il est partagé, que gouverner c’est composer et non imposer. L’humilité, le rééquilibrage institutionnel, la culture du doute, le respect du temps long, la reconnexion avec le réel, l’acceptation de la finitude…
Au final, Macron laissera un double héritage : celui d’une audace qui a bousculé la politique française, brisé les partis traditionnels, modernisé certaines structures, et celui d’un isolement né de sa certitude d’avoir toujours raison. Il aura prouvé qu’en France, le génie politique peut surgir en dehors des appareils, mais qu’il s’épuise rapidement s’il se confond avec la toute-puissance.
Un système présidentialiste peut-il éviter l’hubris ? Probablement pas, tant que la République confiera à un seul homme la quasi-totalité du pouvoir, elle produira des figures d’Icare successives.
L’hubris n’est donc pas un défaut moral individuel : c’est une maladie systémique de nos démocraties verticales. Le remède n’est pas simplement de changer d’homme, mais de repenser le régime lui-même — plus équilibré, plus collégial, plus attentif aux forces vives du pays.
En attendant cette hypothétique refondation, les mots de Collomb résonnent comme une ultime mise en garde : « Les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre »
L’hubris n’appartient pas qu’à la mythologie : elle traverse les siècles, se déguise dans les habits du progrès ou de la raison, mais conserve sa structure immuable. Emmanuel Macron en offre un exemple moderne. Grisé par sa réussite fulgurante, persuadé d’incarner la rationalité de l’Histoire contre les passions archaïques, il a voulu gouverner un peuple rétif par la seule vertu de la clarté intellectuelle. Gérard Collomb, prophétique, l’avait averti : « L’hubris, c’est la malédiction des dieux, quand vous devenez trop sûr de vous. »
Sept ans plus tard, la prophétie s’est réalisée avec une précision troublante : fracture sociale béante, instabilité politique structurelle, défiance généralisée envers les élites. La dissolution de 2024, geste jupitérien par excellence, a déclenché la némésis : un pays devenu ingouvernable, un président isolé, un système paralysé. Comme dans la tragédie antique, la chute n’est pas instantanée mais inéluctable. Le héros découvre trop tard que la démesure se paie toujours, que les limites existent même quand on refuse de les voir.
Mais, chez les Grecs, la tragédie ouvre la possibilité d’une catharsis, d’une purification par la reconnaissance. Les Grecs opposaient à l’hubris la sophrosynè, la tempérance. Ce n’est pas la résignation ou la faiblesse, mais la lucidité sur ses limites. Reconnaître que nul ne détient seul la vérité, qu’un projet politique n’est légitime que s’il est partagé, que gouverner c’est composer et non imposer. L’humilité, le rééquilibrage institutionnel, la culture du doute, le respect du temps long, la reconnexion avec le réel, l’acceptation de la finitude…
Au final, Macron laissera un double héritage : celui d’une audace qui a bousculé la politique française, brisé les partis traditionnels, modernisé certaines structures, et celui d’un isolement né de sa certitude d’avoir toujours raison. Il aura prouvé qu’en France, le génie politique peut surgir en dehors des appareils, mais qu’il s’épuise rapidement s’il se confond avec la toute-puissance.
Un système présidentialiste peut-il éviter l’hubris ? Probablement pas, tant que la République confiera à un seul homme la quasi-totalité du pouvoir, elle produira des figures d’Icare successives.
L’hubris n’est donc pas un défaut moral individuel : c’est une maladie systémique de nos démocraties verticales. Le remède n’est pas simplement de changer d’homme, mais de repenser le régime lui-même — plus équilibré, plus collégial, plus attentif aux forces vives du pays.
En attendant cette hypothétique refondation, les mots de Collomb résonnent comme une ultime mise en garde : « Les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre »
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