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2 DÉCEMBRE  2025 (#132)

CHAQUE JOUR, LES POÈMES AIMENT QU'ON LES SÈME

Cinq poèmes, cinq époques, un même geste : dire ce qui échappe. Du Bellay cherche le pays perdu, Hugo la fille disparue, Rimbaud la vie fauchée, Verlaine le chagrin sans nom, Apollinaire l’amour qui s’écoule…
Cinq poèmes, cinq époques, un même geste : dire ce qui échappe. Du Bellay cherche le pays perdu, Hugo la fille disparue, Rimbaud la vie fauchée, Verlaine le chagrin sans nom, Apollinaire l’amour qui s’écoule. Tous transforment une expérience intime en vérité universelle, chacun avec une voix propre : humaniste, lyrique, visionnaire, musicale, moderne. Ensemble, ils traversent la littérature française — un chemin qui va de la nostalgie à la liberté, de la plainte à la lumière, et où la poésie, toujours, devient une manière d’habiter le monde.
VICTOR HUGO Chez Hugo, la poésie devient marche funèbre, avancée inexorable vers la douleur. Rien d’emphatique : la grandeur vient de l’épure..
VICTOR HUGO Chez Hugo, la poésie devient marche funèbre, avancée inexorable vers la douleur. Rien d’emphatique : la grandeur vient de l’épure. Chaque vers est un pas, chaque image un voile retiré sur l’indicible. Le poète transforme l’intime en universel, offrant l’un des plus puissants poèmes du deuil amoureux.
En trois strophes parfaitement bâties, il fait tenir toute la dignité d’un père brisé. Demain à l’aube… Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et, quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. ********** Écrit sur la vitre d’une fenêtre flamande J’aime l’araignée et j’aime l’ortie, Parce qu’on les hait ; Et que rien n’exauce et que tout châtie Leur morne souhait ; Parce qu’elles sont maudites, chétives, Noires, chagrines, Parce qu’elles sont toutes captives, Parce qu’elles sont toutes orphelines.
PAUL VERLAINE
Verlaine compose des sommets de poésie musicale. Les vers coulent comme la pluie, d’une douceur triste, presque sans contours.

PAUL VERLAINE

Verlaine compose des sommets de poésie musicale. Les vers coulent comme la pluie, d’une douceur triste, presque sans contours. Rien n’est raconté, tout est éprouvé : c’est l’état d’âme mis à nu, la mélancolie sans cause, le chagrin sans objet. Dans cette pure atmosphère intérieure, chaque rime devient une goutte, chaque inflexion un soupir. Et l’on comprend pourquoi Verlaine est maître des nuances infinies.



Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s’ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’écœure.

Quoi ! nulle trahison ?

Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine.

**********

Chanson d’automne (première strophe)

Les sanglots longs

Des violons

De l’automne

Blessent mon cœur

D’une langueur

Monotone.

JOACHIM DU BELLAY Du Bellay ouvre la modernité poétique par un sentiment simple et universel : le mal du pays. Dans ce sonnet limpide, l’humanisme renaissant prend une tournure intime…
JOACHIM DU BELLAY

Du Bellay ouvre la modernité poétique par un sentiment simple et universel : le mal du pays. Dans ce sonnet limpide, l’humanisme renaissant prend une tournure intime. Loin des exploits mythologiques qu’il évoque, Du Bellay célèbre la douceur d’un foyer ordinaire, la vérité d’un paysage natal. Par la sobriété de sa langue, il affirme que la plus grande aventure est parfois le retour vers ce que l’on aime.



Heureux qui, comme Ulysse…

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !



Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?



Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la douceur angevine.



**********



Mignonne, allons voir si la rose… (extrait)

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil

N’a point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée…

ARTHUR RIMBAUD En seize vers fulgurants, Rimbaud renverse le regard. Le poème s’ouvre comme un tableau idyllique : herbe, lumière, rumeur de rivière…
ARTHUR RIMBAUD

En seize vers fulgurants, Rimbaud renverse le regard. Le poème s’ouvre comme un tableau idyllique : herbe, lumière, rumeur de rivière… Puis, insensiblement, la beauté tourne au tragique. La magie tient à cette soudaineté : voir ce que le lecteur n’avait pas vu, entendre ce que le monde ne dit plus. Cette violence silencieuse fait du sonnet un acte d’accusation contre la guerre, écrit par un adolescent visionnaire.



Le Dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.



Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.



Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme.



Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.



**********



Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l’herbe menue…

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.



Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme ;

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature — heureux comme avec une femme.

« Cinq siècles, cinq voix — et toujours le même miracle : quelques mots, et le monde devient plus grand »
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GUILLAUME APOLLINAIRE
Avec Apollinaire, la poésie bascule dans la modernité. Les vers s’allongent, s’amenuisent, respirent comme une eau mouvante…

GUILLAUME APOLLINAIRE

Avec Apollinaire, la poésie bascule dans la modernité. Les vers s’allongent, s’amenuisent, respirent comme une eau mouvante. Le poème chante l’amour perdu mais ne s’y arrête jamais : il coule, comme la Seine sous le pont, vers un temps irréversible. La musique du refrain revient, obstinée, comme un ressac intérieur. Entre nostalgie et dépouillement, Apollinaire touche à une pureté presque chantée.

Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours

Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous

Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé

Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure.

**********

Le Chat

Je souhaite dans ma maison :

Une femme ayant sa raison,

Un chat passant parmi les livres,

Des amis en toute saison

Sans lesquels je ne peux pas vivre.

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