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8 JUIN 2026
LA VACCINATION DE MASSE
Le 14 mai 1796, Edward Jenner, mĂ©decin de campagne anglais du Gloucestershire, observe que les filles de ferme ayant contractĂ© la vaccine — une maladie bĂ©nigne des bovins — semblent protĂ©gĂ©es de la variole humaine lors des Ă©pidĂ©mies. Il prĂ©lève du liquide d’une pustule sur le bras d’une trayeuse nommĂ©e Sarah Nelmes, qui l’avait elle-mĂŞme contractĂ©e auprès d’une vache appelĂ©e Blossom, et l’inocule Ă un enfant de huit ans, James Phipps, fils de son jardinier. Quelques semaines plus tard, il expose l’enfant au virus de la variole….
Le 14 mai 1796, Edward Jenner, mĂ©decin de campagne anglais du Gloucestershire, observe que les filles de ferme ayant contractĂ© la vaccine — une maladie bĂ©nigne des bovins — semblent protĂ©gĂ©es de la variole humaine lors des Ă©pidĂ©mies. Il prĂ©lève du liquide d’une pustule sur le bras d’une trayeuse nommĂ©e Sarah Nelmes, qui l’avait elle-mĂŞme contractĂ©e auprès d’une vache appelĂ©e Blossom, et l’inocule Ă un enfant de huit ans, James Phipps, fils de son jardinier. Quelques semaines plus tard, il expose l’enfant au virus de la variole. James ne dĂ©veloppe pas la maladie. Jenner venait d’inventer la vaccination — le mot vient du latin « vacca », vache. Il ne savait pas ce qu’Ă©tait un virus. Il ne savait pas comment fonctionnait le système immunitaire. Il avait simplement observĂ© et expĂ©rimentĂ©.
Ce que Jenner venait de dĂ©clencher est la plus grande rĂ©volution de santĂ© publique de l’histoire. Le 2 mai 2024, The Lancet publie une Ă©tude conduite par l’OMS sur cinquante ans de Programme Ă©largi de vaccination : la vaccination contre quatorze maladies a fait reculer la mortalitĂ© d’au moins 154 millions de morts entre juin 1974 et mai 2024. Soit l’Ă©quivalent de six vies sauvĂ©es chaque minute pendant cinquante ans. 101 millions de ces vies Ă©taient celles de nourrissons de moins d’un an, 146 millions celles d’enfants de moins de cinq ans. La vaccination explique 40 % du recul de la mortalitĂ© infantile mondiale, 52 % dans la rĂ©gion africaine. Ă€ elle seule, la vaccination antirougeoleuse a sauvĂ© 93,7 millions de vies — 60,8 % du total.
La variole tuait entre un et deux millions de personnes par an au milieu du XXᵉ siècle. Elle est la seule maladie infectieuse humaine Ă avoir Ă©tĂ© entièrement Ă©radiquĂ©e par la vaccination. Le 8 mai 1980, la 33ᵉ AssemblĂ©e mondiale de la santĂ© certifie officiellement que la variole a disparu de la surface de la Terre. Deux cents ans après le premier vaccin de Jenner. Plus de vingt millions de personnes qui auraient Ă©tĂ© paralysĂ©es par la polio peuvent aujourd’hui marcher grâce Ă la vaccination. La polio est, elle, Ă la veille d’ĂŞtre Ă©radiquĂ©e Ă son tour : elle ne circule plus Ă l’Ă©tat endĂ©mique que dans deux pays.
Et puis arrive la Covid-19. En onze mois, entre janvier et dĂ©cembre 2020, des scientifiques de BioNTech, Moderna et d’autres laboratoires dĂ©veloppent, testent et obtiennent une autorisation d’urgence pour des vaccins utilisant une technologie entièrement nouvelle : l’ARN messager. Les chercheurs chinois publient la sĂ©quence gĂ©nĂ©tique du SARS-CoV-2 le 11 janvier 2020. Moderna finalise son code vaccinal deux jours plus tard, le 13 janvier. Le premier volontaire reçoit l’injection le 16 mars, soit 66 jours après la publication de la sĂ©quence. C’est la vitesse de dĂ©veloppement la plus rapide de l’histoire de la vaccinologie. Le prĂ©cĂ©dent record — le vaccin contre les oreillons — avait demandĂ© quatre ans.
Aujourd’hui, cette victoire est menacĂ©e de l’intĂ©rieur. La dĂ©sinformation vaccinale, amplifiĂ©e par les rĂ©seaux sociaux et instrumentĂ©e politiquement, a fait reculer les taux de vaccination dans plus d’une centaine de pays depuis la pandĂ©mie. Aux États-Unis, la nomination de Robert F. Kennedy Jr. comme SecrĂ©taire Ă la SantĂ©, confirmĂ©e le 13 fĂ©vrier 2025, a placĂ© un opposant historique aux vaccins ARNm Ă la tĂŞte de la politique sanitaire amĂ©ricaine. Dans certains pays riches, la rougeole — une maladie Ă©vitable depuis 1963 — est revenue en force. Les vaccins sont victimes de leur propre succès : ils ont fait disparaĂ®tre les maladies qu’ils combattaient, et les gĂ©nĂ©rations qui n’ont jamais vu ces maladies oublient pourquoi elles sont vaccinĂ©es.
Ce que Jenner venait de dĂ©clencher est la plus grande rĂ©volution de santĂ© publique de l’histoire. Le 2 mai 2024, The Lancet publie une Ă©tude conduite par l’OMS sur cinquante ans de Programme Ă©largi de vaccination : la vaccination contre quatorze maladies a fait reculer la mortalitĂ© d’au moins 154 millions de morts entre juin 1974 et mai 2024. Soit l’Ă©quivalent de six vies sauvĂ©es chaque minute pendant cinquante ans. 101 millions de ces vies Ă©taient celles de nourrissons de moins d’un an, 146 millions celles d’enfants de moins de cinq ans. La vaccination explique 40 % du recul de la mortalitĂ© infantile mondiale, 52 % dans la rĂ©gion africaine. Ă€ elle seule, la vaccination antirougeoleuse a sauvĂ© 93,7 millions de vies — 60,8 % du total.
La variole tuait entre un et deux millions de personnes par an au milieu du XXᵉ siècle. Elle est la seule maladie infectieuse humaine Ă avoir Ă©tĂ© entièrement Ă©radiquĂ©e par la vaccination. Le 8 mai 1980, la 33ᵉ AssemblĂ©e mondiale de la santĂ© certifie officiellement que la variole a disparu de la surface de la Terre. Deux cents ans après le premier vaccin de Jenner. Plus de vingt millions de personnes qui auraient Ă©tĂ© paralysĂ©es par la polio peuvent aujourd’hui marcher grâce Ă la vaccination. La polio est, elle, Ă la veille d’ĂŞtre Ă©radiquĂ©e Ă son tour : elle ne circule plus Ă l’Ă©tat endĂ©mique que dans deux pays.
Et puis arrive la Covid-19. En onze mois, entre janvier et dĂ©cembre 2020, des scientifiques de BioNTech, Moderna et d’autres laboratoires dĂ©veloppent, testent et obtiennent une autorisation d’urgence pour des vaccins utilisant une technologie entièrement nouvelle : l’ARN messager. Les chercheurs chinois publient la sĂ©quence gĂ©nĂ©tique du SARS-CoV-2 le 11 janvier 2020. Moderna finalise son code vaccinal deux jours plus tard, le 13 janvier. Le premier volontaire reçoit l’injection le 16 mars, soit 66 jours après la publication de la sĂ©quence. C’est la vitesse de dĂ©veloppement la plus rapide de l’histoire de la vaccinologie. Le prĂ©cĂ©dent record — le vaccin contre les oreillons — avait demandĂ© quatre ans.
Aujourd’hui, cette victoire est menacĂ©e de l’intĂ©rieur. La dĂ©sinformation vaccinale, amplifiĂ©e par les rĂ©seaux sociaux et instrumentĂ©e politiquement, a fait reculer les taux de vaccination dans plus d’une centaine de pays depuis la pandĂ©mie. Aux États-Unis, la nomination de Robert F. Kennedy Jr. comme SecrĂ©taire Ă la SantĂ©, confirmĂ©e le 13 fĂ©vrier 2025, a placĂ© un opposant historique aux vaccins ARNm Ă la tĂŞte de la politique sanitaire amĂ©ricaine. Dans certains pays riches, la rougeole — une maladie Ă©vitable depuis 1963 — est revenue en force. Les vaccins sont victimes de leur propre succès : ils ont fait disparaĂ®tre les maladies qu’ils combattaient, et les gĂ©nĂ©rations qui n’ont jamais vu ces maladies oublient pourquoi elles sont vaccinĂ©es.
La variolisation — l’ancienne pratique qui consiste Ă inoculer volontairement du pus de malades atteints d’une forme bĂ©nigne de variole — existait en Chine dès le XVᵉ siècle et dans le monde arabe et ottoman avant d’arriver en Europe au XVIIIᵉ siècle. Elle rĂ©duisait la mortalitĂ© mais comportait un risque rĂ©el : certains inoculĂ©s dĂ©veloppaient une forme grave et pouvaient en mourir. Jenner a remplacĂ© cette mĂ©thode par une inoculation avec un agent non humain — la vaccine bovine — qui protège sans risque de variole grave….
La variolisation — l’ancienne pratique qui consiste Ă inoculer volontairement du pus de malades atteints d’une forme bĂ©nigne de variole — existait en Chine dès le XVᵉ siècle et dans le monde arabe et ottoman avant d’arriver en Europe au XVIIIᵉ siècle. Elle rĂ©duisait la mortalitĂ© mais comportait un risque rĂ©el : certains inoculĂ©s dĂ©veloppaient une forme grave et pouvaient en mourir. Jenner a remplacĂ© cette mĂ©thode par une inoculation avec un agent non humain — la vaccine bovine — qui protège sans risque de variole grave. Il avait compris le principe d’immunitĂ© croisĂ©e sans savoir ce qu’Ă©tait un virus ni comment fonctionnait un anticorps. Sa publication de 1798, l’Inquiry, fonde la vaccinologie moderne.
Louis Pasteur est le deuxième père fondateur. En 1879, il dĂ©couvre par hasard le principe de l’attĂ©nuation : un microbe vieilli et affaibli au contact de l’oxygène ne provoque plus la maladie mais dĂ©clenche une immunitĂ©. Il applique ce principe au cholĂ©ra des poules, puis au charbon, puis Ă la rage. Le 6 juillet 1885, il inocule son vaccin antirabique Ă un jeune Alsacien de neuf ans, Joseph Meister, grièvement mordu par un chien enragĂ©. L’enfant survit. C’est la première vaccination humaine contre un virus en dehors de la variole. Pasteur comprend que ses vaccins fonctionnent selon le mĂŞme principe que celui de Jenner : montrer au système immunitaire un ennemi affaibli pour qu’il apprenne Ă le combattre.
Le XXᵉ siècle est l’âge d’or de la vaccinologie. Gaston Ramon dĂ©couvre dans les annĂ©es 1920 que les toxines de la diphtĂ©rie et du tĂ©tanos inactivĂ©es par le formol conservent leur pouvoir immunogène : c’est la naissance des anatoxines, composants de base de nos vaccins DTP toujours utilisĂ©s. Jonas Salk et Albert Sabin dĂ©veloppent dans les annĂ©es 1950 les premiers vaccins contre la polio, l’un injectĂ© (Salk, 1955), l’autre oral (Sabin, 1961). Maurice Hilleman combine en un seul vaccin les protections contre la rougeole (1963), les oreillons (1967) et la rubĂ©ole (1969) : c’est le ROR, qui protège encore aujourd’hui des centaines de millions d’enfants. Hilleman a contribuĂ© seul Ă plus de quarante vaccins humains ou vĂ©tĂ©rinaires homologuĂ©s.
En 1974, l’AssemblĂ©e mondiale de la SantĂ© lance le Programme Ă©largi de vaccination (PEV). Au dĂ©part, moins de 5 % des nourrissons mondiaux bĂ©nĂ©ficiaient d’une vaccination systĂ©matique. Aujourd’hui, environ 84 % reçoivent les trois doses du vaccin DTC, marqueur mondial de couverture vaccinale. En 2000, Gavi, l’Alliance du Vaccin — rĂ©unissant OMS, UNICEF, Fondation Bill et Melinda Gates et bailleurs publics — est créée pour Ă©tendre la vaccination aux pays les plus pauvres. Elle fournit aujourd’hui des vaccins contre dix-huit maladies infectieuses et a permis l’immunisation de plus d’un milliard d’enfants depuis sa crĂ©ation. C’est le programme de santĂ© publique qui a sauvĂ© le plus de vies après l’accès Ă l’eau potable.
Louis Pasteur est le deuxième père fondateur. En 1879, il dĂ©couvre par hasard le principe de l’attĂ©nuation : un microbe vieilli et affaibli au contact de l’oxygène ne provoque plus la maladie mais dĂ©clenche une immunitĂ©. Il applique ce principe au cholĂ©ra des poules, puis au charbon, puis Ă la rage. Le 6 juillet 1885, il inocule son vaccin antirabique Ă un jeune Alsacien de neuf ans, Joseph Meister, grièvement mordu par un chien enragĂ©. L’enfant survit. C’est la première vaccination humaine contre un virus en dehors de la variole. Pasteur comprend que ses vaccins fonctionnent selon le mĂŞme principe que celui de Jenner : montrer au système immunitaire un ennemi affaibli pour qu’il apprenne Ă le combattre.
Le XXᵉ siècle est l’âge d’or de la vaccinologie. Gaston Ramon dĂ©couvre dans les annĂ©es 1920 que les toxines de la diphtĂ©rie et du tĂ©tanos inactivĂ©es par le formol conservent leur pouvoir immunogène : c’est la naissance des anatoxines, composants de base de nos vaccins DTP toujours utilisĂ©s. Jonas Salk et Albert Sabin dĂ©veloppent dans les annĂ©es 1950 les premiers vaccins contre la polio, l’un injectĂ© (Salk, 1955), l’autre oral (Sabin, 1961). Maurice Hilleman combine en un seul vaccin les protections contre la rougeole (1963), les oreillons (1967) et la rubĂ©ole (1969) : c’est le ROR, qui protège encore aujourd’hui des centaines de millions d’enfants. Hilleman a contribuĂ© seul Ă plus de quarante vaccins humains ou vĂ©tĂ©rinaires homologuĂ©s.
En 1974, l’AssemblĂ©e mondiale de la SantĂ© lance le Programme Ă©largi de vaccination (PEV). Au dĂ©part, moins de 5 % des nourrissons mondiaux bĂ©nĂ©ficiaient d’une vaccination systĂ©matique. Aujourd’hui, environ 84 % reçoivent les trois doses du vaccin DTC, marqueur mondial de couverture vaccinale. En 2000, Gavi, l’Alliance du Vaccin — rĂ©unissant OMS, UNICEF, Fondation Bill et Melinda Gates et bailleurs publics — est créée pour Ă©tendre la vaccination aux pays les plus pauvres. Elle fournit aujourd’hui des vaccins contre dix-huit maladies infectieuses et a permis l’immunisation de plus d’un milliard d’enfants depuis sa crĂ©ation. C’est le programme de santĂ© publique qui a sauvĂ© le plus de vies après l’accès Ă l’eau potable.
Un vaccin fonctionne en activant la mĂ©moire immunitaire sans provoquer la maladie. Le système immunitaire humain dispose de deux lignes de dĂ©fense : l’immunitĂ© innĂ©e (rĂ©action immĂ©diate et non spĂ©cifique) et l’immunitĂ© adaptative (rĂ©ponse spĂ©cifique qui crĂ©e des anticorps et des lymphocytes mĂ©moire). Quand on rencontre un agent pathogène pour la première fois, la rĂ©ponse adaptative met plusieurs jours Ă se mettre en place : c’est le temps pendant lequel la maladie peut s’installer….
Un vaccin fonctionne en activant la mĂ©moire immunitaire sans provoquer la maladie. Le système immunitaire humain dispose de deux lignes de dĂ©fense : l’immunitĂ© innĂ©e (rĂ©action immĂ©diate et non spĂ©cifique) et l’immunitĂ© adaptative (rĂ©ponse spĂ©cifique qui crĂ©e des anticorps et des lymphocytes mĂ©moire). Quand on rencontre un agent pathogène pour la première fois, la rĂ©ponse adaptative met plusieurs jours Ă se mettre en place : c’est le temps pendant lequel la maladie peut s’installer. Un vaccin Ă©duque le système immunitaire Ă reconnaĂ®tre l’ennemi Ă l’avance. En cas de contact rĂ©el, la rĂ©ponse est immĂ©diate et Ă©limine l’agent pathogène avant qu’il puisse provoquer la maladie.
Il existe plusieurs types de vaccins. Les vaccins vivants atténués utilisent une version affaiblie du pathogène : ROR, varicelle, fièvre jaune. Ils confèrent une immunité longue durée mais ne peuvent pas être administrés aux personnes immunodéprimées. Les vaccins inactivés utilisent un agent pathogène tué : grippe (certaines formulations), polio injectable. Les vaccins sous-unitaires utilisent seulement un fragment du pathogène — protéine ou polysaccharide — : hépatite B, coqueluche acellulaire, pneumocoque. Et depuis 2020, les vaccins à ARN messager : une instruction génétique temporaire qui dit aux cellules de produire une protéine du pathogène pour déclencher la réponse immunitaire.
L’immunitĂ© collective — ou immunitĂ© de groupe — est le mĂ©canisme qui permet de protĂ©ger les personnes non vaccinĂ©es par la vaccination des autres. Quand une proportion suffisamment Ă©levĂ©e de la population est immunisĂ©e, le virus ne trouve plus assez d’hĂ´tes susceptibles pour se propager et circule moins. Le seuil varie selon la contagiositĂ© du pathogène : environ 95 % pour la rougeole, très contagieuse, 80 % Ă 85 % pour la polio. Ceux qui ne peuvent pas ĂŞtre vaccinĂ©s — nourrissons trop jeunes, personnes immunodĂ©primĂ©es, certains patients en chimiothĂ©rapie — dĂ©pendent de cet Ă©cran collectif. Quand la couverture vaccinale chute, ce sont eux qui paient en premier.
L’ARN messager est la rupture technologique la plus importante en vaccinologie depuis Pasteur. La technologie a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e depuis les annĂ©es 1990 par des chercheurs acadĂ©miques — dont Katalin KarikĂł et Drew Weissman, laurĂ©ats du prix Nobel de physiologie ou mĂ©decine 2023 pour leurs travaux sur l’ARNm modifiĂ©. Elle n’avait jamais dĂ©passĂ© le stade des essais cliniques avant la pandĂ©mie. La Covid-19 a tout changĂ© : en moins d’un an, les vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s, testĂ©s sur des dizaines de milliers de personnes et autorisĂ©s en urgence avec une efficacitĂ© supĂ©rieure Ă 90 % contre les formes symptomatiques. Plus de treize milliards de doses ont Ă©tĂ© administrĂ©es dans le monde. Cette technologie est maintenant appliquĂ©e Ă la grippe, au virus respiratoire syncytial (VRS), et Ă certains cancers en essais cliniques avancĂ©s.
Il existe plusieurs types de vaccins. Les vaccins vivants atténués utilisent une version affaiblie du pathogène : ROR, varicelle, fièvre jaune. Ils confèrent une immunité longue durée mais ne peuvent pas être administrés aux personnes immunodéprimées. Les vaccins inactivés utilisent un agent pathogène tué : grippe (certaines formulations), polio injectable. Les vaccins sous-unitaires utilisent seulement un fragment du pathogène — protéine ou polysaccharide — : hépatite B, coqueluche acellulaire, pneumocoque. Et depuis 2020, les vaccins à ARN messager : une instruction génétique temporaire qui dit aux cellules de produire une protéine du pathogène pour déclencher la réponse immunitaire.
L’immunitĂ© collective — ou immunitĂ© de groupe — est le mĂ©canisme qui permet de protĂ©ger les personnes non vaccinĂ©es par la vaccination des autres. Quand une proportion suffisamment Ă©levĂ©e de la population est immunisĂ©e, le virus ne trouve plus assez d’hĂ´tes susceptibles pour se propager et circule moins. Le seuil varie selon la contagiositĂ© du pathogène : environ 95 % pour la rougeole, très contagieuse, 80 % Ă 85 % pour la polio. Ceux qui ne peuvent pas ĂŞtre vaccinĂ©s — nourrissons trop jeunes, personnes immunodĂ©primĂ©es, certains patients en chimiothĂ©rapie — dĂ©pendent de cet Ă©cran collectif. Quand la couverture vaccinale chute, ce sont eux qui paient en premier.
L’ARN messager est la rupture technologique la plus importante en vaccinologie depuis Pasteur. La technologie a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e depuis les annĂ©es 1990 par des chercheurs acadĂ©miques — dont Katalin KarikĂł et Drew Weissman, laurĂ©ats du prix Nobel de physiologie ou mĂ©decine 2023 pour leurs travaux sur l’ARNm modifiĂ©. Elle n’avait jamais dĂ©passĂ© le stade des essais cliniques avant la pandĂ©mie. La Covid-19 a tout changĂ© : en moins d’un an, les vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s, testĂ©s sur des dizaines de milliers de personnes et autorisĂ©s en urgence avec une efficacitĂ© supĂ©rieure Ă 90 % contre les formes symptomatiques. Plus de treize milliards de doses ont Ă©tĂ© administrĂ©es dans le monde. Cette technologie est maintenant appliquĂ©e Ă la grippe, au virus respiratoire syncytial (VRS), et Ă certains cancers en essais cliniques avancĂ©s.
L’opposition Ă la vaccination est nĂ©e avec la vaccination elle-mĂŞme. Dès les premiers vaccins antivarioliques de Jenner, des caricatures anglaises — notamment celle de James Gillray en 1802 — montrent des patients voyant pousser des tĂŞtes de vaches après inoculation. Il s’agissait d’une substance bovine, après tout. La Vaccination Act britannique de 1853, rendant la vaccination antivariolique obligatoire, a dĂ©clenchĂ© des protestations massives au nom de la libertĂ© individuelle….
L’opposition Ă la vaccination est nĂ©e avec la vaccination elle-mĂŞme. Dès les premiers vaccins antivarioliques de Jenner, des caricatures anglaises — notamment celle de James Gillray en 1802 — montrent des patients voyant pousser des tĂŞtes de vaches après inoculation. Il s’agissait d’une substance bovine, après tout. La Vaccination Act britannique de 1853, rendant la vaccination antivariolique obligatoire, a dĂ©clenchĂ© des protestations massives au nom de la libertĂ© individuelle. MontrĂ©al a connu des Ă©meutes antivaccin en 1885 lors d’une Ă©pidĂ©mie de variole qui a causĂ© plus de 3 000 morts, largement concentrĂ©s dans les quartiers oĂą la vaccination Ă©tait refusĂ©e. La rĂ©sistance Ă la vaccination est une constante de l’histoire, pas une invention des rĂ©seaux sociaux.
La crise contemporaine de l’antivaccination est amplifiĂ©e mais pas créée par Internet. En 1998, le mĂ©decin britannique Andrew Wakefield publie dans The Lancet un article prĂ©tendant Ă©tablir un lien entre le vaccin ROR et l’autisme. L’article Ă©tait frauduleux : Wakefield avait fabriquĂ© ses donnĂ©es et avait des conflits d’intĂ©rĂŞts non dĂ©clarĂ©s liĂ©s Ă un projet concurrent de vaccin. The Lancet retire l’article en 2010. Wakefield est radiĂ© du corps mĂ©dical la mĂŞme annĂ©e. Des dizaines d’Ă©tudes portant sur des millions d’enfants ont conclu Ă l’absence totale de lien entre le ROR et l’autisme. La fraude de Wakefield a quand mĂŞme fait chuter les taux de vaccination au Royaume-Uni et provoquĂ© des Ă©pidĂ©mies de rougeole qui se prolongent encore vingt-cinq ans après.
La Covid-19 a créé un Ă©cosystème de dĂ©sinformation vaccinale sans prĂ©cĂ©dent en ampleur et en vitesse de diffusion. Des thĂ©ories infondĂ©es — que les vaccins Ă ARNm modifieraient l’ADN humain (faux : l’ARNm ne pĂ©nètre jamais dans le noyau cellulaire), qu’ils contiendraient des micropuces (faux), qu’ils causeraient une mortalitĂ© supĂ©rieure Ă celle de la Covid (faux, l’inverse est documentĂ© par toutes les Ă©tudes de pharmacovigilance) — ont circulĂ© en milliards d’exemplaires. Aux États-Unis, la politisation de la vaccination a atteint un niveau inĂ©dit. En 2025, Robert F. Kennedy Jr., devenu SecrĂ©taire Ă la SantĂ© le 13 fĂ©vrier, a limogĂ© les dix-sept membres du comitĂ© consultatif sur l’immunisation (ACIP) des CDC, annulĂ© près de cinq cents millions de dollars de recherche sur les vaccins ARNm, et retirĂ© la recommandation de la dose nĂ©onatale d’hĂ©patite B. La politique vaccinale d’un G7 vacille pour la première fois depuis 1974.
Les consĂ©quences sont visibles. La rougeole — une maladie parfaitement Ă©vitable — a fait un retour massif dans les pays qui avaient pourtant atteint des taux de vaccination supĂ©rieurs Ă 90 % dans les annĂ©es 2000. L’OMS estime qu’une couverture de 95 % avec deux doses est nĂ©cessaire pour protĂ©ger les communautĂ©s contre les Ă©pidĂ©mies. Le taux mondial de première dose plafonne autour de 83 % et celui de deuxième dose Ă 74 %, ce qui contribue Ă des flambĂ©es rĂ©currentes. 33 millions d’enfants n’ont pas reçu en 2022 une dose du vaccin contre la rougeole pourtant nĂ©cessaire. En 2025, les États-Unis ont enregistrĂ© leur premier dĂ©cès par rougeole en une dĂ©cennie. Les vaccins sont victimes de leur propre rĂ©ussite : ils ont fait oublier les maladies qu’ils Ă©liminent.
La crise contemporaine de l’antivaccination est amplifiĂ©e mais pas créée par Internet. En 1998, le mĂ©decin britannique Andrew Wakefield publie dans The Lancet un article prĂ©tendant Ă©tablir un lien entre le vaccin ROR et l’autisme. L’article Ă©tait frauduleux : Wakefield avait fabriquĂ© ses donnĂ©es et avait des conflits d’intĂ©rĂŞts non dĂ©clarĂ©s liĂ©s Ă un projet concurrent de vaccin. The Lancet retire l’article en 2010. Wakefield est radiĂ© du corps mĂ©dical la mĂŞme annĂ©e. Des dizaines d’Ă©tudes portant sur des millions d’enfants ont conclu Ă l’absence totale de lien entre le ROR et l’autisme. La fraude de Wakefield a quand mĂŞme fait chuter les taux de vaccination au Royaume-Uni et provoquĂ© des Ă©pidĂ©mies de rougeole qui se prolongent encore vingt-cinq ans après.
La Covid-19 a créé un Ă©cosystème de dĂ©sinformation vaccinale sans prĂ©cĂ©dent en ampleur et en vitesse de diffusion. Des thĂ©ories infondĂ©es — que les vaccins Ă ARNm modifieraient l’ADN humain (faux : l’ARNm ne pĂ©nètre jamais dans le noyau cellulaire), qu’ils contiendraient des micropuces (faux), qu’ils causeraient une mortalitĂ© supĂ©rieure Ă celle de la Covid (faux, l’inverse est documentĂ© par toutes les Ă©tudes de pharmacovigilance) — ont circulĂ© en milliards d’exemplaires. Aux États-Unis, la politisation de la vaccination a atteint un niveau inĂ©dit. En 2025, Robert F. Kennedy Jr., devenu SecrĂ©taire Ă la SantĂ© le 13 fĂ©vrier, a limogĂ© les dix-sept membres du comitĂ© consultatif sur l’immunisation (ACIP) des CDC, annulĂ© près de cinq cents millions de dollars de recherche sur les vaccins ARNm, et retirĂ© la recommandation de la dose nĂ©onatale d’hĂ©patite B. La politique vaccinale d’un G7 vacille pour la première fois depuis 1974.
Les consĂ©quences sont visibles. La rougeole — une maladie parfaitement Ă©vitable — a fait un retour massif dans les pays qui avaient pourtant atteint des taux de vaccination supĂ©rieurs Ă 90 % dans les annĂ©es 2000. L’OMS estime qu’une couverture de 95 % avec deux doses est nĂ©cessaire pour protĂ©ger les communautĂ©s contre les Ă©pidĂ©mies. Le taux mondial de première dose plafonne autour de 83 % et celui de deuxième dose Ă 74 %, ce qui contribue Ă des flambĂ©es rĂ©currentes. 33 millions d’enfants n’ont pas reçu en 2022 une dose du vaccin contre la rougeole pourtant nĂ©cessaire. En 2025, les États-Unis ont enregistrĂ© leur premier dĂ©cès par rougeole en une dĂ©cennie. Les vaccins sont victimes de leur propre rĂ©ussite : ils ont fait oublier les maladies qu’ils Ă©liminent.
L’inĂ©galitĂ© vaccinale est la grande blessure de la pandĂ©mie de Covid-19. Pendant que les pays riches vaccinaient leur population en quelques mois, l’Afrique subsaharienne n’atteignait qu’un taux de vaccination complète de 16 % en mars 2022. L’initiative COVAX, censĂ©e assurer un accès Ă©quitable aux vaccins, a Ă©tĂ© largement dĂ©bordĂ©e par le nationalisme vaccinal des pays riches qui avaient prĂ©achetĂ© des volumes considĂ©rables….
L’inĂ©galitĂ© vaccinale est la grande blessure de la pandĂ©mie de Covid-19. Pendant que les pays riches vaccinaient leur population en quelques mois, l’Afrique subsaharienne n’atteignait qu’un taux de vaccination complète de 16 % en mars 2022. L’initiative COVAX, censĂ©e assurer un accès Ă©quitable aux vaccins, a Ă©tĂ© largement dĂ©bordĂ©e par le nationalisme vaccinal des pays riches qui avaient prĂ©achetĂ© des volumes considĂ©rables. L’unique usine de vaccins Covid-19 en Afrique — le groupe sud-africain Aspen, sous licence Johnson & Johnson — a frĂ´lĂ© la fermeture en 2022 faute de commandes, alors que des millions de doses expiraient en Europe faute de preneurs. La gĂ©ographie de la vaccination reproduit exactement la gĂ©ographie des inĂ©galitĂ©s mondiales.
Le dĂ©bat sur les brevets a Ă©tĂ© l’un des plus vifs de la pandĂ©mie. L’Inde et l’Afrique du Sud, soutenues par l’OMS et de nombreuses ONG, ont demandĂ© dès octobre 2020 une dĂ©rogation temporaire aux droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle sur les vaccins et traitements Covid Ă l’Organisation mondiale du commerce. Un accord limitĂ© a Ă©tĂ© conclu en juin 2022, jugĂ© largement insuffisant par ses promoteurs. Les laboratoires pharmaceutiques s’y sont opposĂ©s, arguant que les brevets rĂ©munèrent l’innovation et que la vraie limite Ă©tait les capacitĂ©s de production, pas les droits. Cet Ă©change a rĂ©vĂ©lĂ© la tension fondamentale entre la logique de la propriĂ©tĂ© intellectuelle privĂ©e et la logique des biens publics mondiaux de santĂ©. Les vaccins ARNm ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s en grande partie sur fonds publics — l’opĂ©ration Warp Speed amĂ©ricaine a engagĂ© plus de douze milliards de dollars. Ils ont Ă©tĂ© brevetĂ©s par des entreprises privĂ©es.
L’obligation vaccinale est le troisième grand champ de controverse. Les États ont-ils le droit de contraindre les individus Ă se vacciner pour protĂ©ger la collectivitĂ© ? La France a une longue tradition d’obligations vaccinales : la loi du 30 dĂ©cembre 2017 a fait passer de trois Ă onze le nombre de vaccinations obligatoires pour les nourrissons nĂ©s Ă partir du 1ᵉʳ janvier 2018, et deux vaccins supplĂ©mentaires contre les mĂ©ningocoques ACWY et B s’y sont ajoutĂ©s en 2025 pour les enfants nĂ©s Ă partir de 2023 — soit treize au total. L’extension du passe vaccinal pendant la Covid, qui conditionnait l’accès aux espaces publics Ă la vaccination, a suscitĂ© des dĂ©bats intenses sur la libertĂ© individuelle, le consentement Ă©clairĂ© et les limites de l’autoritĂ© sanitaire. Les tĂ©moignages d’effets indĂ©sirables rares — rĂ©els pour certains, exagĂ©rĂ©s pour d’autres — ont alimentĂ© une dĂ©fiance durable dans plusieurs pays.
Le dĂ©fi de la surveillance post-vaccination est un enjeu technique souvent nĂ©gligĂ©. Les essais cliniques, mĂŞme sur des dizaines de milliers de personnes, ne peuvent pas dĂ©tecter des effets indĂ©sirables très rares. C’est la pharmacovigilance post-autorisation qui joue ce rĂ´le. Elle a bien fonctionnĂ© pour les vaccins Covid : les rares cas de myocardites associĂ©s aux vaccins ARNm chez les jeunes hommes (environ un cas pour 50 000 doses), les cas de thromboses liĂ©s aux vaccins Ă vecteur adĂ©noviral (environ un pour 100 000), ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©s et communiquĂ©s en moins de six mois. Ces dĂ©couvertes ont conduit Ă des ajustements des recommandations selon les populations. C’est la preuve que le système fonctionne. Mais sa communication parfois maladroite a nourri la mĂ©fiance plutĂ´t que de la dissiper.
Le dĂ©bat sur les brevets a Ă©tĂ© l’un des plus vifs de la pandĂ©mie. L’Inde et l’Afrique du Sud, soutenues par l’OMS et de nombreuses ONG, ont demandĂ© dès octobre 2020 une dĂ©rogation temporaire aux droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle sur les vaccins et traitements Covid Ă l’Organisation mondiale du commerce. Un accord limitĂ© a Ă©tĂ© conclu en juin 2022, jugĂ© largement insuffisant par ses promoteurs. Les laboratoires pharmaceutiques s’y sont opposĂ©s, arguant que les brevets rĂ©munèrent l’innovation et que la vraie limite Ă©tait les capacitĂ©s de production, pas les droits. Cet Ă©change a rĂ©vĂ©lĂ© la tension fondamentale entre la logique de la propriĂ©tĂ© intellectuelle privĂ©e et la logique des biens publics mondiaux de santĂ©. Les vaccins ARNm ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s en grande partie sur fonds publics — l’opĂ©ration Warp Speed amĂ©ricaine a engagĂ© plus de douze milliards de dollars. Ils ont Ă©tĂ© brevetĂ©s par des entreprises privĂ©es.
L’obligation vaccinale est le troisième grand champ de controverse. Les États ont-ils le droit de contraindre les individus Ă se vacciner pour protĂ©ger la collectivitĂ© ? La France a une longue tradition d’obligations vaccinales : la loi du 30 dĂ©cembre 2017 a fait passer de trois Ă onze le nombre de vaccinations obligatoires pour les nourrissons nĂ©s Ă partir du 1ᵉʳ janvier 2018, et deux vaccins supplĂ©mentaires contre les mĂ©ningocoques ACWY et B s’y sont ajoutĂ©s en 2025 pour les enfants nĂ©s Ă partir de 2023 — soit treize au total. L’extension du passe vaccinal pendant la Covid, qui conditionnait l’accès aux espaces publics Ă la vaccination, a suscitĂ© des dĂ©bats intenses sur la libertĂ© individuelle, le consentement Ă©clairĂ© et les limites de l’autoritĂ© sanitaire. Les tĂ©moignages d’effets indĂ©sirables rares — rĂ©els pour certains, exagĂ©rĂ©s pour d’autres — ont alimentĂ© une dĂ©fiance durable dans plusieurs pays.
Le dĂ©fi de la surveillance post-vaccination est un enjeu technique souvent nĂ©gligĂ©. Les essais cliniques, mĂŞme sur des dizaines de milliers de personnes, ne peuvent pas dĂ©tecter des effets indĂ©sirables très rares. C’est la pharmacovigilance post-autorisation qui joue ce rĂ´le. Elle a bien fonctionnĂ© pour les vaccins Covid : les rares cas de myocardites associĂ©s aux vaccins ARNm chez les jeunes hommes (environ un cas pour 50 000 doses), les cas de thromboses liĂ©s aux vaccins Ă vecteur adĂ©noviral (environ un pour 100 000), ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©s et communiquĂ©s en moins de six mois. Ces dĂ©couvertes ont conduit Ă des ajustements des recommandations selon les populations. C’est la preuve que le système fonctionne. Mais sa communication parfois maladroite a nourri la mĂ©fiance plutĂ´t que de la dissiper.
« La vaccination a été l'un des grands succès de la santé publique. Elle a permis de sauver la vie de millions d'enfants et de donner à des millions d'autres la perspective d'une vie plus longue en meilleure santé. » — Nelson Mandela, Johannesburg, 2003...« La vaccination a été l'un des grands succès de la santé publique. Elle a permis de sauver la vie de millions d'enfants et de donner à des millions d'autres la perspective d'une vie plus longue en meilleure santé. »
— Nelson Mandela, Johannesburg, 2003
« La vaccination a été l'un des grands succès de la santé publique. Elle a permis de sauver la vie de millions d'enfants et de donner à des millions d'autres la perspective d'une vie plus longue en meilleure santé. » — Nelson Mandela, Johannesburg, 2003...
« La vaccination a été l'un des grands succès de la santé publique. Elle a permis de sauver la vie de millions d'enfants et de donner à des millions d'autres la perspective d'une vie plus longue en meilleure santé. »
— Nelson Mandela, Johannesburg, 2003
— Nelson Mandela, Johannesburg, 2003
Ce que l’histoire de la vaccination enseigne, c’est que la science seule ne suffit pas. Les vaccins les plus efficaces du monde ne sauvent aucune vie s’ils ne sont pas administrĂ©s. L’Ă©radication de la variole — l’un des plus grands triomphes collectifs de l’humanitĂ© — n’a pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par un vaccin seul….
Ce que l’histoire de la vaccination enseigne, c’est que la science seule ne suffit pas. Les vaccins les plus efficaces du monde ne sauvent aucune vie s’ils ne sont pas administrĂ©s. L’Ă©radication de la variole — l’un des plus grands triomphes collectifs de l’humanitĂ© — n’a pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par un vaccin seul. Elle a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par une stratĂ©gie de vaccination en anneau conçue par l’Ă©pidĂ©miologiste amĂ©ricain William Foege au Nigeria en 1966 : vacciner prioritairement les contacts des cas dĂ©tectĂ©s plutĂ´t que de tenter de vacciner tout le monde. Il avait stoppĂ© une Ă©pidĂ©mie alors que la couverture vaccinale n’Ă©tait que de 15 %. La logistique, la confiance et la stratĂ©gie valent autant que la molĂ©cule.
La technologie ARNm ouvre des horizons qui dĂ©passent largement les maladies infectieuses. Des essais cliniques avancĂ©s sont en cours pour des vaccins thĂ©rapeutiques contre le cancer — des vaccins personnalisĂ©s qui apprennent au système immunitaire du patient Ă cibler les mutations spĂ©cifiques de sa tumeur. BioNTech, Moderna et d’autres travaillent sur des vaccins contre la tuberculose, le VIH, le paludisme, le VRS et la grippe universelle. Les premiers rĂ©sultats d’essais de phase III pour un vaccin ARNm contre le mĂ©lanome avancĂ©, publiĂ©s en 2024, montrent une rĂ©duction de moitiĂ© du risque de rĂ©cidive ou de dĂ©cès Ă trois ans. Si les essais aboutissent Ă grande Ă©chelle, la vaccinologie du XXIᵉ siècle pourrait transformer non seulement la prĂ©vention des maladies infectieuses mais aussi le traitement des cancers et des maladies auto-immunes.
La polio illustre Ă la fois le potentiel et la fragilitĂ© de la vaccination de masse. La maladie, qui paralysait des centaines de milliers d’enfants chaque annĂ©e dans les annĂ©es 1950, a Ă©tĂ© Ă©liminĂ©e de presque toute la planète. Elle ne circule plus Ă l’Ă©tat endĂ©mique que dans deux pays — l’Afghanistan et le Pakistan — oĂą des campagnes de vaccination sont menacĂ©es par des violences contre les vaccinateurs. Plus d’une centaine de travailleurs de santĂ© ont Ă©tĂ© assassinĂ©s au Pakistan depuis 2012 parce qu’ils essayaient de vacciner des enfants. L’Ă©radication finale de la polio n’est pas un problème scientifique. C’est un problème politique et sĂ©curitaire.
Le paradoxe fondamental de la vaccination de masse est que son succès crĂ©e les conditions de sa remise en cause. Quand plus personne ne voit de cas de polio, de diphtĂ©rie ou de rougeole grave, il devient plus difficile de justifier un geste mĂ©dical avec des effets indĂ©sirables certes rares mais rĂ©els. La mĂ©fiance vaccinale est un phĂ©nomène essentiellement propre aux sociĂ©tĂ©s riches et bien portantes — lĂ oĂą les vaccins ont le mieux fonctionnĂ©. Elle est rare dans les pays oĂą la rougeole tue encore des enfants chaque annĂ©e. Cette asymĂ©trie dit quelque chose d’essentiel : la mĂ©moire collective de la maladie est le meilleur argument pour la vaccination. Quand cette mĂ©moire s’Ă©teint, la vigilance s’Ă©teint aussi.
154 millions de vies en cinquante ans. Six vies sauvĂ©es par minute depuis 1974. La variole effacĂ©e de la planète. La polio Ă la veille de l’ĂŞtre. Des vaccins ARNm contre le cancer en cours d’Ă©valuation clinique. L’histoire de la vaccination est la preuve que les sociĂ©tĂ©s humaines peuvent, quand elles coordonnent leur action, changer radicalement le cours des maladies. Elle est aussi la preuve qu’aucune victoire n’est dĂ©finitive. Le virus de la rougeole circule Ă nouveau dans les pays oĂą il avait Ă©tĂ© Ă©liminĂ©. La science produit les outils. C’est la confiance collective qui dĂ©cide si ces outils seront utilisĂ©s.
La technologie ARNm ouvre des horizons qui dĂ©passent largement les maladies infectieuses. Des essais cliniques avancĂ©s sont en cours pour des vaccins thĂ©rapeutiques contre le cancer — des vaccins personnalisĂ©s qui apprennent au système immunitaire du patient Ă cibler les mutations spĂ©cifiques de sa tumeur. BioNTech, Moderna et d’autres travaillent sur des vaccins contre la tuberculose, le VIH, le paludisme, le VRS et la grippe universelle. Les premiers rĂ©sultats d’essais de phase III pour un vaccin ARNm contre le mĂ©lanome avancĂ©, publiĂ©s en 2024, montrent une rĂ©duction de moitiĂ© du risque de rĂ©cidive ou de dĂ©cès Ă trois ans. Si les essais aboutissent Ă grande Ă©chelle, la vaccinologie du XXIᵉ siècle pourrait transformer non seulement la prĂ©vention des maladies infectieuses mais aussi le traitement des cancers et des maladies auto-immunes.
La polio illustre Ă la fois le potentiel et la fragilitĂ© de la vaccination de masse. La maladie, qui paralysait des centaines de milliers d’enfants chaque annĂ©e dans les annĂ©es 1950, a Ă©tĂ© Ă©liminĂ©e de presque toute la planète. Elle ne circule plus Ă l’Ă©tat endĂ©mique que dans deux pays — l’Afghanistan et le Pakistan — oĂą des campagnes de vaccination sont menacĂ©es par des violences contre les vaccinateurs. Plus d’une centaine de travailleurs de santĂ© ont Ă©tĂ© assassinĂ©s au Pakistan depuis 2012 parce qu’ils essayaient de vacciner des enfants. L’Ă©radication finale de la polio n’est pas un problème scientifique. C’est un problème politique et sĂ©curitaire.
Le paradoxe fondamental de la vaccination de masse est que son succès crĂ©e les conditions de sa remise en cause. Quand plus personne ne voit de cas de polio, de diphtĂ©rie ou de rougeole grave, il devient plus difficile de justifier un geste mĂ©dical avec des effets indĂ©sirables certes rares mais rĂ©els. La mĂ©fiance vaccinale est un phĂ©nomène essentiellement propre aux sociĂ©tĂ©s riches et bien portantes — lĂ oĂą les vaccins ont le mieux fonctionnĂ©. Elle est rare dans les pays oĂą la rougeole tue encore des enfants chaque annĂ©e. Cette asymĂ©trie dit quelque chose d’essentiel : la mĂ©moire collective de la maladie est le meilleur argument pour la vaccination. Quand cette mĂ©moire s’Ă©teint, la vigilance s’Ă©teint aussi.
154 millions de vies en cinquante ans. Six vies sauvĂ©es par minute depuis 1974. La variole effacĂ©e de la planète. La polio Ă la veille de l’ĂŞtre. Des vaccins ARNm contre le cancer en cours d’Ă©valuation clinique. L’histoire de la vaccination est la preuve que les sociĂ©tĂ©s humaines peuvent, quand elles coordonnent leur action, changer radicalement le cours des maladies. Elle est aussi la preuve qu’aucune victoire n’est dĂ©finitive. Le virus de la rougeole circule Ă nouveau dans les pays oĂą il avait Ă©tĂ© Ă©liminĂ©. La science produit les outils. C’est la confiance collective qui dĂ©cide si ces outils seront utilisĂ©s.
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