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LAST CALL : Chapitre 5

L' ARISTOCRATIE D' ETAT

Le chapitre charnière du livre. Avant de chiffrer la facture, l’auteur pose une question qu’aucun des quatre précédents n’a résolue : pourquoi ces verrous n’ont-ils jamais été…
Le chapitre charnière du livre. Avant de chiffrer la facture, l’auteur pose une question qu’aucun des quatre précédents n’a résolue : pourquoi ces verrous n’ont-ils jamais été contournés, alors que les chiffres sont publics, que la Cour des comptes alerte depuis vingt ans et qu’aucun dirigeant responsable ne peut ignorer la situation ? La réponse n’est pas un cinquième verrou. Un verrou bloqué ; ce que décrit ce chapitre fait l’inverse — c’est l’huile qui entretient les quatre autres pour qu’ils fonctionnent sans friction. Une aristocratie d’État qui circule d’un rouage à l’autre, rend le système cohérent, intégré, auto-entretenu. Sans elle, les quatre verrous seraient quatre problèmes distincts, visibles plus tôt, traitables séparément. Avec elle, ils forment une mécanique unique. Le chapitre ne dénonce pas des individus : il décrit une structure, et conclut que la déloger est une condition nécessaire du sursaut de 2027.
ILS SAVAIENT : VINGT ANS D’ALERTES RAILLÉES Les dirigeants voient les effets : déficits récurrents depuis 1974, dette accumulée jusqu’à générer une charge intenable, modèle social…
ILS SAVAIENT : VINGT ANS D’ALERTES RAILLÉES

Les dirigeants voient les effets : déficits récurrents depuis 1974, dette accumulée jusqu’à générer une charge intenable, modèle social public hors normes dont le financement s’effondre à l’horizon de la décennie, certitude d’un désastre d’ici 2050. Les chiffres sont publics, les rapports s’empilent, la Cour des comptes alerte depuis vingt ans.

Quelques voix ont nommé le danger. Toutes ont été raillées, et l’auteur en dresse la liste comme on établit un mode opératoire. Dans les années 1960, Jacques Rueff — l’un des meilleurs économistes français — alerte sur l’effet boule de neige de la dette : on le range au rayon des libéraux réactionnaires. Raymond Barre prêche l’orthodoxie monétaire : on le caricature en professeur sentencieux. Philippe Séguin, le 5 mai 1992 à l’Assemblée, annonce que l’euro produira une monnaie sans État, des règles sans politique, des contraintes sans démocratie : on le classe parmi les souverainistes nostalgiques. Nicolas Baverez publie La France qui tombe en 2003 ; le mot décliniste est forgé pour le disqualifier.

Plus troublant encore : ceux qui ont parlé depuis Matignon. En septembre 2007 à Calvi, François Fillon déclare être à la tête d’un État en situation de faillite — aucune mesure d’ampleur ne suit. En août 2025, François Bayrou affirme que le pays est au bord du surendettement ; quelques semaines plus tard, sa tentative de toucher aux jours fériés provoque sa chute. Quand un Premier ministre en exercice nomme la faillite et que rien ne se passe, écrit l’auteur, il y a un vrai problème de déni collectif.

Le mécanisme est toujours le même : on ne réfute pas, on commente. Libéral, décliniste, souverainiste, maladroit — l’étiquette dispense de l’argument. Pierre Cahuc et André Zylberberg l’ont nommé en 2016 dans Le Négationnisme économique : ce qui manque au débat français, ce n’est pas le diagnostic, c’est la capacité d’entendre les faits qui le démontrent.

Et cette surdité, insiste l’auteur, est choisie. Elle n’est ni une ignorance ni une négligence. Nommer les causes obligerait à désigner ceux qui les entretiennent — c’est-à-dire à sortir du registre des idées pour entrer dans celui des intérêts. Tant que le débat reste une querelle d’opinions entre déclinistes et optimistes, personne n’a rien à perdre. Dès qu’il devient une description de qui bénéficie du statu quo, il change de nature. C’est précisément ce que le reste du chapitre entreprend de faire : donner un visage à l’impasse.
UN PIPELINE UNIQUE : SCIENCES PO, ENA, CORPS Tocqueville avait posé le cadre dès 1856 : la centralisation administrative est une institution de l’Ancien Régime, non de la Révolution…
UN PIPELINE UNIQUE : SCIENCES PO, ENA, CORPS

Tocqueville avait posé le cadre dès 1856 : la centralisation administrative est une institution de l’Ancien Régime, non de la Révolution ni de l’Empire.

Le 9 octobre 1945 — cinq jours après l’ordonnance créant la Sécurité sociale — de Gaulle crée l’École nationale d’administration. Le diagnostic de départ est précis : la IIIe République a échoué en partie parce que ses hauts fonctionnaires étaient recrutés par chaque grand corps selon ses propres réseaux, sans formation commune, sans culture de l’État partagée. L’ENA devait casser ce système par un concours unique et une formation commune, et former des serviteurs de l’État plutôt que des défenseurs de corps. C’est l’inverse qui s’est produit : les corps tiennent l’État.

Ses membres viennent de l’Inspection des Finances, du Conseil d’État, de la Cour des comptes. Ils sont passés par l’ENA — devenue INSP en 2022 sans que le recrutement ni le cursus en soient substantiellement modifiés — et le plus souvent par Sciences Po, principal vivier des élites administratives. L’établissement présente un statut juridique sans équivalent connu : une fondation de droit privé, la FNSP, administre un établissement public, l’IEP de Paris, sous une direction commune. L’État y contribue à hauteur de 99 millions d’euros par an, soit 40 % d’un budget total de 245 millions.

Aucune autre démocratie ne fait reposer l’accès à sa haute administration sur un dispositif aussi concentré. Oxford et Cambridge se font concurrence, les universités de l’Ivy League aussi ; en Allemagne, le pipeline n’existe tout simplement pas. Nulle part ailleurs un seul établissement n’a été chargé de servir d’antichambre exclusive à une école d’État, elle-même antichambre exclusive des grands corps. Trois étages d’une même cooptation, où l’on entre rarement à plus de vingt-deux ans, et d’où l’on ne sort jamais vraiment.

La démonstration la plus saisissante tient dans une promotion. Sortie en 1980, la promotion Voltaire réunit dans une même classe d’une centaine d’élèves François Hollande, Dominique de Villepin, Ségolène Royal, Michel Sapin et Renaud Donnedieu de Vabres — cinq membres d’une même promotion occupant cinq des plus hautes fonctions du pays, dans des camps politiques différents. Une génération plus tard, la promotion Marc Bloch, sortie en 1997, livre le même signal avec Édouard Philippe et Bruno Le Maire.

Dans les démocraties comparables, rien de tel : les anciens Premiers ministres britanniques ne viennent pas tous d’une même école, les chanceliers allemands non plus, les présidents américains encore moins. Aux États-Unis, le vivier reste diversifié — grandes universités privées, universités d’État, armée, société civile, entrepreneurs. En France, il tient dans une poignée d’amphithéâtres parisiens. La formule qui résume le chapitre : on peut changer de camp, on ne change pas d’école.
LOCATAIRE CONTRE PROPRIÉTAIRE Le parcours type est connu et balisé. On sort de l’ENA dans un grand corps. On fait quelques années au Conseil d’État ou à l’Inspection. On rejoint…
LOCATAIRE CONTRE PROPRIÉTAIRE

Le parcours type est connu et balisé. On sort de l’ENA dans un grand corps. On fait quelques années au Conseil d’État ou à l’Inspection. On rejoint un cabinet ministériel — lieu réel du pouvoir, bien plus que le Parlement. On passe dans le privé : c’est le pantouflage. Puis on revient dans le public : c’est le rétro-pantouflage.

Les chiffres sont documentés. Selon la Cour des comptes, en mai 2025, 27 % des inspecteurs des Finances étaient affectés dans le privé en janvier 2024, quatre fois plus qu’au Conseil d’État ou à la Cour des comptes elle-même ; un rapport sénatorial de 2018-2019 avançait près de 75 % sur une carrière entière.

L’argument central n’est pourtant pas moral. Un haut fonctionnaire formé par l’État, promu par l’État, protégé à vie par l’État, dont la culture, les réseaux et l’identité sont entièrement construits par l’État, dans l’État, pour l’État, ne peut pas gouverner cet État en toute indépendance. On ne réforme pas ce dont on est issu, ce dont on dépend, ce dont on continuera de dépendre une fois le mandat terminé. Theodore Roosevelt avait nommé la dérive en 1912, à propos d’un autre pays : derrière le gouvernement apparent siège un gouvernement invisible, qui ne doit allégeance à personne et ne rend de comptes à personne. Cent quatorze ans plus tard, la formule décrit une structure, pas des individus.

À cela s’ajoute une asymétrie de temps décisive. La durée de vie moyenne d’un gouvernement sous la Ve République est d’environ dix-sept mois ; depuis 2022, elle est tombée à huit. Les directions centrales, elles, restent en place sur plusieurs décennies. Le ministre passe, le directeur reste ou revient. Le politique est locataire, l’administration est propriétaire — et dans cet écart, la continuité administrative prend systématiquement le pas sur l’alternance politique. La réforme entre dans la machine, la machine la digère, elle en ressort conforme.

Cette aristocratie lubrifie ensuite chacun des quatre verrous. Elle entretient 1945, dont elle est bénéficiaire directe : les régimes de retraite les plus avantageux sont ceux de la haute fonction publique — pensions calculées sur les six derniers mois, primes intégrées, bonifications inconnues du régime général. Et ce sont ses membres qui rédigent les projets de loi et les décrets, dont les clauses de sauvegarde survivent rarement au texte final. Elle fait levier sur 1958 : l’hyper-présidence concentre le pouvoir dans les cabinets, où un conseiller de l’Élysée pèse plus qu’un député élu par cinquante mille citoyens. Elle s’appuie sur 1992, Bruxelles étant peuplée de fonctionnaires français qui y ont exporté méthodes et réflexes, et permettant un transfert de responsabilité commode dans les deux sens. S’y ajoute un instrument de régulation interne : les décorations, distribuées avec la régularité d’un calendrier fiscal — dans certains corps, un fonctionnaire sur cinq peut en attendre une. Elles ne récompensent plus un mérite exceptionnel : elles signalent une appartenance. Napoléon, créant la Légion d’honneur le 4 mai 1802, l’avait formulé sans détour : on mène les hommes avec des hochets.
LES CONTRE-POUVOIRS QUI N’EN SONT PAS Le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, la Cour des comptes et l’Arcom sont désignés dans le débat public comme des contre-pouvoirs…
LES CONTRE-POUVOIRS QUI N’EN SONT PAS

Le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, la Cour des comptes et l’Arcom sont désignés dans le débat public comme des contre-pouvoirs. Aucun ne procède du suffrage universel. Leurs membres sont nommés par le sommet de l’État. Ces instances ne représentent pas le peuple : elles représentent l’État sur lui-même.

Sur neuf membres du Conseil constitutionnel, six sont désignés par des autorités issues, dans la pratique actuelle, du même camp politique — depuis l’inversion du calendrier électoral en 2002, l’alignement entre exécutif et majorité parlementaire est devenu la norme hors cohabitation. S’y ajoute une homogénéité sociologique marquée : anciens ministres, parlementaires, hauts fonctionnaires, magistrats de haut rang.

Or ce Conseil n’a cessé d’élargir le terrain de son arbitrage. La décision du 16 juillet 1971 crée le bloc de constitutionnalité en hissant au rang suprême la Déclaration de 1789, le Préambule de 1946 et les principes fondamentaux des lois de la République. Sans qu’une virgule du texte de 1958 ait été touchée, le périmètre constitutionnel se dilate. Trois étapes ultérieures consolident le mouvement : la Charte de l’environnement en 2005, la Question prioritaire de constitutionnalité en 2008, la constitutionnalisation de l’avortement le 8 mars 2024. Une digue conçue en 1958 pour stabiliser les procédures devient, par accumulation, un catalogue de droits substantiels.

Le Conseil ne se contente pas d’élargir son terrain : il agit. La loi Immigration de 2024 lui a coûté trente-cinq articles. La loi Attal sur les mineurs a perdu sa comparution immédiate. La loi Duplomb sur l’agriculture s’est vu opposer la Charte de l’environnement. La réforme des retraites de 2023 a vu son index seniors et son CDI seniors balayés comme cavaliers. Le motif change, l’effet est identique.

L’auteur pointe la subtilité du procédé. Souvent, le Conseil ne dit pas que la mesure est inconstitutionnelle : il dit qu’elle n’est pas à sa place. Il invoque le cavalier législatif, le lien insuffisant, la rédaction imprécise. Un veto sans veto. Un empêchement sans débat.

La chaîne complète devient alors lisible. Le peuple vote pour des représentants. Les projets de loi sont discutés. Le gouvernement impose sa version. À défaut, le Conseil corrige. Si nécessaire, le juridique empêche. L’aristocratie d’État dispose de tous les leviers — et s’étonne encore de voir les citoyens réfractaires se détourner des urnes.

Le Conseil d’État, enfin, cumule une double fonction que peu de démocraties tolèrent : il conseille le gouvernement et juge ses actes, il écrit la norme et tranche les litiges qu’elle produit. Cette confusion des rôles, présentée comme une expertise, est un biais. L’aristocratie d’État n’a pas seulement neutralisé les contre-pouvoirs élus : elle a domestiqué et élargi le contre-pouvoir juridictionnel qu’elle prétendait construire.
LE FAKE SYSTEM DES NOMINATIONS Pour passer outre ces rigidités, les Américains disposent du spoils system. À chaque élection présidentielle, environ 4 000 postes fédéraux sont…
LE FAKE SYSTEM DES NOMINATIONS

Pour passer outre ces rigidités, les Américains disposent du spoils system. À chaque élection présidentielle, environ 4 000 postes fédéraux sont remis en jeu, dont 1 200 soumis à confirmation du Sénat, tous publiés dans le Plum Book consultable par chaque citoyen. Le président élu nomme les siens dès son entrée en fonction — ouvertement, massivement, révocablement. À l’alternance, ils partent. Rapportés à la population française, ces 4 000 postes représenteraient l’équivalent de 800 nominations transparentes à chaque alternance, dont 240 soumises au contrôle du Parlement. La France n’en publie aucune.

La France fait même l’inverse, et c’est la thèse du passage. Le pouvoir nomme ses fidèles, mais au nom de l’indépendance, et au moment où il s’apprête à partir. Les mandats sont longs : neuf ans au Conseil constitutionnel, six ans à l’Arcom et à la Banque de France, sans terme fixe au Conseil d’État et à la Cour des comptes. Ils survivent au sortant, ils résistent à l’alternance. Le peuple vote ; les postes restent. Le spoils system nomme au début du mandat, pour gouverner ; le système français nomme à la fin, pour remercier. Le premier installe, le second verrouille.

Les quinze derniers mois en livrent le manuel. Février 2025 : Richard Ferrand, ancien secrétaire général d’En Marche, sans mandat électif depuis 2022, est nommé président du Conseil constitutionnel pour neuf ans — il présidera l’institution lors des présidentielles de 2027 et de 2032, et sa confirmation est acquise à une voix près. Le même mois, Martin Ajdari prend la présidence de l’Arcom pour six ans. Un an plus tard, Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, devient Première présidente de la Cour des comptes : elle contrôlera désormais le budget qu’elle a contribué à élaborer. En mai 2026, Didier-Roland Tabuteau fait valoir ses droits à la retraite, son successeur sera nommé par le même président. En juin 2026, François Villeroy de Galhau démissionne dix-huit mois avant le terme de son mandat, ce qui permet à Macron de désigner son successeur. En quinze mois, cinq des plus hauts postes de l’État pourvus par un président qui ne peut plus se représenter, tous pour des mandats qui excèdent le sien.

La comparaison internationale achève la démonstration. L’Allemagne élit ses juges constitutionnels à la majorité des deux tiers du Bundestag et du Bundesrat, pour douze ans non renouvelables : aucune majorité ne peut nommer seule, chaque juge est un compromis, chacun est juriste. Là où le droit allemand requiert un consensus pour nommer, le droit français requiert un consensus pour bloquer — et aucune qualification juridique n’est exigée. Le Royaume-Uni a tranché autrement dès 1854 avec le rapport Northcote-Trevelyan : séparation absolue entre carrière administrative et mandat politique, Civil Service Commission supervisant chaque nomination, neutralité inscrite dans le Civil Service Code.
RETRAITES : LE CAS D’ÉCOLE DELEVOYE Emmanuel Macron est à la fois le symptôme, le pourfendeur et la victime de cette aristocratie. Il en est issu — inspecteur des finances,…
RETRAITES : LE CAS D’ÉCOLE DELEVOYE

Emmanuel Macron est à la fois le symptôme, le pourfendeur et la victime de cette aristocratie. Il en est issu — inspecteur des finances, Rothschild en 2008, Élysée en 2012 — mais, contrairement à ses prédécesseurs énarques, il démissionne de la fonction publique. Il arrive en 2017 avec une majorité absolue et sans dette apparente envers un corps qu’il a quitté. Les premières années le confirment : marché du travail assoupli, apprentissage qui décolle, taux d’emploi au plus haut depuis un demi-siècle.

L’échec est ailleurs, sur la mère de toutes les réformes. La retraite par points — unifier quarante-deux régimes en un système universel — est une excellente idée. Macron en confie la conception à Jean-Paul Delevoye, nommé Haut-commissaire en décembre 2017. Le choix est délibéré : Delevoye n’est ni énarque, ni Sciences Po, ni grand corps. Notable de province, maire de Bapaume, sénateur, président de l’Association des maires de France, il appartient à l’autre filière de la République, celle des sous-préfectures, longtemps contrepoids de la noblesse administrative.

Sauf que l’aristocratie d’État ne se limite pas à ses officiers. Elle a ses courtisans, adoubés dans les fondations, les institutions consultatives, les think tanks satellites, à qui elle distribue postes et jetons de présence. Vingt ans dans cette périphérie avaient fait de Delevoye l’un d’eux. En croyant choisir un extérieur, Macron a nommé un courtisan. La différence n’est pas morale, elle est structurelle : Cahuzac, inspecteur des finances, fut défendu par son corps jusqu’au bout ; Delevoye, notable adopté, fut lâché en quarante-huit heures. Le corps n’abandonne pas les siens.

La suite est une chronique de contournements. Dix-huit mois de concertation, un rapport en juillet 2019 posé sur une hypothèse ténue — le système serait proche de l’équilibre — alors que le déficit atteint déjà 4,4 milliards et que le COR l’établira entre 7,9 et 17,2 milliards en 2025. L’architecture est dessinée, les chiffres laissés en suspens. Et la séquence des promesses est accablante : mars 2017, on ne touchera pas à l’âge de départ ; octobre 2019 à Rodez, 62 ans, il ne bougera pas ; 11 décembre 2019, Édouard Philippe annonce l’âge pivot à 64 ans.

La grève du 5 décembre 2019 rassemble entre 800 000 et 1,5 million de manifestants. La colère ne vient pas des paramètres — 76 % des Français se disent favorables à une réforme — mais de la défiance : 64 % ne font plus confiance à Macron pour la conduire. Le scandale achève la démonstration. Le 8 décembre, Le Parisien révèle que le Haut-commissaire siégeait depuis 2016, sans l’avoir déclaré, comme administrateur d’un institut de formation de l’assurance — secteur que sa réforme aurait mécaniquement renforcé. Capital révèle deux jours plus tard un second cumul rémunéré. Delevoye finira par déclarer treize mandats au lieu des trois mentionnés à la HATVP. Il démissionne le 16 décembre ; la réforme par points est enterrée avec lui, le Covid achève de l’effacer. En 2023, il ne restera qu’un colmatage : 62 à 64 ans, par 49.3, sans majorité.

Macron a choisi hors du corps ; il n’a pas choisi hors du système. D’où les conditions posées en fin de chapitre : supprimer le classement de sortie de l’INSP qui fige les carrières dès vingt-cinq ans, élargir et fusionner les corps dont l’étroitesse pousse au pantouflage, et instaurer un spoils system limité à 250 postes stratégiques — non pour politiser, mais pour rendre au mandataire le pouvoir de nommer ceux qui exécutent son mandat.

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