Anthropic vs open ai
Quel modèle économique préférer ? La vitesse ou le volume...

La “stratégie produi” reflète l’ADN de chaque entreprise. Anthropic construit pour les développeurs et l’entreprise — Claude Code, le protocole MCP — tandis qu’OpenAI vise d’abord le grand public avec ChatGPT, monétisé via abonnements et API. Deux paris, deux trajectoires. Et depuis avril 2026, deux versions des mêmes chiffres.
Début avril, Anthropic a annoncé que son revenu annualisé avait franchi 30 milliards de dollars, contre 9 milliards fin 2025 et seulement 1 milliard en janvier de la même année. OpenAI affichait alors environ 25 milliards de dollars de revenu annualisé.
Sur le papier, Anthropic dépassait donc pour la première fois son rival, un symbole fort pour une entreprise partie d’un positionnement de niche sur la sécurité de l’IA.
Mais une semaine plus tard, OpenAI a publiquement contesté ce chiffre.
Le 13 avril 2026, la directrice commerciale d’OpenAI, Denise Dresser, a envoyé un mémo interne accusant Anthropic d’avoir surestimé son run-rate d’environ 8 milliards de dollars. La raison tient à une différence comptable bien réelle : Anthropic comptabilise en brut les revenus passant par ses revendeurs cloud — AWS, Google Cloud, Azure —, c’est-à-dire la totalité de la facture client, y compris la part reversée au partenaire, tandis qu’OpenAI ne comptabilise que sa part nette sur Azure.
Selon le calcul net défendu par OpenAI, le run-rate comparable d’Anthropic serait d’environ 22 milliards de dollars, ce qui le replacerait derrière OpenAI plutôt que devant.
Les deux méthodes sont conformes aux normes comptables américaines (GAAP) ; le différend porte sur la question de savoir qui, d’Anthropic ou du partenaire cloud, est le « principal » de la transaction.
Querelle de comptables ou enjeu de fond ? Un peu des deux.
Quel que soit le mode de calcul retenu, la dynamique de croissance, elle, n’est pas contestée. Anthropic est passé de 1 milliard de dollars en janvier 2025 à 30 milliards en avril 2026, soit une multiplication par 30 en quinze mois, contre une croissance d’environ 25% pour OpenAI sur la même période.
Même en retenant l’hypothèse la plus défavorable d’OpenAI, l’écart de rythme reste sans équivalent dans l’histoire récente de la tech.
L’adoption en entreprise confirme ce mouvement de fond. Selon l’indice Ramp, qui suit les dépenses de plus de 50 000 entreprises américaines, l’adoption d’Anthropic est passée de 19 % à 24 % entre janvier et février 2026, puis a bondi à 31 % en mars, son plus fort gain mensuel jamais enregistré, réduisant l’écart avec OpenAI (35 %) à seulement 4 points.
Le mois suivant, Anthropic dépassait pour la première fois OpenAI : 34,4% contre 32,3%, dominant désormais les secteurs de la finance, de la technologie et des services professionnels.
Côté grands comptes, le nombre de clients dépensant plus d’un million de dollars par an avec Anthropic est passé de 500 à plus de 1 000 en moins de deux mois, et huit sociétés du Fortune 10 font tourner des charges de travail critiques sur Claude.
Reste un goulot d’étranglement commun aux deux entreprises : le calcul.
Anthropic a annoncé un accord avec Google et Broadcom portant sur plusieurs gigawatts de capacité TPU de nouvelle génération à partir de 2027, un investissement massif, signe que la demande dépasse déjà la capacité disponible.
Et la situation a continué d’évoluer depuis. Fin mai 2026, Anthropic a bouclé un Series H de 65 milliards de dollars à une valorisation post-money de 965 milliards de dollars, dépassant celle d’OpenAI, et a déposé un dossier d’IPO confidentiel, avec un run-rate désormais annoncé à 47 milliards de dollars.
Sur la rentabilité, Anthropic projette un flux de trésorerie positif dès 2027-2028, contre une trajectoire de pertes plus longue pour OpenAI.
Au final, Anthropic gagne du terrain sur le segment le plus rentable du marché, celui de l’entreprise, tandis qu’OpenAI défend sa position de leader grand public sans parvenir à inverser la tendance sur les budgets professionnels.
Pour la souveraineté numérique européenne, le signal est ambivalent.
D’un côté, la concurrence entre deux acteurs américains réduit le risque de dépendance à un fournisseur unique et tire les prix vers le bas. De l’autre, elle accélère une course aux infrastructures: gigawatts de calcul, partenariats cloud, levées à neuf chiffres… dont aucun acteur européen n’a aujourd’hui l’échelle pour participer.
L’ Europe peut-elle encore peser sur les conditions dans lesquelles cette infrastructure sera déployée sur son sol ? Ou ne fera-t’elle, une fois de plus, que choisir entre des fournisseurs étrangers ?
Paul Corey