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24 MAI 2026
ÉLECTRICITÉ — QUE VAUT VRAIMENT UN MÉGAWATT INTERMITTENT ?
En Europe, le prix de gros de l’électricité fonctionne selon un principe simple, mais étonnant : c’est la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande qui fixe le prix pour tout le monde. Si une centrale au gaz démarre en dernier pour compléter l’approvisionnement, son coût élevé devient le prix que tous les producteurs reçoivent — y compris ceux qui produisent à un coût quasi nul. Ce mécanisme, le « merit order », est censé encourager l’efficacité….
En Europe, le prix de gros de l’électricité fonctionne selon un principe simple, mais étonnant : c’est la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande qui fixe le prix pour tout le monde. Si une centrale au gaz démarre en dernier pour compléter l’approvisionnement, son coût élevé devient le prix que tous les producteurs reçoivent — y compris ceux qui produisent à un coût quasi nul. Ce mécanisme, le « merit order », est censé encourager l’efficacité. Il a été conçu dans les années 1990 pour des moyens pilotables qui se ressemblaient. Il a été inondé, depuis, par des moyens qui ne se ressemblent pas du tout.
La crise énergétique de 2021-2023 en a révélé les premières failles. Pics extrêmes lorsque le gaz fixait le prix au plus haut, prix négatifs lorsque le solaire ou l’éolien inondaient le réseau. La réforme européenne de mai 2024 tente d’amortir ces oscillations par les contrats de long terme, les protections aux consommateurs et de nouveaux mécanismes de flexibilité. Elle ne touche pas au cœur du problème : que vaut, pour le système, un mégawattheure produit de façon variable, peu prévisible et impossible à stocker à grande échelle ?
Les chiffres sont désormais sans appel. La France a enregistré 361 heures de prix spot négatifs en 2024, contre 147 en 2023 et un maximum historique de 102 heures avant 2022 — un quasi-triplement en deux ans. Au seul premier semestre 2024, ces heures ont représenté 5,4 % du temps, contre 1,2 % jusqu’en 2022, selon la Commission de régulation de l’énergie. Et le mouvement s’accélère : à fin octobre 2025, la France comptait déjà 508 heures négatives, soit 5,8 % de l’année. À l’échelle européenne, Montel Analytics a relevé 4 838 heures négatives cumulées en 2024, presque le double des 2 442 heures de 2023.
À l’autre extrême, l’hiver 2024-2025 a montré ce qui se passe quand l’intermittent disparaît. Lors de l’épisode de « dunkelflaute » du 6 novembre 2024, les éoliennes allemandes ont produit moins d’un gigawatt pendant plus de trente heures, pour une capacité installée de l’ordre de 72 GW — soit moins de 1,5 % de leur potentiel. Le 12 décembre 2024, les prix day-ahead et intraday allemands ont approché 1 000 €/MWh, soit plus de douze fois la moyenne européenne annuelle (81 €/MWh selon l’ACER). Entre ces deux extrêmes, le marché ne fait plus son métier : révéler la valeur d’un service électrique fiable.
La vraie question n’est donc pas « comment subventionner ce qui se cannibalise ». C’est : peut-on continuer à mettre en concurrence sur un même marché deux produits qui n’en sont pas un seul — une puissance garantie, livrée à la demande, et une production opportuniste, livrée selon la météo ? La réponse de la physique est non. La réponse politique européenne, pour l’instant, est de superposer des couches de correction. Les deux ne sont pas compatibles très longtemps.
La crise énergétique de 2021-2023 en a révélé les premières failles. Pics extrêmes lorsque le gaz fixait le prix au plus haut, prix négatifs lorsque le solaire ou l’éolien inondaient le réseau. La réforme européenne de mai 2024 tente d’amortir ces oscillations par les contrats de long terme, les protections aux consommateurs et de nouveaux mécanismes de flexibilité. Elle ne touche pas au cœur du problème : que vaut, pour le système, un mégawattheure produit de façon variable, peu prévisible et impossible à stocker à grande échelle ?
Les chiffres sont désormais sans appel. La France a enregistré 361 heures de prix spot négatifs en 2024, contre 147 en 2023 et un maximum historique de 102 heures avant 2022 — un quasi-triplement en deux ans. Au seul premier semestre 2024, ces heures ont représenté 5,4 % du temps, contre 1,2 % jusqu’en 2022, selon la Commission de régulation de l’énergie. Et le mouvement s’accélère : à fin octobre 2025, la France comptait déjà 508 heures négatives, soit 5,8 % de l’année. À l’échelle européenne, Montel Analytics a relevé 4 838 heures négatives cumulées en 2024, presque le double des 2 442 heures de 2023.
À l’autre extrême, l’hiver 2024-2025 a montré ce qui se passe quand l’intermittent disparaît. Lors de l’épisode de « dunkelflaute » du 6 novembre 2024, les éoliennes allemandes ont produit moins d’un gigawatt pendant plus de trente heures, pour une capacité installée de l’ordre de 72 GW — soit moins de 1,5 % de leur potentiel. Le 12 décembre 2024, les prix day-ahead et intraday allemands ont approché 1 000 €/MWh, soit plus de douze fois la moyenne européenne annuelle (81 €/MWh selon l’ACER). Entre ces deux extrêmes, le marché ne fait plus son métier : révéler la valeur d’un service électrique fiable.
La vraie question n’est donc pas « comment subventionner ce qui se cannibalise ». C’est : peut-on continuer à mettre en concurrence sur un même marché deux produits qui n’en sont pas un seul — une puissance garantie, livrée à la demande, et une production opportuniste, livrée selon la météo ? La réponse de la physique est non. La réponse politique européenne, pour l’instant, est de superposer des couches de correction. Les deux ne sont pas compatibles très longtemps.
LE MERIT ORDER — UNE LOGIQUE NÉE POUR DES MOYENS PILOTABLES La libéralisation du marché européen de l’électricité, lancée en 1996 et achevée en 2007 pour les particuliers, reposait sur un principe simple et légitime : casser les monopoles, introduire la concurrence, faire baisser la facture. Le mécanisme central — le « merit order » — appelait les centrales par ordre de coût marginal croissant….
LE MERIT ORDER — UNE LOGIQUE NÉE POUR DES MOYENS PILOTABLES
La libéralisation du marché européen de l’électricité, lancée en 1996 et achevée en 2007 pour les particuliers, reposait sur un principe simple et légitime : casser les monopoles, introduire la concurrence, faire baisser la facture. Le mécanisme central — le « merit order » — appelait les centrales par ordre de coût marginal croissant. La dernière appelée fixait le prix de marché, payé à toutes. Producteurs efficaces récompensés, inefficaces évincés, prix reflétant la réalité technique du moment. Le système fonctionnait.
Il fonctionnait pour une raison rarement explicitée : toutes les technologies en présence — nucléaire, charbon, gaz, hydraulique pilotable — vendaient le même service. Une puissance disponible à la demande, stable, prévisible. Les coûts marginaux différaient ; pas la nature du produit. Le marché unique était cohérent parce que les biens échangés étaient substituables.
Puis les renouvelables variables sont arrivés. Et avec eux, une erreur conceptuelle que peu d’architectes du marché avaient anticipée : on a mis en concurrence, sur le même marché, deux produits qui n’ont rien à voir. Le pilotable vend un service — de l’électricité garantie à la demande. L’intermittent vend une possibilité — de l’électricité produite quand les conditions le permettent. Les électrons sont identiques une fois sur le réseau ; les services rendus ne le sont pas.
La Commission européenne a documenté l’asymétrie structurelle qui en résulte. Selon une analyse du Centre commun de recherche, les centrales à gaz fixent le prix de marché environ 55 % du temps tout en ne représentant qu’environ 19 % de la production. Une minorité pilotable, mobilisée en dernier ressort, dicte le revenu d’une majorité bas-carbone. La logique est marginale ; les conséquences sont structurelles. Et elles ne se manifestaient pas tant que les volumes intermittents restaient marginaux. Elles éclatent dès qu’ils deviennent massifs.
La libéralisation du marché européen de l’électricité, lancée en 1996 et achevée en 2007 pour les particuliers, reposait sur un principe simple et légitime : casser les monopoles, introduire la concurrence, faire baisser la facture. Le mécanisme central — le « merit order » — appelait les centrales par ordre de coût marginal croissant. La dernière appelée fixait le prix de marché, payé à toutes. Producteurs efficaces récompensés, inefficaces évincés, prix reflétant la réalité technique du moment. Le système fonctionnait.
Il fonctionnait pour une raison rarement explicitée : toutes les technologies en présence — nucléaire, charbon, gaz, hydraulique pilotable — vendaient le même service. Une puissance disponible à la demande, stable, prévisible. Les coûts marginaux différaient ; pas la nature du produit. Le marché unique était cohérent parce que les biens échangés étaient substituables.
Puis les renouvelables variables sont arrivés. Et avec eux, une erreur conceptuelle que peu d’architectes du marché avaient anticipée : on a mis en concurrence, sur le même marché, deux produits qui n’ont rien à voir. Le pilotable vend un service — de l’électricité garantie à la demande. L’intermittent vend une possibilité — de l’électricité produite quand les conditions le permettent. Les électrons sont identiques une fois sur le réseau ; les services rendus ne le sont pas.
La Commission européenne a documenté l’asymétrie structurelle qui en résulte. Selon une analyse du Centre commun de recherche, les centrales à gaz fixent le prix de marché environ 55 % du temps tout en ne représentant qu’environ 19 % de la production. Une minorité pilotable, mobilisée en dernier ressort, dicte le revenu d’une majorité bas-carbone. La logique est marginale ; les conséquences sont structurelles. Et elles ne se manifestaient pas tant que les volumes intermittents restaient marginaux. Elles éclatent dès qu’ils deviennent massifs.
PRIX NÉGATIFS — L’EXPLOSION D’UNE ANOMALIE Les prix négatifs ne sont pas un dysfonctionnement marginal : ils sont la signature d’un marché qui ne sait plus exprimer la valeur de ce qu’il échange. Les chiffres ne laissent aucune ambiguïté….
PRIX NÉGATIFS — L’EXPLOSION D’UNE ANOMALIE
Les prix négatifs ne sont pas un dysfonctionnement marginal : ils sont la signature d’un marché qui ne sait plus exprimer la valeur de ce qu’il échange. Les chiffres ne laissent aucune ambiguïté. En France, le maximum historique de 102 heures par an avant 2022 a été pulvérisé : 147 heures en 2023, 361 en 2024 selon RTE, et 508 heures à fin octobre 2025 selon l’Union française de l’électricité. À l’échelle continentale, Montel a comptabilisé 4 838 heures de prix négatifs ou nuls cumulées sur l’ensemble des zones de marché européennes en 2024, contre 2 442 en 2023.
La concentration temporelle est révélatrice. La CRE relève qu’au seul premier semestre 2024, la France a enregistré 235 heures négatives, soit 5,4 % du temps, contre 1,2 % jusqu’en 2022. Ces heures se regroupent sur deux fenêtres : le cœur de la nuit, lorsque la consommation s’effondre, et surtout l’après-midi de printemps et d’été, quand le solaire écrase la demande. Au deuxième trimestre 2024, l’électricité française s’est échangée à prix négatif plus de 10 % du temps. Le signal envoyé par le marché est clair : à ces heures-là, personne ne veut de cette production.
Le coût économique est tangible. La CRE a estimé à environ 80 millions d’euros les pertes du parc français de production sur le seul premier semestre 2024 — pertes concentrées sur le nucléaire et l’hydraulique au fil de l’eau, dont l’arrêt est techniquement coûteux ou impossible. À cela s’ajoutent les compensations versées par l’État aux acheteurs obligés des filières renouvelables sous contrat d’achat garanti — environ 15 millions d’euros pour la même période — car les producteurs subventionnés continuent souvent de produire « à tout prix », même quand le marché s’effondre, parce que leur contrat les y autorise.
Le prix moyen spot français, lui, s’est établi à 58 €/MWh en 2024 selon RTE, contre 97 €/MWh en 2023 et 276 €/MWh en 2022 — un retour aux niveaux d’avant-crise mais avec une volatilité supérieure. La moyenne masque l’écart-type. Le marché européen a connu, sur 70 % des jours de 2024, des écarts de prix infrajournaliers d’au moins 50 €/MWh, selon l’ACER. Ce n’est plus un système qui révèle un coût marginal : c’est un système qui oscille entre deux pathologies — trop d’électricité au mauvais moment, pas assez au moment critique.
Les prix négatifs ne sont pas un dysfonctionnement marginal : ils sont la signature d’un marché qui ne sait plus exprimer la valeur de ce qu’il échange. Les chiffres ne laissent aucune ambiguïté. En France, le maximum historique de 102 heures par an avant 2022 a été pulvérisé : 147 heures en 2023, 361 en 2024 selon RTE, et 508 heures à fin octobre 2025 selon l’Union française de l’électricité. À l’échelle continentale, Montel a comptabilisé 4 838 heures de prix négatifs ou nuls cumulées sur l’ensemble des zones de marché européennes en 2024, contre 2 442 en 2023.
La concentration temporelle est révélatrice. La CRE relève qu’au seul premier semestre 2024, la France a enregistré 235 heures négatives, soit 5,4 % du temps, contre 1,2 % jusqu’en 2022. Ces heures se regroupent sur deux fenêtres : le cœur de la nuit, lorsque la consommation s’effondre, et surtout l’après-midi de printemps et d’été, quand le solaire écrase la demande. Au deuxième trimestre 2024, l’électricité française s’est échangée à prix négatif plus de 10 % du temps. Le signal envoyé par le marché est clair : à ces heures-là, personne ne veut de cette production.
Le coût économique est tangible. La CRE a estimé à environ 80 millions d’euros les pertes du parc français de production sur le seul premier semestre 2024 — pertes concentrées sur le nucléaire et l’hydraulique au fil de l’eau, dont l’arrêt est techniquement coûteux ou impossible. À cela s’ajoutent les compensations versées par l’État aux acheteurs obligés des filières renouvelables sous contrat d’achat garanti — environ 15 millions d’euros pour la même période — car les producteurs subventionnés continuent souvent de produire « à tout prix », même quand le marché s’effondre, parce que leur contrat les y autorise.
Le prix moyen spot français, lui, s’est établi à 58 €/MWh en 2024 selon RTE, contre 97 €/MWh en 2023 et 276 €/MWh en 2022 — un retour aux niveaux d’avant-crise mais avec une volatilité supérieure. La moyenne masque l’écart-type. Le marché européen a connu, sur 70 % des jours de 2024, des écarts de prix infrajournaliers d’au moins 50 €/MWh, selon l’ACER. Ce n’est plus un système qui révèle un coût marginal : c’est un système qui oscille entre deux pathologies — trop d’électricité au mauvais moment, pas assez au moment critique.
DUNKELFLAUTE — QUAND LE VENT TOMBE, LE PRIX EXPLOSE Le mythe du « vent qui souffle toujours quelque part en Europe » a été démenti deux fois en six semaines. Première confirmation, du 5 au 8 novembre 2024 : la production éolienne allemande, terrestre et offshore confondue, est tombée sous 1 GW pendant plus de trente heures consécutives, pour une capacité installée d’environ 72 GW — soit moins de 1,5 % du potentiel….
DUNKELFLAUTE — QUAND LE VENT TOMBE, LE PRIX EXPLOSE
Le mythe du « vent qui souffle toujours quelque part en Europe » a été démenti deux fois en six semaines. Première confirmation, du 5 au 8 novembre 2024 : la production éolienne allemande, terrestre et offshore confondue, est tombée sous 1 GW pendant plus de trente heures consécutives, pour une capacité installée d’environ 72 GW — soit moins de 1,5 % du potentiel. Le photovoltaïque, avec ses 94 GW installés en Allemagne, ne fournissait plus qu’un seul mégawatt à 17 heures le 6 novembre. Les centrales thermiques pilotables ont pris le relais, et le prix spot a grimpé jusqu’à 820 €/MWh.
Seconde confirmation, le 12 décembre 2024 : un nouvel épisode de dunkelflaute a poussé les prix day-ahead et intraday allemands près de 1 000 €/MWh, selon le rapport ACER 2025 — un record sur dix-huit ans pour l’intraday. Le régulateur allemand a enquêté, écartant tout abus de marché : ces prix reflétaient bien la réalité physique d’une rareté brutale. À la suite de ces deux épisodes, l’Allemagne, qui joue un rôle clé dans la formation des prix européens, a contaminé les marchés voisins par effet de couplage.
Wood Mackenzie a chiffré la fréquence du phénomène : en moyenne 1,6 événement de dunkelflaute par an en Europe, avec une variabilité forte selon les pays — jusqu’à trois en Belgique, zéro au Portugal — et près de 41 % de ces épisodes durant plus de trois jours. Les périodes de « sécheresse éolienne » prolongées pourraient s’aggraver de 40 % dans les prochaines décennies sous l’effet du changement climatique, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le « foisonnement » européen, longtemps présenté comme la solution mécanique au caractère intermittent, ne tient pas l’épreuve des faits : l’Europe occidentale fonctionne souvent comme une zone venteuse homogène, dominée par les mêmes régimes anticycloniques.
Ces épisodes valorisent à l’extrême ce que le marché peine à rémunérer le reste de l’année : la capacité garantie. Les centrales pilotables qui ne tournent presque jamais, mais qui doivent être disponibles pour ces dizaines d’heures critiques, ne se rentabilisent plus sur la seule production. D’où la multiplication des « mécanismes de capacité » — rémunération de la disponibilité indépendamment de la production effective — qui constituent, de fait, l’aveu silencieux d’un marché incapable de valoriser correctement ce qui compte vraiment.
Le mythe du « vent qui souffle toujours quelque part en Europe » a été démenti deux fois en six semaines. Première confirmation, du 5 au 8 novembre 2024 : la production éolienne allemande, terrestre et offshore confondue, est tombée sous 1 GW pendant plus de trente heures consécutives, pour une capacité installée d’environ 72 GW — soit moins de 1,5 % du potentiel. Le photovoltaïque, avec ses 94 GW installés en Allemagne, ne fournissait plus qu’un seul mégawatt à 17 heures le 6 novembre. Les centrales thermiques pilotables ont pris le relais, et le prix spot a grimpé jusqu’à 820 €/MWh.
Seconde confirmation, le 12 décembre 2024 : un nouvel épisode de dunkelflaute a poussé les prix day-ahead et intraday allemands près de 1 000 €/MWh, selon le rapport ACER 2025 — un record sur dix-huit ans pour l’intraday. Le régulateur allemand a enquêté, écartant tout abus de marché : ces prix reflétaient bien la réalité physique d’une rareté brutale. À la suite de ces deux épisodes, l’Allemagne, qui joue un rôle clé dans la formation des prix européens, a contaminé les marchés voisins par effet de couplage.
Wood Mackenzie a chiffré la fréquence du phénomène : en moyenne 1,6 événement de dunkelflaute par an en Europe, avec une variabilité forte selon les pays — jusqu’à trois en Belgique, zéro au Portugal — et près de 41 % de ces épisodes durant plus de trois jours. Les périodes de « sécheresse éolienne » prolongées pourraient s’aggraver de 40 % dans les prochaines décennies sous l’effet du changement climatique, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le « foisonnement » européen, longtemps présenté comme la solution mécanique au caractère intermittent, ne tient pas l’épreuve des faits : l’Europe occidentale fonctionne souvent comme une zone venteuse homogène, dominée par les mêmes régimes anticycloniques.
Ces épisodes valorisent à l’extrême ce que le marché peine à rémunérer le reste de l’année : la capacité garantie. Les centrales pilotables qui ne tournent presque jamais, mais qui doivent être disponibles pour ces dizaines d’heures critiques, ne se rentabilisent plus sur la seule production. D’où la multiplication des « mécanismes de capacité » — rémunération de la disponibilité indépendamment de la production effective — qui constituent, de fait, l’aveu silencieux d’un marché incapable de valoriser correctement ce qui compte vraiment.
DEUX PRODUITS DIFFÉRENTS — UN MÊME MARCHÉ L’équation de fond est plus simple qu’il n’y paraît, et plus radicale. Un mégawattheure produit en plein été à midi, quand la demande est faible, n’a pas la même valeur qu’un mégawattheure produit un soir d’hiver à 19 heures….
DEUX PRODUITS DIFFÉRENTS — UN MÊME MARCHÉ
L’équation de fond est plus simple qu’il n’y paraît, et plus radicale. Un mégawattheure produit en plein été à midi, quand la demande est faible, n’a pas la même valeur qu’un mégawattheure produit un soir d’hiver à 19 heures. Mais le marché, aveugle à la temporalité comme à la garantie de livraison, les rémunère comme s’ils étaient substituables. C’est une fiction économique. Elle a tenu tant que les volumes variables étaient marginaux. Elle se fissure quand ils deviennent structurants.
L’Europe préfère, pour l’instant, ajouter des couches correctives plutôt que reconnaître l’erreur initiale. RTE chiffre à environ 100 milliards d’euros les investissements nécessaires sur le seul réseau de transport d’ici 2040 ; le Sénat évalue à 96 milliards supplémentaires l’effort d’Enedis sur le réseau de distribution — soit près de 200 milliards sur quinze ans pour absorber les flux variables. La Commission de régulation de l’énergie a engagé une réforme des heures pleines / heures creuses, effective depuis le 1er novembre 2025 et déployée jusqu’en 2027 sur 14,5 millions de compteurs, pour déplacer les périodes avantageuses vers le pic solaire de mi-journée. L’Agence internationale de l’énergie avertit que, sans accélération de la flexibilité, jusqu’à 15 % de la production renouvelable prévue à 2030 pourrait être écrêtée — c’est-à-dire produite, puis perdue.
Deux voies cohérentes existent, et une seule ne sera pas indolore. La première consiste à séparer les produits : un marché de la capacité garantie pour les technologies pilotables (nucléaire, hydraulique, gaz décarboné), rémunérées en euros par mégawatt de puissance disponible, avec pénalités lourdes en cas d’indisponibilité ; et un marché de l’énergie variable, où l’éolien et le solaire sont rémunérés pour ce qu’ils livrent réellement — des mégawattheures non garantis, à bas prix, en assumant les coûts d’intégration qu’ils provoquent. La seconde consiste à conserver un marché unique mais à imposer à tous les producteurs de vendre le même produit : une électricité disponible à la demande. Cela contraindrait les renouvelables variables à intégrer du stockage, à contracter avec du pilotable en soutien, ou à développer leurs propres capacités d’effacement.
L’objection est connue : ces contraintes rendraient l’intermittent non rentable. L’objection s’effondre dès qu’on l’examine. L’intermittent actuel n’est rentable que parce qu’il bénéficie de tarifs garantis, de contrats d’achat, de la prise en charge publique d’une part substantielle des coûts réseau, et — depuis 2023 — d’une compensation pour produire sans coût marginal pendant les heures négatives. Dire que rendre l’intermittent responsable de sa livraison le rendrait non profitable, c’est reconnaître qu’il ne l’est déjà pas sans soutien. Si tel est le cas, la question initiale trouve sa réponse : la valeur économique d’une énergie variable, non stockable et non prévisible est inférieure à ce que les règles actuelles font payer aux consommateurs et aux contribuables.
L’équation de fond est plus simple qu’il n’y paraît, et plus radicale. Un mégawattheure produit en plein été à midi, quand la demande est faible, n’a pas la même valeur qu’un mégawattheure produit un soir d’hiver à 19 heures. Mais le marché, aveugle à la temporalité comme à la garantie de livraison, les rémunère comme s’ils étaient substituables. C’est une fiction économique. Elle a tenu tant que les volumes variables étaient marginaux. Elle se fissure quand ils deviennent structurants.
L’Europe préfère, pour l’instant, ajouter des couches correctives plutôt que reconnaître l’erreur initiale. RTE chiffre à environ 100 milliards d’euros les investissements nécessaires sur le seul réseau de transport d’ici 2040 ; le Sénat évalue à 96 milliards supplémentaires l’effort d’Enedis sur le réseau de distribution — soit près de 200 milliards sur quinze ans pour absorber les flux variables. La Commission de régulation de l’énergie a engagé une réforme des heures pleines / heures creuses, effective depuis le 1er novembre 2025 et déployée jusqu’en 2027 sur 14,5 millions de compteurs, pour déplacer les périodes avantageuses vers le pic solaire de mi-journée. L’Agence internationale de l’énergie avertit que, sans accélération de la flexibilité, jusqu’à 15 % de la production renouvelable prévue à 2030 pourrait être écrêtée — c’est-à-dire produite, puis perdue.
Deux voies cohérentes existent, et une seule ne sera pas indolore. La première consiste à séparer les produits : un marché de la capacité garantie pour les technologies pilotables (nucléaire, hydraulique, gaz décarboné), rémunérées en euros par mégawatt de puissance disponible, avec pénalités lourdes en cas d’indisponibilité ; et un marché de l’énergie variable, où l’éolien et le solaire sont rémunérés pour ce qu’ils livrent réellement — des mégawattheures non garantis, à bas prix, en assumant les coûts d’intégration qu’ils provoquent. La seconde consiste à conserver un marché unique mais à imposer à tous les producteurs de vendre le même produit : une électricité disponible à la demande. Cela contraindrait les renouvelables variables à intégrer du stockage, à contracter avec du pilotable en soutien, ou à développer leurs propres capacités d’effacement.
L’objection est connue : ces contraintes rendraient l’intermittent non rentable. L’objection s’effondre dès qu’on l’examine. L’intermittent actuel n’est rentable que parce qu’il bénéficie de tarifs garantis, de contrats d’achat, de la prise en charge publique d’une part substantielle des coûts réseau, et — depuis 2023 — d’une compensation pour produire sans coût marginal pendant les heures négatives. Dire que rendre l’intermittent responsable de sa livraison le rendrait non profitable, c’est reconnaître qu’il ne l’est déjà pas sans soutien. Si tel est le cas, la question initiale trouve sa réponse : la valeur économique d’une énergie variable, non stockable et non prévisible est inférieure à ce que les règles actuelles font payer aux consommateurs et aux contribuables.
« La valeur d’un mégawattheure ne se mesure pas en kilowatts produits, mais en heures où l’on en a besoin. Là est toute la différence entre fournir de l’énergie et rendre un service. »... « La valeur d’un mégawattheure ne se mesure pas en kilowatts produits, mais en heures où l’on en a besoin. Là est toute la différence entre fournir de l’énergie et rendre un service. »
« La valeur d’un mégawattheure ne se mesure pas en kilowatts produits, mais en heures où l’on en a besoin. Là est toute la différence entre fournir de l’énergie et rendre un service. »...
« La valeur d’un mégawattheure ne se mesure pas en kilowatts produits, mais en heures où l’on en a besoin. Là est toute la différence entre fournir de l’énergie et rendre un service. »
POUR ALLER PLUS LOIN Au port de Marseille, Fanny tient une poissonnerie qui alimente la plupart des restaurants du Vieux-Port. Pour « moderniser » son activité, elle invente un système qu’elle juge équitable et transparent : chaque matin à 9 h, elle achète 100 kilos de poisson aux pêcheurs, quelle que soit la météo….
POUR ALLER PLUS LOIN
Au port de Marseille, Fanny tient une poissonnerie qui alimente la plupart des restaurants du Vieux-Port. Pour « moderniser » son activité, elle invente un système qu’elle juge équitable et transparent : chaque matin à 9 h, elle achète 100 kilos de poisson aux pêcheurs, quelle que soit la météo. Il y a deux pêcheurs. Marius navigue sur un voilier — coût faible, production aléatoire selon le vent. César possède un bateau à moteur — coût élevé, gazole consommé, production stable autour de 100 kilos par jour. Deux métiers, deux logiques. Mais Fanny décide que « du poisson, c’est du poisson » et impose une règle : elle appelle d’abord Marius, puis complète avec César si nécessaire, et paie aux deux le prix du dernier appelé.
Lundi, belle brise. Marius rentre avec 150 kilos. Fanny lui en achète 100 à 10 euros le kilo. César a passé la matinée en mer pour rien. Mardi, calme plat. César seul fournit ses 100 kilos, et demande 20 euros le kilo pour couvrir son gazole. Fanny n’a pas le choix. Les restaurateurs hurlent. Mercredi, pêche miraculeuse pour Marius : Fanny achète ses 100 kilos pour presque rien, les prix s’effondrent. Six mois plus tard, César abandonne. Marius achète un deuxième voilier. Et certains jours sans vent, il n’y a tout simplement plus de poisson au Vieux-Port. Fanny investit alors dans un congélateur géant et des camions pour aller chercher du poisson à Toulon. Elle est fière de son innovation. Le plus gros restaurateur, lui, vient la voir : « Fanny, laissez-nous gérer en direct. Marius quand il y a du vent, César quand il n’y en a pas. Deux prix séparés. Vous gérez deux prestations différentes comme s’il s’agissait du même produit. »
Cette parabole, évidemment, parle d’électricité autant que de poissons. Le marché européen fait exactement ce que Fanny a fait : il met au même prix, au même moment, des productions pilotables — nucléaire, hydraulique, gaz — et des productions intermittentes — éolien, solaire. Résultat : prix négatifs les jours de vent et de soleil, flambées les jours sans, et une lente disparition des capacités qui garantissent la sécurité du système. La solution ne consiste pas à construire toujours plus de congélateurs — réseaux, stockage, batteries, mécanismes de capacité — pour compenser un marché mal pensé. Elle consiste à reconnaître que deux produits différents ne peuvent pas être mis en concurrence sur un même marché sans détruire celui qui rend le service le plus précieux : la garantie d’approvisionnement.
Faut-il alors aller plus loin et s’interroger sur la nature même du marché européen de l’électricité ? Une vérité technique mérite ici d’être nommée : seulement 10 à 15 % de l’électricité produite et consommée en Europe traverse réellement les frontières chaque année, et le solde net entre pays reste proche de zéro. Le « marché unique européen de l’électricité » est, à bien des égards, une construction réglementaire plus qu’une réalité physique. L’électricité présente toutes les caractéristiques d’un monopole naturel : coûts fixes massifs, équilibre instantané du réseau, planification longue, rendements croissants. La libéralisation des années 1990, légitime contre les monopoles publics inefficaces, n’a tenu qu’en construisant un marché artificiel et un maillage d’interconnexions destinés à donner l’illusion d’une concurrence réelle.
Trois conclusions s’imposent, qu’aucune réforme cosmétique ne saurait éviter durablement. Premièrement, l’électricité n’est pas un produit homogène : c’est un service temporel et spatial. Un mégawattheure livré à 14 heures un dimanche d’avril ensoleillé n’a pas la même valeur qu’un mégawattheure livré à 19 heures un mardi de janvier sans vent. Deuxièmement, la concurrence ne peut exister qu’entre producteurs vendant le même service. Mettre en concurrence du pilotable garanti et du variable opportuniste, c’est garantir mécaniquement la destruction du premier. Troisièmement, les 200 milliards d’euros d’investissements réseau annoncés ne sont pas une fatalité technique : c’est le coût d’un refus politique d’assumer une évidence physique.
On ne peut pas bâtir un système électrique moderne uniquement sur des énergies intermittentes dépourvues de pilotabilité. Cette affirmation devrait clore un débat qui refuse pourtant de mourir, parce qu’il met en cause des choix industriels engagés depuis vingt ans, des subventions accumulées, des récits politiques nationaux. Les renouvelables variables ont une place — substantielle, croissante, légitime — dans le mix électrique de demain. Mais à condition de cesser de prétendre qu’ils rendent le même service que le pilotable, et de payer en conséquence. Soit ils intègrent eux-mêmes leur flexibilité — stockage, effacement, contrats de back-up. Soit ils sont rémunérés à part, pour ce qu’ils sont : une production opportuniste, à bas prix, sans garantie.
Ce qui est en jeu n’est pas une querelle de filières. C’est la cohérence d’un système qui se prétend libéral mais qui multiplie les béquilles pour faire tenir une concurrence factice entre biens non substituables. Tant que le marché européen rémunère une fiction — l’équivalence d’un mégawattheure aléatoire et d’un mégawattheure pilotable —, les prix négatifs continueront de coûter aux producteurs de base, les épisodes de dunkelflaute continueront de coûter aux consommateurs, et la facture finale continuera d’être lissée, transférée, dispersée — mais jamais évitée. Le mégawattheure intermittent vaut probablement moins que ce qu’on a longtemps voulu croire. Mieux vaut l’assumer maintenant que de l’apprendre après avoir remodelé tout un système autour d’un produit qui n’est pas celui dont on a besoin.
Au port de Marseille, Fanny tient une poissonnerie qui alimente la plupart des restaurants du Vieux-Port. Pour « moderniser » son activité, elle invente un système qu’elle juge équitable et transparent : chaque matin à 9 h, elle achète 100 kilos de poisson aux pêcheurs, quelle que soit la météo. Il y a deux pêcheurs. Marius navigue sur un voilier — coût faible, production aléatoire selon le vent. César possède un bateau à moteur — coût élevé, gazole consommé, production stable autour de 100 kilos par jour. Deux métiers, deux logiques. Mais Fanny décide que « du poisson, c’est du poisson » et impose une règle : elle appelle d’abord Marius, puis complète avec César si nécessaire, et paie aux deux le prix du dernier appelé.
Lundi, belle brise. Marius rentre avec 150 kilos. Fanny lui en achète 100 à 10 euros le kilo. César a passé la matinée en mer pour rien. Mardi, calme plat. César seul fournit ses 100 kilos, et demande 20 euros le kilo pour couvrir son gazole. Fanny n’a pas le choix. Les restaurateurs hurlent. Mercredi, pêche miraculeuse pour Marius : Fanny achète ses 100 kilos pour presque rien, les prix s’effondrent. Six mois plus tard, César abandonne. Marius achète un deuxième voilier. Et certains jours sans vent, il n’y a tout simplement plus de poisson au Vieux-Port. Fanny investit alors dans un congélateur géant et des camions pour aller chercher du poisson à Toulon. Elle est fière de son innovation. Le plus gros restaurateur, lui, vient la voir : « Fanny, laissez-nous gérer en direct. Marius quand il y a du vent, César quand il n’y en a pas. Deux prix séparés. Vous gérez deux prestations différentes comme s’il s’agissait du même produit. »
Cette parabole, évidemment, parle d’électricité autant que de poissons. Le marché européen fait exactement ce que Fanny a fait : il met au même prix, au même moment, des productions pilotables — nucléaire, hydraulique, gaz — et des productions intermittentes — éolien, solaire. Résultat : prix négatifs les jours de vent et de soleil, flambées les jours sans, et une lente disparition des capacités qui garantissent la sécurité du système. La solution ne consiste pas à construire toujours plus de congélateurs — réseaux, stockage, batteries, mécanismes de capacité — pour compenser un marché mal pensé. Elle consiste à reconnaître que deux produits différents ne peuvent pas être mis en concurrence sur un même marché sans détruire celui qui rend le service le plus précieux : la garantie d’approvisionnement.
Faut-il alors aller plus loin et s’interroger sur la nature même du marché européen de l’électricité ? Une vérité technique mérite ici d’être nommée : seulement 10 à 15 % de l’électricité produite et consommée en Europe traverse réellement les frontières chaque année, et le solde net entre pays reste proche de zéro. Le « marché unique européen de l’électricité » est, à bien des égards, une construction réglementaire plus qu’une réalité physique. L’électricité présente toutes les caractéristiques d’un monopole naturel : coûts fixes massifs, équilibre instantané du réseau, planification longue, rendements croissants. La libéralisation des années 1990, légitime contre les monopoles publics inefficaces, n’a tenu qu’en construisant un marché artificiel et un maillage d’interconnexions destinés à donner l’illusion d’une concurrence réelle.
Trois conclusions s’imposent, qu’aucune réforme cosmétique ne saurait éviter durablement. Premièrement, l’électricité n’est pas un produit homogène : c’est un service temporel et spatial. Un mégawattheure livré à 14 heures un dimanche d’avril ensoleillé n’a pas la même valeur qu’un mégawattheure livré à 19 heures un mardi de janvier sans vent. Deuxièmement, la concurrence ne peut exister qu’entre producteurs vendant le même service. Mettre en concurrence du pilotable garanti et du variable opportuniste, c’est garantir mécaniquement la destruction du premier. Troisièmement, les 200 milliards d’euros d’investissements réseau annoncés ne sont pas une fatalité technique : c’est le coût d’un refus politique d’assumer une évidence physique.
On ne peut pas bâtir un système électrique moderne uniquement sur des énergies intermittentes dépourvues de pilotabilité. Cette affirmation devrait clore un débat qui refuse pourtant de mourir, parce qu’il met en cause des choix industriels engagés depuis vingt ans, des subventions accumulées, des récits politiques nationaux. Les renouvelables variables ont une place — substantielle, croissante, légitime — dans le mix électrique de demain. Mais à condition de cesser de prétendre qu’ils rendent le même service que le pilotable, et de payer en conséquence. Soit ils intègrent eux-mêmes leur flexibilité — stockage, effacement, contrats de back-up. Soit ils sont rémunérés à part, pour ce qu’ils sont : une production opportuniste, à bas prix, sans garantie.
Ce qui est en jeu n’est pas une querelle de filières. C’est la cohérence d’un système qui se prétend libéral mais qui multiplie les béquilles pour faire tenir une concurrence factice entre biens non substituables. Tant que le marché européen rémunère une fiction — l’équivalence d’un mégawattheure aléatoire et d’un mégawattheure pilotable —, les prix négatifs continueront de coûter aux producteurs de base, les épisodes de dunkelflaute continueront de coûter aux consommateurs, et la facture finale continuera d’être lissée, transférée, dispersée — mais jamais évitée. Le mégawattheure intermittent vaut probablement moins que ce qu’on a longtemps voulu croire. Mieux vaut l’assumer maintenant que de l’apprendre après avoir remodelé tout un système autour d’un produit qui n’est pas celui dont on a besoin.
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