11 – 18 AOÛT 2026

EN VACANCES : DE RETOUR LE 18 AOÛT

« Je serai absent jusqu’au 18 août. » Voilà. L’information tient en une ligne. Mais une publication comme WOW! ne peut décemment pas s’éclipser en trois mots…
« Je serai absent jusqu’au 18 août. » Voilà.

L’information tient en une ligne. Mais une publication comme WOW! ne peut décemment pas s’éclipser en trois mots et un émoji parasol.

Selon le Crédoc, 61 % des Français sont partis en vacances au cours des douze derniers mois. Exactement le taux mesuré par l’Insee en 1989. Trente-sept ans de croissance, de compagnies à bas coût, de plateformes de location et de congés acquis : le taux de départ n’a pas bougé d’un point.

Derrière la moyenne, l’écart. Toujours selon le Crédoc, 78 % des cadres supérieurs partent, contre 54 % des ouvriers ; 81 % des personnes disposant de plus de 2 550 euros par mois, contre 49 % de celles qui vivent avec moins de 1 190 euros.

La France passe pour le pays qui ferme en août. Le reproche est mal adressé. Le problème français n’est pas que trop de gens partent : c’est que près de quatre sur dix ne partent jamais, et que parmi ceux qui partent, un quart emporte sa messagerie professionnelle.

Le pays qu’on accuse de trop se reposer est en réalité un pays qui se repose mal, et inégalement. Ce qui suit est donc, malgré les apparences, un sujet sérieux. Retour le 18 août.
CE QUE VOUS LISEZ EST UN GENRE LITTÉRAIRE
Le message d’absence est probablement le seul genre littéraire inventé par l’entreprise. Il obéit à une structure aussi rigide qu’un sonnet : une excuse, une date de retour…
Le message d’absence est probablement le seul genre littéraire inventé par l’entreprise. Il obéit à une structure aussi rigide qu’un sonnet : une excuse, une date de retour, un contact de remplacement et, clause obligatoire, la formule « en cas d’urgence, vous pouvez joindre… ». La dernière ligne annule les trois premières.

Le Work Trend Index publié par Microsoft en 2025, établi à partir de données d’usage anonymisées, relève qu’un salarié reçoit en moyenne 117 courriels et 153 messages instantanés par jour, que 40 % des utilisateurs consultent leur messagerie avant six heures du matin, que près de 30 % y sont encore à vingt-deux heures et que 20 % l’ouvrent le samedi et le dimanche avant midi. Une boîte de réception qui fonctionne à ce régime onze mois par an n’a aucune raison de s’arrêter le douzième.

D’où une conclusion contre-intuitive, et légèrement humiliante : pour être réelle, l’absence doit être organisée par quelqu’un d’autre que celui qui part…

En attendant, la présente page ne comporte pas de clause d’urgence.
QUATRE-VINGT-DIX ANS POUR CINQ SEMAINES
Le droit d’écrire « de retour le 18 août » a une date de naissance : le 20 juin 1936. Ce jour-là, la loi votée sous le Front populaire accorde aux salariés quinze jours de congé…
Le droit d’écrire « de retour le 18 août » a une date de naissance : le 20 juin 1936. Ce jour-là, la loi votée sous le Front populaire accorde aux salariés quinze jours de congé annuel, dont douze jours ouvrables. Ce n’est pas une faveur consentie par une époque généreuse : c’est le produit d’un mouvement de grèves qui avait paralysé le pays quelques semaines plus tôt.

Le reste est une longue montée par paliers. Trois semaines par la loi du 27 mars 1956. Quatre semaines par la loi du 16 mai 1969, issue d’un accord syndical de 1965 puis d’un texte voté en mai 1968 que les événements avaient retardé d’un an. Cinq semaines enfin, par l’ordonnance n° 82-41 du 16 janvier 1982, qui instaure au passage la semaine de 39 heures. Quarante-six ans pour passer de deux à cinq semaines puis quarante-quatre ans d’immobilité. La cinquième semaine française a aujourd’hui l’âge d’un salarié qui part à la retraite.

Le congé n’est pas un état de nature mais une conquête datée, signée, publiée au Journal officiel et qu’une conquête peut se défaire.
LA LOI QUI NE PART JAMAIS EN VACANCES
La France a été le premier pays au monde à inscrire dans son droit du travail l’idée qu’un salarié a le droit de ne pas répondre. La loi n° 2016-1088 du 8 août 2016…
La France a été le premier pays au monde à inscrire dans son droit du travail l’idée qu’un salarié a le droit de ne pas répondre. La loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, dite loi Travail, a créé le droit à la déconnexion, entré en vigueur le 1er janvier 2017 et codifié à l’article L. 2242-17 du Code du travail.

Le dispositif est modeste : dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, l’employeur doit négocier chaque année les modalités d’exercice de ce droit ; à défaut d’accord, il élabore une charte après avis du comité social et économique (CSE), l’instance qui représente le personnel.

Une enquête Indeed publiée en 2025 relève que 24 % des salariés français consultent leurs messages professionnels pendant leurs congés et 16 % tard le soir.

Une étude Viavoice réalisée en 2025 pour le cabinet Verbateam indique que 65 % des salariés se disent dépendants aux écrans, mais que 16 % seulement estiment que leur entreprise agit pour limiter leur connexion.

Selon un sondage de l’Ugict-CGT, l’organisation des cadres et techniciens du syndicat, 67 % des cadres souhaitent un droit à la déconnexion effectif.

Le mot important est « effectif ». Un droit dont l’exercice dépend entièrement de la volonté de celui qu’il protège n’est pas tout à fait un droit : c’est une recommandation morale assortie d’un article de code. La loi de 2016 protège le salarié contre son employeur. Elle ne prévoit rien contre le principal responsable de la connexion estivale : le salarié lui-même, et le soupçon très raisonnable qu’une absence trop réussie prouverait qu’on pouvait se passer de lui.
AILLEURS, ON NE PLAISANTE PAS AVEC LE REPOS
La comparaison internationale est le meilleur remède au folklore national. Le socle européen est fixé par la directive 2003/88/CE, dont l’article 7 impose à tous les États membres…
La comparaison internationale est le meilleur remède au folklore national. Le socle européen est fixé par la directive 2003/88/CE, dont l’article 7 impose à tous les États membres au moins quatre semaines de congé annuel payé.

La France en accorde cinq ; le Royaume-Uni, sorti de l’Union en 2020, en garantit 5,6, soit vingt-huit jours pour une semaine de cinq jours. L’Europe entière ferme donc un peu. La France n’a pas inventé la fermeture, seulement l’art de la commenter.

À l’autre extrémité, les États-Unis. Le Center for Economic and Policy Research, qui met à jour l’étude « No Vacation Nation », rappelait encore en juillet 2026 que le pays demeure la seule démocratie riche à ne garantir aucun jour de congé payé par la loi fédérale.

Les entreprises en accordent (une dizaine de jours en moyenne selon le Bureau of Labor Statistics) mais rien ne les y contraint. Le repos y est un avantage négocié, pas un droit.

Le Japon offre le cas le plus troublant. Le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales y mesurait 17,6 jours de congés accordés en moyenne pour 10,9 jours effectivement pris, soit un taux d’utilisation de 62,1 %, le plus élevé depuis 1984.

Autrement dit : un pays où l’on ne prend pas ses congés a dû, depuis avril 2019, obliger les employeurs à imposer au moins cinq jours de repos par an à leurs salariés, sous peine d’amende. Le repos y est devenu une obligation patronale parce qu’il avait cessé d’être un réflexe salarial.

L’Allemagne, elle, a choisi l’ingénierie. En 2011, Volkswagen a cessé de router les courriels vers les téléphones professionnels d’une partie de ses salariés trente minutes après la fin du service, mesure dont les cadres dirigeants étaient exclus, ce qui résume assez bien la sociologie du sujet.

En 2014, Daimler est allé plus loin avec « Mail on Holiday » : les quelque 100 000 salariés allemands du groupe pouvaient choisir que tout courriel reçu pendant leurs congés soit purement et simplement supprimé, l’expéditeur étant informé de la destruction et invité à écrire à un collègue ou à recommencer plus tard. C’est, à ce jour, le seul message d’absence parfaitement honnête de l’histoire du travail. Il ne comporte pas de clause d’urgence.
« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. » — Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880. La folie qu’il désignait…
« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. » — Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880. La folie qu’il désignait dans la première phrase de son pamphlet, c’était l’amour du travail.
POUR ALLER PLUS LOIN
WOW! reprend le 18 août. D’ici là, la dette publique continuera de courir — c’est le seul de nos indicateurs qui ne prenne jamais de congés — les gouvernements rentreront…
WOW! reprend le 18 août. D’ici là, la dette publique continuera de courir — c’est le seul de nos indicateurs qui ne prenne jamais de congés — les gouvernements rentreront de leurs conseils, les chiffres d’août paraîtront en septembre, et rien de tout cela ne se sera aggravé du fait que nous n’écrivions pas.

C’est même à peu près la définition d’une information de qualité : elle supporte d’attendre une semaine sans perdre sa valeur.

Bonnes vacances à ceux qui partent. Bon courage à ceux qui restent..En cas d’urgence, ne contactez personne. Commencez par vérifier que c’en était bien une.

WOW! World of Words est le prolongement de L’Édito de WOW!, newsletter quotidienne publiée sur Substack.


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