3461 milliards, ce jour
50 165 € par habitant — enfants inclus...

3 461 milliards d’euros. Le chiffre mérite qu’on s’y arrête… par une forme d’admiration froide pour l’édifice.
Il a fallu des décennies de constance, une remarquable continuité à travers les alternances politiques, une imperméabilité sans faille aux injonctions européennes et aux rapports de la Cour des comptes, pour parvenir à un tel résultat. On ne bâtit pas 3 461 milliards de dette par accident. C’est une œuvre collective.
L’annonce d’un déficit à 5,1 % pour l’exercice écoulé est réconfortante. Dans d’autres pays, un tel chiffre provoquerait une crise politique. En France, il est motif d’optimisme. C’est une question de perspective. La France excelle depuis longtemps à recalibrer les siennes.
L’objectif de revenir sous les 3 % d’ici 2029 est salué. C’est un engagement sincère, porté avec la même conviction que ses prédécesseurs. Il était déjà dans les trajectoires de 2017, 2019, 2022 et 2024, chaque fois repoussé par des circonstances que personne n’avait anticipées — une pandémie, une guerre en Europe, une crise énergétique, une dissolution surprise, le régime des Mollahs… La malchance budgétaire française est d’une régularité remarquable.
La remontée des taux perturbe le schéma. Pour honorer le service du passé, la charge de la dette est le premier poste du budget de l’État. C’est une forme de redistribution intergénérationnelle dont on parle peu. Surtout les nouveaux nés qui sortent de la maternité, chacun avec 50 165 € de dette…
L’impasse est démontrée. Les dépenses publiques ne peuvent guère être réduites sans contestation sociale immédiate. La pression fiscale, la plus élevée du monde développé, ne laisse plus de marge sous peine d’un effondrement. L’abstention face aux crises n’est pas davantage une option pour un État dont la légitimité repose sur sa capacité d’intervention.
“En responsabilité” (novlangue), la seule décision “raisonnable” (novlangue) consiste à emprunter. Elle est prise, sans faillir, tous les ans, depuis quarante ans.
Le pays refuse les arbitrages que tout le monde connaît et que personne n’assume. L’illusion faiblit mais le système qui l’entretient continue de fonctionner, faute d’avoir encore rencontré LA contrainte qui le forcera à se réformer.
Cette contrainte viendra, sous la forme d’une hausse brutale des taux souverains, d’une dégradation de notation, d’un réveil de l’UE ou des marchés, de la crise de trop… On découvrira avec surprise qu’elle était attendue mais imprévisible. Les rapports le disaient. Les économistes l’écrivaient. Bercy le savait.
En attendant, le déficit est à 5,1 %. Ce qui est beaucoup mieux que 5,8 %. Vraiment.
Paul Corey