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Fumio Kishida

Le paradoxe Kishida : puissance retrouvée, pouvoir perdu...

Fumio Kishida

L’homme qui a transformé la diplomatie japonaise et réarmé le pays le plus pacifiste du monde a quitté le pouvoir en 2024 plébiscité à l’étranger, rejeté chez lui.

Né le 29 juillet 1957 à Tokyo, Fumio Kishida est issu d’une lignée politique dont la géographie dit tout. Sa famille est d’Hiroshima. Des membres ont péri dans l’explosion du 6 août 1945. Il grandit avec ces récits. En 1963, son père, haut fonctionnaire au ministère du Commerce, est affecté aux États-Unis. Le jeune Fumio passe sa scolarité primaire dans un quartier de Queens, à New York. Il subit des discriminations raciales. Il en tire, dira-t-il, sa vocation politique. De retour au Japon, il intègre le lycée privé d’élite Kaisei, puis la faculté de droit de l’université Waseda en 1982.

À sa sortie, il rejoint la Long-Term Credit Bank of Japan, banque qui disparaîtra rachetée en 1999 par un fonds de capital américain. Cinq ans dans la finance, puis l’entrée en politique. En 1992, son père meurt. En 1993, il reprend le siège paternel à Hiroshima pour la Chambre des représentants. Son grand-père aussi avait été élu au même siège. Trois générations, un seul comté. Il monte lentement : Okinawa, technologies, espace, protection des consommateurs. Des portefeuilles techniques, sans éclat. En 2012, Shinzo Abe le nomme ministre des Affaires étrangères.

Il reste ministre des Affaires étrangères quatre ans et sept mois — record de longévité au poste depuis la Seconde Guerre mondiale. En décembre 2015, il conclut avec la Corée du Sud un accord historique sur les femmes de réconfort — esclaves sexuelles coréennes, chinoises et philippines de l’armée japonaise. En mai 2016, il organise la visite du président Obama à Hiroshima, première visite d’un président américain en exercice dans la ville atomisée. En octobre 2021, choix de compromis du PLD, il devient Premier ministre.

Son bilan diplomatique est sans équivalent depuis des décennies. En mai 2023, il organise le G7 à Hiroshima — cinquante leaders mondiaux devant le mémorial de la paix, Zelensky inclus. Il renfloue le budget défense de 1,2 % à 2 % du PIB sur cinq ans, rupture radicale avec soixante-dix ans de pacifisme constitutionnel. Il autorise pour la première fois les exportations d’armes vers des pays tiers. En mars 2024, il établit un commandement opérationnel conjoint américano-japonais, inédit depuis 1945. Il rencontre le président sud-coréen Yoon huit fois entre 2023 et 2024, normalisant des relations gelées depuis des décennies.

À l’intérieur, le naufrage. Le 8 juillet 2022, Shinzo Abe est assassiné lors d’un meeting. L’enquête révèle que l’assassin était motivé par les liens entre l’Église de l’Unification et le PLD — liens vieux de plusieurs décennies, impliquant des dizaines de parlementaires du parti. Kishida est éclaboussé. En 2023-2024, second scandale : des factions du PLD ont systématiquement dissimulé des recettes de collectes de fonds hors comptabilité officielle depuis des années. Dix parlementaires et assistants sont mis en examen en janvier 2024. La cote d’approbation du gouvernement chute à 25 % selon NHK. En août 2024, il annonce sa démission, huitième Premier ministre japonais le plus durable depuis 1945.

Ainsi, Fumio Kishida a réussi l’improbable : réarmer pacifiquement le Japon, réconcilier Tokyo et Séoul, ancrer le pays dans l’alliance indo-pacifique — et perdre le pouvoir sur des caisse noires de financement politique dont il a hérité sans les avoir créées, victime des compromis structurels d’un parti qui gouverne le Japon depuis soixante-dix ans sans interruption.

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Paul Corey