UE : dernier refuge de l’impuissance française ?
L’échec à réformer la France ne donne aucun mandat à son Président pour transférer ailleurs le pouvoir de décider.

L’échec à réformer la France ne donne aucun mandat à son Président pour transférer ailleurs le pouvoir de décider.
3 536 milliards d’euros de dette publique à fin mars 2026. Les Français attendent des services publics qui fonctionnent, une économie qui produit, un pouvoir qui décide et assume. L’ambition européenne leur promet une puissance retrouvée. Elle risque aussi de devenir le refuge d’un pouvoir qui peine à transformer son propre pays.
L’Europe occupe le cœur du projet d’Emmanuel Macron depuis la Sorbonne, en 2017.
La conviction est ancienne et sincère. Après neuf années à l’Élysée, elle affronte pourtant un juge nouveau : le bilan français. La promesse d’une puissance continentale laisse entière la question de l’impuissance nationale.
Ici surgit le risque d’une évasion par le haut ou fuite en avant.
Quand un pouvoir bute sur les contradictions de son pays, la tentation grandit de déplacer les décisions vers un ensemble plus vaste. Les responsabilités s’y brouillent. Paris invoque les contraintes européennes, Bruxelles rappelle les engagements des États. Le citoyen cherche en vain à qui demander des comptes. L’impuissance change d’adresse sans changer de nature.
Ce soupçon exige des preuves. Les décisions proposées les fournissent.
En 2024, à la Sorbonne, le président a plaidé pour étendre le vote à la majorité qualifiée en politique étrangère. L’intention se comprend : libérer l’Europe d’une unanimité qui la paralyse. Le prix mérite la même clarté. Dans les domaines concernés, la France acceptera d’appliquer demain des décisions qu’elle aura combattues.
Sur quels sujets consentir ce prix, et pour quel gain ? La question attend toujours sa réponse.
L’emprunt commun de 2020 obéit à la même logique. L’Union a autorisé jusqu’à 750 milliards d’euros, aux prix de 2018, pour affronter la pandémie. Le dispositif se voulait exceptionnel et temporaire. Le rendre permanent revient à créer des obligations financières communes durables, dont les limites et le contrôle démocratique restent à écrire.
Une dette partagée engage des générations qui n’ont rien voté.
La dissuasion appelle la même précision. Le 2 mars 2026, à l’île Longue, Emmanuel Macron a présenté une « dissuasion avancée » ouverte aux partenaires européens, en maintenant expressément la décision nucléaire sous autorité française. L’arme reste à Paris.
Les engagements stratégiques qu’elle crée réclament un débat à la hauteur de leur portée.
Coopérer, partager une responsabilité, transférer un pouvoir de décision : trois actes, trois degrés d’engagement pour la nation. Les confondre revient à escamoter le seul débat qui compte.
LISBONNE HANTE ENCORE LES MÉMOIRES
En 2005, les Français rejettent le traité constitutionnel par référendum. En 2008, la France ratifie le traité de Lisbonne par la voie parlementaire, que la Constitution reconnaît pleinement.
La question politique demeure intacte : à quelles conditions reprendre une orientation refusée par le peuple sans retourner devant lui ?
Une France qui se réforme coopère mieux. Des partenaires solides bâtissent ensemble ce qu’aucun ne réussit seul. Encore faut-il dire ce que chacun apporte, ce qu’il gagne, ce qu’il cesse de décider seul.
En 2027, les candidats devront préciser ce qu’ils veulent redresser en France, construire en Europe et confier aux institutions communes. Tout nouveau transfert de souveraineté exige un mandat explicite. Pour une compétence régalienne, ce mandat porte un nom : le référendum.
Un pouvoir qui échoue à réformer la France lui doit des comptes. Engager son avenir ailleurs exige d’abord son consentement préalable.
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Paul Corey