MACRON, le camp de la déraison..
Il aurait vraiment dû démissionner.

Le 9 juin 2024, au lendemain de la déroute des européennes, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale. Le geste se voulait gaullien.
Il fut solitaire, précipité, et calibré à l’envers. La majorité présidentielle s’effondre à 14,6 %. Le Rassemblement national franchit 31 %. Devant un désaveu de cette ampleur, le président choisit de transformer une défaite électorale en crise institutionnelle. Le pays hérite d’une Assemblée pulvérisée, de trois blocs incapables de gouverner, et d’aucun compromis viable.
La vraie faute survient après. Dissoudre était un pari risqué ; refuser d’en assumer le verdict fut une dérobade.
Dans l’esprit de la Ve République, la légitimité présidentielle repose moins sur la survie juridique que sur l’adhésion populaire. En 1969, De Gaulle perd un référendum et quitte le pouvoir le lendemain. Emmanuel Macron, désavoué, s’installe. La Constitution l’y autorisait. Le pays le lui déconseillait. Le contraste est cruel : l’un avait fait de sa légitimité une question d’honneur, l’autre en fait une question de procédure.
Ce maintien fabrique exactement ce que la Ve République avait été pensée pour conjurer : un pouvoir sans majorité, sans cap lisible, sans capacité de réforme, mais conservant tous les réflexes de l’hyperprésidence. L’exécutif continue de régner ; il a cessé de pouvoir transformer quoi que ce soit.
Le ballet des Premiers ministres en dit long. Gabriel Attal s’efface. Michel Barnier arrive puis tombe. François Bayrou tente d’incarner une stabilité introuvable. Sébastien Lecornu surgit comme dernier recours technique avant de s’effondrer à son tour. Quatre chefs de gouvernement, ou presque, en une année : la Ve République finit par singer la IVe, sans même la culture parlementaire qui permettait à la IVe de tenir debout.
Pendant ce temps, les factures s’empilent. Déficits hors de contrôle. Dette dépassant 115 % du PIB. Procédure européenne pour déficit excessif. La “mère des réformes” sur les retraites est suspendue. Les réformes structurelles sont gelées, les arbitrages reportés, les investissements suspendus, les administrations tétanisées par l’incertitude. Le spectacle est pitoyable. Le paradoxe atteint le grotesque : élu pour vaincre l’impuissance française, Emmanuel Macron en est devenu l’incarnation la plus aboutie.
Le casting de la survie est lui-même un aveu. François Bayrou incarne depuis trente ans le centrisme de la synthèse et du compromis perpétuel. Sébastien Lecornu personnifie la technocratie gestionnaire. Aucun des deux ne porte un mandat populaire autonome capable de relancer le pays. Leur mission véritable se loge ailleurs : retarder l’effondrement visible jusqu’en 2027.
Le macronisme bascule dans sa phase terminale. Gagner du temps tient désormais lieu de projet.
L’immobilisme s’érige en doctrine implicite. Ne rien bouleverser. Ne plus prendre de risque. Écarter toute nouvelle dissolution. Repousser chaque arbitrage budgétaire. Administrer la fatigue démocratique jusqu’à la présidentielle.
Le coût politique est vertigineux. La défiance explose. La parole publique se vide de crédit. Les extrêmes prospèrent mécaniquement sur le sentiment d’un régime qui se maintient contre le pays plutôt qu’avec lui.
Deux quinquennats, et le triste bilan d’une France plus endettée, plus fracturée et plus ingouvernable qu’au premier jour avec un président qui aura préféré durer plutôt que piloter son pays.
L’histoire retiendra moins la dissolution que le refus d’en payer le prix. Une démocratie ne vacille pas seulement quand ses dirigeants enfreignent les règles. Elle vacille aussi lorsqu’ils s’accrochent à leur fonction après avoir perdu la capacité politique de l’exercer.
La France réclamait un cap clair ou un retour devant les électeurs. Elle n’a obtenu ni l’un ni l’autre. Seulement un président qui dure, parce que durer est devenu le dernier programme qu’il sache encore tenir.
Paul Corey