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Le Casse du siècle : désigner les coupables et redresser la France

Elle a mené l’enquête. Retrouvé l’argent. Identifié les coupables. Reste à rendre le verdict.

Le Casse du siècle : désigner les coupables et redresser la France

Plus de 63 000 exemplaires vendus en une semaine. Un essai sur les finances publiques écrase les romans en tête des ventes, porté par les codes du polar et la promesse d’un dossier enfin complet. Les Français réclament des coupables. Ils réclament beaucoup moins le récit de ce qu’il leur en coûtera de réparer.

Le succès du Casse du siècle, paru chez Fayard le 2 septembre, révèle une attente profonde. Après un demi-siècle de déficits, le pays veut comprendre où est passé l’argent.

Le livre de Sarah Knafo répond à cette soif par une architecture narrative redoutable : des indices, un organigramme, des responsables. Le lecteur entre dans l’enquête en victime et en ressort en juge.

Cette mise en scène touche juste parce qu’elle s’appuie sur une colère documentée. Gaspillages, doublons administratifs, dépenses jamais évaluées : la Cour des comptes les recense depuis des décennies, rapport après rapport, sans que l’édifice bouge vraiment. Le récit judiciaire donne enfin une forme à cette accumulation. Il transforme une comptabilité illisible en intrigue haletante.

La colère trouve enfin son scénario.

Le genre du réquisitoire obéit pourtant à sa propre mécanique. Il désigne, il accuse, il condamne. Il installe le citoyen dans le box des jurés, position confortable d’où l’on tranche sur les fautes des autres.

Cette économie du réquisitoire produit une adhésion immédiate et une illusion durable : celle qu’il suffirait de récupérer le butin pour rétablir l’équilibre.

Beaucoup imaginent que la chasse aux gaspillages comblera le trou.

En réalité, le déficit se mesure en centaines de milliards chaque année, et aucune traque des abus, si rigoureuse soit-elle, ne referme seule une brèche de cette taille.

Le reste relève de choix structurels qui touchent les retraites, la santé, les collectivités, la fiscalité de la production.

Quand la toiture fuit depuis cinquante ans, chasser le cambrioleur soulage, sans arrêter la pluie.

Avant, la dette se présentait comme un levier provisoire, un outil de relance que la croissance finirait par effacer.

La France n’a plus voté de budget en équilibre depuis 1974.

En 2005 déjà, le rapport Pébereau sonnait l’alarme sur la facilité de l’endettement. Chaque génération de responsables a hérité du déficit comme d’une donnée naturelle, presque climatique.

Aujourd’hui, le basculement est accompli : la charge de la dette concurrence les grandes missions de l’État.

La question budgétaire est devenue une question de souveraineté.

Le redressement exigera donc bien davantage que la dénonciation des gaspillages. Il faudra arbitrer entre des priorités contradictoires. Préserver les solidarités essentielles. Reconstruire les capacités régaliennes. Restaurer la production de richesse. Et engager, dans le même mouvement, une réduction durable de la dette.

Il faudra surtout dire aux Français ce qui changera pour eux. Ce qu’ils gagneront, mais aussi ce qu’ils devront accepter de perdre, de modifier ou de financer autrement. C’est toute la différence entre un réquisitoire et un mandat.

Un tribunal juge le passé. Un mandat engage l’avenir.

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey