Chômage : qui paie 45 ans de deni collectif ?
Pour nos élites, depuis 1981, tout roule.

Contrepoints vient de publier une analyse que personne ne conteste et que personne ne reprend : en quarante-cinq ans, la France est le seul pays du G7 à n’avoir jamais connu un taux de chômage sous 7 %. Le Japon est descendu à 2,1 %. L’Allemagne à 3 %.
Cinq présidents, une vingtaine de Premiers ministres, une multude de promesses, de programmes, d’élections. De personnalités. De hauts fonctionnaires. Aucun responsable. Aucun coupable.
C’est la faute aux retraités (qui touchent). Aux jeunes (qui glandent). Aux étrangers (qui ne méritent pas). Aux riches (qui ne payent pas). Aux Russes (qui s’ingèrent). Aux politiques (qui sont nuls). Au climat (qui se réchauffe). A l’Etat (obèse et impotent). Au système (qui bloque tout)…
Chaque camp livre son accusé, chaque accusé trouve son public, et le chiffre ne bouge pas d’un pouce.
Ainsi, la France a trouvé son avantage comparatif : une capacité exceptionnelle à nommer des coupables.
Regardez la liste des inculpés. Des catégories sociales, des nationalités, des générations, des puissances étrangères, des externalités, des institutions. Jamais ceux qui tenaient le stylo. Eux seuls ont pourtant voté les lois, signé les décrets, arbitré les budgets. Quarante-cinq ans d’échec continu, zéro responsable identifié.
Aucune autre profession ne survivrait à un tel désastre.
Notre plancher du chômage a résisté à trois chocs pétroliers, deux crises financières, une pandémie et toutes les alternances. Il a cessé d’être un accident. Il est devenu un réglage d’usine. Nos voisins ont encaissé exactement les mêmes crises et les mêmes difficultés que nous. Ils ont fait deux à trois fois mieux.
Les Français ont fait ce qu’ils ont pu. Ils ont essayé la gauche, la droite, le centre, les cohabitations, les recompositions. Le problème de fond persiste. Ils se tournent aujourd’hui vers les extrêmes. Il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour s’en étonner.
Quand le résultat ne vient jamais, l’électeur finit par changer non pas de programme, mais de discours.
Le chômage français est devenu un “meuble de famille”. On l’hérite, on le repeint, on le montre aux visiteurs comme la preuve du désordre laissé piar les précédents. Personne n’ouvre les tiroirs. Ils contiennent des réformes impopulaires et des affrontements avec des corps constitués.
Désigner un ennemi coûte moins cher qu’affronter une réalité et les barrières qui la masquent. Ça rapporte davantage aux urnes.
Eurostat, note du 1er septembre : 8,3 % en juillet, contre 7,7 % un an plus tôt. Deux millions six cent quarante-sept mille personnes. Un jeune actif sur cinq.
Voilà le prix réel de quarante-cinq ans de déni collectif
Le pays ne manque ni de chiffres, ni de promesses, ni de coupables. Il manque de courage pour remettre les gens au travail.
UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.
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Paul Corey