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Chargeur universel : bruxelles certifie le standard 👍👍

Comment arrĂȘter le “rĂ©gulateur fou” ?

Chargeur universel : bruxelles certifie le standard 👍👍

L’Europe a communiquĂ© sur 11 000 tonnes de chargeurs jetĂ©s ou dormants chaque annĂ©e. Son propre chiffrage annonce 980 tonnes Ă©vitĂ©es. RapportĂ© aux 449 millions d’habitants de l’Union, le bĂ©nĂ©fice environnemental annuel du chargeur universel pĂšse deux grammes par personne. Le poids d’un bouchon de bouteille.

Depuis le 28 avril 2026, les ordinateurs portables vendus dans l’Union doivent se recharger en USB-C. Ils rejoignent les tĂ©lĂ©phones, tablettes, appareils photo, Ă©couteurs, enceintes et liseuses, soumis Ă  la mĂȘme obligation depuis dĂ©cembre 2024. Quinze ans de procĂ©dure auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour rendre obligatoire une prise dĂ©jĂ  universelle.

En 2009, le problÚme était réel. Une trentaine de solutions de recharge coexistaient : Nokia la sienne, Samsung la sienne, Sony Ericsson la sienne, Apple la sienne. Bruxelles commence alors plutÎt bien. Au lieu de légiférer, elle négocie un accord volontaire avec quatorze fabricants. Une trentaine de systÚmes deviennent trois.

Retenez le chiffre : trois.

Le marchĂ© avait donc Ă©liminĂ© l’essentiel de la fragmentation avant tout vote, puis dĂ©signĂ© son vainqueur. L’USB-C Ă©quipait les smartphones Android, les ordinateurs, les tablettes, les casques, les batteries externes. Il restait un rĂ©calcitrant.

Apple.

Avec son Lightning propriĂ©taire, la marque enfermait ses clients dans son Ă©cosystĂšme d’accessoires. VoilĂ  le seul motif sĂ©rieux d’intervention publique : empĂȘcher un acteur assez puissant de transformer l’incompatibilitĂ© en rente. Mais Ă©crire « vos appareils doivent ĂȘtre interopĂ©rables » aurait Ă©tĂ© trop simple.

Il fallait réglementer. La directive nomme le connecteur, renvoie à sa norme technique, encadre le protocole USB Power Delivery au-delà de certains seuils. La prise, la fiche, et la conversation électrique entre le chargeur et le téléphone.

Puis vient la date qui devrait figurer dans tous les manuels. Apple bascule l’iPhone vers l’USB-C en septembre 2023. L’obligation europĂ©enne s’applique en dĂ©cembre 2024.

Le jour de son entrée en vigueur, la loi ne contraignait plus personne.

Reste l’argument Ă©cologique. Le plus brandi. Le plus fragile.

Dans son communiquĂ© de septembre 2021, la Commission rattache le millier de tonnes Ă©vitĂ©es au dĂ©couplage, cette mesure qui autorise Ă  vendre l’appareil sans bloc secteur.

Le grand bĂ©nĂ©fice environnemental du chargeur universel vient donc du chargeur qu’on n’est plus obligĂ© de vous vendre avec l’appareil.

Apple et d’autres l’avaient dĂ©jĂ  retirĂ© des boĂźtes, pour une raison sans mystĂšre : moins de cuivre, moins de composants, des emballages rĂ©duits, davantage de tĂ©lĂ©phones par palette, moins de transport. Bruxelles a rendu obligatoire une Ă©conomie que l’industrie rĂ©alisait pour elle-mĂȘme, puis en a revendiquĂ© le mĂ©rite Ă©cologique.

Le marché a inventé la technologie et convergeait seul. Bruxelles a trouvé le dossier.

La doctrine europĂ©enne a pourtant des limites qu’elle connaĂźt. L’Union avait dĂ©jĂ  encouragĂ© la convergence autour du micro-USB, sans jamais l’inscrire dans le droit, ce qui lui a Ă©vitĂ© de se retrouver lĂ©galement propriĂ©taire d’un cĂąble que l’USB-C a rendu inutile quelques annĂ©es plus tard.

Le standard universel d’hier encombre aujourd’hui les tiroirs.

L’Union n’en poursuit pas moins son Ɠuvre rĂ©gulatrice Ă  forte valeur ajoutĂ©e. Le rĂšglement d’écoconception adoptĂ© en octobre 2025 Ă©tendra les exigences aux alimentations externes Ă  partir de dĂ©cembre 2028 : port USB-C, cĂąbles dĂ©tachables, marquage de puissance, logo « Common Charger ».

À chaque problĂšme, mĂȘme imaginaire, son rĂšglement. À chaque rĂšglement sa norme. À chaque norme son comitĂ© chargĂ© de la faire Ă©voluer, une fois que l’industrie aura commencĂ© Ă  inventer la suivante.

Voilà pour le régulateur qui arrive trop tard. Reste celui qui arrive trop tÎt.

L’AI Act est le texte le plus ambitieux jamais adoptĂ© sur une technologie naissante. ProposĂ© en avril 2021, il a Ă©tĂ© Ă©crit avant que ChatGPT n’existe, ce qui a obligĂ© les nĂ©gociateurs Ă  greffer en cours de route un chapitre entier sur les modĂšles Ă  usage gĂ©nĂ©ral.

EntrĂ© en vigueur en aoĂ»t 2024, il devait dĂ©ployer son cƓur de dispositif le 2 aoĂ»t 2026 : les systĂšmes Ă  haut risque, la documentation technique, la gestion des risques, le marquage, l’enregistrement en base europĂ©enne, sous peine d’amendes atteignant sept pour cent du chiffre d’affaires mondial.

Cette Ă©chĂ©ance n’a jamais Ă©tĂ© atteinte. Les normes techniques harmonisĂ©es permettant de dĂ©montrer la conformitĂ© n’étaient toujours pas disponibles. Le rĂ©gulateur avait fixĂ© une obligation sans fournir l’instrument permettant de la remplir. La Commission a donc proposĂ© le 19 novembre 2025 un train de « mesures de simplification ciblĂ©es ». Accord politique le 7 mai 2026, vote du Parlement le 16 juin, feu vert du Conseil le 29 juin, publication au Journal officiel le 24 juillet.

Le texte correctif est entrĂ© en vigueur le 27 juillet 2026. Six jours avant l’échĂ©ance qu’il servait Ă  repousser.

Le report court dĂ©sormais jusqu’au 2 dĂ©cembre 2027. Autrement dit, l’Union a modifiĂ© son rĂšglement phare avant que sa disposition principale n’ait jamais produit le moindre effet. Sur le chargeur, elle avait lĂ©gifĂ©rĂ© une fois le problĂšme rĂ©solu. Sur l’intelligence artificielle, elle a lĂ©gifĂ©rĂ© avant que quiconque sache comment obĂ©ir.

Les deux dossiers racontent la mĂȘme infirmitĂ©. Une administration qui confond sa capacitĂ© Ă  produire de la norme avec la nĂ©cessitĂ© de le faire finit toujours par Ă©crire au mauvais moment.

Trop tard, elle homologue un classement déjà établi tout en communiquant comme si elle avait désigné le champion. Trop tÎt, elle grave dans le droit une technologie qui bouge plus vite que ses comités.

Dans les deux cas, elle produit du calendrier, des révisions et des communiqués de victoire.

La bonne doctrine tient pourtant en trois lignes.

Casser les rentes propriĂ©taires, imposer l’interopĂ©rabilitĂ©, garantir la sĂ©curitĂ© et la concurrence. Personne d’autre ne sait le faire, et l’USB-C en apporte la preuve.

Laisser les technologies s’affronter tant qu’aucun acteur ne verrouille la sortie.

RĂ©glementer un usage lorsqu’il devient dangereux, plutĂŽt qu’une architecture technique dont la durĂ©e de vie sera plus courte que la procĂ©dure d’adoption.

Deux grammes par habitant d’un cĂŽtĂ©. De l’autre, un rĂšglement amendĂ© six jours avant de s’appliquer. Le rendement mĂ©rite d’ĂȘtre discutĂ©.

Comment arrĂȘter le “rĂ©gulateur fou” ?

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Paul Corey