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Baccalauréat : certificat ou diplôme ?

Édito WOW! · 3 juillet 2026

Baccalauréat : certificat ou diplôme ?

Il fut un temps où échouer au baccalauréat était une humiliation sociale. Aujourd’hui, y réussir ne garantit plus grand-chose. En 2024, 91 % des candidats présents obtiennent le diplôme. Près de 96 % dans la voie générale. L’examen qui devait distinguer les niveaux ressemble à une formalité administrative.

Le vrai chiffre est ailleurs. Près de 80 % d’une génération décroche désormais le baccalauréat, contre moins de 30 % au milieu des années 1980. Cette progression reflète un accès réel élargi à la formation secondaire, et ce serait une malhonnêteté intellectuelle de la nier.

La France a étendu l’accès au diplôme sans jamais reformuler ce que ce diplôme signifiait.

Le baccalauréat est toujours présenté comme un grand examen national mais il ne joue plus son rôle de certification indépendante.

La réforme Blanquer de 2019 a scellé ce glissement : 40 % de la note finale repose désormais sur le contrôle continu conduit par les professeurs eux-mêmes. Les établissements sont devenus évaluateurs de leur propre réussite. L’INSEE et la DEPP ont mesuré la conséquence : un écart moyen de deux points sur vingt entre les notes de contrôle continu et celles des épreuves nationales.

C’est la logique d’un système où chaque lycée gère sa propre réputation, et où personne n’a intérêt à l’échec.

Le baccalauréat n’est plus un diplôme qui certifie que « cet élève a atteint tel niveau ».

Il est devenu un certificat qui confirme « cet élève a bien été présent ».

Pourtant, la sélection, elle, n’a pas disparu. Elle s’est déplacée. Vers Parcoursup, les classes préparatoires, les grandes écoles, et l’échec silencieux de la première année universitaire.

En 2024, plus de 930 000 candidats ont formulé des vœux sur la plateforme. Les établissements du supérieur sélectionnent désormais sur dossier, selon des critères parfois opaques. Or cette sélection-là n’est pas neutre : une famille dont les parents ont fait des études supérieures sait naviguer dans Parcoursup, rédiger une lettre de motivation, arbitrer entre filières. Une famille où le baccalauréat est le premier diplôme depuis deux générations n’a pas les mêmes cartes.

Environ 60 % seulement des néo-bacheliers inscrits en licence passent en deuxième année. Les enseignants du supérieur assurent, souvent dans le silence, le travail de tri que le lycée n’assume plus.

La comparaison internationale révèle l’ampleur du paradoxe français.

Les A-Levels, c’est l’équivalent britannique du bac. Mais au lieu de recevoir un simple “reçu/recalé”, les élèves obtiennent une note lettrée : A*, A, B, C, D, ou E, du meilleur au moins bon. Ces notes conditionnent directement, publiquement, les offres universitaires.

Oxford peut exiger trois A*, une université moyenne se contenter de deux B. Les universités affichent leurs exigences à l’avance, les élèves postulent en fonction de leurs résultats réels.

En France, les mentions existent mais elles n’ouvrent pas de droits, elles alimentent un algorithme dont personne ne connaît exactement les règles.

Les Britanniques ont gardé un diplôme qui distingue. La France a un diplôme qui uniformise et perdu toute utilité.

L’Allemagne assume une orientation précoce entre filières. La France, elle, a choisi le modèle hybride : diplôme quasi universel à la sortie du lycée, réintroduction discrète de la sélection à l’entrée du supérieur.

Le baccalauréat est un instrument qui ne dit plus clairement ce qu’il mesure, mais continue de prétendre le faire.

Pourtant, le baccalauréat avec mention Très Bien dans un lycée parisien n’est pas le même signal qu’un baccalauréat standard en zone prioritaire. Tout le monde le sait. Personne ne le dit officiellement.

Selon l’Observatoire des inégalités, les enfants de cadres représentent plus de 60 % des étudiants dans les filières sélectives. Le PISA 2023 place la France parmi les pays de l’OCDE où l’écart de performance entre élèves favorisés et défavorisés est le plus élevé alors même que l’égalité des chances figure au fronton de son école.

L’illusion égalitaire se maintient dans les symboles, dont le “baccalauréat pour tous”, mais les inégalités réelles demeurent et prospèrent.

Un diplôme qui ne distingue plus les niveaux ne rassure que l’institution qui le délivre.

Au final, cette dérive sert quels intérêts ? Ceux des diplômés et de leur avenir ou de l’institution et de son image ?

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Paul Corey