ECOLE : ce qui a changé

Un certain roi l’a inventé. Mais l’école observée aujourd’hui ne présente plus les mêmes caractéristiques que celle des années 1920-1930, ni par ses résultats, ni par son fonctionnement, ni par sa place dans la société.
D’abord, les effectifs. En 1930, environ 5 millions d’élèves fréquentent l’école primaire, mais seule une minorité accède au secondaire. Le certificat d’études, obtenu vers 12-13 ans, sanctionne la fin de la scolarité pour la grande majorité. Aujourd’hui, 12 millions d’élèves sont scolarisés, et 80 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat. La durée moyenne de scolarisation est passée d’environ 7 ans à plus de 18 ans.
Ensuite, les résultats. Dans les années 1930, les élèves qui obtiennent le certificat d’études maîtrisent la lecture, l’écriture et le calcul. Aujourd’hui, selon les évaluations nationales, environ 20 % des élèves entrent en sixième sans maîtriser les fondamentaux. Les enquêtes PISA montrent un décrochage continu de la France depuis vingt ans, particulièrement marqué en mathématiques.
La dépense a pourtant explosé. En 1930, l’instruction publique représente environ 1,5 % du PIB. Aujourd’hui, la dépense d’éducation dépasse 5 % du PIB, soit plus de 160 milliards d’euros par an. Le coût par élève a été multiplié par plus de dix en euros constants, sans amélioration proportionnelle des résultats.
Le corps enseignant a changé de nature. Dans les années 1930, l’instituteur est une figure d’autorité locale, souvent issu d’un milieu modeste et formé spécifiquement pour enseigner. Aujourd’hui, le métier souffre d’une crise d’attractivité sans précédent : dans certaines académies, moins d’un candidat se présente par poste au concours.
La composition des classes s’est transformée. En 1930, les classes sont socialement et culturellement homogènes. Aujourd’hui, dans certains établissements, plus de 50 % des élèves sont issus de l’immigration, et la diversité linguistique complique l’enseignement. L’écart de niveau entre établissements favorisés et défavorisés est parmi les plus élevés de l’OCDE.
Le rapport à l’autorité a basculé. Dans les années 1930, la discipline scolaire est stricte et rarement contestée. Aujourd’hui, plus de 12 000 incidents graves sont signalés chaque année dans les établissements scolaires, et les agressions contre enseignants se comptent par milliers.
Enfin, la fonction sociale de l’école a changé. Dans les années 1930, elle est le principal vecteur d’ascension sociale et d’intégration nationale. Aujourd’hui, la reproduction sociale est plus forte en France que dans la plupart des pays comparables, et le diplôme protège de moins en moins contre le chômage.
Ainsi, l’école française scolarise plus longtemps, dépense beaucoup plus, mais obtient des résultats inférieurs sur les fondamentaux et peine à remplir sa mission d’intégration et d’égalisation des chances.
Paul Corey