Mandat 27-32 : trois volontés
Avant de choisir qui gouvernera la France, décidons du mandat que nous voulons lui confier.

Les Français ne reconnaissent plus leur France. Le pays qui a bâti des centrales, des trains à grande vitesse et une école qui faisait monter les enfants d’ouvriers ne parvient plus à loger ceux qui travaillent, à soigner sans attendre, à décider qui il accueille, à tenir ses comptes ni sa parole. Ce n’est pas la France qui a changé. C’est qu’elle a cessé de trancher, et donc de bâtir.
En 2027, les Français choisiront qui conduira le pays. Mais un nom ne suffit pas. Il faut d’abord décider de la mission, des résultats attendus et des efforts que nous sommes prêts à accepter pour les obtenir.
C’est l’objet du Mandat 27-32.
Un mandat n’est pas un chèque en blanc pour cinq ans. Il autorise quelqu’un à agir en notre nom pour accomplir une mission déterminée. Celui qui le reçoit choisit comment l’exécuter. Il ne peut pas décider seul d’en changer.
Le mandataire choisit les moyens. Le mandant fixe le mandat.
Si les circonstances imposent de changer de chemin, le gouvernement change de chemin. Si elles imposent de changer le Mandat, il revient devant le peuple.
Chaque campagne commence pourtant de la même manière : par un coupable. Les boomers auraient confisqué l’avenir des jeunes, les jeunes perdu le goût de l’effort, les étrangers profiteraient d’un système qu’ils n’ont pas financé, les élites protégeraient leurs rentes, les assistés ruineraient ceux qui travaillent.
Chacune de ces colères s’enracine dans une réalité vécue ; c’est ce qui les rend si faciles à exploiter. Voir son pays changer plus vite qu’on ne l’a décidé n’est pas un fantasme. Mais ce n’est pas le cœur du mal : un pays qui décide, bâtit et tient parole ne subit pas le changement, il en reste maître.
Entre celui qui désigne et ceux qui l’écoutent se noue alors un pacte silencieux : je ne vous demanderai pas de vous remettre en cause, vous ne me demanderez pas de rendre des comptes.
Le Mandat 27-32 propose un autre contrat. Il ne demande pas qui est coupable. Il demande qui répond.
Il dit ce que le pays veut obtenir, ce qu’il accepte de payer pour l’obtenir, et ce qui ne pourra être changé sans son accord. Puis il demande qui relève le défi.
Sa règle tient en trois mots. Trancher, parce que les nœuds que personne n’ose défaire étouffent le pays. Transmettre, parce que ce que nous sommes et le droit de décider pour nous-mêmes ne se changent pas sans nous. Tenir, parce qu’aucune confiance ne survit à une parole non tenue.
Aucun ne vaut sans les deux autres. Trancher sans transmettre, c’est réformer en abîmant ce qui nous fonde. Transmettre sans tenir, c’est protéger ce que l’alternance suivante défera. Tenir sans trancher, c’est administrer l’immobilisme avec méthode.
TRANCHER
Il y a en France des millions de vies suspendues : le salarié qui ne peut plus se loger près de son travail, l’enfant qui sort de l’école sans maîtriser sa langue, le jeune qui attend à la porte d’un premier emploi, la ville moyenne dont les commerces ferment et les médecins partent.
À ces vies, on offre le plus souvent un coupable ou une allocation. On leur doit des résultats.
Les Français savent lesquels. Ils le disent dans l’ordre : pouvoir d’achat, santé, comptes publics, sécurité, école, logement, immigration. Sur chacun de ces sujets, un point de passage commande tout le reste. Et chacun oblige quelqu’un à renoncer à quelque chose : l’installation des médecins, le train de vie de l’État, la construction de prisons, le permis de construire. C’est précisément pour cela qu’on les contourne depuis des années.
Face aux nœuds que des décennies de déni ont serrés, le futur président ne cherche plus à les dénouer : il tranche. C’est ce qu’il ne peut pas ne pas faire. Les moyens lui appartiennent. Le résultat, lui, est dû.
Trancher, c’est faire en sorte que le point de départ ne décide plus du point d’arrivée : une école qui exige, des métiers respectés, un travail qui paie davantage que l’inactivité, une seconde chance pour qui est tombé. Une aide qui revient chaque année sans rien changer entretient le besoin qu’elle prétend combattre. On doit à ces vies une échelle, qui ne dispense pas de l’effort mais le rend possible.
Car le contrat vaut dans les deux sens. L’État garantit l’échelle. Il ne peut monter les barreaux à la place de celui qui la reçoit.
TRANSMETTRE
Nous vivons de ce que nos parents nous ont transmis. Une langue, une histoire, une nationalité, des familles : ce que nous sommes. Et le droit de décider pour nous-mêmes, face à l’Europe et au monde comme entre le peuple et ceux qui le gouvernent : notre souveraineté.
Ce patrimoine se déplace rarement d’un coup. Il avance par crans : un mot d’abord, puis une doctrine, puis des engagements qu’aucun successeur ne pourra plus réellement défaire. Chaque cran paraît réversible ; leur somme ne l’est plus.
Transmettre, c’est donc déclarer avant le vote ce qu’on entend garder intact et ce qu’on veut changer. Ce qu’un candidat a annoncé, il pourra le faire. Ce qu’il a tu, il s’interdit d’y toucher. Et ce que le peuple a tranché lui-même par référendum, lui seul pourra le défaire.
Transmettre, c’est aussi laisser un pays plus fort : des femmes et des hommes formés, une énergie abondante, des usines, des chercheurs, une défense, des infrastructures. Ces richesses se bâtissent plus lentement qu’un mandat ne dure et peuvent se perdre en quelques années d’inconstance. En moins de trois ans, la France a arrêté Astrid, fermé Fessenheim, puis décidé de construire six réacteurs neufs. On ne rallume pas une compétence comme on rallume un réacteur.
Que voulons-nous, à notre tour, transmettre ?
TENIR
Depuis trente ans, l’État demande beaucoup et tient peu. Il exige le respect de règles qu’il change sans cesse, promet des trajectoires qu’il ne suit pas, annonce des résultats qu’il ne vérifie jamais, puis s’étonne que sa parole ne vaille plus rien.
On n’exige de personne ce que l’on ne s’impose pas d’abord à soi-même.
Tenir commence donc par l’État. Tenir, ce sont les leviers dont le futur président a besoin pour exécuter son mandat, et les comptes qu’il s’engage à rendre. Les uns sans les autres ne valent rien : des leviers sans comptes font un pouvoir sans contrôle ; des comptes sans leviers, un président qui constate son impuissance.
Depuis 1945, quatre mécanismes ont contribué à faire dériver les mandats : en 1945, un modèle social où la responsabilité du résultat se dilue ; en 1958, des institutions qui permettent de gouverner bien au-delà de ce qui a été explicitement soumis aux électeurs ; en 1981, la dépense trop souvent substituée à la réforme ; en 1992, une souveraineté dont certaines parts ont été transférées sans consultation directe du peuple.
Tenir leur oppose des leviers : des responsables nommés et comptables de leurs résultats ; une haute administration alignée sur le mandat reçu ; le référendum, pour trancher lorsque tout se bloque. Et des comptes : la règle d’or, l’Office du Patrimoine Net, des nominations soustraites au fait du prince.
Le troisième verrou suffit à tout dire. Depuis 1975, les comptes publics français sont chaque année en déficit. Cinquante ans, sous toutes les majorités, à payer une part du présent avec l’argent de nos enfants. Là encore, les coupables se proposent d’eux-mêmes. Mais aucune génération n’a jamais voté un budget : ce sont des gouvernements, de gauche comme de droite, qui ont décidé sans présenter l’addition complète.
Il ne s’agit pas de punir. Il s’agit de réparer, et cette fois de présenter l’addition avant de décider.
Cela exige de gouverner au bilan plutôt qu’au flux. Le budget compte ce que l’on dépense dans l’année ; il dit beaucoup moins ce que le pays possède, use et construit. Une famille qui vendrait ses meubles pour payer ses dîners paraîtrait prospère jusqu’au dernier. Chaque année, avec le budget, les Français doivent savoir ce que nous avons bâti, ce que nous avons usé et ce que nous devons.
La règle en découle : hors crise majeure, emprunter pour bâtir, jamais pour payer le fonctionnement de l’année. Une centrale, une université, un réseau peuvent enrichir nos enfants. Le reste ne leur lègue qu’une facture.
Là encore, le contrat vaut dans les deux sens. On ne peut exiger de l’État qu’il cesse de vivre à crédit et exiger en même temps qu’aucune dépense, aucun avantage ne soit jamais remis en cause. L’État commence par lui-même ; ensuite seulement, les efforts sont annoncés, chiffrés et soumis aux Français.
Et c’est ici que le Mandat change la nature de l’élection.
Un programme dit ce qu’un candidat souhaite faire. Un mandat dit ce qu’il devra avoir accompli et comment.
Quand on fait refaire une toiture, on ne signe pas une intention. On signe un devis : ce qui sera fait, pour quand, pour combien. L’artisan reste maître de ses outils. Il ne l’est ni du résultat ni du devis qu’il a accepté.
C’est tout ce que demande le Mandat. Il ne rédige pas le programme du gouvernement : il dit où arriver, quand, et comment le résultat sera mesuré. Au candidat d’expliquer comment il y parvient.
Le gouvernement garde la liberté des moyens. Il n’a ni celle des résultats, ni celle de réécrire le Mandat.
« Redresser l’école » n’est pas un mandat. Dire quel niveau devront atteindre les élèves en 2032, d’où l’on part et comment on le mesure, en est un. « Réduire la dette » n’est pas un mandat. Fixer le déficit à atteindre et l’année où la dette commence à baisser en est un.
Ce qui n’est pas mesurable n’engage pas.
Mais mesurer n’est pas attendre 2032 pour compter les promesses tenues et les promesses oubliées. Le Mandat vaut pendant toute la durée du mandat : d’où sommes-nous partis, où en sommes-nous, sommes-nous toujours sur la trajectoire autorisée ? Il serait absurde d’attendre la fin pour découvrir que le contrat a changé en chemin.
Une crise peut obliger le gouvernement à changer ses moyens : c’est son droit et sa responsabilité. Elle ne l’autorise pas à changer seul la destination. Il revient alors devant le peuple, non pour lui demander comment gouverner, mais pour lui demander l’autorisation de modifier ce pour quoi il a été élu.
C’est cela, tenir : tenir sa parole tant qu’elle peut l’être ; et lorsqu’elle ne peut plus l’être, ne pas en changer en silence.
Alors seulement l’État peut exiger que chacun tienne sa part. Tenir la règle, ce n’est pas désigner des catégories : c’est juger des actes. Combattre l’islamisme n’est pas accuser les musulmans. La faute se prouve ; seule la rancune se contente d’une étiquette.
L’autorité retrouve alors son sens. Elle ne se décrète pas, elle se mérite.
UN MANDAT, PAS UN CHÈQUE
Nous parlons de « mandat présidentiel ». Mais nous ne donnons plus de mandat : nous choisissons une personne, des centaines de promesses, puis cinq années de décisions dont beaucoup n’avaient jamais été annoncées.
Jusqu’ici, l’élection donnait le pouvoir. En 2027, elle devra confier un mandat.
Ce Mandat repose sur trois principes :
Trancher ce que des décennies de déni ont laissé noué, pour que chacun puisse s’élever aussi haut que ses efforts peuvent le porter.
Transmettre à nos enfants ce que nous sommes, le droit de décider pour nous-mêmes, et un pays plus fort que celui que nous avons reçu.
Tenir parole, en se donnant les leviers pour agir et en rendant des comptes, et pouvoir exiger que chacun tienne la sienne.
Ces trois principes ne sont pas encore le Mandat. Ils en sont la règle.
Le Mandat les transforme en engagements vérifiables : pour chaque résultat, un état zéro, un résultat chiffré, une échéance, des jalons et le verrou à lever ; pour chaque fondation, une déclaration de ce qui sera gardé et de ce qui sera changé.
Et, comme tout devis, il porte un prix.
Travailler plus longtemps, une fois que l’État aura fait sa part. Accepter que certaines dépenses diminuent. Construire des logements, des usines, des centrales ou des réseaux près de chez soi. Conditionner davantage certaines solidarités. Consacrer davantage de richesse à notre défense. Accepter que les résultats de nos services publics soient mesurés et publiés.
Ce prix est écrit avant l’élection, pas découvert après. Et il ne se paie pas d’avance : chaque effort attend que l’engagement de l’État qui le conditionne ait été livré et constaté.
Le mandataire répond du Mandat. Le mandant accepte l’effort qu’il a autorisé. Aucun des deux ne change le contrat seul.
Un tel Mandat ne s’écrirait pour aucun candidat. Il serait proposé aux Français, engagement par engagement, puis soumis à tous ceux qui briguent la présidence. À chacun de dire ce qu’il accepte et ce qu’il refuse.
Qui signe s’engage ; qui refuse se dévoile.
Signer ne coûterait aucune liberté. Celui qui reçoit le Mandat garderait ses ministres, ses méthodes, ses arbitrages, et le chemin lorsqu’il faut en changer. Il perdrait une seule chose : le droit de changer de destination sans nous.
Ce serait toute la différence entre gouverner et disposer du pouvoir.
En 2027, la question ne serait plus : qui voulons-nous élire ? Mais : quel mandat voulons-nous confier, et qui s’engage à l’exécuter ?
Le résultat est impératif. Le moyen est libre. L’effort est connu avant le vote. Nul ne change le mandat seul.
TRANCHER. TRANSMETTRE. TENIR.
Paul Corey