Lettre aux candidats
Des intentions au mandat

Madame la candidate, Monsieur le candidat,
Vous avez commencé à évoquer vos intentions. Dans quelques semaines, vous présenterez vos programmes. Des dizaines de propositions, des chiffres, des promesses. Nous les écouterons.
Mais nous vous poserons aussi une autre question : quel mandat nous demandez-vous exactement ?
Un programme se présente et promet. Un mandat se demande et oblige.
Il vous engage sur des priorités et sur des résultats. Les moyens restent les vôtres, dans le cadre des leviers que vous sollicitez et des règles que vous vous engagez à tenir.
Depuis quarante-cinq ans, nous élisons une personne sur la base de son parcours et de ses intentions, pour ensuite découvrir ses décisions. Des réformes jamais annoncées, des fondations déplacées sans débat, des trajectoires abandonnées au premier coup de vent. Vous avez sans doute reproché tout cela à vos prédécesseurs. Voici l’occasion de rompre avec cette pratique.
Votre mandat se construit sur trois volontés.
Trancher. Vous savez ce que nous attendons : pouvoir d’achat, santé, comptes publics, sécurité, école, logement, immigration, environnement, énergie. Sur chacun de ces sujets, un point de passage commande tout le reste, et chacun oblige quelqu’un à renoncer à quelque chose : l'âge légal de départ à la retraite, l’installation des médecins, le train de vie de l’État, la construction de prisons, les permis de construire. Vos prédécesseurs les ont contournés. Dites-nous quel est votre chemin - il vous appartient - comment vous franchirez les obstacles, à quel prix, les “perdants”, et dans quels délais.
Mais, vous devez trancher sur l'essentiel, ne pas fuir les arbitrages, et le résultat nous est dû.
Transmettre. Rien de ce qui fait et engage le pays ne doit rester tu. Cela se dit avant le vote.
Notre patrimoine : notre langue, notre histoire, notre nationalité, nos familles ; et notre souveraineté, qui dit qui décide pour la France. Dites-nous ce que vous vous engagez à préserver et à enrichir, et ce que vous voulez changer. Ce que vous aurez annoncé, vous pourrez le faire : nous vous en aurons donné le mandat. Ce que vous aurez tu, vous vous engagez à ne pas y toucher.
Vous ne pourrez rien changer de nos fondations sans notre consentement explicite. Et ce que le peuple aura tranché par référendum, lui seul pourra le défaire.
Tenir. Quatre verrous ont fait dériver les mandats depuis 1945 : un modèle social où personne ne répond du résultat, des institutions qui permettent de gouverner au-delà de ce qui a été soumis aux électeurs, la dépense substituée à la réforme, une souveraineté transférée sans nous consulter. Dites-nous de quels leviers vous avez besoin pour gouverner cinq ans : le référendum, une administration alignée sur le mandat reçu, des responsables nommés pour chaque grande politique. Et dites-nous à quelles règles vous acceptez de vous soumettre pour rendre des comptes : la règle d’or, un bilan annuel de ce que la Nation possède et de ce qu’elle doit, des nominations soustraites au fait du prince.
Nous savons que le monde change plus vite que les programmes. Une crise pourra vous obliger à changer de chemin : c’est votre droit et votre responsabilité. Si elle vous impose de changer de cap, revenez devant nous. Changer en silence est la seule liberté que ce mandat vous retire.
Depuis 1804, le Code civil impose à tout mandataire trois obligations : accomplir sa mission, ne rien faire au-delà de son mandat, rendre compte de sa gestion. Le droit les exige de quiconque agit au nom d’un autre.
Nous demandons les mêmes à notre futur(e) Président(e). Vous resterez maître de vos ministres, de vos méthodes, de vos arbitrages. Mais, vous n’aurez pas le droit de changer de destination sans nous.
Nous espérons vos réponses. Qui répond s’engage. Qui se tait se dévoile.
En 2027, vous espérez nos voix. Demandez-nous d’abord quel mandat nous voulons.
Recevez, Madame la candidate, Monsieur le candidat, l’assurance de notre vigilance citoyenne.
Paul Corey