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First Leaps : et la France ? (7/7)

La série qui suit notre livre LAST CALL et raconte des histoires de sursauts...

First Leaps : et la France ? (7/7)

First Leaps s’achève. Six éditos, six pays, six dirigeants. Adenauer en 1949. De Gaulle en 1958. Giscard en 1974. Thatcher en 1979. Kohl en 1982. Schröder en 2003. Six verrous structurels nommés avant l’élection, demandés au pays, brisés après. Aucun n’a gouverné par programme. Tous ont gouverné par mandat.

La série posait une question implicite. Voici l’heure de la réponse française.

Quarante-cinq ans. Sept présidents. Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, précédés de Pompidou et Giscard. Tous brillants. Certains charismatiques. D’autres très habiles. Mais depuis 1983, aucun n’a vraiment renversé la table. Le palmarès du courage et de la rupture est vide. Celui des intentions et des révisions cosmétiques déborde.

La France est le seul grand pays développé où aucun chef de l’État n’a, depuis Giscard, brisé un verrou structurel — au sens où Adenauer, Thatcher, Kohl ou Schröder l’ont fait dans le leur. Ce vide est le produit du système.

1945. Modèle social paritaire, Sécurité sociale gérée par les partenaires sociaux, État providence universel. Jamais réformé en profondeur. Seulement ajusté à la marge, à coups de plans d’économie cosmétiques rebaptisés à chaque mandat.

1958. Monarchie républicaine, fusion progressive de l’exécutif et de l’administration, aristocratie d’État. De Gaulle l’avait conçu comme un dispositif transitoire. Ses successeurs en ont fait une rente. Chacun en jouit pendant son mandat. Aucun ne souhaite le réformer parce qu’il en bénéficie personnellement. Le verrou utile en 1958 contre l’instabilité parlementaire est devenu en 2026 le verrou paralysant contre toute rupture véritable.

1981. Programme commun de la gauche. On élargit 1945, puis on impose l’austérité. Pour cacher le terrible échec, on passe de la lutte des classes à la défense des minorités. Le progressisme est né. Toute critique du modèle social devient suspecte de réaction. Sarkozy l’a respecté en façade en 2007, malgré ses promesses de campagne. Hollande l’a sanctifié en 2012. Macron l’a invoqué pour justifier ses reculs. La droite française elle-même n’ose plus mettre en cause les fondements du modèle hérité. Le pacte de 1981 a colonisé l’espace mental de toute la classe politique, gauche et droite confondues.

1992. Maastricht. Abandon de la souveraineté monétaire, contrainte budgétaire européenne. Subi sans qu’on en tire les conséquences budgétaires. La France signe les engagements et ne les respecte pas. Elle bénéficie de l’euro et refuse la discipline qui en découle. Cette schizophrénie produit la dette. La dette permet l’immobilité. L’immobilité préserve les rentes. Le système se referme sur lui-même.

Quatre verrous superposés forment un système. 1945 finance ce que 1981 sanctifie. 1958 protège ceux qui en vivent. 1992 fournit l’alibi extérieur qui dispense de trancher à l’intérieur. Chaque verrou tient les autres. La France n’est pas en déclin — elle est verrouillée. Nuance décisive : un déclin se subit, un verrou se brise.

Voilà le terrain de 2027.

Les candidats viendront. Ils auront tous un programme. Certains accuseront les riches, d’autres les étrangers. Les sortants invoqueront la stabilité face au chaos des extrêmes. Les déclarations d’intention proliféreront, parfois déguisées en programme pour rassurer les électeurs. Un programme additionne, il n’arbitre pas. Il énumère, il ne tranche pas. Il se présente, il ne se demande pas.

Mendès France l’avait nommé en 1953. Gouverner, c’est choisir. Choisir, c’est exclure. Exclure, c’est demander un mandat — pas distribuer un programme.

Depuis 1983, la France n’a plus reçu de mandat. Elle a reçu sept déclarations d’intentions, parfois des “programmes”. Sept présidents, aucun verrou brisé. Les noms changent, les réseaux du pouvoir restent. Le politique est locataire ; l’administration est propriétaire. Le mandataire passe ; le mandant, qui n’a jamais été consulté sur l’essentiel, le regarde passer.

2027 : où est le mandat ? Quels verrous sont nommés avant l’élection, et lesquels seront brisés après. Sans cette clarté préalable, aucun élu, si habile soit-il, n’aura l’autorité de heurter une rente, encore moins quatre. Un président élu sur un catalogue négociable arrivera désarmé devant les corps qui vivent du verrouillage. Il pliera dans les dix-huit mois. Comme les sept précédents.

Où est le mandataire ? Pas le candidat le mieux placé dans les sondages, mais celui qui demande le mandat. Qui accepte d’être élu pour quelque chose, et non malgré tout. Qui assume que la rupture précède l’investiture, et non l’inverse. Qui sait, en se présentant, qu’il sera haï avant d’être utile, et qui s’y prépare.

Le mandat n’existe pas. Il reste à écrire.

Le mandataire n’est pas connu. Il reste à se lever.

Voilà la leçon de First Leaps. Six dirigeants l’ont prouvé chez eux : le verrou se brise quand il est nommé d’avance, demandé au pays, et porté par celui qui en accepte le prix.

La France doit comprendre que c'est possible. D'autres l’ont fait. Il nous faut le vouloir. Last Call: dernière chance avant l’effondrement

Paul Corey