TER VIDES : faire PAYER OU GÉRER ?

TER VIDES : FAIRE PAYER PAR PRINCIPE OU GÉRER EN RESPONSABILITÉ ?
Édito WOW! · 13 février 2026
Chaque jour, la France fait rouler des trains régionaux transportant 20 passagers pour un coût de 450 euros l’heure. Elle dépense 2,6 milliards d’euros par an pour combler le déficit. Pendant ce temps, l’Allemagne remplace ses lignes déficitaires par des bus et la Suède recentre son réseau sur les zones denses avec une fréquentation en hausse de 25 %.
Le territoire français héberge une anomalie économique de plus. Ses TER absorbent 4,5 milliards d’euros annuels pour 970 000 voyageurs quotidiens, quand les RER franciliens en transportent 4,6 millions. 20 % des lignes assurent 80 % du trafic. Le reste fonctionne en perfusion.
Coût moyen d’un trajet : 27 euros, dont 75 % financés par la collectivité. Sur certaines lignes, le coût par voyageur dépasse 100 euros. Les infrastructures exigent 150 000 euros annuels par kilomètre. Maintenir des trains fantômes devient indéfendable.
Mais la comptabilité ignore le prix d’une fermeture.
Le Royaume-Uni illustre l’impasse. Le plan Beeching de 1960 a supprimé 9 000 kilomètres de lignes. Soixante ans après : les territoires déconnectés ne se sont jamais relevés. Le trafic routier a explosé. Depuis vingt ans, le pays rouvre des lignes à grands frais.
Fermer une gare annonce la disparition du médecin, puis de l’école, puis du commerce. L’enclavement obéit à une mécanique irréversible.
La gauche voit le TER comme une ossature républicaine, un investissement dont la valeur dépasse le coût. La droite estime que cette idéologie ruine les finances, sachant qu’un bus transporte 20 personnes pour un dixième du prix. Les réalistes pointent une gouvernance désastreuse qui obéit a des critères irrationnels et incohérents d’une région à l’autre.
La France gère 13 régions sans coordination. Tarifications incompatibles, correspondances ratées. La Suisse maintient un maillage dense avec une gouvernance unifiée. La fréquentation est massive même en zone rurale.
La pression écolo complique tout. Un TER émet 4 fois moins de CO₂ qu’une voiture.. mais un TER diesel à moitié vide pollue davantage qu’un bus moderne plein.
Pourtant, des alternatives existent. Le transport à la demande coûte 6 fois moins cher. Trains légers, navettes, covoiturage peuvent desservir les zones peu denses sans infrastructures hors de prix.
La question glisse. Il s’agit de construire un système sans idéologie ni politique où chaque mode occupe sa place. Rail pour les axes structurants, bus pour les intermédiaires, transport à la demande pour la desserte fine. L’IA pourrait aider et uniformiser cette gestion pour plus de sobriété et de qualité de service.
Évaluer chaque ligne avec ses externalités complètes. Assumer explicitement les options possibles et les choix politiques. Investir dans l’intelligence du système : gestion multi-modale, billettique unique, information temps réel, correspondances optimisées… Plutôt que de reconduire l’existant par facilité , il y a tout un système à réinventer.
Certaines lignes déficitaires méritent d’être maintenues car leur valeur territoriale excède leur coût. D’autres doivent fermer si des alternatives existent. L’intelligence distingue les deux avec méthode, pas avec idéologie.
En attendant, le pays dépense des milliards sans stratégie, sans évaluation, sans vision.
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Paul Corey