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Le pape et Macron : la laïcité aussi, « en même temps » ?

Absent de la messe à Paris, présent à la messe à Metz : deux jours ont suffi pour résumer neuf ans de macronisme.

Le pape et Macron : la laïcité aussi, « en même temps » ?

Samedi, le président avait choisi de rester loin de l’autel. Lundi, il franchissait le portail d’une cathédrale. Entre les deux, aucun principe nouveau. Aucun événement institutionnel. Seulement un agenda « réorganisé ».

Le 22 septembre, l’Élysée annonce que le chef de l’État n’assistera à aucune des messes de Léon XIV. La ligne paraît nette, presque solennelle. La République accueille le souverain du Vatican et laisse la liturgie aux fidèles.

Le 26, place de la Concorde, quelque 800 000 personnes selon le Vatican entourent l’autel. Le Premier ministre et l’épouse du président occupent la place laissée vide.

Nous avions salué ici même cette réserve de fonction. Elle a tenu quarante-huit heures.

Le 28 septembre, à Metz, Emmanuel Macron prend place dans la cathédrale Saint-Étienne pour la dernière messe du voyage, puis raccompagne le pape jusqu’à l’aéroport.

L’explication de l’Élysée frappe par sa sobriété : le président a « réorganisé son agenda ».

Aucun principe invoqué. Aucune explication sur ce qui distinguait Paris de Metz. Un proche évoque seulement, auprès de BFMTV, un très bon échange avec le pape quelques jours plus tôt.

Voici donc la laïcité d’agenda.

Non pas une loi qui aurait changé en quarante-huit heures, mais une ligne présidentielle annoncée comme claire et devenue soudain réversible. La frontière entre fonction institutionnelle et cérémonie religieuse se déplace au gré du calendrier.

Il faut pourtant rendre justice à la cohérence du geste. Il prolonge fidèlement la doctrine fondatrice du macronisme.

En 2017, le candidat se voulait à la fois de droite et de gauche, promettait de libérer et de protéger, d’avancer « en même temps » sur toutes les rives.

Neuf ans plus tard, la formule trouve son accomplissement liturgique. Absent de la messe et présent à la messe, en même temps. Le président a inventé la laïcité quantique, observable dans deux états à la fois, tant que personne ne regarde de trop près.

Beaucoup ont vu dans le « en même temps » une habileté tactique.

En réalité, il fonctionne comme une boussole à deux nords.

Chaque décision désigne une direction, la suivante désigne l’inverse, et le citoyen finit par regarder l’aiguille tourner sur elle-même.

Deux mandats ont été pilotés avec cet instrument. La dissolution de 2024, annoncée comme une clarification, a livré une Assemblée sans majorité. À force de tenir les deux bouts, on ne tient plus rien.

L’école offre le cas d’école.

Huit ministres de l’Éducation nationale en neuf ans, chacun avec son nord.

Jean-Michel Blanquer ouvre la séquence pendant cinq ans avec une doctrine assumée : les fondamentaux, le dédoublement des petites classes en éducation prioritaire, l’autorité du savoir.

En 2022, l’aiguille pivote vers Pap Ndiaye, historien des minorités, dont la nomination sonne comme une rupture avec son prédécesseur.

Un an plus tard, Gabriel Attal reprend le cap inverse, interdit l’abaya et lance le choc des savoirs avec ses groupes de niveau.

Amélie Oudéa-Castéra perd le portefeuille en quatre semaines, pour avoir justifié le choix du privé en dénigrant l’école publique qu’elle était chargée de défendre.

Nicole Belloubet assouplit aussitôt les groupes de niveau.

Anne Genetet traverse la rue de Grenelle en trois mois.

Élisabeth Borne y fait escale après Matignon.

Édouard Geffray ferme provisoirement la marche.

Tout le récit tient dans ce dernier nom. Haut fonctionnaire de la maison, directeur général de l’enseignement scolaire de 2019 à 2024, il a servi la plupart de ceux qu’il remplace. Les ministres passaient, l’administration restait. Après sept boussoles politiques, le pouvoir confie la barre à celui qui tenait la salle des machines.

Aveu involontaire : faute de cap, on a choisi la continuité administrative.

Pourtant, en matière de laïcité comme d’école, la clarté est une forme de respect.

La question n’est plus de savoir où va le président. Le sait-il lui-même ?

UN SUJET. UN ÉDITO. DES IDÉES. UN FONDS.

Libre. Indépendant. Différent. Nécessaire.

Paul Corey