Lire le livre

Yaël Braun-Pivet

De la société civile au perchoir : l’ascension éclair d’un pilier du macronisme.

Yaël Braun-Pivet

Inconnue en 2017, première femme au perchoir en 2022 : la promesse d’une politique autrement a produit la fidèle parfaite du pouvoir présidentiel.

Yaël Braun naît le 7 décembre 1970 à Nancy. Sa famille porte les stigmates du XXe siècle : son grand-père paternel, tailleur polonais, fuit l’antisémitisme dans les années 1930 et rejoint la Résistance, qui lui vaudra la Médaille à la Libération. Sa grand-mère paternelle est allemande. Son père travaille dans la publicité, sa mère est sténodactylographe.

Études de droit à Paris-Nanterre, spécialisation en pénal. Inscrite au barreau de Paris, puis des Hauts-de-Seine. Avocate au cabinet d’Hervé Temime avant d’ouvrir sa propre structure. Elle interrompt sa carrière en 2003 pour suivre son mari, cadre dirigeant chez L’Oréal, en expatriation à Taipei, Tokyo et Lisbonne. Cinq enfants, neuf ans à l’étranger.

Retour en France en 2012, installation dans les Yvelines. Master de droit des affaires, activité de chambres d’hôtes, puis Restos du Cœur en 2014 : consultations gratuites d’avocats, direction du centre de Chanteloup-les-Vignes, création d’une structure à Sartrouville.

En 2016, elle quitte le PS pour LREM. En juin 2017, elle bat Jacques Myard, député LR sortant depuis vingt-quatre ans, et entre à l’Assemblée à 46 ans sans aucun mandat antérieur. Quelques jours après son élection, elle prend la présidence de la commission des Lois, deuxième femme à ce poste habituellement réservé aux députés aguerris.

Le 20 juillet 2018, elle préside la commission d’enquête sur l’affaire Benalla. Le co-rapporteur LR Guillaume Larrivé démissionne au bout de quatre jours, dénonçant une « parodie » et des « auditions bâclées ». Le 1er août, la commission est close sans rapport. Fin 2018, malgré les révélations sur les passeports diplomatiques de Benalla, elle refuse la réouverture.

Le 20 mai 2022, Élisabeth Borne la nomme ministre des Outre-mer. Trente-neuf jours plus tard, le 28 juin, elle est élue présidente de l’Assemblée nationale : première femme au perchoir, quatrième personnage de l’État.

Le 22 octobre 2023, deux semaines après le 7-Octobre, elle se rend à Tel-Aviv avec Éric Ciotti, Meyer Habib et Mathieu Lefèvre. La gauche dénonce un « tourisme de guerre » et un soutien « inconditionnel ».

Le 4 mars 2024, elle préside la session conjointe inscrivant l’IVG dans la Constitution — droit qu’elle refusait pourtant de constitutionnaliser en 2018.

Le 9 juin 2024, Emmanuel Macron dissout le Parlement contre son avis personnel. Elle conserve son siège des Yvelines avec 49,1 % au second tour. Le 18 juillet, elle est réélue au perchoir au troisième tour avec 220 voix contre 207 à André Chassaigne (NFP) et 141 à Sébastien Chenu (RN), grâce au retrait du candidat LR Philippe Juvin. La gauche parle d’« alliance contre nature » ; Le Figaro évoque une « entente tacite » avec le RN qu’elle qualifie de « polémique nauséabonde ».

En cinq ans de mandat, elle est passée de novice élue à quatrième personnage de l’État.

Ses partisans saluent une révolution : première femme au perchoir, présidence de la session historique sur l’IVG, ancrage solide dans les Yvelines. Ses adversaires retiennent une fidélité méthodique au pouvoir présidentiel, de la commission Benalla en 2018 jusqu’aux marchandages de juillet 2024.

Dans une Assemblée sans majorité absolue depuis 2022, ce poste protocolaire est devenu l’arbitre quotidien d’un Parlement ingouvernable.

Ainsi, Yaël Braun-Pivet incarne la mue accélérée de la société civile en pouvoir d’État, payant cette fulgurance par le soupçon permanent d’avoir d’abord servi celui qui l’a faite.

Paul Corey