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Gérard Larcher

Quarante ans au Sénat. Cinq présidents. Un seul survivant.

Gérard Larcher

Vétérinaire de chevaux devenu deuxième personnage de l’État, il a passé quarante ans à incarner une institution que beaucoup voudraient supprimer.

Gérard Philippe René André Larcher naît le 14 septembre 1949 à Flers, dans l’Orne. Sa famille est catholique, rurale, entrepreneuriale : père industriel du textile, maire d’une petite commune, éleveur de chevaux.

L’enfance se déroule en pensionnat religieux. Adulte, il quittera le catholicisme pour le protestantisme. La trajectoire confessionnelle annonce déjà le goût des transitions discrètes. Diplômé de l’École nationale vétérinaire de Lyon en 1973. Spécialisé dans les chevaux. De 1974 à 1979, vétérinaire de l’équipe de France de sports équestres. Aux Jeux olympiques de Montréal en 1976, la France décroche l’or en saut d’obstacles. Il n’a pas trente ans, soigne déjà les chevaux qui rapportent des médailles.

Il adhère au RPR dès sa création en 1976, à 27 ans. En mars 1983, à 33 ans, il est élu maire de Rambouillet, dans les Yvelines. Il occupera ce siège pendant vingt et un ans sans interruption, puis y reviendra entre 2007 et 2014.

Le 2 octobre 1986, à 37 ans, il devient l’un des plus jeunes sénateurs de France. Il ne quittera plus la haute assemblée.

Le 31 mars 2004, Jean-Pierre Raffarin le nomme ministre délégué au Travail. Dominique de Villepin le maintient jusqu’au 15 mai 2007. À ce poste, il accompagne la loi Borloo de cohésion sociale, le contrat « nouvelles embauches » et l’assouplissement des 35 heures. Les syndicats saluent son écoute, plus rare en France qu’ailleurs.

À la sortie du gouvernement, il regagne les Yvelines et reprend son siège de sénateur. Le 1er octobre 2008, à 59 ans, il succède à Christian Poncelet à la présidence du Sénat.

La gauche emporte la haute assemblée en 2011 : pour la première fois sous la Ve République, il cède la place à Jean-Pierre Bel. Trois ans dans l’opposition. Le 1er octobre 2014, il reprend le perchoir avec 194 voix sur 337.

Il sera réélu en 2017, en 2020, puis le 2 octobre 2023 avec 218 voix pour un cinquième mandat.

En juillet 2018, l’affaire Benalla éclate. Sous sa houlette, le Sénat lance une commission d’enquête : six mois de travaux, 34 auditions. Trois proches de Macron sont déférés au parquet pour suspicion de faux témoignage. Macron l’appelle pour dénoncer un « déséquilibre institutionnel », Christophe Castaner accuse les sénateurs d’être « des menaces pour la République ».

Les enquêtes parlementaires se multiplient ensuite : cabinets de conseil et McKinsey, fonds Marianne, gestion de la crise sanitaire.

À 76 ans, il cumule trente-six ans de Sénat dont près de quinze à la présidence. Il a verrouillé la chambre haute par vingt-huit ans de mairie à Rambouillet et la connaissance intime de chaque commune des Yvelines.

Le Sénat reste, par construction même, structurellement à droite : son mode de scrutin favorise les territoires ruraux où la droite tient encore les petites villes.

Sa longévité ne tient pas à un programme mais à la maîtrise de chaque sénateur, et à la défense méthodique d’une institution que l’air du temps voudrait abolir.

Ainsi, Gérard Larcher a transformé un poste protocolaire en véritable contre-pouvoir, sauvant une institution réputée archaïque en l’incarnant entièrement, mais aussi en la figeant dans le visage d’un seul homme.

Paul Corey