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Joe Biden

Cinquante ans pour y arriver, plusieurs semaines pour comprendre qu’il fallait partir...

Joe Biden

L’homme qui a consacré cinquante ans à conquérir la Maison-Blanche, pour finir contraint d’y renoncer par son propre camp.

Né le 20 novembre 1942 à Scranton, Pennsylvanie, dans une famille irlando-catholique modeste. Son père nettoie des chaudières, revend des voitures d’occasion. En 1953, la famille déménage à Wilmington, Delaware.

Biden bégaie depuis l’enfance — il s’entraîne en récitant des discours face à son miroir. À l’université du Delaware, il est médiocre en classe, brillant sur le terrain de football. Il sort diplômé en droit de Syracuse en 1968, 76e sur 85.

En novembre 1972, à vingt-neuf ans, il est élu sénateur du Delaware — l’un des plus jeunes de l’histoire américaine. Six semaines plus tard, sa femme Neilia et sa fille d’un an meurent dans un accident de voiture. Ses deux fils, Beau et Hunter, sont gravement blessés. Biden prête serment au chevet des enfants hospitalisés. Il commencera dès lors à rentrer chaque soir à Wilmington en train, pendant trente-six ans.

L’image du père endeuillé, fidèle au billet Amtrak, devient son identité politique.

Il se présente à la présidence en 1987. La campagne s’effondre en trois semaines : il a plagié un discours du travailliste britannique Neil Kinnock sans le citer, exagéré ses résultats académiques, emprunté des formules à Robert Kennedy et Hubert Humphrey. Il se retire en septembre.

En février 1988, il s’effondre d’un anévrisme cérébral, subit deux opérations, disparaît sept mois.

Il revient au Sénat, préside le Comité judiciaire, orchestre les auditions de confirmation de Clarence Thomas en 1991 — auditions jugées chaotiques, marquées par la déposition ignorée d’Anita Hill.

En 2008, nouvelle tentative présidentielle. Il abandonne après avoir obtenu moins de 1 % en Iowa. Barack Obama le choisit alors comme colistier. Huit ans de vice-présidence discrète.

En 2015, son fils Beau meurt d’un cancer du cerveau à quarante-six ans. Biden renonce à se présenter en 2016.

En avril 2019, à soixante-seize ans, il annonce sa troisième candidature. Le 3 novembre 2020, il bat Donald Trump avec 81,2 millions de voix — record absolu de l’histoire électorale américaine.

Il entre en fonction à soixante-dix-huit ans, le président le plus âgé de l’histoire des États-Unis. En mars 2021, il signe l’American Rescue Plan : 1 900 milliards de dollars. En novembre 2021, la loi sur les infrastructures : 1 200 milliards. En août 2022, l’Inflation Reduction Act : 369 milliards pour le climat. Le taux de chômage descend à 3,4 % en janvier 2023 — plus bas depuis 1969.

Mais l’inflation culmine à 9,1 % en juin 2022, niveau inédit depuis 1981. Le retrait d’Afghanistan en août 2021 tourne au chaos : 13 soldats américains tués, des milliers d’alliés afghans abandonnés.

Le 27 juin 2024, Biden affronte Trump dans un débat télévisé. Sa performance est catastrophique : phrases inachevées, pertes de fil, regard vide. Les démocrates paniquent. Pendant vingt-quatre jours, Biden résiste aux appels à se retirer.

Le 21 juillet 2024, il cède. Il renonce à briguer un second mandat et endosse Kamala Harris — qui perdra face à Trump en novembre. Dans ses derniers jours à la Maison-Blanche, il gracie préemptivement son frère, des membres de sa famille, Anthony Fauci, Mark Milley, et les membres de la commission sur le 6 janvier.

En mai 2025, un cancer de la prostate métastatique est diagnostiqué.

Ainsi, Joe Biden a incarné la résilience américaine comme aucun autre — père en deuil, survivant, vainqueur tardif — avant de devenir le symbole d’un autre effondrement : celui d’un homme que son propre parti a poussé vers la sortie, trop tard pour éviter la défaite, trop tôt pour préserver sa dignité.

Paul Corey