Kamala Harris
Kamala, la briseuse de plafonds de verre… sauf le dernier

La première femme vice-présidente de l’histoire américaine a levé 1,5 milliard de dollars en quinze semaines pour perdre les sept États pivots.
Kamala Devi Harris naît le 20 octobre 1964 à Oakland, Californie, d’une mère indienne chercheuse en oncologie et d’un père jamaïcain, premier économiste noir titularisé à Stanford. Ses parents divorcent en 1971 quand elle a sept ans.
Sa mère l’emmène à Montréal de 1976 à 1981, où elle fréquente une école francophone puis le Westmount High School. Elle rentre aux États-Unis, intègre Howard University, université historiquement noire, en sort diplômée en science politique en 1986, puis obtient son juris doctor à UC Hastings en 1989.
En 1990, elle débute comme procureure adjointe à Alameda County. En 1994, Willie Brown, président de l’Assemblée californienne et son compagnon de l’époque, la nomme à deux commissions d’État rémunérées. La relation sera régulièrement citée comme tremplin litigieux.
En 2003, elle remporte la mairie de San Francisco et devient première femme et première personne de couleur à occuper le poste de DA (District Attorney, procureur de la République). En 2010, elle est élue procureure générale de Californie. En 2016, elle entre au Sénat fédéral.
Comme DA, elle défend une ligne « smart on crime » (une ligne hybride, entre fermeté ciblée et pragmatisme social, souvent critiquée comme ambiguë). Kamala poursuit les parents d’élèves absentéistes, soutient certaines peines minimales, refuse de demander la peine de mort pour le meurtrier d’un policier. Comme procureure générale, elle fait appel d’une décision qui aurait pu abolir la peine capitale en Californie. La gauche lui reproche sa sévérité, la droite sa sélectivité.
En août 2020, Biden la choisit comme colistière. Inaugurée le 20 janvier 2021, elle devient la 49e vice-présidente, première femme, première Afro-Américaine, première Américaine d’origine asiatique à occuper ce poste.
En 2021, Joe Biden lui confie la gestion des causes profondes de la migration (Guatemala, Honduras, Salvador). Elle devient ainsi « border czar » (étiquette politique, pas fonction officielle, utilisée pour désigner un responsable de la question migratoire) mais ne visite la frontière sud qu’après trois mois de pression républicaine. La mission reste sans résultat mesurable. Sa popularité plafonne à 39 % en fin de mandat.
Le 21 juillet 2024, Biden se retire à 81 jours du scrutin. Il l’adoube immédiatement. Elle récolte 1 milliard de dollars en moins de trois mois — rythme inédit dans l’histoire américaine. Sa campagne dépense 654 millions en publicités, 56 millions en salaires, 15 millions en production d’événements avec Lady Gaga et Beyoncé. Trump dépense moitié moins.
Le 5 novembre, Harris perd les sept États pivots. Elle concède le lendemain devant Howard University. Score final : 226 contre 312 au collège électoral, 48,3 % contre 49,8 % au vote populaire — première candidate démocrate à perdre le vote populaire depuis Kerry en 2004.
La campagne laisse 20 millions de dollars de dettes. En août 2025, le DNC (Democratic National Committee) rembourse encore 15 millions de frais résiduels.
Ce n’est pas la première fois qu’Harris échoue à convaincre les électeurs directement. En décembre 2019, elle retire sa candidature à la primaire démocrate sans avoir disputé un seul vote, sans ressources et sans coalition. En 2024, désignée sans primaire, elle bénéficie d’une mobilisation sans précédent.
L’argent a coulé. Les suffrages, non. Ainsi, Kamala Harris aura brisé tous les plafonds de verre protocollaires tout en confirmant une constante : chaque fois que les Américains ont pu choisir, ils ne l’ont pas choisie — laissant ouverte la question de savoir si c’est elle qui n’a pas convaincu, ou l’Amérique qui n’était pas prête.
Paul Corey