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Steve Witkoff

En 2011, Witkoff perd son fils de vingt-deux ans d'une overdose. Cette nuit-là, Trump était avec lui, dans la chambre d'hôpital, sans y être obligé.

Steve Witkoff

Il n’a jamais négocié pour un gouvernement. En 2025, il négocie simultanément avec le Hamas, Poutine et Téhéran.

Steven Charles Witkoff naît le 15 mars 1957 dans le Bronx, dans une famille juive de classe moyenne. Son père dirige une entreprise textile, sa mère est décoratrice d’intérieur. Il grandit à Long Island, fait son droit à Hofstra University, entre comme avocat immobilier au cabinet Dreyer & Traub à Manhattan dans les années 1980. C’est là qu’il croise Donald Trump, alors client du cabinet.

En 1986, dans un deli de Manhattan, il paye le sandwich d’un Trump qui n’a pas de liquide sur lui. Les deux hommes se lient. Cette anecdote, Witkoff la raconte lui-même au procès pour fraude de Trump en 2023.

En 1997, il fonde le Witkoff Group. En vingt-cinq ans, il finance, rénove et construit plus de 70 immeubles dans les grandes métropoles américaines — le Daily News Building à Manhattan, le Woolworth Building, des projets à Miami Beach.

Forbes estime sa fortune à 2 milliards de dollars en mai 2025. Durant la première présidence Trump, le gouvernement qatari devient une source de financement majeure du groupe Witkoff, alors en difficulté. Le Qatar cherche à renforcer ses liens avec l’entourage de Trump. L’argent coule. La relation s’installe.

En novembre 2024, Trump est réélu. Witkoff co-préside le comité inaugural. Le 20 janvier 2025, Trump le nomme envoyé spécial au Moyen-Orient. Aucune expérience diplomatique. Aucun briefing de carrière. Aucun salaire — il refuse toute rémunération et finance ses déplacements sur son avion personnel.

Sa première mission : finaliser le cessez-le-feu entre Israël et Hamas, engagé sous Biden. En janvier 2025, l’accord est signé. 33 otages libérés contre environ 1 000 prisonniers palestiniens. Trump s’en attribue le crédit. Witkoff obtient la confiance du président.

Le portefeuille explose. En mars 2025, Trump lui confie les négociations avec la Russie sur l’Ukraine, en parallèle de son mandat moyen-oriental. En avril, il devient également le négociateur en chef sur le nucléaire iranien. Trois dossiers simultanés — Gaza, Moscou, Téhéran — que les diplomates de carrière traitent habituellement en équipes séparées de plusieurs dizaines d’experts.

Witkoff s’appuie sur une poignée de collaborateurs. Il occupe au West Wing le bureau d’Ivanka Trump. Le New York Times le surnomme « Secretary of Everything ». The Atlantic le décrit comme le « vrai Secrétaire d’État ».

En octobre 2025, Bloomberg publie un transcript explosif : lors d’un échange avec Yuri Ushakov, conseiller diplomatique de Poutine, Witkoff lui aurait conseillé comment convaincre Trump d’adopter la position russe. Poutine suit le script.

Quelques semaines plus tard, l’administration Trump présente un plan de paix ukrainien en 28 points — rédigé selon Reuters à partir des conditions posées par Moscou. Des membres républicains du Congrès dénoncent publiquement Witkoff. Le représentant démocrate Ted Lieu parle de « traître ». Trump reste impassible. Witkoff continue.

La contradiction est structurelle. Pendant que Witkoff négocie avec les gouvernements du Golfe au nom des États-Unis, son fils Alexander sollicite ces mêmes gouvernements pour des milliards d’investissements dans ses entreprises. Son fils Zachary est co-fondateur de World Liberty Financial, société de cryptomonnaie liée à Trump.

Witkoff a perdu un autre fils, Andrew, d’une overdose d’OxyContin en 2011 à vingt-deux ans. Il en parle rarement. Quand il le fait, il évoque Trump à son chevet. C’est ce lien personnel, dit-il, qui explique tout.

Ainsi, Steve Witkoff incarne la doctrine Trump appliquée à la géopolitique mondiale : un homme de confiance sans formation, sans salaire, sans contrainte institutionnelle, chargé de résoudre trois des conflits les plus complexes de la planète — avec pour source initiale de légitimité un sandwich payé à Manhattan en 1986

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Paul Corey