DÉFENSE : ce qui a changé
De l’armée de masse à la force projetable...

En 1930, la France est l’une des deux ou trois principales puissances militaires mondiales et la première armée terrestre d’Europe occidentale, avec environ 600 000 hommes d’active et des millions de réservistes mobilisables. Aujourd’hui, elle peine à équiper 20 000 soldats pour une opération extérieure. Les effectifs ont fondu.
En 1930, l’armée française compte plus de 600 000 hommes sous les drapeaux en temps de paix, auxquels s’ajoutent plusieurs millions de réservistes mobilisables. Aujourd’hui, les armées comptent environ 200 000 militaires d’active et une réserve opérationnelle de 40 000 hommes. La conscription, suspendue en 1997, a rompu le lien entre la nation et son armée.
La dépense a décroché. En 1930, la France consacre environ 5 % de son PIB à la défense. Aujourd’hui, ce taux avoisine 2 %, soit environ 50 milliards d’euros. La charge d’intérêts de la dette dépasse désormais le budget militaire.
L’industrie de défense s’est rétractée. Dans les années 1930, la France produit l’essentiel de son armement : chars, avions, navires, artillerie. Aujourd’hui, malgré des fleurons comme Dassault ou Naval Group, la France dépend de composants étrangers pour une part croissante de ses équipements. Les stocks de munitions suffiraient pour quelques semaines de conflit de haute intensité.
Le format des armées a changé. En 1930, la France peut aligner plusieurs dizaines de divisions d’infanterie et des milliers de pièces d’artillerie. Aujourd’hui, l’armée de terre compte environ 200 chars Leclerc, 90 canons Caesar, et quelques brigades projetables. La marine aligne 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et un seul porte-avions, souvent en maintenance.
La projection a remplacé la masse. En 1930, la doctrine vise la défense du territoire national et de l’empire colonial. Aujourd’hui, les armées sont conçues pour des opérations extérieures limitées : Sahel, Levant, missions de l’ONU. La France n’est plus dimensionnée pour un conflit majeur en Europe.
Le rapport aux alliances s’est inversé. En 1930, la France est le pilier militaire du continent, garante des traités de Versailles. Aujourd’hui, la sécurité française repose sur l’OTAN et la dissuasion nucléaire. Sans le parapluie américain, la défense conventionnelle du territoire serait compromise.
La dissuasion nucléaire est devenue centrale. Absente en 1930, elle absorbe aujourd’hui environ 12 % du budget de défense. Elle garantit la souveraineté ultime mais ne répond pas aux menaces de basse intensité ni aux conflits hybrides.
Ainsi, en moins d’un siècle, la France est passée d’une des premières armées du monde à une armée professionnelle compacte, technologiquement avancée mais sous-dimensionnée, qui a troqué la masse contre la projection et la souveraineté contre l’alliance.
Paul Corey