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Le point, 9 mai 2026. Aide active à mourir. Entretien avec dominique Reynié.

Entretien recueilli par Jérôme Cordelier, à la veille de la seconde lecture du texte au Sénat.

Le point, 9 mai 2026. Aide active à mourir. Entretien avec dominique Reynié.

Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, mène depuis longtemps la bataille contre le projet de loi sur l’aide active à mourir, qui revient au Sénat ce 11 mai en seconde lecture.

Pour lui, le texte ne consacre pas une nouvelle liberté : il restitue à la puissance publique un pouvoir dont la France s’était débarrassée en 1981 avec l’abolition de la peine de mort — celui d’administrer la mort.

Les deux sujets ne se confondent pas, mais ils aboutissent au même résultat.

Reynié récuse aussi la lecture libérale du projet. Présenté comme un droit individuel, il engendrerait en réalité une pression diffuse sur les plus fragiles — malades incurables, personnes âgées, dépendantes, handicapées — en leur soufflant qu’elles deviennent un poids. Selon lui, on glisserait insensiblement d’un État providence fondé sur la dignité irréductible de chacun vers un État « validiste », où la vie ne mériterait d’être vécue que tant qu’on en maîtrise les moyens.

Le texte entrerait par ailleurs en contradiction frontale avec deux piliers du droit français : l’interdit de tuer, qu’aucun consentement de la victime ne suspend, et le délit de non-assistance à personne en danger.

La lecture politique est tout aussi sévère. Reynié décrit un effondrement des partis, qui laissent la liberté de vote sur un changement de société alors que leurs députés ont été élus sous étiquette.

Il rappelle qu’Emmanuel Macron, privé de majorité absolue depuis 2022 et de toute majorité depuis juin 2024, pousse pourtant cette « loi de fraternité » qu’il qualifie de pirouette sémantique.

Quant au Sénat, théoriquement modérateur, il semble tétanisé par la peur de paraître conservateur — alors même que Gérard Larcher et Bruno Retailleau y sont hostiles, et que l’Écosse en mars 2026, l’Angleterre et le Pays de Galles en avril 2026, la Slovénie par référendum en novembre 2025 viennent tous de rejeter des textes similaires.

Pour Reynié, la vraie urgence est ailleurs : dans les soins palliatifs. La Cour des comptes a chiffré en juillet 2023 à 180 000 le nombre de Français qui meurent chaque année sans y avoir accès.

Légiférer sur l’euthanasie avant d’avoir réglé cette carence revient à condamner les patients en fin de vie au choix entre l’agonie et la mort provoquée.

Il conclut sur le remboursement de l’euthanasie par la Sécurité sociale par une formule cinglante : « Quel sinistre retournement ! »

Paul Corey