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Italia, ti amo, ti ammiro

La péninsule rebondit, l’hexagone se raconte..

Italia, ti amo, ti ammiro

L’Italie boucle 2025 avec 50 milliards d’excédent commercial. La France creuse, la même année, 70 milliards de déficit. 120 milliards d’euros séparent désormais les deux rives latines, chaque année. Derrière ce gouffre comptable, c’est une autre histoire qui commence — celle d’une civilisation qui se relève.

Trois fois déjà, l’Italie a refondé l’Occident. Rome lui a donné son droit et son art de gouverner. L’Église a façonné son âme. La Renaissance a rouvert ses imaginaires de l’art, de la science et de la pensée. À chaque cycle, l’Europe est sortie transformée. Un quatrième acte se prépare désormais sous nos yeux, méthodique, sans tapage, presque silencieux.

Ce quatrième acte tient dans une grammaire patiente.

Le patrimoine : 61 sites au patrimoine mondial, premier rang planétaire, contre 54 côté français.

La modernité : 5,2 gigawatts solaires installés en 2023, là où nous en posions moins de 3.

La tradition : un “Made in Italy” vivant, à 54 milliards d’euros en 2024, porté par des milliers d’ateliers familiaux ancrés dans leur territoire. Un savoir-faire qui se transmet de génération en génération.

Une singularité : la moitié des exports italiens transitent par des PME, contre un quart chez nous. Là où l’Hexagone parie sur quelques champions, la péninsule fait travailler ses milliers d’ateliers. La fragmentation est devenue agilité.

Cette puissance s’est conquise par l’épreuve. L’Italie a touché le fond entre 2008 et 2018 : crise bancaire, instabilité chronique, jeunes diplômés exilés, Mezzogiorno laissé à sa désindustrialisation. Le pays a accepté de regarder son désastre en face. C’est dans ce miroir lucide qu’a germé sa renaissance.

Giambattista Vico l’avait pressenti dès 1725 lorsqu’il décrivait les corsi e ricorsi, ces cycles où chaque effondrement contient déjà sa résurrection. L’Italie pratique Vico sans le citer. La France récite Bossuet sans plus l’appliquer.

La péninsule construit son avenir sans renier son passé.

L’Hexagone rêve de son passé par peur de l’avenir.

Dette publique frôlant les 4000 milliards d’euros. Déficit budgétaire ancré à 5,8 % du PIB, quand l’Italie a ramené le sien à 3,4 %, après avoir touché 7,2 % deux ans plus tôt. Note souveraine dégradée par Fitch en septembre 2025 quand celle de Rome tient bon. Hors énergie, l’excédent italien grimpe à cent milliards d’euros. La péninsule exporte sa modernité ; nous exportons notre dépendance.

Hier encore, nous regardions Rome avec une condescendance polie, république bananière aux gouvernements évanescents. Aujourd’hui, son pragmatisme nous dépasse. La République latine a compris ce que la Monarchie administrative refuse encore d’entendre : la grandeur naît de la vulnérabilité assumée, et jamais d’une posture maintenue contre les faits.

Accepter la fragilité.

L’Italie a renoncé à l’illusion de puissance, ce qui constitue déjà tout un programme civilisationnel. Elle a converti chaque crise en matrice de renaissance, chaque district artisanal en poste avancé sur le marché mondial, chaque faiblesse en méthode. Cette voie demande seulement le courage de cesser de se raconter pour commencer à se regarder.

Saurons-nous emprunter le même chemin ?

Paul Corey