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France : qui donnera le coup de volant avant le mur ?

Il nous reste une élection pour choisir ce que les circonstances finiront, sinon, par imposer dans l’extrême douleur.

France : qui donnera le coup de volant avant le mur ?

Chez le boulanger, chez le coiffeur, au comptoir du café, à la sortie de l’école, la même phrase revient : on va dans le mur. L’artisan la répète, l’infirmière aussi, le retraité, le chef d’entreprise, l’étudiant. Seuls ceux qui tiennent le volant font mine de regarder ailleurs. Le pays a raison contre ses dirigeants. Nous y sommes.

Face au mur.

Ou plutôt face à quatre murs, dressés l’un derrière l’autre.

Le mur de la dette, qu’il faut sans cesse renouveler pour honorer les échéances.

Le mur des taux, près de 5 % fin septembre contre 3,3 % en mars, au-dessus de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne.

Le mur des déficits, 5,4 % du PIB attendus en 2026.

Le mur de la charge de la dette enfin : près de 65 milliards d’euros cette année pour le seul État, 74 milliards annoncés pour 2027, davantage que le budget de l’éducation nationale.

Derrière eux se dresse le plus haut, celui de nos renoncements. Chaque euro d’intérêts est un euro retiré au soin, à l’école, à la sécurité, à l’avenir. Et à notre défense.

Pour masquer l’obstacle, on nous vend deux bretelles de sortie. La première : mutualiser la dette en Europe, quoi qu’il en coûte. Le rapport parlementaire du 25 juin 2025 a fait le compte : au titre de NextGenerationEU, la France pourrait rembourser jusqu’à 75 milliards d’euros pour 45,7 reçus. Pas besoin d’être Mozart de la finance pour comprendre qu’ emprunter moins cher devient une drôle d’affaire quand on rend trente milliards de plus qu’on n’a touchés.

La seconde : brûler les 488 milliards de dette détenus par la Banque de France, près de 14 % du total. L’intérêt économisé d’un côté disparaît de l’autre, puisque l’État est l’unique actionnaire de la banque centrale, et la confiance des prêteurs vacille.

Argent magique, dette magique : ces mirages élèvent le mur et détournent le regard. C’est leur fonction.

Le mal véritable porte un nom : la direction verrouillée.

Le moteur tourne, l’accélérateur reste enfoncé, le mur grandit dans le pare-brise, et le volant refuse de bouger. Chaque réforme s’annonce, s’esquisse, s’engage parfois, puis se relâche au premier virage. Le pays file tout droit, à pleine vitesse, vers l’obstacle que chacun voit.

Faites l’inventaire des coups de volant avortés.

La réforme des retraites, suspendue. Le conclave censé la refonder, dissous sans conclusion. Le service national universel, enterré. Les places de prison promises, toujours attendues. Les OQTF, exécutées au compte-gouttes. La loi immigration, amputée par la censure. Des lycées où l’on suspend, ce jour, les cours pour un temps de « démocratie interne ». L’EPR de Flamanville, douze ans de retard. Notre-Dame-des-Landes, un demi-siècle d’études pour un renoncement. Le Grand Paris Express, des lignes repoussées d’année en année. Les chantiers stoppés par les juges, relancés, contestés encore. Les retenues d’eau bloquées. Le mille-feuille territorial que chaque quinquennat jure d’alléger. Les chocs de simplification, promis tous les cinq ans. MaPrimeRénov’, suspendue en plein été. Les logements qui ne sortent plus de terre. Les urgences fermées la nuit. Les déserts médicaux qui s’étendent. Les délais de justice qui se comptent en années. Le niveau en mathématiques qui décroche. La cinquième branche de la dépendance, créée sans financement. L’audiovisuel public, impossible à réformer, même après une excellente enquête parlementaire. La proportionnelle, promise à chaque campagne. Mayotte, toujours à reconstruire. La Nouvelle-Calédonie, accords signés puis contestés. Les budgets votés à l’arraché, quand ils sont votés…

Le pays fonce, et la dette en mesure la vitesse. Son niveau est insoutenable. Sa pente l’est davantage.

Et la campagne qui s’ouvre ressemble à un brouillard sur l’autoroute.

Les candidats distillent leurs mesures au compte-gouttes, évoquent des dizaines, parfois des centaines de milliards d’économies, parlent de 2032 sans dire ce qui change en 2027. Aucun socle commun du redressement n’émerge, alors qu’il s’impose à tous.

Chacun préfère désigner ses coupables: les riches, les étrangers, les extrêmes, les assistés, les boomers.., pour rassembler son camp et s’épargner l’effort.

D’où cette frayeur singulière : voir le choc venir, et personne pour donner le coup de volant.

Le cadre est pourtant étroit. La France prélève 45,3 % de sa richesse, contre 40,9 % en moyenne dans la zone euro. L’impôt touche son plafond. Le seul levier sérieux reste la dépense. Puis la production : il y a vingt ans, un Français produisait autant par heure qu’un Américain. Sa richesse par habitant accuse aujourd’hui un retard d’un quart à un tiers, et selon la Banque de France, l’écart tient d’abord à la productivité.

Pendant ce temps, la souveraineté s’effrite par morceaux.

La France vend son patrimoine, partage sa défense, emprunte pour finir le mois auprès de créanciers étrangers qui détiennent plus de la moitié de sa dette. Elle négocie à Bruxelles le droit de dériver, gouverne sous l’œil des juges de Paris, de Luxembourg et de Strasbourg, importe ses médicaments, ses puces, son énergie et une part croissante de son assiette.

Le Royaume-Uni en 1976, la Grèce en 2010 ont connu l’étape suivante : les créanciers reprennent le volant.

Pour 2027, redresser les comptes de la nation fonde tout mandat.

Trois exigences suffisent, avant le vote. Dire le montant des économies d’ici 2032. Dire qui les portera, administrations, près de six millions d’agents, retraites, santé, emploi, solidarité. Dire ce qui change dès la première année.

Le candidat qui s’y dérobe place son ego ou son idéologie au-dessus du réel.

2027 offre le dernier virage avant le mur. Celui où l’on choisit encore l’effort, avant qu’il nous soit imposé.

Qui osera donner le coup de volant ? Les Français sont prêts.

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Paul Corey