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Nobel de physique : faut-il enterrer un télescope pour voir l’univers ?

Sous la glace du pôle Sud, IceCube capte les traces lumineuses de particules venues du cosmos. Une découverte rendue possible par trente ans de patience

Nobel de physique : faut-il enterrer un télescope pour voir l’univers ?

Pour observer le cosmos, l’humanité a toujours levé les yeux. Francis Halzen a choisi de regarder autrement. Sous la glace du pôle Sud, il a fait installer 5 160 capteurs dans un volume d’un kilomètre cube.

Le Nobel de physique 2026 récompense son rôle décisif dans cette aventure.

Que cherche cet instrument ? Des neutrinos, particules produites notamment par les étoiles et les phénomènes violents autour des trous noirs. Ils traversent presque toute la matière sans interagir. Cette discrétion les rend précieux : ils peuvent quitter des régions opaques à la lumière et nous apporter des informations autrement inaccessibles.

Mais comment détecter ce qui traverse presque tout ?

Il faut multiplier les occasions de rencontre. D’où cet immense volume de glace. Exceptionnellement, un neutrino interagit avec une particule d’un atome. La rencontre engendre d’autres particules qui filent dans la glace en émettant une faible lumière bleutée. Les capteurs enregistrent cet éclair.

Ils ne prennent aucune photographie de l’étoile ou de la galaxie. En comparant l’intensité de la lumière et ses instants d’arrivée aux différents capteurs, les chercheurs estiment l’énergie du neutrino et reconstruisent sa direction. Ils remontent sa piste.

IceCube n’est donc pas une lunette tournée vers le haut ou vers le bas. Ses capteurs surveillent la glace environnante et détectent des événements venant de plusieurs directions.

Certains neutrinos arrivent par-dessous, après avoir traversé la Terre. La planète a arrêté une grande partie des particules parasites produites dans l’atmosphère, tout en laissant passer les neutrinos.

La Terre sert de filtre ; la glace, de lieu de détection.

Le pari a payé.

En 2013, IceCube révèle une population de neutrinos de haute énergie d’origine cosmique.

Une détection de 2017 conduit, en 2018, à identifier un blazar - cœur actif d’une galaxie, où un trou noir géant alimente un jet de particules dirigé vers la Terre - comme source probable.

En 2022, des observations désignent la galaxie NGC 1068.

En 2023, une carte de la Voie lactée apparaît grâce à ses neutrinos.

Une nouvelle fenêtre s’ouvre sur l’univers.

Belge de naissance, formé à Louvain, Halzen a porté ce projet depuis l’université du Wisconsin. Le financement est principalement américain, mais l’aventure est internationale, avec des contributions européennes essentielles.

La leçon dépasse la physique. Une découverte de cette ampleur exige du temps, des moyens et la liberté de chercher sans promettre une application immédiate.

Nous savons demander des résultats rapides. Savons-nous encore soutenir assez longtemps une idée pour qu’elle devienne une découverte ?

Paul Corey