2027: où est notre Churchill ?
Le porteur du sursaut n'est jamais celui (celle) qu'on attendait

En 1939, Winston Churchill a soixante-quatre ans, une carrière jalonnée d’échecs retentissants, et une réputation de trublion dont plus personne n’attend rien. Huit mois plus tard, il dirige le seul pays encore debout face à Hitler. Entre les deux, il n’y a eu ni élection, ni plan de carrière. Il y a eu l’effondrement de toute alternative. Souvent, l’homme providentiel n’existe pas que la situation l’exige.
Avant 1940, Churchill est un homme que la classe politique britannique préfère ne pas regarder. Premier Lord de l’Amirauté pendant la Première Guerre mondiale, il porte la responsabilité de Gallipoli, un désastre militaire qui le pousse vers une traversée du désert politique. Dans les années 1930, il alerte sur la montée du nazisme avec une insistance qui agace plus qu’elle ne convainc. Le gouvernement britannique a choisi l’apaisement.
Churchill, lui, répète ce que personne ne veut entendre.
Puis vient mai 1940. La Norvège est tombée. La France s’effondre. Chamberlain, l’homme de l’apaisement, n’a plus aucune crédibilité pour conduire un pays en guerre. Il ne reste plus de candidat de consensus, plus de figure rassurante, plus d’alternative confortable.
Il reste Churchill.
L’homme que personne n’aurait choisi dans des circonstances normales, et qui devient Premier ministre parce que les circonstances ne sont plus normales.
Ce basculement n’a rien d’un sacre. C’est un constat d’absence d’options. La Grande-Bretagne ne se tourne pas vers Churchill parce qu’elle a enfin reconnu son génie. Elle s’y tourne parce que plus aucune autre direction n’est tenable. Le pays qui avait écouté Chamberlain pendant des années bascule en quelques semaines vers l’homme qu’il avait tenu à distance.
Ce schéma se répète à travers l’histoire des redressements nationaux.
Margaret Thatcher n’était pas la favorite de son propre camp en 1975 : elle a battu le candidat pressenti contre tous les pronostics.
Jean Chrétien était un vétéran que la classe politique canadienne donnait pour fini avant 1990.
Gerhard Schröder a fait campagne contre la guerre en Irak en 2002, pas pour la réforme du marché du travail qu’il a finalement menée.
Mario Draghi n’était banquier central que de profession avant d’être appelé en urgence à la tête d’un pays au bord du gouffre. Aucun de ces noms ne figurait sur la liste des favoris avant que la nécessité ne les impose.
Le point commun n’est pas le talent, ni même la conviction affichée à l’avance. C’est l’absence d’alternative.
Une démocratie ne choisit pas le sursaut par confort.
Elle l’arrache quand toutes les autres portes se sont fermées une à une, et que celle qui reste ouverte est occupée par quelqu’un qu’elle avait écarté.
Churchill lui-même ne s’est jamais présenté comme l’homme qu’il fallait attendre. Il a simplement continué à dire ce qu’il voyait, pendant des années où cela ne servait à rien, jusqu’au jour où cela a tout changé.
Cette mécanique éclaire un débat récurrent en France à l’approche de 2027 : la quête d’une figure de consensus capable d’incarner le redressement. Le temps est peut-être venu puisqu'on assisté à l’épuisement de toutes les options convenues habituelles.
Cmbien de temps encore, avant l’échéance de 2027, pour que la nécessité rende ce nom évident pour notre pays ?
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Paul Corey