Anatomie d’un échec
2017-2027: Le moment Macron, tout reste à faire...

En 2017, Emmanuel Macron surgit sur la scène politique française. Jeune homme brillant, porté par des élites qui voient en lui l’instrument idéal pour moderniser l’appareil sans remettre en cause les fondamentaux, il incarne la promesse d’un renouveau dans la continuité…
Son parcours atypique présente un revers : faute d’expérience politique et de réseau éprouvé, il s’entoure d’un cercle restreint, complété par quelques figures issues du monde d’avant. Il travaille énormément, souvent seul ou en tout petit comité, porté par une sincère ambition : moderniser la France, restaurer sa compétitivité, réformer en profondeur son système social.
Mais il sous-estime la résistance du système. Il veut aller trop vite, ne peut pas tout contrôler. Pour une taxe carbone de trop, les Gilets jaunes font exploser la fracture sociale. Ce n’est pas une querelle idéologique, mais la colère brute de ceux qu’on n’entend jamais.
Macron comprend alors l’évidence cruelle : réformer en profondeur sera infiniment plus difficile que prévu. Son énergie juvénile se heurte au réel.
Vient alors la réforme des retraites, la “mère de toutes les réformes”, clef de voûte de son projet initial : un système universel par points où « un euro cotisé donne les mêmes droits ». Un début de refonte du modèle social français – retraite, santé, chômage, solidarité – censé rester généreux, universel et public, mais financé de manière insoutenable.
Le projet ambitieux préparé avec Édouard Philippe est suspendu en mars 2020 avec l’arrivée du Covid, puis abandonné.
Réélu en 2022 sans majorité, Macron se résigne à une version édulcorée : mesures paramétriques, recul de l’âge, allongement de la durée de cotisation. Portée par Élisabeth Borne et imposée par le 49.3 en mars 2023 malgré une contestation massive, cette “réformette utile” consomme son capital politique sans résoudre l’équation de fond. L’impasse est désormais claire.
Si l’État-nation ne permet plus la grande transformation, peut-être l’Europe le pourra-t-elle ? En difficulté pour mener ces réformes nationales, Macron mise sur une solidarité supranationale pour répartir les charges et mutualiser les efforts. Il tente la carte de la crédibilité stratégique : posture de leader européen, garantie nucléaire étendue, défense commune, poids diplomatique renforcé.
Défaut de jeunesse, défaut d’hubris, défaut de méthode… certes. Mais pas manque de lucidité. Son échec révèle notre impasse collective.
Nos dépenses publiques atteignent 57 % du PIB, près de dix points au-dessus de la moyenne des pays comparables. Près des deux tiers relèvent du “bloc social” – retraites, santé, chômage, solidarité – financé par les cotisations assises sur le travail. Le tiers restant, le “budget national” alimenté par les impôts et taxes, ne couvre même pas les missions régaliennes (éducation, défense, administration, collectivités). Résultat : un déficit structurel et une dette qui enfle inexorablement.
Le niveau maximal des prélèvements obligatoires, conjugué à l’érosion de la croissance, rend le statu quo intenable. La trajectoire actuelle conduit mécaniquement vers une tutelle extérieure – scénario FMI, ajustement structurel, réformes imposées et douloureuses.
Une seule priorité s’impose: refonder le modèle social en définissant une couverture publique de base universelle et en confiant le reste au secteur privé, réduisant ainsi massivement les charges sur le travail.
A défaut, la seule alternative est celle de la dilution: transférer une partie des fonctions régaliennes et des grands équilibres budgétaires à une Europe fédérale, au prix d’une souveraineté partagée. C'était bien le programme implicite et inexpliqué de Macron.
Dans tous les cas, l’équation est posée : notre économie et notre démographie ne peuvent plus financer le modèle souverain et solidaire hérité des Trente Glorieuses.
La suite ne sera pas simple. Mais elle est inévitable.
Paul Corey