2027 : last call (projet 9/15) lettre B
Anatomie d'un sursaut

LETTRE B — On fait quoi ?
Toulon, décembre 2025
Mon cher neveu,
Sept mois se sont écoulés depuis ma première lettre.
J’ai pris l’habitude d’écrire chaque jour, en particulier sur mon site wow-media.fr. Le modèle social, les finances publiques, l’écologie, la constitution, l’Europe, le progressisme… — autant de textes que j’ai voulu rédiger pour accompagner notre voyage.
Avec ces briques de base, j’ai pu mener la première partie de ce voyage.
Ont émergé quatre verrous. 1945 comme tabou, 1958 comme totem, 1981 comme dogme, 1992 comme alibi. Tu as vu comment chacun s’est installé, comment ils se renforcent mutuellement, pourquoi l’aristocratie d’État n’a pas envie de les défaire. Tu as vu la facture. Tu as vu le système.
Nous avons fait un bon bout de voyage.
Depuis plusieurs années, chacun de nos repas de famille ne manquait pas d’évoquer invariablement le triste constat « on va dans le mur » ! Nous y sommes.
J’imagine ce que tu ressens. J’ai ressenti la même chose en l’écrivant. Un mélange de colère, de sidération, de fatigue. On vit dans un pays qui a tellement d’atouts — son histoire, son patrimoine, sa culture, ses talents, ses ressources — et qui se ruine méthodiquement depuis quarante ans.
Dans cette histoire, Mitterrand joue un rôle clé. Il a été le premier à renier son mandat sans le remettre sur la table. Et il savait que ses réformes de 1981 devraient être revues par ses successeurs. Mais personne après lui n’a eu le courage de le faire. On pourrait aussi faire des reproches à Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, et certainement ils seraient justifiés. Mais ce ne serait pas très utile.
Je préfère croire qu’ils ont surtout voulu enrichir et sauver notre modèle social, cette si belle idée que nous aimerions imposer au monde entier. Mais que personne ne nous copie, faut-il le rappeler.
Pour gagner du temps face aux réformes qui faisaient peur, ils ont tellement vendu notre souveraineté — aux marchés et à l’Europe — que nous ne le sommes plus.
Si rien ne change, dans dix ans ou avant, tu vivras, à l’occasion d’une crise soudaine et inattendue, mais certaine, ce que les Grecs ont vécu en 2010, les Espagnols en 2012, les Chypriotes en 2013.
Une mise sous tutelle, un effondrement des services publics, une diminution des pensions ou du mécanisme de réversion, une ponction sur l’épargne. Ou pire — un éclatement de la zone euro qui emportera la moitié de l’Europe dans sa chute.
J’aurais aimé pouvoir te dire autre chose. Mais les faits sont là et leur logique s’impose.
La rade est grise ce matin. Il fait froid sur le port. Je voudrais pouvoir te dire que je me suis trompé. Que j’ai noirci le tableau. Que tout va s’arranger parce que les Français sont courageux et que l’Europe est solidaire. Mais la crise viendra.
Tu auras peut-être quarante-cinq ans. C’est le pire moment dans une vie pour vivre une telle rupture.
Alors que peut-on faire ? Nous avons vu comment la France s’est enfermée, et où ce chemin la mène. Par où peut-elle en sortir ? Par quel verrou commencer ? Dans quel ordre les desserrer ? À quel prix ? D’autres pays l’ont fait. La France peut le faire aussi.
Ses gaulois réfractaires ne sont pas moins réalistes, ni moins courageux. Ce qui leur manque, c’est un mandat : une coalition majoritaire avec un candidat de confiance, qui leur dit la vérité, déterminé pour lancer une vision et un programme audacieux mais crédible, sur un ou deux quinquennats.
Un moment où un(e) président(e) et un peuple se retrouvent, certains que la réforme vaut mieux que la tutelle, que l’effort partagé vaut mieux que l’effondrement.
Nous avons désormais notre destination : une cible de 145 milliards fin 2032 sur le “bloc social”, qui ramène notre déficit au niveau de Maastricht et permet d’arrêter l’érosion en cours, progressive mais irrémédiable, de notre modèle social.
En vérité, la cible est bien modeste par rapport aux enjeux. Il s’agit simplement de retrouver notre souveraineté et conserver l’essentiel de 1945/1981.
En mai dernier, je t’écrivais : un chemin finira peut-être par apparaître. Cherchons-le. Construisons ce mandat.
Ton oncle
Paul Corey