2027: last call (projet livre 1/15) PROLOGUE
Anatomie d'un sursaut

PROLOGUE (livre en cours de publication, bientôt sur Amazon)
LETTRE A — Pourquoi cette sensation d’effondrement ?
Toulon, mai 2025
Mon cher neveu,
Tu as trente-cinq ans. Tu vois que ton pays va mal. Tu m’en parles souvent. Tu cherches des responsables : les retraites, le hold-up du siècle. Tu t’inquiètes pour la tienne. Tu t’inquiètes aussi pour la planète. Tu as l’impression que ma génération laisse à tes enfants un monde condamné.
Mais tu n’as pas vraiment de solutions. En tout cas, celles que tu évoques n’en sont pas. Elles corrigent, à la marge, certains effets mais ne s’attaquent jamais aux causes. Elles confondent l’inévitable avec le pilotable et reproduisent les erreurs du passé.
Il y a des réformes qui n’ont pas été faites et qui auraient dû l’être, comme chez tous nos voisins. La capitalisation des retraites, faite par les Pays-Bas dès 1952, par la Suisse en 1985, par la Suède en 1998, par le Royaume-Uni en 2012. La réforme du marché du travail, le Hartz allemand de 2003 : Schröder a perdu l’élection mais le chômage est passé de 11 à 5 %. La refonte du statut de la fonction publique sur le modèle nordique, faite par la Suède en 1986, l’Italie dans les années 1990, les Pays-Bas en 2020.
Trois réformes faites ailleurs, jamais ici. Parce que nous avons trop tardé, certaines ne peuvent plus l’être, en tout cas pas avant longtemps.
Nous en payons tous le prix. Ce n’est pas la faute des générations précédentes mais des dirigeants de ce pays qui, depuis 1974, n’ont pas toujours eu le courage de dire les choses, d’affronter la réalité et d’engager les réformes nécessaires.
Pire, comme nous le verrons, ils se sont organisés pour pouvoir présider en monarchie dite républicaine, mais sans mandat ni majorité.
C’est ainsi. Aujourd’hui, les services publics s’effritent. Les institutions tournent à vide. Les présidents se succèdent sans rien changer. La réforme des retraites, la « mère de toutes les réformes », a été vidée de son sens puis suspendue. Le pays vit à crédit. Les déficits sont abyssaux, la dette pèse de plus en plus lourd. Et personne ne dessine de sortie.
Le peuple subit. Il n’est pas responsable. Même s’il vote, sans grand espoir et de moins en moins. Il a compris ce que les politiques n’osent pas lui dire.
J’ai soixante-dix ans. J’ai vu autre chose. J’ai vu la France à une époque où elle se croyait encore puissante, où elle l’était peut-être. Où sa voix était écoutée. Où elle faisait des enfants parce qu’elle avait confiance dans l’avenir.
Puis j’ai vu, année après année, décision après décision, comment elle s’est défaite. Comment tout s’est délité. Pas seulement les comptes publics. Les valeurs aussi : l’individualisme, la défiance, le manque de courage, chez certains le renoncement.
Je t’écris depuis Toulon. Je vois la rade tous les matins. Les bateaux qui rentrent et qui sortent. La ville qui se débat. Le pays qui fait semblant sans plus y croire. Ça ne peut plus durer. 2027 approche. Ce qui était possible hier doit l’être demain. Je te propose un voyage.
Nous allons remonter ensemble aux quatre moments qui ont écrit ce pays. 1945. 1958. 1981. 1992. Quatre ruptures qui, prises isolément, répondaient à des aspirations légitimes. Mais qui, cumulées, ont fini par enfermer le pays dans une mécanique dont il ne sait plus sortir.
En commençant à t’écrire, je ne sais pas encore où ce voyage nous mènera. Je sais seulement que nous ne pouvons plus faire l’économie d’en parler vraiment. Le temps de la réplique incisive sur les réseaux est dépassé.
Viens avec moi. Ouvrons les yeux et les dossiers. Prenons du recul. Faisons les comptes. Ce ne sera pas toujours agréable. Mais ce sera sans a priori politique, ni idéologie.
Comme j’ai coutume de dire : les faits, rien que les faits.
On y va. Ton oncle
Paul Corey